lundi 12 décembre 2005

1009 - une cadence infernale

... A Treblinka, en août 1942, le rythme des massacres était devenu tel qu'il grippa complètement le fonctionnement de la machine de mort.

"A notre descente du train, raconta un survivant, nous avons vu un horrible spectacle : des centaines de corps gisant tout autour. Des tas de paquets, de vêtements, de valises, tout mélangé. Des soldats SS et des Ukrainiens juchés sur les toits des baraques tiraient dans la foule sans faire de distinction. Hommes, femmes et enfants tombaient en sang. L'air était saturé de hurlements et de sanglots"

Impossible dès lors de cacher, comme c'était pourtant la règle, la réalité du camp non seulement à ses futures victimes, mais aussi à la population avoisinante.

"L'odeur des cadavres en décomposition était épouvantable", raconta Eugenia Samuel, alors écolière polonaise. "On ne pouvait pas ouvrir une fenêtre ni sortir à cause de cette puanteur. Vous n'imaginez pas cette puanteur".

A Treblinka, au plus fort de la tuerie, 10 000 personnes étaient ainsi "évacuées" chaque jour, dans des conditions inimaginables. Un record absolu qui valut pourtant au commandant du camp, le Dr Irmfried Eberl, de perdre sa place. Fin août, le capitaine SS Christian Wirth - fondateur de Belzec - fut nommé inspecteur des camps d'extermination et se rendit immédiatement à Treblinka en compagnie de son supérieur, le général SS Odilo Globocnik.

Très vite, ils reprochèrent à Eberl non pas d'avoir tué trop de Juifs - ni même battu tous les records dans cette discipline - mais de l'avoir fait de manière désordonnée et "incorrecte", en particulier de ne pas s'être préoccupé des biens et effets personnels des Juifs assassinés, qui se trouvèrent dès lors laissés à l'abandon, à la merci des éléments et des gardiens ukrainiens

"Au cours de cette conversation, raconta un témoin, Globocnik a dit que si le Dr Eberl n'était pas son compatriote, il l'arrêterait et le ferait comparaître devant une cour de la SS et de la police. Eberl fut limogé, et les convois à destination de Treblinka temporairement suspendus. Un nouveau commandant, Franz Stangl, qui avait précédemment travaillé avec Wirth et se trouvait alors à Sobibor, fut chargé de remettre de l'ordre".

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