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| Le Lion, en action au Jutland |
A 17h00, protégés tant bien que mal sur leur arrière-garde par les super-dreadnought d'Evan Thomas, les quatre croiseurs de bataille de Beatty, tous endommagés à des degrés divers, remontent à présent vers le nord-ouest, à la rencontre de Jellicoe qui, prévenu de la présence en mer de la Hochseeflotte au grand complet, fait à présent route vers eux à toute vapeur, ses trois croiseurs de bataille "ex-Beatty" en avant-garde, et ses vingt-quatre cuirassés impeccablement alignés derrière eux en plusieurs colonnes parallèles.
Côté allemand, les cinq croiseurs de bataille de Hipper, eux aussi passablement malmenés, ont fait leur jonction avec les seize cuirassés et les six pre-dreadnought de Scheer, et sont à la poursuite des Britanniques.
Si le bilan tactique est discutable, cette première partie constitue en revanche un incontestable succès allemand sur le plan des résultats : tirant beaucoup mieux - une cinquantaine de coups au but contre moins d’une vingtaine ! -, les hommes de Hipper sont en effet parvenus, malgré leur infériorité numérique et la moindre puissance de leurs canons, à couler deux croiseurs de bataille anglais en ne subissant eux-mêmes aucune perte.
"La phase initiale de la bataille du Jutland – connue depuis sous le nom de "Course vers le Sud" – fut un désastre complet pour la flotte de croiseurs de bataille britannique. Bien qu'infiniment plus puissante que le groupe de reconnaissance allemand, elle ne parvint jamais à concentrer ses forces durant l'engagement.
Si les navires de Beatty avaient été déployés plus efficacement, ils auraient concentré un feu beaucoup plus intense sur chacun des croiseurs de bataille de Hipper, ce qui aurait sans aucun doute affecté la précision des tirs dirigés contre eux. Compte tenu de leur vulnérabilité aux tirs plongeants, il ne fait aucun doute qu’une seule salve bien placée, ou une série de salves, aurait quand même pu détruire l'Indefatigable ou le Queen Mary, mais cela aurait tout de même été moins probable.
De plus, il est certain que le groupe allemand aurait subi des pertes bien plus importantes s'il avait dû affronter la 5ème Escadre de combat dès le début. En l'état, Beatty bénéficiait d'une supériorité numérique de six croiseurs de bataille contre cinq côté allemand, et pourtant, Hipper avait triomphé et les Britanniques achevé la bataille avec seulement quatre croiseurs de bataille face aux cinq allemands.
L'incapacité de Beatty à concentrer ses forces fut la cause première de la défaite britannique lors de la course vers le sud, et la responsabilité lui en incombe donc clairement" (1)
(1) ibid, page 178-179

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