samedi 20 septembre 2014

4215 - "Ma vie avec un criminel de guerre"

 … Lina Heydrich échappera donc à la Justice tchèque, mais aussi à la Justice allemande, qui la "dénazifiera" sans conséquence et aussi sans trop se faire prier

Mieux : à la fin des années 1950, elle mènera plusieurs procès contre la RFA, arguant du fait qu’en tant qu’épouse d’un général tué au combat, elle a droit, comme n’importe quelle autre Allemande dans sa situation, à une pension de veuve de guerre !

Injustifiable au plan moral en raison des innombrables crimes commis par son époux, cette requête s’appuie en revanche sur de solides arguments juridiques : la SS, où Heydrich servait comme général, était bel et bien une composante officielle de l’Armée allemande, tout aussi officiellement payée et entretenue par le budget de l’État, et c’est bel et bien au combat, les armes à la main, qu’Heydrich a été tué par des soldats envoyés à Prague par une puissance étrangère avec laquelle le Reich était officiellement en guerre.

Et de fait, Lina finira par gagner sa cause et par recevoir chaque mois un chèque du contribuable allemand, lequel, joint aux revenus de la petite auberge qu’elle ouvrira sur l'île de Fehmarn - auberge régulièrement fréquentée par d’anciens SS venus y parler du "bon vieux temps" - lui permettra de vivre confortablement.

En 1976, elle écrira ses mémoires, Leben mit einem Kriegsverbrecher - "Ma vie avec un criminel de guerre" - où elle soutiendra, comme tous ses compatriotes, "n’avoir jamais rien su" des camps de concentration et des chambres à gaz ni même, dans son cas, des véritables activités de son époux !

Mais contrairement à la majorité de ses compatriotes, elle aura au moins la décence de ne pas nier, ni même renier, son passé de nazie convaincue, et c’est d’ailleurs en nazie convaincue, qui ne regrette rien si ce n’est peut-être que le Reich ait perdu la guerre, qu’elle s’éteindra sur l’île de Fehmarn le 14 août 1985, à l’âge de 74 ans…

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