mercredi 26 août 2026

9374 - l'un après l'autre...

L'équipage du Spee, contemplant le sabordage de l'Ashlea, Notez le Newton Beech à l'arrière-plan

… 7 octobre 1939

Le 7 octobre, à quelque 800 km au large de l’actuelle Namibie, c’est au tour de l’Ashlea, chargé de près de 7 000 tonnes de sucre, de tomber sous les coups du Graf Spee, ou plutôt de charges de démolition - plus économiques que des obus ou des torpilles - qu’un équipage de prise dépose dans les entrailles du cargo après en avoir évacué l’équipage sur le Newton Beech.

Exil très provisoire puisque, dès  le lendemain, le Newton Beech, jugé trop lent, est à son tour envoyé par le fond, et les marins capturés emprisonnés directement sur le Graf Spee !

Le 10 octobre, toujours opérée sous faux pavillon français, la prise suivante, le vapeur Huntsman, qui jauge environ 10 000 tonnes, apparait plus séduisante. Mais comme le Graf Spee, déjà surchargé de prisonniers anglais, ne peut accueillir son équipage, le cargo est abandonné sous bonne garde le temps que le Panzerschiff aille lui-même se ravitailler auprès de l’Altmark, avec lequel il revient le 16.

Les vivres, le thé, les tapis et même les peaux dont le Huntsman regorge sont alors transférés pour partie sur le Graf Spee, pour l’autre sur l’Altmark, qui recueille également les captifs des prises précédentes, tandis que le Huntsman, désormais sans valeur est expédié par le fond le lendemain.

Encore une semaine et, le 22 octobre, et c'est le Trevanion, chargé de quelque 8 000 tonnes de zinc qui se fait surprendre par le Graf Spee, opérant toujours sous faux pavillon français.

Mais cette fois, l'opérateur radio du pauvre cargo refuse de se soumettre aux injonctions allemandes et multiplie les SOS jusqu'à ce que tout son équipement soit pulvérisé à la mitrailleuse... 

mardi 25 août 2026

9373 - le respect des lois de la guerre sur mer

Le vapeur Newton Beech
 … 5 octobre 1939

Cette importante formalité réglementaire accomplie - puisqu’à cette étape de la guerre, chacun s’efforce encore d’en respecter les lois ! - Langsdorff fait tirer deux torpilles… qui ratent leur cible (!), puis décide d’en finir au canon, expédiant le malheureux Clement par le fond en une trentaine d’obus.

Ceci fait, et comme il est inutile de trainer là, le Graf Spee vide bientôt les lieux et de met le cap à l’Est, en direction des côtes africaines,... non sans avoir toutefois contacté au préalable les autorités brésiliennes par radio, et leur avoir indiqué la position des naufragés du Clement (1)

Le même jour, un autre cargo est aperçu à l’horizon. Mais de nationalité grecque, donc neutre, celui-ci est aussitôt laissé en paix.

Le Clement n’avait pas de véritable valeur, mais sa disparition du fait d’un mystérieux "corsaire allemand" finalement identifié comme un des fameux "cuirassés de poche" n’en sonne pas moins le branlebas autant à Londres qu’à Paris, où chacun mobilise croiseurs, cuirassés et même porte-avions pour le retrouver.

Dans l'intervalle, le 5 octobre, le Graf Spee tombe sur une autre proie britannique isolée, en l’occurrence le Newton Beech, chargé de quelque 7 000 tonnes de maïs. 

Après s'en être approché à quelque 2 000 mètres sous couvert - ruse de guerre - d'un pavillon français (2), ce cargo "extrêmement sale" aux dires d’un officier allemand, est abordé par un équipage de prise, et dès lors contraint d’accompagner le Graf Spee, ce qui, pour l’heure, lui évite au moins d’être aussitôt envoyé par le fond…

(1) ceux-ci finiront par rallier les côtes brésiliennes sains et saufs 
(2) le droit maritime n'interdisait pas aux belligérants l'usage de faux drapeaux, à condition que le vrai soit hissé juste avant le combat 

lundi 24 août 2026

9372 - la première victime

Le cargo mixte Clement, première victime du Graf Spee
… Pernambouc (Brésil), 30 septembre 1939

Hitler, nous l’avons dit, craint pour la sécurité du Deutschland et du Graf Spee, et redoute les conséquences de leur perte éventuelle sur sa popularité personnelle. 

Mais bien au-delà de ça, son attention est pour l’heure entièrement consacrée à la Campagne de Pologne, qui s’achèvera le 6 octobre par une totale victoire allemand, et aussi par l’espoir, quelque peu naïf, de parvenir malgré tout à un accord négocié avec les Britanniques et, surtout, les Français qui, de leur coté, et à l’exception d’une fort vague attaque en Sarre (1), n’ont toujours strictement rien fait en faveur de leur allié polonais.

