mercredi 21 décembre 2005

1018 - l'exemple slovaque

... compte tenu de l'importante mortalité qui y régnait, les camps de concentration - et a fortiori d'extermination - ne pouvaient conserver leur raison d'être - et continuer à exister - sans arrivages incessants de nouveaux détenus à "évacuer"

Organiser les convois ferroviaires à destination des camps, et remplir les wagons, était la tâche principale d'Adolf Eichmann, mais une tâche qui ne pouvait cependant s'accomplir sans la collaboration de toutes les autorités du Reich ainsi que de celles des pays occupés. L'Allemagne nazie n'avait en effet ni le temps, ni les moyens matériels et humains, pour se lancer seule dans la traque aux Juifs à l'intérieur de chacun des pays conquis. Pour parvenir aux résultats qui furent finalement les siens, elle devait absolument s'assurer la bienveillance, et si possible la complicité, des autorités locales.

A deux ans d'intervalle, les exemples slovaques et hongrois démontrent non seulement l'importance de cette collaboration, mais aussi toute son ambiguïté.

Dès le démantèlement de la Tchécoslovaquie, en 1938, les autorités du Reich n'avaient eu aucune peine à convaincre le chef du nouveau gouvernement slovaque, Josef Tiso, de prendre de sévères mesures restrictives à l'endroit des Juifs. En février 1942, confrontés à une ferme demande du Reich pour de la main d'oeuvre gratuite, le gouvernement Tiso ne se fit pas davantage prier pour livrer... 20 000 Juifs.

Le problème fut que les Slovaques voulaient se débarrasser des familles entières alors que les Allemands ne réclamaient que des hommes capables de travailler. Dans la logique du gouvernement slovaque, ne livrer que les hommes juifs priverait en effet de tout soutien matériel les femmes, les enfants et les vieillards juifs qui, du coup, se retrouveraient à la charge des autorités slovaques (*). En revanche, les autorités du Reich, n'ayant pas encore, à l'époque, les moyens "d'évacuer" un si grand nombre de Juifs improductifs, rechignaient.

Comme le souligne Laurence Rees, "La question fut tranchée à Berlin. Le gouvernement slovaque accepta de payer aux Allemands 500 Reichsmarks pour chaque Juif déporté [quel que soit son âge et son sexe] à condition qu'ils ne remissent jamais les pieds en Slovaquie et que les Allemands ne fissent valoir aucun droit sur les propriétés et autres biens laissés derrière eux. Les Slovaques, dont le chef de l'État était un prêtre catholique, payèrent donc les Allemands pour se débarrasser de leurs Juifs"

(*) la France de Vichy devait arriver à la même conclusion pour les Juifs français. Comme le nota Theodor Danneker après une entrevue avec Pierre Laval au sujet de la déportation des Juifs de France, [Pierre Laval propose que] "lors de l'évacuation de familles juives de la zone non occupée, les enfants de moins de 16 ans soient emmenés eux aussi. Quant aux enfants juifs de la zone occupée, la question ne l'intéresse pas"

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