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| Le Canada, ex Almirante Latorre, lors de la 1ère G.M. |
Et c’est particulièrement vrai des centaines de marins ottomans déjà présents en Grande-Bretagne pour y réceptionner les navires et les convoyer jusque Constantinople, et qui se déclarent prêts à les prendre d’assaut pour y hisser leur pavillon national, menace à laquelle Churchill, nullement impressionné, réplique du tac-au-tac en donnant l’ordre de s’opposer à pareille tentative "par la force si nécessaire"
On est à deux doigts d’une entrée en guerre prématurée de l’Empire ottoman aux côtés de l’Allemagne !
Heureusement, et pour cette fois du moins, l’affaire se termine dans le calme, et par le retour des marins ottomans, aussi dépités que furieux, dans leur pays natal
Mais, comme il fallait s’y attendre, cette malheureuse histoire va laisser des traces profondes et durables dans les relations entre l’Empire et la Grande-Bretagne,… surtout si l’on se rappelle que les dits dreadnought ont été largement financés par une souscription volontaire auprès du public, et que de tels navires incarnent alors, et partout dans le monde, le summum de la fierté nationale et de la virilité triomphante
Dans l’immédiat, la Royal Navy y gagne en tout cas deux dreadnought de plus, qui accroissent encore son avantage numérique sur la Kaiserlische Marine allemande, et qui, avec des équipages néanmoins fort improvisés, rejoignent la flotte dès le début du mois d’aout, et y serviront jusqu’à la fin de la guerre.
Et ce n’est pas fini puisque, dans la foulée, Churchill décide également de mettre la main, mais cette fois par la négociation et le rachat, sur l’Almirante Latorre, soit un des deux dreadnought alors en construction pour la marine chilienne (1), lequel va devenir le HMS Canada (2) et entrer en service en octobre 1915…
(1) inachevé en 1914, et laissé à l’abandon pendant près de quatre ans, le deuxième Dreadnought chilien sera finalement racheté par la Royal Navy en 1918 et terminé en porte-avions sous le nom de HMS Eagle
(2) après la guerre, le Canada sera revendu, sous son nom d’origine à ses premiers acheteurs chiliens, qui le garderont en service jusqu’au début des années 1950

2 commentaires:
Bonjour! Bravo pour le blog! Au moment de la saisie des navires destinés aux turcs les équipages ottomans sont déjà en Grande Bretagne prêts à embarquer sur le navire (payé d'avance), un peu la même configuration que les porte hélicoptères français classe Mistral destiné à la Russie.
Churchill le va-t'en guerre n'a pas tenté grand chose pour faire passer la pilule amère et ménager les susceptibilités ottomanes ...et sans spoiler il ne va pas tarder à s'en mordre les doigts (le Goeben, Gallipoli et la suite) Certes il a ainsi ajouté deux dreadnoughts à la Grand Fleet, certes ils seront au Jutland mais n'y feront pas grand chose de notable...un cas typique de gratter des centimes pour mieux perdre des francs...
Bonjour! Dans cette histoire les Chiliens ont été mieux traités que les turcs : L' Angleterre rembourse le Chili et fait tout pour faire passer la pilule ...pour une bonne raison.
A cette époque les explosifs (dont on va faire un usage énorme pendant 4 ans ) sont fabriqué à partir de Nitrate de soude chilien (engrais chimique indispensable aux blés français et européens mais aussi base chimique des poudres à canon classiques ou améliorées). Le transport du Nitrate se fait encore en très grande partie avec des navires à voile (les derniers "cap horniers" en acier , à cette époque des navires à 4 ou 5 mâts) qui ont sur les vapeurs l'avantage du coût et surtout du rayon d'action . Les anglais ont laissé tomber les grands voiliers et revendu leurs navires aux français au cours des années 1900-1910 et deux sociétés d'armement naval dominent cette ligne du nitrate de soude : La compagnie A.D.Bordes française basée à Bordeaux et Dunkerke, avec des voiliers ex anglais, mais surtout des constructions françaises subventionnées, d'excellenre qualité , et la société F Laiesz , Allemande, basée à Hambourg, qui exploite les fameux Flying P liners , des 5 mâts au noms commençant par P (Preussen, Potosi, parma, Padua...etc, ces deux compagnies se taillent la part du lion , même s'il existe d'autres armateurs sur cette ligne : Rickmers (Allemand) , Erikson (scandinave) , des italiens ...etc... en général avec des navires en parfait état et des marins triés sur le volet car le Cap Horn est un vrai juge de paix en matière de qualité des navires et de leurs équipages. La guerre déclarée, Valparaiso et le Chili en général (ou existe une importante diaspora allemande) devient un nid d'espions (Cf le premier opus de la fameuse série d' espionnage "le poisson chinois" intitulé "la dame de Valparaiso" , dû à l'écrivain français Jean Bommart). Dans ce contexte , autant ménager le Chili et tenter d'évincer les armateurs allemands de cette ligne...mais le retour de manivelle se fait vite sentir, les grands voiliers français , qui assurent le ravitaillement en nitrate sont ultra vulnérables aux U boot ...ils donnent jusqu'à quinze noeuds sous les alizés mais louvoient et se trainent à l'entrée de la Manche (en général ils sont remorqués-à 4 ou 5 noeuds - une fois passée l'entrée de la Manche ). Pas question de les faire naviguer en convoi en raison des aléas du vent (quiconque assiste à une moderne régate est toujours étonné de l'éparpillement des bateaux quelques minutes après le départ.)...ce sera un véritable massacre dont la compagnie Bordes (par ailleurs traditionaliste et guère capable de passer à la navigation à vapeur ou au diesel) ne se remettra pas (en partie aussi à cause des lois sociales et des impôts sur les profits de guerre ...puis de l'apparition des procédés Solvay , fabriquant du nitrate artificiel à partir de l'azote de l'air ambiant)
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