Ce n’est donc que le 26 septembre, le "Cas polonais" désormais quasiment réglé, et toute perspective d’accord semblant à présent évanouie, que le Führer accorde enfin à Raeder l’autorisation d’utiliser ses Panzerschiffe contre le trafic commercial franco-allemand.

Quatre jours plus tard, à une centaine de km au large de l’État brésilien du Pernambouc, l’hydravion de reconnaissance du Graf Spee repère la première victime : le Clement, un cargo mixte britannique de 5 000 tonnes, qui se voit bientôt contraint à l’arrêt, non sans avoir eu le temps d’envoyer un message de détresse.

Sous la menace des canons du Graf Spee, l’équipage évacue le navire et monte en bon ordre dans les canots de sauvetage, à l’exception du commandant et du chef mécanicien, quant à eux faits prisonniers sur le Graf Spee

(1) véritable pantalonnade avant tout destinée à sauver l’Honneur, l’Offensive de la Sarre, débutée le 7 septembre, s’arrêtera une dizaine de jours plus tard, après moins de 10 km de progression en territoire allemand !
(2) un cargo mixte est un navire conçu pour transporter du fret et une poigne de passagers payants

dimanche 23 août 2026

9371 - préparer les résurrections futures...

… à maintes reprises, Raeder a attiré l’attention du Führer sur le fait que sa Kriegsmarine, en pleine reconstruction, ne serait pas prête, au mieux, avant 1944 ou 1945.

Mais Hitler n’en a cure : la conquête du lebensraum ne saurait attendre et, de toute manière, les choses de la mer de l’intéressent pas.

Le 3 septembre 1939, à l’annonce de l’entrée en guerre de la France et de la Grande-Bretagne, le grand-amiral, résigné, s’est donc contenté de lui adresser un mémorandum qui lui assure que, dans les circonstances, la Marine n’en fera pas moins de son mieux et "saura succomber bravement dans un combat inégal pour préparer les résurrections futures"

Tout un programme…

Fidèle à ce qu’on appelle généralement "l’appel du Devoir", le Graf Spee, après avoir appareillé de Wilhelmshaven le 21 aout, est pour sa part passé entre l’Islande et les Îles Féroé, avant de mettre le cap et l’Ouest puis de filer plein Sud jusque sous l’Équateur.

Le 10 septembre, il a fait le plein auprès du pétrolier-ravitailleur Altmark, qui a reçu pour mission de l’accompagner, aussi discrètement que possible et toujours à bonne distance, lors de son raid dans l’Atlantique Sud.

Mais de véritable raid, il n’est toujours pas question puisque Hitler, nous l’avons dit, tergiverse, en conséquence de quoi le Graf Spee, tout comme son jumeau Deutschland, se contente de naviguer mollement de-c de-là,… et de fuir systématiquement dès qu’une vague fumée de cheminée est aperçue à l’horizon !

Comme corsaire redoutable, on a déjà vu mieux…

samedi 22 août 2026

9370 - des débuts pitoyables

Le Deutschland : bon navire dans l'absolu, mais finalement inadapté à la guerre de course
… les Panzerschiffe allemands sont pourtant spécifiquement taillés pour la guerre de course : ils sont plus rapides et/ou mieux armés que la quasi-totalité de leurs adversaires britanniques ou français et donc - théoriquement - en mesure d’engager ou de rompre le combat si et quand bon leur semble.

Mais plus encore qu’en 1914, le problème, c’est qu’ils sont bien seuls et que leurs  adversaires sont innombrables : sitôt connue la présence du Deutschland et du Graf Spee dans l’Atlantique, Paris et Londres ont en effet dépêché des flottilles entières de croiseurs, croiseurs de bataille et cuirassés avec pour mission de les intercepter !

Heureusement pour eux, l’Atlantique est vaste, et en cette époque où les satellites d’observation relèvent encore de la science-fiction, et où les avions de reconnaissance à très long rayon d’action sont eux-même rarissimes, la seule manière de les retrouver repose toujours sur les yeux - et les jumelles - de vigies installées sur la passerelle ou en haut d’un mat.

Le Deutschland bénéficie de surcroît des tempêtes et des très mauvaises conditions de visibilité qui sévissent dans l’Atlantique nord en cette période de l’année.

Mais si ses adversaires franco-britanniques ne parviennent pas à le trouver dans la crasse et les embruns, le Panzerschiff allemand peine tout autant à y dénicher des proies, en sorte que lorsqu’il rentre finalement à Gotenhaffen (1) le 17 novembre 1939, il n’a réussi à couler que deux malheureux cargos (2), pour un total d’à peine 8 000 tonnes, résultat en tout point pitoyable pour une croisière de trois mois et compte tenu des moyens investis par le Reich dans cette affaire !

