samedi 28 février 2026

9195 - l'Irresistible et l'Ocean ensuite...

L'Irrésistible, en train de sombrer, 18 mars 1815

… mais alors que la manœuvre s’effectue comme de coutume sur tribord, et vers la Baie d’Eren Köy, voilà que l’Inflexible se retrouve à son tout victime d’une énorme explosion, qui lui fait embarquer plus 1 500 tonnes d’eau !

Heureusement pour lui, le croiseur de bataille est moderne et raisonnablement bien conçu, ce qui lui permet donc de sortir du Détroit par ses propres moyens et d’aller s’échouer sur une plage de l’ile de Tenedos, où la pose d’un batardeau provisoire lui permettra d’aller se faire réparer à Malte début avril.

Mais à 16h15, un nouveau coup de tonnerre s’abat sur la flotte : l’Irrésistible, qui dérive en panne de machines, est à son tour ravagé par une explosion !

Désemparé, et gîtant maintenant de près de dix degrés sur tribord, le pré-dreadnought devient aussitôt une cible de choix pour l’artillerie ottomane, ce qui incite les Britanniques à lui envoyer l’Ocean avec pour mission de le prendre en remorque…

Et en cherchant à se rapprocher de l’Irresistible, voilà maintenant l’Ocean qui s'échoue sur un haut-fonds ! Le temps de se dégager de cette fâcheuse position et l’Irresistible, profondément enfoncé par l’avant et qui gîte de plus en plus sur tribord, se révèle maintenant impossible à remorquer !

On se contente donc de recueillir les membres d'équipage encore à bord avant de mettre le cap sur la sortie de détroit, en abandonnant l'épave du pré-Dreadnought à son sort

Et à 19h00, comme il est dit que rien ne sera décidément épargné à la Coalition en cette triste journée du 18 mars 1915, c'est l'Ocean qui se retrouve à son tour ravagé par une déflagration !

Gîtant de près de 15 degrés sur tribord, ses chaufferies envahies par l’eau, et bien entendu canonné depuis la rive par les Ottomans trop heureux de l'Aubaine, l’Ocean n’est rapidement plus qu’une cause perdue, que son équipage évacue vers 19h30 et qui, à l’instar de l’Irresistible, sombrera durant la nuit !

vendredi 27 février 2026

9194 - la mort du Bouvet...

Le chavirage du Bouvet : plus de 600 morts en quelques secondes...

... sur le Bouvet, personne ne connait la raison de cette formidable explosion, mais personne n'a non plus le loisir de mener la moindre enquête : en quelques secondes, la gîte atteint en effet 10, 20, 30 degrés, et rien ne semble en mesure de la stopper.

Horriblement mal conçu et mal compartimenté, comme la plupart des pré-dreadnought, particulièrement français, de l'époque, le Bouvet se couche sur son flanc à une vitesse effrayante.

Machineries, équipements, et bientôt obus, s'arrachent de leurs supports et se fracassent contre les parois, accentuant d'autant la gîte, tandis que, piégés dans leurs casemates ou chaufferies, ou dans tous les ponts inférieurs, des centaines de marins, incapables de rallier la moindre issue vers l'extérieur, sont condamnés à une mort atroce.

Le Bouvet chavire et s'engloutit, emportant 660 marins et officiers, soit 90% de son équipage, avec lui.

Au total, l'affaire a duré moins de deux minutes (1)

Sur les autres bâtiments de la flotte, c'est naturellement la consternation, mais dans le feu de l'action, avec les obus ottomans qui continuent de s'abattre, et avec les torrents de fumée noire vomis par les cheminées et les tubes des canons, personne n'est en mesure de dire ce qui - mine, torpille, obus ou alors simple explosion accidentelle (2) - a anéanti ce 12 000 tonnes mis en service en 1898.

C'est la guerre. Et à 15H15, preuve que la guerre continue et que le feu ottoman est encore vivace, voilà que l’Irresistible, est atteint par un obus de gros calibre, et donnant de la bande sur tribord, finalement autorisé à retraiter, de même, que l’Inflexible, quelques minutes plus tard…

(1) certains parlent même de 55 secondes seulement !

(2) les explosions accidentelle n'étaient pas rares sur les cuirassés, véritables poudrières flottantes

jeudi 26 février 2026

9193 - l'inévitable catastrophe

Le pré-Dreadnought français Bouvet, sur le point de chavirer

… 18 mars 1915, 10h45

Au matin du 18 mars, la première ligne britannique passe donc l’embouchure du Détroit et, suivie par le reste de la flotte, s’engage dans le goulet, puis ouvre le feu sur les positions ottomanes. 

Distance : 10 000 mètres

Peu avant 13h00, le tir ottoman semble faiblir, ce qui incite les Britanniques à faire monter la deuxième ligne, autrement dit les pré-dreadnought français Gaulois, Charlemagne, Bouvet et Suffren, avec pour mission de s’approcher au plus prêt des positions de l’ennemi qui, comme ressuscité, recommence alors à tirer avec une ardeur redoublée !

