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| Le pré-dreadnought Pommern, à la Bataille du Jutland |
… il importe de mentionner ici la considérable différence de caractère, mais aussi et surtout de réalité, qui existe entre les deux amiraux rivaux à cet instant précis de la bataille.
Scheer n’a en effet à présent plus d’autre choix que de prendre tous les risques, et d’accepter toutes les pertes, pour rentrer en Allemagne le plus vite possible, tant il sait que sa flotte sera immanquablement annihilée par les Britanniques si elle se trouve encore en mer aux premières lueurs du jour.
Avec la supériorité numérique dont il dispose, Jellicoe a en revanche toutes les raisons de temporiser jusqu’à l’aube… et toutes celles de redouter les pertes d’un éventuel combat de nuit
"Jellicoe savait que la Flotte de Haute Mer était de fait prise au piège à l’ouest de la Grand Fleet et il devait décider s’il fallait engager, accepter, ou alors tenter d’éviter un combat nocturne.
Compte tenu de sa personnalité et de sa détermination à éviter tout risque inutile pour la supériorité navale britannique, la décision ne fut en réalité pas difficile : il avait déjà manifesté, plus tôt dans la soirée, sa méfiance instinctive à l’égard des torpilleurs. Il préférait éviter un combat nocturne.
(…) Cette décision, conforme à l'orthodoxie de l'époque, fut approuvée sans réserve par ses amiraux subalternes. Par la suite, on lui a bien sûr reproché sa prudence, certains estimant qu'il aurait au contraire dû prendre le risque d'un combat nocturne, et aussi que son refus démontrait qu'il se préoccupait bien davantage de ce que les Allemands pouvaient lui faire que de ce qu'il pouvait faire aux Allemands.
Mais c'était précisément toute la logique de sa tactique (…) Jellicoe n'avait pas besoin de s'en remettre au hasard. En fin de compte, il lui suffisait de maintenir le statu quo pour que sa flotte l'emporte. Tout autre action ne constituerait qu'un bonus appréciable, certes, mais non essentiel à la bonne fortune de son pays.
Après avoir décidé d'éviter un combat nocturne, Jellicoe devait choisir sa prochaine voie. Il n'avait peut-être pas envie de rechercher et d'affronter la flotte de haute mer avant l'aube, mais il tenait à l'empêcher de le dépasser par l'est, en direction de ses ports d'attache » (1)
(1) Steel et Hart, op cit, pages 341 et 343

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