Mais le pire est encore à venir…

(1) aujourd’hui Gdynia, Pologne
(2) le Deutschland avait également arraisonné le City of Flint, battant pavillon américain, donc neutre, au motif qu’il transportait « des marchandises de contrebande ». Mené par un équipage de prise, ce cargo avait finalement dû se réfugier en Norvège, où les autorités locales l’avaient alors saisi avant de le rendre à son équipage américain.

vendredi 21 août 2026

9369 - trois semaines d'attente

Le Graf Spee, dans l'Atlantique : où sont les cargos ennemis ?
… 3 septembre 1939

Le 3 septembre 1939, 48 heures après l’invasion de la Pologne et les premiers tirs du vieux Schleswig-Holstein, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne.

Dans l’Atlantique, les deux Panzerschiffe sont à présent prêts et impatients d'entrer en action.

Mais rien ne se passe !

Car Hitler, après avoir déjà investi énormément d’argent dans la reconstruction d'une flotte de combat, et pris goût aux formidables ovations accompagnant chaque lancement d’un gros navire de surface, est plus que jamais en proie au doute et à la crainte : cette ridicule poignée de navires peut-elle réellement - comme le lui assurent les amiraux - jouer un rôle utile dans cette guerre ? Et, surtout, qu’arriverait-il si l’un ou l’autre d’entre eux venait à être gravement endommagé ou, pire encore, à disparaître sous les coups de l’ennemi ?

Avant-même le début du conflit, et histoire de minimiser les risques, le Führer a donc donné des ordres très stricts, qui interdisent aux commandants d’exposer leur précieux bâtiment au moindre péril !

Le conflit dure maintenant depuis trois semaines, mais alors qu’ils sont eux-mêmes positionnés dans l’Atlantique depuis la fin du mois d’août, le Deutschland et le Graf Spee se contentent de brûler du diesel et de multiplier les ronds dans l’eau loin des routes maritimes, en attendant l’ordre qui leur permettrait d’entrer en action !

Il faut même attendre le 26 septembre avant que Raeder, excédé par cet immobilisme, parvienne enfin, après un siège de plusieurs jours, à arracher à Hitler la précieuse autorisation qui va permettre aux deux Panzerschiffe de mener la guerre de course pour laquelle ils ont été conçus.

Les résultats, hélas, vont se révéler fort loin des attentes…

jeudi 20 août 2026

9368 - quand le Graf Spee entre en scène

L'Admiral Graf Sppe, à Sputhead, en 1937, à l'occasion du couronnement du Roi George VI
… Wilhelmshaven, 21 aout 1939

Mis sur cale le 1er octobre 1932, lancé le 30 juin 1934 - en présence d’Hitler - admis au service le 6 janvier 1936, le Graf Spee est le troisième, et ultime, Panzerschiff de la Marine allemande.

C’est aussi le plus moderne, et à près de 15 000 tonnes, le plus lourd d’entre-eux, 

Après plus d’une année d’entraînements et de patrouilles sans histoire, il a participé, le 20 mai 1937, à la Revue navale de Spithead dans le cadre des cérémonies de couronnement du Roi George VI, où il a d'ailleurs fait une apparition très remarquée.

En octobre 1938, le Kapitän zur See Hans Langsdorff, 44 ans, en a pris le commandement, et va le conserver jusqu’à la fin. 

Jusqu’à l’été de 1939, le Graf Spee a ensuite alterné entre patrouilles, manœuvres d’entraînement et visites "de courtoisie" à Ceuta et Lisbonne, avant de rentrer en Allemagne.

Le 21 aout 1939, il a finalement quitté Wilhelmshaven avant de se perdre dans l’Atlantique Sud en prévision de l’invasion de la Pologne.

Car si Hitler demeure convaincu que la France et la Grande-Bretagne n’interviendront pas, cette possibilité n’est toutefois pas totalement à exclure, et dans ce cas, autant être prêt à s’en prendre immédiatement à leur trafic maritime, ce pourquoi son jumeau Deutschland a quant à lui pris la direction de l’Atlantique Nord trois jours plus tard, laissant l’Admiral Scheer et le croiseur lourd Admiral Hipper - les seuls autres gros bâtiments déjà opérationnels (1) - au mouillage dans l’Estuaire de la Jade

(1) à cette date, les croiseurs Prinz Eugen et Blücher ne sont pas encore entrés en service actif, tandis que les Schlachtschiffe Scharnhorst et Gneisenau se trouvent en cale sèche, pour remplacement de leur étrave, finalement jugée inadaptée aux conditions de mer dans l’Atlantique 

mercredi 19 août 2026

9367 - un formidable paradoxe

1er septembre 1939 : alors qu'il date de 1906, le Schleswig Holstein tire les premiers obus...
… Dantzig, 1er septembre 1939, 04h45

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne, mais cette fois, Hitler perd son pari : résolues à tenir leur promesse envers l'allié polonais, la France et la Grande-Bretagne lui déclarent la guerre.

