Disposant dès 1941 de la supériorité aérienne sur l'Allemagne, et n'ayant pas à affronter les mêmes menaces de bombardements, les Anglo-américains n'eurent pas besoin de développer leur propre artillerie antiaérienne dans les mêmes proportions.Inférieurs en quantité, sinon en qualité, et n'ayant finalement que peu d'avions ennemis à se mettre sous le collimateur, les canons antiaériens alliés n'obtinrent évidemment pas les mêmes résultats, ni ne bénéficièrent de la même renommée.
Un des plus connus fut incontestablement le "pom pom" Vickers de 40mm - en fait un montage de 4 ou 8 canons sur un même affut - qui était au canon antiaérien comme le tromblon au fusil à lunette : une arme rustique et notoirement imprécise, mais capable de cracher un maximum de projectiles dans un minimum de temps.
Comme pour la FLAK allemande, il s'agissait là encore de pratiquer des tirs de barrage, et de saturer littéralement de mitrailles l'espace où évoluait l'avion ennemi, dans l'espoir que l'un ou l'autre éclat d'obus finirait par l'atteindre.
Extraordinairement vorace en munitions, la pratique de la canonnade à saturation fut en revanche très efficace dans le Pacifique, contre les avions-suicide japonais qui, lorsqu'ils parvenaient à franchir les différents écrans de chasseurs américains, tombaient alors sous le feu de plusieurs centaines de canons anti-aériens, tirant plusieurs dizaines de milliers d'obus par minute et ne leur laissant finalement qu'une chance infime de parvenir au but.
Dans l'un et l'autre camp, la précision - très relative - des tirs dépendait d'abord et avant tout de l'habileté des artilleurs, à peine aidés dans leur tâche par des télémètres optiques, ainsi que par les premiers radars et calculateurs.
Conscients de cette faiblesse, les Allemands avaient bien tenté de développer des canons automatiques directement asservis à un radar, mais leurs recherches, qui étaient loin d'être terminées la fin de la guerre, furent comme de coutume reprises par leurs vainqueurs, et en particulier par les Soviétiques, qui en extrapolèrent une gamme complète d'excellents canons, encore en service aujourd'hui.
Enfin, la pure et simple chance tenait également une place non négligeable dans la réussite des tirs, comme en témoigne cette anecdote racontée par Pierre Clostermann dans "Le Grand Cirque" :
"(...) un Messerschmitt 262 est passé en trombe sur le terrain, une centaine de mètres derrière moi. Par le plus grand des hasards, et par l'effet d'une bonté spéciale du Saint-Esprit, les deux canons Bofors des postes S.E. 4 et 5 étaient tournés dans la bonne direction, avec les servants en position. Chacun tira un chargeur [15 obus] à 100 000 contre 1, et le Me 262, touché de plein fouet, s'écrase. Dans les débris, sur le corps du pilote, on trouve ses papiers : Hauptman H.C. Butmann"
3 commentaires:
Le Grand Cirque Incroyable comme cet ouvrage, que j'ai dû lire cent fois étant jeune (il y a longtemps) s'avère être l'un des plus grands tissus d'inexactitudes jamais écrits ...
Hauptmann H.C. Buttmann a été abattu le 5 octobre 1944 (alors que Clostermann était affecté au GQG des forces aériennes françaises et qu'il ne reprendra les opérations qu'en décembre) et le parachute de son pilote ne s'est pas ouvert. Il n'a d'ailleurs pas été abattu par la D.C.A. anglaise mais par un (ou plusieurs, d'ailleurs ...) spitfires de la RCAF et détient donc le douteux privilège d'avoir été le premier pilote de Me262 descendu et tué en combat aérien.
La mémoire des individus est toujours faillible, et celle de Clostermann n'y fait évidemment pas exception ;-)
Bonjour! toujours plein d'infos dans ce blog.
Une autre tactique des canonniers de la marine américaine consistait à tirer...dans l'eau.
En effet les avions torpilleurs japonais (puis plus tard certains Kamikaze) attaquaient horizontalement , en "rase flotte" à quelques petits mètres au dessus de l'eau.
Les explosions d'obus dans l'eau soulevaient un mur de gerbes liquides sur lequel l'avion venait se briser....inutile de souligner le côté éphémère de ce mur d'eau et la gabegie de munitions mais il semblerait que cette tactique ait parfois fonctionné
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