lundi 16 août 2004

526 - le briquet volant de la Luftwaffe

... à son entrée en guerre, la Luftwaffe, entièrement inféodée à l'armée de terre, ne disposait d'aucun bombardier stratégique. Et lorsque ses responsables s'en inquiétèrent auprès d'Hitler, celui-ci leur répondit que la seule chose qui lui importait était le nombre d'avions que l'Allemagne pouvait produire, et pas leur taille (!)

Mais lorsque les Britanniques se mirent à leur tour à bombarder les villes allemandes, la nécessité se fit de plus en plus sentir de créer un bombardier stratégique, et ce d'autant plus que les bimoteurs employés jusque là avaient clairement montré leurs limites sous le ciel anglais.

Pour emporter la charge militaire requise sur une distance suffisante, et assurer la sécurité de l'appareil lui-même, il fallait construire un gros avion puissamment défendu - et donc un avion très lourd pour les normes de l'époque - ce qui, en conséquence, imposait le montage de nombreux et puissants moteurs. De part et d'autre de l'Atlantique, les ingénieurs en étaient venus à la même conclusion : celle d'un bombardier quadrimoteur.

Mais tandis que les Américains s'en étaient sagement tenus à la formule classique du quadrimoteur à quatre hélices, les ingénieurs allemands de Heinkel, et les Britanniques d'Avro, se lancèrent dans la voie autrement plus audacieuse du quadrimoteur à deux hélices. Jumelés à l'intérieur d'une même nacelle, deux moteurs entraînaient une hélice commune par l'intermédiaire d'un réducteur.

Sur le papier, la formule offrait l'avantage d'une importante réduction de traînée aérodynamique. En pratique, elle s'avéra si catastrophique - en particulier au niveau du refroidissement - que les Britanniques se décidèrent rapidement à abandonner leur Avro "Manchester" à quatre moteurs jumelés pour en revenir, sur le célèbre Avro "Lancaster", à la conception traditionnelle de quatre moteurs séparés entraînant chacun leur propre hélice. Un revirement qui leur donna entière satisfaction.

Mais les Allemands, comme ils l'avaient déjà fait avec le Messerschmitt 210/410, s'entêtèrent quant à eux sur une formule fondamentalement vicieuse mais défendue "en haut lieu". Le résultat - le Heinkel 177 "Greif" fut si calamiteux que les équipages, écoeurés, le surnommèrent "le briquet volant de la Luftwaffe", en raison de l'incroyable propension que manifestaient ses moteurs surchauffés à s'enflammer en plein vol (!)

Tout au long de leur existence, les moteurs jumelés du "Greif" occasionnèrent en effet un nombre inimaginable d'accidents, et firent preuve d'une fiabilité pathétique. Ainsi, le 13 février 1944, sur 14 appareils prêts à décoller pour Londres sous le regard d'Hermann Goering, 13 prirent le départ, 8 furent contraints de rentrer prématurément à la base pour cause de surchauffe moteur, 4 atteignirent l'objectif, et 3 seulement en revinrent (!)

Une telle répétition d'ennuis ne pouvait évidemment qu'exercer une fâcheuse influence sur la production de l'avion, qui ne fut construit qu'à un peu plus d'un millier d'exemplaires, chiffre ridicule comparé aux seize mille quadrimoteurs classiques construits par les Britanniques durant la même période, mais chiffre incroyable rapporté à la faible disponibilité de l'appareil, et à son rôle encore plus anecdotique dans le déroulement de la guerre.

Et lorsque l'avion fut à peu près au point, à la fin de 1944, il n'y avait de toute manière plus assez d'essence ni d'équipages entraînés pour le faire voler. La plupart des exemplaires survivants furent alors ferraillés sans presque jamais avoir servi...

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