Sur le terrain, et par une de ces étranges et merveilleuses ironies dont l’Histoire militaire a le secret, les premiers obus de ce nouveau conflit sont toutefois tirés par l’antédiluvien pré-dreadnought Schleswig-Holstein qui, déjà obsolète lors de la Première Guerre mondiale - il a été lancé en 1906 - a survécu à celle-ci et, jamais remplacé. va même réussir à survivre à la Seconde !

Utilisé pour l’entraînement depuis le début des années 1930, le vieux cuirassé a été remobilisé pour la guerre, ce qui lui permet donc de bombarder les positions polonaises - en particulier celles de la Westerplatte.

En avril 1940, il participera encore brièvement à l’invasion du Danemark - nous y reviendrons dans une prochaine chronique - avant de retourner à ses missions d’entraînement, et finalement d’escortes de convois dans la Baltique, jusqu’à la fin de 1944.

Victime de l’Aviation britannique, puis sabordé par son propre équipage en mars 1945, il sera finalement renfloué par les Soviétiques, et utilisé par eux comme navire-cible jusqu’au milieu des années 1960

Étonnante et fort longue carrière, et aussi formidable paradoxe, pour ce bâtiment qui aura ainsi survécu à tous ses homologues bien plus jeunes, et en particulier au plus récent des Panzerschiffe de la Kriegsmarine

… l’Admiral Graf Spee

mardi 18 août 2026

9366 - sans descendance

Lancement du Prince of Wales à Birkenhead, 3 mai 1939
… Newcastle-upon-Tyne, 21 février 1939

En termes de football, on dirait des cuirassés allemands et britanniques qu’ils se marquent à la culotte puisque le 21 février 1939, soit une semaine jour pour après le Bismarck, le King George V est lancé à son tour à Newcastle-upon-Tyne !

Et le 3 mai, à Birkenhead, un mois après le Tirpitz, c’est au tour du Prince of Wales !

Mais comme leurs homologues et futurs adversaires allemands, ces deux nouveaux bâtiments en ont encore pour de longs mois avant d’être admis en service, le 01 octobre 1940 pour le premier, et le 19 janvier 1941 pour le second.

Là encore, la similitude avec les navires allemands (24 août 1940 pour le Bismarck, 25 février 1941 pour le Tirpitz) est frappante et démontre autant l’incroyable complexité de ses grands navires que les ravages déjà exercés par la guerre sur les délais de livraison.

Et ces délais ne vont faire qu’empirer : bien que mis sur cale en mai, juillet et juin 1937, les trois cuirassés britanniques suivants - les Duke of York, Anson et Howe - ne seront lancés qu’en février et avril 1940, et n’entreront en service qu’en août 1941, avril et juin 1942.

Et côté allemand, la situation est bien pire encore puisque, bien que débutés à Hambourg le 15 juillet 1939, les travaux sur le premier H39 - successeur désigné du Bismarck - vont être interrompus dès le 10 octobre, suite au déclenchement de la 2ème G.M., puis définitivement annulés en août 1941, après l’invasion de l’URSS, condamnant dès lors les Bismarck et Tirpitz à demeurer à jamais sans descendance…

lundi 17 août 2026

9365 - un défi ouvertement lancé à la face du Monde

Lancement du Tirpitz à Wilhemshaven, 1er avril 1939
… quelques instants après le discours du Führer, et sous les Heil Hitler des quelque 60 000 hommes, femmes, enfants et vieillards de l’assistance, Dorothea von Loewenfeld lance la traditionnelle bouteille de champagne, qui se fracasse sur l’étrave du grand navire, lequel, lentement, majestueusement, sous les vivats de la foule en délire, et au son du Deutschland über alles, "l’Allemagne au-dessus de toutes autres nations", glisse vers les eaux sales de la rade.

Au même moment, les quelques ouvriers qui ont pris place à bord dévoilent, de chaque côté de l’étrave, un grand panneau en bois, frappé au nom de Bismarck, le "Chancelier de Fer" et premier unificateur de la Grande Allemagne.

C’est un symbole, mais aussi un défi ouvertement lancé à la face du Monde…

Six semaines plus tard, le 1er avril 1939, à Wilhelmshaven, c’est au tour de son jumeau de goûter à son tour à la cérémonie du lancement. 

Une cérémonie aussi grandiose que la précédente, et une cérémonie toujours présidée par ce même Adolf Hitler qui, malgré ses doutes quant à la véritable utilité de ces mastodontes, n’en apprécie pas moins d’être à chaque fois ovationné par des dizaines de milliers d’Allemands enthousiastes.

