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| John Jellicoe, ou comment ne surtout PAS perdre de cuirassés, et la guerre, en un après-midi... |
Saviez-vous que...
lundi 26 janvier 2026
9162 - ne surtout pas perdre la guerre en un après-midi...
dimanche 25 janvier 2026
9161 - quand l'Histoire bascule
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| Le cuirassé Audacious, victime d'une simple mine un an après sa mise en service |
Dans cette 1ère G.M. qui n’en est qu’à ses tout débuts, et pour une Marine de Guerre aussi puissante que la Royal Navy, la perte des vieux croiseurs-cuirassés Aboukir, Cressy et Hogue, et, avant cela, celle du petit Pathfinder de moins de 3 000 tonnes, n’est cependant pas une tragédie en soi, et peut encore passer pour un regrettable mais simple incident de parcours.
Mais au matin 27 octobre, l’Histoire bascule soudainement d’un seul coup !
Alors qu’il se trouve en exercice de tirs au large de la petite île de Toraigh, au Nord de l’Irlande, le Dreadnought Audacious, un 25 000 tonnes de la classe King George V, mis en service à peine un an plus tôt, frappe en effet une mine à la hauteur de la salle des machines, et s’incline presque immédiatement sur bâbord.
Le coup ne parait pas décisif, et de fait, durant plusieurs heures, d’abord par ses propres moyens, et ensuite à la remorque, le cuirassé s’efforce de rallier Lough Swilly, qui n’est qu’à quelques dizaines de km, afin de s’échouer sur le rivage.
Mais le remorquage se passe mal, l’eau ne cesse de monter sans que rien ni personne soit en mesure de l’empêcher, et à 20h45, le cuirassé chavire, puis, ravagé par une énorme explosion interne, s’engloutit un quart d’heure plus tard.
L’intégralité de l’équipage a réussi à évacuer sain et sauf, mais chez les Britanniques, le choc est néanmoins brutal, et la crainte d’une réaction de l’opinion publique tel que le commandant-en-chef de la Grand Fleet, John Jellicoe, impose aussitôt un secret absolu sur toute cette affaire,… qui ne sera rendue publique en Grande-Bretagne que trois jours après l’Armistice de 1918 !
samedi 24 janvier 2026
9160 - Grand Fleet de l'autre...
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| Les Aboukir, Hogue et Cressy, coulés par ke U-21. Tableau allemand de 1915 |
Quel incroyable paradoxe : alors qu’ils sont - et de loin - les plus formidables bâtiments de guerre jamais conçus par l’Homme, les cuirassés britanniques et allemands se contentent donc de patienter tranquillement à l’ancre, en laissant à des navires bien plus petits et moins puissants qu’eux le soin d’en découdre sur mer !
Il faut dire qu’à Londres comme à Berlin, chacun commence déjà à s’inquiéter de la vulnérabilité de ces mastodontes et de l’impact que ne manquerait pas d’avoir, autant sur les Finances publiques que sur l’opinion publique, la disparition éventuelle de l’un d’entre-eux !
Et il y a effectivement de quoi s’inquiéter !
Si la menace aérienne n’est encore qu’une lointaine vue de l’esprit, celle des torpilles de sous-marins et des mines est en revanche déjà bien présente !
Le 5 septembre, au large de l’Île de May, c-à-d à proximité immédiate des mouillages de la Grand Fleet, le croiseur Pathfinder se brise en effet en deux sous l’effet d’une seule torpille tirée par le sous-marin U-21 à moins de 2 000 mètres.
Le 22, et en moins d’une heure, l’U-9 fait mieux encore, en réussissant le triplé parfait au détriment du croiseur-cuirassé Aboukir, puis de ses homologues Hogue et Cressy, qui ont stoppé pour lui porter secours !
En moins de trois semaines, le menace sous-marine est devenue telle que la Grand Fleet, plutôt que de patrouiller en mer et de chercher l'engagement avec la Hochseeflotte, préfère se disperser provisoirement tant elle juge ses actuels mouillages de Rosyth et de Scapa Flow peu sécuritaires...
vendredi 23 janvier 2026
9159 - Hochseeflotte d'un côté...
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| La Hochseeflotte à l'entraînement... avec un Zeppelin d'observation |
Lorsque la Grande-Bretagne déclare finalement la guerre, le 4 aout 1914, la Kaiserlische Marine de Guillaume II, partie de rien et au prix d'un effort véritablement kolossal, est devenue la seconde puissance navale au monde.
