... on a souvent attribué les piètres performances de la Regia Marina, et l'extrême prudence de ses amiraux, au fait qu'à la différence de la Grande-Bretagne, l'Italie n'avait pas voulu se doter de porte-avions, armes décisives par excellence.Bien que non dénuée de fondements, cette assertion repose largement sur un anachronisme : dans les années 1920 et 1930, lorsque l'Italie aurait pu s'en doter, le porte-avions était loin de représenter une arme miracle.
Même dans les pays qui lui étaient le plus favorable - le Japon et les États-Unis - les amiraux étaient tétanisés par le coût d'utilisation prohibitif de ce nouveau-venu, déconcertés par son étrange silhouette, et inquiets de son apparente fragilité.
En 1921, l'américain Billy Mitchell avait bien démontré, de manière pour le moins percutante, la vulnérabilité des cuirassés aux bombes d'avions. Mais cette démonstration ayant été effectuée sur le vieil Ostfriedland allemand, désarmé et à l'ancre, la plupart des observateurs s'étaient entendus pour considérer qu'il en irait tout autrement en combat réel, c-à-d en pleine mer, sur un bâtiment capable de manoeuvrer à haute vitesse, et bien résolu à se défendre.
Ils faisaient également remarquer, non sans justesse, que les Martin MB-2 utilisés par Mitchell étaient à ce point surchargés par leur bombe d'une tonne qu'ils étaient à peine capables de voler, et ne pouvaient de surcroît décoller que depuis une fort longue piste terrestre.
A cela s'ajoutait, du point de vue italien, le fait que leurs cuirassés évolueraient non pas dans les vastes étendues de l'Océan Pacifique, mais uniquement en Méditerranée, c-à-d dans une mer fermée et de dimension réduite, donc jamais très loin de leurs bases et de celles de l'Aviation italienne, qui serait par conséquent toujours en mesure de leur prêter main-forte, en écartant d'éventuels appareils ennemis.
Aussi logique pouvaient-il sembler, ces raisonnement reposaient hélas sur une totale incompréhension des progrès techniques prévisibles : nés en 1862, à Hampton Roads, le cuirassé des années 1920 était déjà quasiment parvenu à la limite de son développement, et ne pourrait plus progresser que de manière négligeable. L'avion, au contraire, n'en était encore qu'à ses balbutiements, et pourrait bientôt emporter des charges bien plus lourdes, et voler bien plus rapidement vers sa cible...
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