Le Bismarck ayant été baptisé par nulle autre que la petite-fille du défunt Chancelier de Fer, celui-ci l’est par la propre fille du tout aussi défunt amiral von Tirpitz, laquelle lui donne évidemment le nom de son père et fondateur de cette Kaiserlische Marine qui, partie de rien, avait fini, sous son impulsion, par devenir la deuxième du monde, et par menacer sérieusement la suprématie jusque-là incontestée de la Royal Navy.

C’est un autre symbole, et un autre défi lancé à la face du Monde…

dimanche 16 août 2026

9364 - au coeur de chaque Allemand

La tribune d'honneur, dressée juste devant l'étrave du Bismarck
… sur le coup de 13h00, Adolf Hitler en personne, monte à la tribune d’honneur, installée juste devant l’étrave de l’immense bâtiment.

"Il y a 20 ans", déclare le Führer,"la flotte a rencontré son destin et a disparu des mers après quatre années de vaillants combats, et ceci continue aujourd’hui encore de toucher chaque Allemand au cœur. 

Six ans après la révolution nationale-socialiste, nous assistons aujourd’hui au lancement du troisième (1) et du plus grand cuirassé de notre flotte.

En tant que Chancelier et Führer du peuple allemand, je ne peux lui donner de meilleur nom de notre passé historique que celui de l’homme qui fut un chevalier sans peur dans une armure étincelante, le créateur du Reich allemand dont la clairvoyance nous a fournis les moyens de renaître d’une cruelle adversité

(…) Puissent les marins allemands et les officiers qui, un jour, auront l’honneur de commander ce bâtiment, puissent-ils toujours se montrer dignes de son nom. Puisse l’esprit du Chancelier de Fer les accompagner dans leurs agréables traversées du Temps de Paix, et puisse-t-il aussi les guider à faire leur devoir dans les moments de péril.

 C’est avec ces voeux que la Nation allemande salue son nouveau cuirassé Bismarck !"

(1) les deux autres étant les Scharnhorst et Gneisenau. L’auteur de ses lignes, pour sa part, les a toujours considérés comme des croiseurs de bataille, ce qui était également le cas de la Royal Navy durant la guerre.

samedi 15 août 2026

9363 - un beau matin de Saint-Valentin

Hambourg, 14 février 1939 : une foule immense se presse pour assister au lancement du Bismarck
… Hambourg, 14 février 1939

Mais pour l’heure, nous n’en sommes pas encore là : le 21 mai 1938, soit deux mois après l’Anschluss - c-à-d l’annexion sans combat de l’Autriche par l’Allemagne - le Schlachtschiffe Gneisenau est mis en service.

Le 7 janvier 1939, soit trois mois après les Accords de Münich qui ont permis à Hitler de s’emparer, toujours sans combat, du Territoire des Sudètes - c-à-d de la partie germanophone de la Tchécoslovaquie - c’est au tour de son jumeau Scharnhorst.

Dans les deux cas, contrairement à ce que craignait Raeder,... mais conformément à ce que prophétisait Hitler le 5 novembre 1937, la France et la Grande-Bretagne n’ont pas pris les armes en faveur de l’Autriche ou de la Tchécoslovaquie, ce qui, le 14 février 1939, à Hambourg, permet donc aux deux hommes de se rendre, le cœur débordant d’optimisme, au lancement du nouveau cuirassé Bismarck.

En cette belle matinée de la Saint-Valentin, plus de 60 000 Allemands, hommes, femmes et enfants, se sont également rassemblés aux environs de la cale de construction numéro 9 du chantier Blohm & Voss afin d’assister eux aussi au lancement du plus récent et du plus gros navire de guerre jamais construit en Allemagne.

Comme c’est la coutume, le nom de ce nouveau bâtiment n’est pas encore connu officiellement, bien que les initiés, qui savent déjà qu’il sera baptisé par nulle autre que Dorothea von Loewenfeld, petite-fille du défunt Chancelier Otto von Bismarck, peuvent naturellement s’en faire une idée assez précise...

vendredi 14 août 2026

9362 - une lourde hypothèque sur le réarmement naval

Hitler et Raeder, en pleine discussion
… considérée sous le seul angle de la froide rationalité, l'analyse hitlérienne ne manque pas de logique, mais elle n'en jette pas moins la consternation parmi les invités présents qui, en arrivant à la Chancellerie du Reich, ne s'attendaient nullement à pareille issue !

Les objections les plus sérieuses émanent du trio Neurath/Blomberg/Fritsch, respectivement Ministre des Affaires étrangères, Ministre de la Guerre et commandant-en-chef de l’Armée de Terre, trois hommes que Hitler, qui supporte tout sauf la contradiction, va rapidement pousser vers la sortie et remplacer dans les semaines suivantes lors de ce qu'on appellera "L'Affaire Blomberg/Fritsch" (1)

Raeder n’est certes pas plus enthousiaste que ces derniers à l’idée de partir en guerre aussi rapidement, c-à-d en pratique à se retrouver engagé dans un nouveau conflit avec la France et la Grande-Bretagne, deux pays dont il est convaincu - n’en déplaisent aux assurances du Führer - qu’ils ne manqueront pas de se porter à la rescousse de leurs alliés tchèques ou polonais.

