
... si la chute de Sébastopol ravit Manstein, et lui vaut son bâton de feld-maréchal, l'intéressé ne peut s'empêcher d'observer que ce canon géant n'a jamais justifié ni le temps ni les moyens nécessaires pour le mettre en œuvre.
A la même époque, en Angleterre, le célèbre Barnes Wallis, est occupé à mettre au point une gigantesque bombe d'avion de 5 tonnes (la "Tallboy") et s'attaquera bientôt à une version améliorée (la "Grand Slam") plus gigantesque encore, puisque poussée à 10 tonnes.
Guère plus utiles que les obus de 7 tonnes du Dora, ces bombes géantes ont au moins l'avantage d'être bien plus facilement exploitables et de bénéficier d'une portée simplement limitée à l'autonomie du bombardier qui la transporte.
Si les ingénieurs de Krupp nourrissent encore quelques illusions sur les mérites de l'Artillerie super-lourde - comme celle, délirante, de pouvoir installer leur canon sur un tank géant de 1 500 tonnes (!) - les faits vont néanmoins donner raison à Manstein Renvoyé en Allemagne, Dora effectue encore quatre tirs d'essai en mars 1943, dont deux en présence de Hitler qui en sort paraît-il "très impressionné", puis se tait définitivement.
La suite se perd dans l'épaisse fumée qui accompagne la chute du Troisième Reich.
Le deuxième Dora, lui aussi commandé en 1937, a été livré en 1942 ou 1943 mais n'a probablement jamais tiré le moindre obus, pas plus d'ailleurs qu'une version modifiée, au calibre réduit à 520mm mais au tube allongé à 48 mètres (1), que les Américains retrouveront, non terminée, aux usines Krupp d'Essen, au printemps 1945.
En avril 1945, justement, les Américains découvriront également, et photographieront, en Bavière, les éléments d'un canon Dora éparpillés sur plusieurs kilomètres de voie ferrée et préalablement sabotés par la Wehrmacht.
On s'accorde généralement pour affirmer que celui-là était le deuxième exemplaire produit, et que le premier - celui de Sébastopol - aurait été découvert par l'Armée Rouge en Saxe, à peu près à la même époque, et dans le même et triste état (2)
(1) celui-ci semble avoir été destiné à des tirs à longue portée, depuis le Pas-de-Calais, contre l'Angleterre
(2) Dans un cas comme dans l'autre, les canons - ou ce qu'il en restait - ont apparemment été ensuite refondus par les Allemands eux-mêmes, pour pallier le manque de métaux dans l'après-guerre

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