![]() |
Le Revenge, en 1940 : juste bon pour l'escorte de lents convois de cargos... |
Pas question par exemple de risquer un des nouveaux et précieux cuirassés de la classe King George V : à la place, on va plutôt envoyer à Singapour les vieux Renown, Nelson et Rodney, ainsi que les encore plus vénérables Revenge, Ramillies, Resolution et Royal Sovereign qui, depuis le début de la guerre sont pourtant considérés comme juste bons à l'escorte de lents convois de cargos !
Mais comme plusieurs de ces bâtiments doivent prochainement entrer en cale sèche, ou s'y trouvent déjà pour l'une ou l'autre raison, et comme les destroyers prévus pour leur escorte sont actuellement requis dans l'Atlantique ou la Méditerranée, le déploiement ne pourra de toute manière pas s'effectuer avant le mois de mars 1942... au plus tôt !
C'est beaucoup trop tard aux yeux de Churchill qui, le 11 août, à la Conférence de l'Atlantique, a par ailleurs été informé par Roosevelt que la position des États-Unis à l'égard du Japon était appelée à se durcir dans les semaines à venir, rendant l'hypothèse d'une guerre encore plus probable !
Dès le lendemain, l'Amirauté propose alors un autre plan, limité cette fois-ci aux seuls bâtiments immédiatement disponibles, soit les quatre vieux Revenge,... et le Repulse à la place de son jumeau Renown (1)
Mais Churchill ne l'entend pas de cette oreille et, revenu en Angleterre, ne se prive pas de le faire savoir à Dudley Pound, Premier Lord de la Mer : "Dans les prochaines semaines", écrit-il, "il devrait être possible de positionner dans l'Océan Indien une force de dissuasion" (sic)
"Une telle force", poursuit-il, "serait constituée d'un très petit nombre de nos meilleurs navires. La façon la plus économique de procéder serait d'envoyer le Duke of York aussitôt que ses problèmes de mise au point seront résolus (2). Il pourrait être rejoint par le Repulse ou le Renown, et par un porte-avions rapide. Cette puissante formation pourrait se montrer dans le triangle Aden-Singapour-Simon's Town (3). Elle exercerait un effet paralysant (sic) sur la stratégie navale japonaise" (4)
(1) en cale sèche pour diverses réparations et mises à niveau, le Renown ne reviendra au service actif qu'en novembre.
(2) troisième cuirassé de la classe King George V, le Duke of York ne sera déclaré opérationnel que le 4 novembre
(3) pointe sud-ouest de l'Afrique du Sud
(4) Martin Middlebrook & Patrick Mahoney, The Sinking of the Prince of Wales and Repulse
2 commentaires:
Bonjour! Excellent blog...On est frappé par la propension de Churchill à prendre ses désirs pour des réalités et par ses schémas mentaux datant de la guerre de 14 (comme pour les généraux français)...Il semble oublier un certain nombre de "détails" (qui sont l'endroit où se niche le diable).
La Royal Navy n'est plus ce qu'elle était à la veille de 14-18 (moins de navires et surtout moins de navires récents...et quant au moral des équipages, un épisode comme les mutineries d'Invergordon , liées à la tentative de mettre les marins en demi-solde ou presque a laissé des traces.)
Les navires anciens , comme les automobiles "fortement kilométrées" ont besoin de "passer au garage" plus fréquemment que les navires neufs qui profitent d'une "maintenance honeymoon"...sauf si , bien entendu , on a fait comme les japonais ou les italiens , à savoir faire une opération de reconstruction de grande ampleur -histoire de contourner les traités navals- en reconstruisant les navires de la quille à la pomme du mât (les marins anglais préfèrent dire "from stem to stern" de l'étrave à l'étambot) avec des nouvelles machines, des chaudières neuves au mazout, des nouveaux canons et si possible des radars et des systèmes de direction de tir dernier modèle, un processus presque aussi coûteux que de construire du neuf.
Churchill n'est qu'à moitié convaincu de l'avènement du porte-avions comme "capital ship"...bien que ce soient les anglais qui aient donné une magistrale démonstration de la puissance de l'aéronavale embarquée en bombardant la flotte italienne à Tarente, avec des résultats dévastateurs et ce dès 1940, une démonstration magistrale qui a été étudiée avec intérêt par les amiraux japonais.
Churchill fait la fine bouche genre "il s'agit d'italiens , un peuple inférieur qu'in ne peut pas prendre au sérieux" et qui plus est les cuirassés italiens étaient à quai (comme la flotte française à Mers el Kébir) , une cible facile.
En celà il est moins lucide que l'amiral Cunningham (marin de surface traditionnel mais qui vu les circonstances de la première partie de la bataille de Matapan -les croiseurs de Pridham Whippell sévèrement malmenés par le cuirassé Vittorio veneto, avait décidé de tordre le cou à la Doctrine et de lâcher son aviation embarquée , ce qui renversa le cours de la bataille)
Churchill a l'air de mésestimer les japonais et en particulier leur marine...et pourtant! Il semble oublier qu'après la première génération de navires fabriqués en France, la marine Japonaise a été en grande partie conçue, équipée et entraînée par les anglais...et que l'élève a sur bien des points dépassé le maître (un scénario que l'on retrouvera dans l'industrie motocycliste , automobile et des moteurs hors bord après la 2° GM)...Les anglais avaient d'ailleurs tout fait (en sous-main) au tout début du XX° pour booster la marie japonaise et provoquer la déroute de l'"ours russe" à Tsou-shima et Port Arthur...
Churchill et ses amiraux ne pouvaient pas ignorer le réarmement japonais (sauf à avoir des services de renseignement navals en dessous de tout). Se contenter de "monter le pavillon" avec quelques cuirassés était assez prétentieux et inefficace
Publier un commentaire