Mais autant sous la République de Weimar que depuis l'arrivée de Hitler au Pouvoir, le grand-amiral a toujours eu la sagesse de ne pas exprimer trop ouvertement ses opinions personnelles,… ce qui va ainsi lui permettre de conserver son poste jusqu’en janvier 1943 (2)

Reste que s’il n’est pas directement menacé pour l’heure, son énorme programme de réarmement naval est désormais gravement hypothéqué à la suite de cette réunion (3), et même condamné par la guerre à passer bientôt à la trappe…
 
(1) Saviez-vous que… 4002-4014
(2) le 14 janvier 1943, suite au fiasco de la Bataille de la Mer de Barents, Raeder fut contraint à la démission et remplacé par Karl Doenitz : sur ce sujet : Saviez-vous que… le Crépuscule de la Kriegsmarine
(3) cette réunion du 5 novembre 1937 est généralement connue sous le nom de Note (ou de Protocole) Hossbach   

jeudi 13 août 2026

9361 - l'arbitre suprême

Le Tirpitz : ultime grand navire de guerre construit et mis en service par l'Allemagne nazie
… Berlin, 5 novembre 1937

Mais alors que cette nouvelle course aux armements semble à présent inarrêtable, le pays qui l’a initiée, à savoir l’Allemagne, décide subitement de mettre les freins !

En cet automne de 1937, le Bismarck et le Tirpitz sont toujours en construction, et le grand-amiral Raeder toujours occupé à se démener comme un beau diable pour obtenir le financement, la main d’œuvre et l’acier indispensables à la réalisation de son gigantesque programme de réarmement naval, lequel prévoit pas moins d'une dizaine de cuirassés et de croiseurs de bataille à livrer avant 1945 !

S’agissant de l’acier, il a ainsi exigé que lui soit accordée la priorité absolue,... mais s’est aussitôt heurté à l’opposition virulente de ses collègues des autres Armes, en sorte que chacun a fini par en appeler à l'arbitre suprême, autrement dit à Hitler lui-même.

En se rendant à la Chancellerie du Reich le 5 novembre 1937 pour cet arbitrage décisif, Raeder s'attend tout naturellement à livrer une rude bataille à ses collègues et rivaux Hermann Goering et Werner von Fritsch, respectivement Ministre de l'Économie et de l'Air, et commandant-en-chef de l'Armée de Terre.

Mais d’emblée, Hitler élude la question, et préfère exprimer, dans un effrayant monologue de plus de deux heures (!), sa propre "vision" socio-économique mais aussi, et surtout, ses intentions pour les années à venir.

Pour lui, il est clair que l'Allemagne n'a à présent plus d'autre choix, pour assurer sa simple survie, que de partir en guerre le plus rapidement possible, c-à-d avant que la France et la Grande-Bretagne. éventuellement aidées par les États-Unis, aient eu le temps de combler leur retard en matière de réarmement.

Le problème de "l'espace vital", déclare-t-il, doit impérativement être réglé, par la force, avant 1943, l'Autriche et la Tchécoslovaquie constituant à cet égard les premiers objectifs de conquête…

mercredi 12 août 2026

9360 - gravely undergunned

Les tourelles avant du Duke of York, en 1945 : deux canons dans l'une, quatre canons dans l'autre
… et de fait, à leur plus grand déplaisir, les Britanniques vont ainsi finir par être les seuls à mettre en service de nouveaux bâtiments dotés de pièces de "seulement" 356mm.

En pratique, les (très rares) combats qui opposeront bientôt les cuirassés de chaque camp démontreront toutefois que les résultats obtenus par les "petits" 356mm valent en fait ceux des "gros" 380mm et 406mm, mais en cette fin des années 1930 où la puissance des Nations passe encore par la taille des canons et le calibre des obus, les nouveaux cuirassés britanniques ne payent malheureusement pas de mine. 

Bien que privé depuis longtemps de poste officiel, Churchill, en particulier, ne décolère pas, et considère, et considérera toujours, ces navires comme "gravely undergunned", "gravement sous-armés" (1)

Pour ne rien arranger, la volonté de maintenir le poids total de ces bâtiments aussi bas que possible a, dans un premier temps, poussé les architectes britanniques à grouper, tout comme d'ailleurs les français, les douze canons prévus à l'intérieur de trois tourelles quadruples fort encombrées, et à la cinématique pour le moins complexe.

