lundi 15 novembre 2004

617 - la route de Tsu-Chi-Ma

... Alors que le drapeau américain commençait à flotter sur toutes les mers, le drapeau russe allait bientôt en disparaître et céder la place à celui du soleil levant.

Ayant écrasé son homologue turque à Sinope (Mer Noire) le 30 novembre 1853, en utilisant pour la première fois au combat des obus à poudre plutôt que les traditionnels et archaïques boulets pleins, la marine russe était, en ce début du 20ème siècle, la deuxième marine du monde.

De son côté, rompant avec des siècles d'un isolement presque total, qui l'avait notamment poussé à mettre à mort les rares étrangers s'échouant sur ses côtes, l'Empire du Soleil Levant était devenu la première puissance asiatique. Grâce à l'aide de l'Angleterre, qui lui avait construit l'essentiel de sa marine de guerre, le Japon avait rapidement balayé les armées chinoises en 1895, puis initié une formidable expansion vers le continent asiatique, qui devait inévitablement finir par se heurter à la Russie du Tsar Nicolas II laquelle, depuis l'épisode de la Révolte des Boxers (juin 1900), occupait pour sa part la Mandchourie et avait établi à Port Arthur (aujourd'hui Dalian) une importante base navale pour protéger ses intérêts dans la région.

Bien que numériquement très supérieure à son homologue nippone, la marine de guerre du Tsar était en fait scindée en trois parties d'importance à peu près égale - l'escadre du Pacifique (essentiellement stationnée à Port Arthur), celle de la Mer Noire, et celle de la Mer Baltique - séparées les unes des autres par des dizaines de milliers de kilomètres.

Dans la nuit du 8 février 1904, sans la moindre déclaration de guerre, les forces de l'amiral Togo attaquèrent l'escadre russe dans son mouillage de Port Arthur, afin de faciliter le débarquement des troupes nippones, qui attaquèrent bientôt la grande base navale à revers, et la canonnèrent par voie de terre, ce que les Russes n'avaient manifestement pas prévu.

Après plusieurs mois d'escarmouches et de fortunes diverses, le blocus de Port Arthur fut achevé à l'été 1904, et la flotte russe (ou plutôt ce qu'il en restait) condamnée à ne plus quitter la rade et à attendre des renforts qu'elle ne verra jamais arriver.

Sans doute eut-il été préférable d'arrêter les frais et de chercher une issue honorable au conflit. Mais le Tsar refusa de négocier, et décida au contraire d'envoyer des renforts à Port Arthur. Le tout nouveau chemin de fer transsibérien, qui venait à peine d'être achevé, pouvait certes acheminer les forces terrestres. Mais pour briser le blocus maritime nippon, il n'y avait d'autre choix que d'expédier le plus rapidement possible une flotte de navires de guerre.

La flotte de la Mer Noire était géographiquement la plus proche, mais le Traité de Londres de 1870 lui interdisait de franchir les Dardanelles. Restait celle de la Baltique qui, sous le commandement du vice-amiral Sinovie Petrovitch Rojesvensky, devint officiellement la "deuxième escadre du Pacifique", et à qui il "suffisait" - si l'on peut dire - de franchir une distance égale aux trois-quarts du tour du monde, pour s'en aller glaner, au terme d'un périple de sept mois, une mort sans gloire face à des canonniers japonais parfaitement reposés et qui guettaient son arrivée depuis plusieurs semaines...

Aucun commentaire: