... après tant d'énergie dépensée vainement à la recherche d'un "avion miracle", ce n'était finalement que justice pour l'Allemagne d'en dénicher un.Mais si le biréacteur Messerschmitt 262 devint un mythe et fut le premier chasseur à réaction opérationnel au monde, s'il préfigurait à lui seul ce que serait l'aviation au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il était cependant incapable de renverser à lui seul le cours d'une guerre depuis longtemps perdue pour l'Allemagne. Et il ne laissa pas que de bonnes impressions à ses utilisateurs.
Bien que son premier vol ait eu lieu en avril 1941, le bel oiseau n'entra en service qu'à l'été 1944, trop tard pour le débarquement de Normandie. Plus que les hésitations d'Hitler quant à son rôle, ou le conservatisme des cadres de la Luftwaffe, ce furent en fait les moteurs Jumo 004 qui constituèrent le principal frein à sa carrière.
Les pannes d'un ou même des deux réacteurs en plein vol étaient fréquentes. Du reste, la durée de vie de ces derniers ne dépassait pas 25 heures,... ce qui restait néanmoins supérieure à l'espérance de vie des jeunes pilotes allemands à la fin de 1944.
Avec plus de 800 kms/h, le Me 262 volait bien plus vite que n'importe quel chasseur allié, mais la consommation de ses réacteurs était telle que l'autonomie ne dépassait pas 800 kms, contraignant les mécaniciens à ne démarrer les réacteurs que sur le seuil de piste, quelques secondes avant le décollage, pour économiser une essence par ailleurs de plus en plus rare en Allemagne.
Très performants en altitude, les réacteurs étaient à ce point poussifs au décollage et à l'atterrissage qu'ils rendaient l'avion aussi vulnérable qu'un canard posé sur l'eau. Une faiblesse que les chasseurs alliés, dix fois plus nombreux dans le ciel, ne se privaient pas d'exploiter.
D'un punch incontestable, ses quatre canons Mk108 de 30mm s'enrayaient avec une fréquence désespérante, en particulier en virages. Et comme leur portée utile ne dépassait pas 300 ou 400 mètres, ils ne laissaient au pilote, surgissant à une vitesse plus de deux fois supérieure à celle de sa cible, qu'une fraction de seconde pour viser, tirer et dégager en catastrophe sous peine de la percuter. Il fallait des yeux de lynx et des nerfs d'acier, denrées devenues fort rares parmi les jeunes pilotes trop inexpérimentés d'une Luftwaffe au bout du rouleau.
De fait, et malgré plus de 1 400 exemplaires produits, la contribution du Me 262 à l'effort de guerre allemand fut à peu près nulle. Et s'il donna des sueurs froides aux Alliés, ceux-ci se consolèrent par la suite, en ramenant chez eux, par dizaines, des Me 262 retrouvés abandonnés un peu partout en Allemagne. Ils les étudièrent longuement et s'en inspirèrent pour leurs futurs chasseurs, s'épargnant ainsi des frais de recherche considérables.
"L'avion miracle" l'était finalement devenu, mais pour ses vainqueurs...
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