… sauf qu’en cours de route, les mêmes architectes se sont rendus compte que les bâtiments ainsi gréés seraient encore trop lourds, ce qui les a dès lors contraints à revenir sur la planche à dessins, à supprimer deux canons, et à remplacer une des tourelles quadruple… par une tourelle double (!), conférant ainsi à ces malheureux navires une silhouette aussi étrange et disgracieuse que celle des vieux Nelson et Rodney...

(1) Iain Ballantyne, Killing the Bismarck

mardi 11 août 2026

9359 - "faire un geste"

Le King George V, ou le réveil britannique
… Birkenhead, 01 janvier 1937

Le 01 janvier 1937, à Birkenhead et Newcastle-upon-Tyne, les travaux commencent donc sur le Prince of Wales et le King George V, soit les deux premiers cuirassés d’une nouvelle série de cinq, et les premiers mis en chantier en Grande-Bretagne depuis les Nelson et Rodney en… 1922 !

Mais bien qu’ultra-modernes, ces nouveaux bâtiments s’attirent vite les critiques, en particulier en raison de leur armement, composé de pièces de 14 pouces (356mm) seulement, soit un choix qui semble aller à l’encontre de toute logique

Pour leurs nouveaux bâtiments, Français et Italiens se sont en effet prononcés pour du 380mm et 381mm (15 pouces), de même que les Allemands (ces derniers en attendant encore mieux), les Américains ont opté pour du 406mm (16 pouces), et les Japonais sont carrément occupés à élaborer en secret des "super-cuirassés" de 70 000 tonnes (les futurs Yamato et Musashi) dotés de pièces de 460mm (18 pouces) !

En Angleterre-même, les vieux Queen Elizabeth, qui datent pourtant de 1916, emportent également du 380mm, de même que le Hood, alors que les Nelson et Rodney disposent quant à eux de pièces de 406mm !

En fait, et depuis des années, la Grande-Bretagne, dans un louable souci de ménager les contribuables, plaide à la fois pour le maintien du déplacement maximal des cuirassés à 35 000 tonnes, et pour une réduction du calibre de leur armement principal à seulement 356mm

Le problème, c’est qu’en cette seconde moitié des années 1930, plus personne n’est disposé à "faire un geste" envers l’autre, ni même en faveur de la Paix…

lundi 10 août 2026

9358 - le grand réveil

Le Bismarck : la grande menace tapie dans la brume...
… mais alors que les Britanniques, depuis des années, s’efforçaient d’enrayer la course mondiale aux armements navals, et venaient même, dans l’espoir d’apaiser Hitler, de lui offrir la possibilité de reconstruire une flotte limitée à 35% de celle de la Royal Navy, les Britanniques, donc, se sont subitement réveillés à l’annonce de la mise en chantier des futurs Bismarck et Tirpitz !

Certes, il faudrait des années d’efforts et d’investissements soutenus avant que les Allemands parviennent à simplement approcher le plafond de 35% défini par le Pacte naval du 18 juin 1935, mais à l’exception du croiseur de bataille Hood - qui date tout de même de 1920 ! - la Royal Navy ne possède pour l’heure dans son inventaire aucun bâtiment qui, en vitesse comme en puissance de feu, pourrait rivaliser avec ces deux nouveaux cuirassés allemands.

Pour ne rien arranger, cette même Royal Navy doit également composer, en Méditerranée, avec les velléités de l’Italie et, dans le Pacifique, avec celles du Japon, deux nations qui, bien qu’alliées à la Grande-Bretagne en 1914, lui sont aujourd’hui de plus en plus hostiles, et viennent également d’initier elles-mêmes un énorme programme de constructions de cuirassés !

L’un dans l’autre, il est donc urgent d’emboîter le pas, c-à-d de se lancer précisément dans cette ruineuse course aux armements navals qu’on avait absolument voulu éviter !

Mais pour sauver ce qui pourrait encore l’être, le gouvernement britannique va toutefois ordonner que les nouveaux cuirassés que l’on s’apprête à mettre en chantier se contentent d’un armement allant totalement à l’encontre de la tendance actuelle…

dimanche 9 août 2026

9357 - les petits Bismarck

L'Admiral Hipper, en Norvège : comme un Bismarck en réduction...
… encore n’avons nous rien dit des croiseurs, des porte-avions, ni des innombrables destroyers et sous-marins qu’envisage l’amiral Raeder !

Pour ne parler que des croiseurs - puisque nous ne nous intéressons ici qu’aux navires de ligne - l’Allemagne, après avoir construit et mis en service les Emden, Königsberg, Karlsruhe, Köln, Leipzig, et finalement Nürnberg, a entrepris, dès juillet 1935, la construction de cinq croiseurs lourds dits de la classe Admiral Hipper. 