Et les résultats ne se font pas attendre : touché par au moins quatre obus, le Suffren perd une de ses tourelles; sur le Gaulois, une torpille, tirée depuis la rive, occasionne une importante voie d’eau que les pompes et les portes étanches contiennent tant bien que mal; et si le Bouvet, malgré huit obus encaissés (!) ne subit pas de dommages irrémédiables, sa tourelle arrière de 305mm est désormais inutilisable, suite à la rupture de l’extracteur de fumée (1)

Même si elle demeure à son poste, la ligne française mériterait assurément un peu de repos, ce pourquoi, à 13h45, se voit-elle voit autorisée à regagner le banc de touche pour laisser sa place à la seconde ligne britannique.

Les Français s’exécutent. Le Bouvet avec retard, mais, conformément à ce qui est devenu une tradition, finit lui aussi par abattre sur tribord, vers la Baie d’Eren Köy.

Et ce qui devait arriver arrive : à 13h58, une énorme explosion déchire le flanc tribord du cuirassé…

(1) cet extracteur a pour but d’évacuer de la tourelle les gaz toxiques générés par les canons à chaque tir.

mercredi 25 février 2026

9192 - une attaque massive pour en finir

Le pré-Dreadnought français Charlemagne, un autre coule-tout-seul utilisé aux Dardanelles

… dans une bataille, il n’y a rien de pire qu’un comportement répétitif, ce pourquoi, dans la nuit du 8 au 9 mars, le petit mouilleur de mines Nusret - autre gracieuseté de la célèbre famille Krupp - est discrètement venu en déposer une trentaine devant cette baie

Et ces mines, nonchalance britannique oblige, sont demeurées inaperçues, contrairement à celles, bien connues, que les Ottomans, depuis des semaines, n’ont cessé de placer et de remplacer devant leurs forts.

Que Français et Britanniques viennent à lancer une attaque massive, et l’un ou l’autre de leurs bâtiments, en s’en retournant vers le large, aura toutes les chances d’en frapper une…

Chez ces derniers, justement, on s’est décidé à en finir par le biais d’une opération cette fois massive et en trois lignes d’attaque

* La première ligne, ou Line A, est composée du Super-dreadnought Queen Elizabeth (navire amiral), des pré-dreadnought Agamemnon et Lord Nelson, et du croiseur de bataille Inflexible

* La deuxième ligne, ou French Line B, est, comme son nom l’indique, française, et composée des pré-dreadnought Gaulois, Charlemagne, Bouvet et Suffren

* La troisième ligne, ou British Line B, aligne quant à elle les pré-dreadnought  Vengeance, Irresistible, Albion et Ocean

Ces trois lignes, qui doivent se relayer jusqu’à destruction complète de toutes les batteries ottomanes seront de surcroit protégées, sur leur flanc gauche, par les pré-dreadnought  Majestic et Prince George, et, sur leur flanc droit, par les Swiftsure et Triumph, tandis que les Canopus, lui aussi revenu des Falklands, et Cornwallis seront pour leur part tenus en réserve et sur les arrières de la formation.

Voilà pour le plan…

mardi 24 février 2026

9191 - quand les pertes se creusent

Marin du Queen Elizabeth, posant dans un des canons de 381mm Boys will be boys...

… 13 mars 1915

Mais effectués, dans un premier temps, depuis la Mer Égée, donc "en cloche" et par-dessus la bientôt célèbre Péninsule de Gallipoli, ou, plus tard, en tirs tendus et depuis l'intérieur-même du goulet, les salves du nouveau Super-dreadnought, bien qu'impressionnantes à contempler, ne sont finalement pas plus efficaces que celles des antiques pré-dreadnought employés jusqu'ici !

Et les jours s'écoulent sans avancée notable : malgré les bombardements qui se succèdent, les forts ottomans, décidément fort peu coopératifs, s'obstinent en effet à retourner les tirs, en particulier sur les malheureux chalutiers qui tentent vaille que vaille de draguer les mines en aval.

Dans la nuit du 13 au 14 mars, les défenseurs remportent même un succès notable, en endommageant gravement le croiseur Amethyst, occupé à escorter une demi-douzaine de dragueurs, dont quatre se voient également légèrement touchés.

Les pertes parmi les marins et, surtout, l'absence de tout progrès significatif sur le terrain, sèment naturellement la consternation à Londres, où chacun voyait déjà l'Union Jack flotter devant Constantinople.

Chez l’ennemi, en revanche, chacun fait ce qu’il peut pour réparer les dommages causés par les bombardements et renforcer les défenses, et c’est particulièrement vrai du général allemand von Sanders, qui se démène comme un beau diable pour acheminer vers Kilid-Bahr et Tchanak-Kaleh tous les canons et obusiers de campagne sur lesquels il peut mettre la main, mais aussi les mines dérivantes qu’il tenait jusque-là en réserve, et que le courant, qui filtre de la Mer de Marmara jusqu’à la Mer Égée, poussera inévitablement sur les bâtiments franco-britanniques.

