... Suédois d'origine et ingénieur de renom, John Ericsson s'était vu confier, en septembre 1861, la conception et la réalisation d'un tout nouveau navire de guerre qui, d'un seul coup, allait révolutionner la construction navale.Terminés les voiles et les gréements, et place au monopole de la machine à vapeur. Finis les navires de bois éventuellement recouverts de quelques plaques de fer, et place à la cuirasse d'acier. Disparus les nombreux ponts hérissés de canons des vaisseaux d'antan, et place à une seule tourelle mue par la vapeur, balayant l'horizon sur 360 degrés.
Sous cette tourelle de près de trois mètres de haut et ne pesant pas moins de 140 tonnes, deux canons du plus fort calibre existant à l'époque - 11 pouces (280mm) - mais qui, seul héritage du Passé, tirent encore des boulets pleins.
Pour faire bonne mesure, et diminuer la surface exposée au feu ennemi, Ericsson a également réduit les superstructures au minimum: seules la tourelle et une petite casemate de pilotage dépassent en effet du pont qui, pour les mêmes raisons, ne s'élève qu'à environ 40cm au dessus du niveau de la mer (!), un franc-bord si ridiculement faible qu'il empêche le bâtiment de naviguer sur toute mer un peu agitée, et qui causera sa perte quelques mois plus tard
De fait, pour l'époque, la silhouette du Monitor ne ressemble à rien de connu, et s'apparenterait aujourd'hui bien davantage à celle d'un sous-marin qu'à celle d'un quelconque navire de guerre.
Mis en chantier en septembre 1861, deux mois après le début des travaux sur le Merrimack, le Monitor appareille de New-York le 6 mars 1862. A ce moment déjà, chaque membre de l'équipage se rend compte qu'il participe à une véritable révolution navale,... mais aussi que John Ericsson est allé trop loin dans sa volonté de réduire la surface hors de l'eau. Incapable de naviguer en haute mer par ses propres moyens, le Monitor est remorqué par deux vapeurs en bois, mais manque de couler dès son premier voyage (!) A l'entrée du Delaware, les paquets de mer inondent le pont et, par la cheminée et les manches à air, s'insinuent jusqu'à la machine, qui doit être évacuée.
Pendant plusieurs heures, nul ne sait si le Monitor ne va pas couler bas. Pour finir, dans l'après-midi du 8 mars, il franchit enfin sain et sauf le Cap Charles et pénètre dans les eaux plus calmes de Hampton Roads, salué par le bruit d'une canonnade...
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