Dotés de huit canons de 203mm en quatre tourelles doubles qui les font ressembler à s'y méprendre à de petits Bismarck, mais aussi d’un blindage quasiment sans équivalant dans le monde des simples croiseurs, et enfin d’une puissance de 130 000 CV les propulsant à plus de 32 nœuds, les dits croiseurs ont été conçus, dès le départ, comme corsaires, c-à-d pour s’en prendre d’abord et avant tout au trafic commercial ennemi, et pourraient être considérés comme parfaits si leurs chaudières ne s’avéraient pas, comme la guerre va le démontrer, extrêmement fragiles, s’ils ne consommaient pas d’effrayantes quantités de mazout,… et s’ils respectaient un tant soit peu la limite de "10 000 tonnes" qui leur a été imposée au lieu d’en avouer pas moins de 16 000, soit une "minuscule" différence de 60% !

Des cinq, seuls les Admiral Hipper, Blücher et finalement Prinz Eugen - nous y reviendrons - entreront toutefois en service au sein de la Kriegsmarine

Inachevés au déclenchement de la 2ème G.M. les Seydlitz et Lützow connaitront un tout autre destin : le premier sera en effet transformé en un porte-avions… jamais terminé lui non plus (!), et le second… carrément cédé à l’URSS, alors alliée au Reich, rebaptisé Petropavlovsk, et utilisé comme batterie flottante durant toute la guerre pour la défense de Leningrad, contre l’Armée allemande !

(1), ce croiseur lourd Lützow ne doit pas être confondu avec le Panzerschiffe Deutschland, précisément rebaptisé… Lützow peu après le début de la guerre et la cession du croiseur Lützow à l’URSS

samedi 8 août 2026

9356 - le délire

Le délirant projet de H44 de 130 000 tonnes avec, à sa gauche, un Bismarck de 42 000 tonnes
… car les militaires - allemands ou non - étant d’éternels enfants n’ayant jamais à acquitter les factures de leurs coûteux jouets guerriers, des études ont déjà commencé sur leurs successeurs, les type H, lesquels - sans surprise aucune - seront évidemment encore plus gros, encore plus puissants… et encore plus chers !

Les H39 sont ainsi prévus pour 56 000 tonnes et huit canons de 406mm, les H42 pour 90 000 tonnes et huit canons de 480mm, et les H44 pour… 130 000 tonnes et huit canons de 508mmm !

Et comme il ne saurait être question de construire seulement des cuirassés, des plans globaux, eux aussi remaniés à plusieurs reprises, mais toujours dans le sens de la surenchère, prévoient maintenant de reconstruire une flotte complète et surtout en mesure de rivaliser avec la Royal Navy britannique !

Le plus connu d’entre eux, le Plan Z, envisage ainsi une flotte de dix cuirassés, trois croiseurs de bataille, quatre porte-avions et une vingtaine de croiseurs pour le milieu des années 1940 !

Délire complet car personne, et surtout pas le grand-amiral Erich Raeder, ne se demande où l’on pourra bien trouver les capitaux - mais aussi l’acier - pour construire tout cela

Et même Hitler, piégé autant par les réactions des Français et Britanniques à ses propres actions que par la popularité de ses immenses navires, même Hitler semble à présent avoir perdu le contrôle…

vendredi 7 août 2026

9355 - de réplique en réplique...

Le Bismarck : 42 000 tonnes et huit canons de 380mm
… Hambourg, 01 juillet 1936

Si Paris considère le Pacte naval germano-britannique comme une capitulation supplémentaire face à Hitler, voire comme une trahison, à Londres, en revanche, on estime plutôt - à tort comme l’Histoire le démontrera - que le dit Pacte apaisera l’intéressé et ses revendications somme toute légitimes, mais aussi - et cette fois à raison - qu’il faudrait de toute manière de nombreuses années à l’Allemagne avant qu’elle puisse simplement s’approcher du quota de "35%" qui lui a été consenti.

De fait, le dit quota ne sera jamais atteint, ni même vaguement approché, puisque le Führer va décider, dès l’Invasion de la Pologne, en septembre 1939, de renoncer purement et simplement à tout nouveau développement de sa flotte de surface.

Mais n’anticipons pas car dans l’immédiat, ce Pacte offre en tout cas à la Kriegsmarine la possibilité de construire ce que bon lui semble, et dont elle va d’autant moins s’en priver que la dernière réplique française, à savoir quatre cuirassés "35 000 tonnes", ne peut évidement que l’inciter… à répliquer à son tour !

De réplique en réplique, les travaux sur le premier "vrai" cuirassé allemand - un autre "35 000" mais en réalité 42 0000 tonnes et qui deviendra le célèbre Bismarck - débutent donc à Hambourg le 01 juillet 1936, et ceux d’un deuxième - le futur Tirpitz - à Wilhelmshaven, le 2 novembre de la même année.

Comment arrêter cette surenchère ?