Mouillée à Wilhemshaven, sa composante principale, la Hochseeflotte, ou "Flotte de Haute Mer" comprend alors pas moins de vingt-deux pré-dreadnought, quatorze dreadnought et quatre croiseurs de bataille, tandis que cinq autres cuirassés, et trois croiseurs de bataille, dont la construction a déjà commencé, rejoindront encore ses rangs avant l'Armistice de novembre 1918.
C'est beaucoup… mais néanmoins encore très insuffisant pour espérer l'emporter sur les Britanniques à la régulière et en bataille rangée, surtout si l'on considère le peu de valeur militaire des pré-dreadnought, ainsi que l'infériorité qualitative des navires allemands qui, sur le papier du moins, et autant en blindage qu'en puissance de feu, sont presque toujours surclassés par leurs adversaires de la Grand Fleet, par ailleurs moitié plus nombreux !
Craignant, à juste titre, de finir décimée si elle recherche le combat singulier, la Hochseeflotte va maintenant passer le plus clair de son temps à attendre sagement dans l'Estuaire de la Jade que se présente enfin une occasion favorable.
De son côté, et parce qu'elle craint au moins autant, sinon davantage, de tomber dans un piège de mines et de sous-marins tendu par son adversaire, piège qui lui ferait alors perdre son précieux avantage numérique, la Grand Fleet se contente également de patienter à l'ancre, en ses mouillages de Rosyth et, surtout, de Scapa Flow (Orcades)…
jeudi 22 janvier 2026
9158 - un avantage renforcé
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| Le Canada, ex Almirante Latorre, lors de la 1ère G.M. |
Et c’est particulièrement vrai des centaines de marins ottomans déjà présents en Grande-Bretagne pour y réceptionner les navires et les convoyer jusque Constantinople, et qui se déclarent prêts à les prendre d’assaut pour y hisser leur pavillon national, menace à laquelle Churchill, nullement impressionné, réplique du tac-au-tac en donnant l’ordre de s’opposer à pareille tentative "par la force si nécessaire"
On est à deux doigts d’une entrée en guerre prématurée de l’Empire ottoman aux côtés de l’Allemagne !
Heureusement, et pour cette fois du moins, l’affaire se termine dans le calme, et par le retour des marins ottomans, aussi dépités que furieux, dans leur pays natal
Mais, comme il fallait s’y attendre, cette malheureuse histoire va laisser des traces profondes et durables dans les relations entre l’Empire et la Grande-Bretagne,… surtout si l’on se rappelle que les dits dreadnought ont été largement financés par une souscription volontaire auprès du public, et que de tels navires incarnent alors, et partout dans le monde, le summum de la fierté nationale et de la virilité triomphante
Dans l’immédiat, la Royal Navy y gagne en tout cas deux dreadnought de plus, qui accroissent encore son avantage numérique sur la Kaiserlische Marine allemande, et qui, avec des équipages néanmoins fort improvisés, rejoignent la flotte dès le début du mois d’aout, et y serviront jusqu’à la fin de la guerre.
Et ce n’est pas fini puisque, dans la foulée, Churchill décide également de mettre la main, mais cette fois par la négociation et le rachat, sur l’Almirante Latorre, soit un des deux dreadnought alors en construction pour la marine chilienne (1), lequel va devenir le HMS Canada (2) et entrer en service en octobre 1915…
(1) inachevé en 1914, et laissé à l’abandon pendant près de quatre ans, le deuxième Dreadnought chilien sera finalement racheté par la Royal Navy en 1918 et terminé en porte-avions sous le nom de HMS Eagle
(2) après la guerre, le Canada sera revendu, sous son nom d’origine à ses premiers acheteurs chiliens, qui le garderont en service jusqu’au début des années 1950
mercredi 21 janvier 2026
9157 - la réquisition
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| L'Agincourt - et ses incroyables SEPT tourelles - derrière l'Erin, en 1918 |
Et c’est alors qu’intervient un jeune et déjà célèbre Britannique de 31 ans qui, en octobre 1911, a accepté avec enthousiasme le poste de Premier Lord de l’Amirauté, soit l’équivalent d’un Secrétaire d’État à la Marine…
… Winston Churchill
A ce poste, Churchill n’a pas tardé lui non plus à être atteint de la "fièvre du dreadnought"… dont il avait pourtant dénoncé les coûts exorbitants trois ans plus tôt, lorsqu’il était Ministre du Commerce !