En observant les évolutions de ces derniers, les Ottomans ont également constaté que ceux-ci, après avoir bombardé les forts, abattaient systématiquement sur tribord et la Baie d’Eren Köy afin de quitter le goulet et regagner la Mer Égée pour se réapprovisionner en obus et en charbon… 

lundi 23 février 2026

9190 - de deux forts à deux autres

Le Queen Elizabeth, bombardant les forts des Dardanellles

… 25 février 1915

Six jours plus tard, Français et Britanniques reprennent donc le pilonnage des forts de Sedd el Bahr et Koum Kaleh et, à leur grande satisfaction, voient cette fois le feu ottoman se réduire rapidement, ce qui permet bientôt aux premiers bâtiments de s’aventurer dans le détroit, et aux Royal Marines de débarquer pour sécuriser ces forts où, à leur grande satisfaction, ils ne rencontrent qu’une très faible résistance.

Succès donc,… mais néanmoins tout relatif puisque les Ottomans, jugeant leurs positions indéfendables, ont eux-mêmes décidé de les évacuer pour mieux reporter leurs efforts plus loin à l’intérieur du goulet (!), et plus précisément à l’endroit le plus étroit de celui-ci, entre les forts de Kilid-Bahr et Tchanak-Kaleh, qui se voient à leur tour pilonnés deux jours plus tard.

Mais les difficultés - au demeurant prévisibles - d’atteindre ces emplacements en tirs tendus et, surtout, la présence de pas moins d’une dizaine (!) de champs de mines plusieurs kilomètres en aval de ceux-ci perturbent terriblement les opérations.

Sur le papier, l’amiral Carden dispose pourtant de plus d’une vingtaine de dragueurs de mines, mais la quasi-totalité d'entre eux ne sont en réalité rien d'autre que de vulgaires chalutiers civils réquisitionnés, n'offrant aucune protection d'aucune sorte à leurs équipages tout aussi réquisitionnés que civils... et dès lors fort peu enclins à jouer les héros sous la mitraille !

En désespoir de cause, Carden fait alors appel à celui qui est, et de très loin, le navire le plus moderne et le plus puissant dont il dispose, en l’occurrence le Queen Elizabeth, le premier et tout nouveau Super-Dreadnought dont Jellicoe, à son corps plus que défendant, a finalement été contraint de se départir, en même temps que du croiseur de bataille Inflexible, revenu des Falklands

dimanche 22 février 2026

9189 - déjà trop tard

Le Bouvet, à l'entrée des Dardanelles

… Dardanelles, 19 février 1915, 07h58

Avec autant de vieux pots déclassés, l’ampleur de l’attaque sera donc considérablement réduite, et d’autant plus que lorsqu’elle se mettra finalement en branle, la dite attaque ne concernera au bout du compte que… douze bâtiments

Avec douze cuirassés, dont seulement deux modernes et raisonnablement protégés, peut-on encore parler des "opérations d'envergure" mettant en œuvre le "grand nombre de navires" que l’amiral Carden jugeait nécessaires pour forcer le passage des détroits ?

A condition de s'y prendre immédiatement, sans doute pourrait-on, malgré tout, remporter la mise, mais le problème c'est que l'obligation de coordonner les efforts des marines britanniques ET françaises pour une opération d'une ampleur somme toute inédite, ainsi que les inévitables lourdeurs administratives des unes et des autres, vont maintenant faire en sorte qu'il s'écoulera plusieurs semaines avant que l'on ne voit les bâtiments retenus s'ébranler finalement vers les Dardanelles.

Le 19 février 1915, soit plus d’un mois après la décision de les conquérir par la voie navale (!), deux destroyers britanniques s’engagent enfin devant les forts de Sedd el Bahr et Koum Kaleh qui barrent l’entrée du Détroit… et sont aussitôt pris à partie par une pièce de 240mm du fort de Koum Kaleh, fournie par la célèbre maison Krupp.

Les destroyers, qui ne sont là que pour tester les défenses de l'adversaire, cèdent bientôt la place aux pré-dreadnought Vengeance et Cornwallis qui, pendant plusieurs heures, entreprennent de pilonner les forts, mais avec des résultats néanmoins fort décevants, puisqu’à leur départ, ceux-ci ne déplorent que quelques morts et blessés parmi la troupe, et demeurent largement opérationnels.

Partie remise donc, et d’autant plus que c'est maintenant la météo qui s’en mêle : une mer agitée, et une visibilité très réduite reportent en effet au 25 février la suite de la bataille, offrant ainsi six jours supplémentaires aux Ottomans, et à leurs alliés allemands, pour renforcer leurs positions...