dimanche 3 mars 2024

7948 - "Je donne les bons chiffres au Führer, et c’est tout !"

Goering : ou l'inexorable plongée dans un univers de plus en plus parallèle...
... par sa volonté obstinée de s’engager en URSS, puis son refus, tout aussi obstiné, de s’en... désengager, Adolf Hitler est naturellement le principal responsable du terrible châtiment qui va bientôt s’abattre sur le peuple allemand, mais on aurait grand tort de négliger le rôle joué dans cette tragique affaire par les plus hauts dirigeants de la Luftwaffe, à commencer bien sûr par le premier d’entre-eux, le Reichsmarschall Hermann Goering.

Au début de la guerre, la popularité de Goering ne le cédait qu’au Führer en personne, mais après le premier bombardement de Berlin, qu’il avait fort imprudemment jugé impossible, son étoile n’a plus jamais cessé de pâlir, à mesure que l’intéressé sombrait, tout comme d’ailleurs son Maître, dans un déni de plus en plus flagrant de la réalité,... pour ne pas dire dans un univers parallèle !

Goering, bien sûr, et il est loin d'être le seul, ne dit jamais au Führer que ce que le Führer a réellement envie d’entendre, ce qui l’a notamment poussé, à la fin de 1942, à lui garantir que la VIème Armée, encerclée à Stalingrad, pourrait bénéficier d’un ravitaillement aérien de "700 tonnes par jour" qui, même dans les meilleurs jours,... n’a jamais dépassé les 300 tonnes !

Mais le vrai problème, c’est que Goering exige lui aussi de tous ses subordonnés qu’ils ne lui révèlent que ce qu’il a lui-même envie d’apprendre !

Ainsi, le 31 mai 1042, au lendemain du premier raid Millenium sur Cologne, le chef suprême de la Luftwaffe, arguant "qu’on ne peut pas larguer autant de bombes sur une ville en une nuit !", a balayé du revers de la main les chiffres qui lui ont présenté, puis immédiatement téléphoné au maire de Cologne. 

"Votre rapport de police", lui a-t-il dit,  "n’est que mensonges. Je vous dis en tant que Reichsmarschall que les chiffres que vous avez donnés sont trop élevés ! Comment peut-on donner de tels chiffres au Führer ? Je vous le dis, ils sont trop élevés !" (1)

Et alors que le malheureux maire protestait de sa bonne foi, Goering a surenchéri : "Êtes-vous en train de me dire que je mens ? Je donne les bons chiffres au Führer, et c’est tout !" (2)

(1) et (2) cité par Randall Hansen, The Allied Bombing of Germany 1942-1945 (pp. 99-100)

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