Et puisque les Allemands se sont eux mis eux aussi à construire des dreadnought, la Grande-Bretagne, a-t-il déclaré, doit se mettre à fabriquer des… super-dreadnought de 33 000 tonnes et 8 canons de 381mm - les futurs Queen Elizabeth - qui seront bien sûr encore plus gros, encore plus puissants… et encore plus chers que tous leurs prédécesseurs !
Mais le 29 juillet 1914, alors que les perspectives de guerre se renforcent, et que ces cinq nouveaux "super-cuirassés" sont encore loin d’être achevés, Churchill prend une décision qui va certes plaire à la Royal Navy, mais en revanche fortement... déplaire à l’Empire ottoman : réquisitionner, et faire verser à cette même Royal Navy, sous les noms d’Agincourt et Erin (1), les dreadnought Sultân Osmân-ı (ex Rio de Janeiro brésilien) et Reşadiye, qui terminent tous deux leurs essais en mer, ultime étape avant livraison à l’Empire ottoman !
Avec l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne contre l’Allemagne qui apparait de plus en plus imminente, et le rapprochement de plus en plus évident de l’Allemagne avec le dit Empire ottoman, la décision de Churchill est on ne peut plus logique : à quoi bon en effet livrer à autrui des armes alors considérées comme la clé de toute victoire sur Mer, des armes dont on risque d’avoir urgemment besoin pour soi-même,… et des armes qui risquent fort d’être utilisées contre soi dans les jours ou les semaines à venir…
(1) intacts, et en relativement bon état, à la fin de la guerre, les Agincourt et Erin seront néanmoins ferraillés en 1922, en application des clauses du Traité de Washington sur la réduction des armements navals.
mardi 20 janvier 2026
9156 - j'en veux un moi aussi !
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| Le Sultân Osmân-ı, ex Rio de Janeiro, en construction en Grande-Bretagne |
Il faut dire qu’avec leur taille et surtout leurs énormes canons fièrement dressés, ces navires incarnent l’idée-même de la puissance virile et, par ricochet, celle de la Nation à laquelle ils appartiennent.
Partout où ils se trouvent, hommes et femmes se pressent pour venir les admirer, et dans les pays qui ne sont pas en mesure d’en construire eux-mêmes, la demande est quand même telle que l’on s’empresse d’en commander à l’étranger, c-à-d, en pratique, en Grande-Bretagne et en Allemagne.
Très largement inspiré de la classe King George V (1) britannique, et très largement financé par des souscriptions patriotiques auprès du public, le premier dreadnought ottoman, le Reşadiye, est donc mis en chantier à partir de décembre 1911.
Par rapport au Dreadnought originel, né à peine six ans plus tôt, l'armement fait là encore un bond en avant, passant de 10 x 305mm à 10 x 340mm, de même que le tonnage, qui gagne 5 000 tonnes, et, bien entendu,... le coût
Un second bâtiment, le Fatih Sultan Mehmed est prévu, mais le prix d'achat du Reşadiye, évalué à plus de 2 500 000 £ de l'époque (!) est tel qu'il ne pourra à l'évidence être terminé avant longtemps, ce qui tombe d'autant plus mal que la Grèce, réagissant à la construction de ce premier dreadnought ottoman par un chantier naval britannique s'empresse de commander son propre dreadnought, le Salamis, armé de 8 canons encore plus gros (356mm), à un chantier... allemand !
Mais c'est alors que le Brésil, qui avait déjà commandé deux dreadnought en Grande-Bretagne, se retrouve victime d'une grave crise économique et incapable de régler la facture finale du troisième, le Rio de Janeiro, dont la construction avait commencé en septembre 1911, et qui offre la saisissante particularité d’être équipé du plus grand nombre de tourelles (7) et de canons (14) jamais monté sur un cuirassé !
Désormais soldé, le Rio de Janeiro est bientôt acquis… par l’Empire ottoman, qui y voit l’occasion de se doter d’un deuxième Dreadnought pour beaucoup moins cher que prévu, et le rebaptise Sultân Osmân-ı…
(1) cette classe de Dreadnought ne doit pas être confondue avec la classe homonyme de 1939



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