Et alors que les services de cryptanalyse britanniques ont correctement identifié les intentions allemandes, et donc incité la flotte à appareiller, ne voilà-t-il pas qu’ils se mettent à douter d’autant plus que les relevés de la radiogoniométrie signalent toujours la présence du Friedrich der Grosse, navire-amiral de Scheer, à Wilhemshaven !
Simple ruse de guerre : en prenant la mer, le cuirassé allemand a tout simplement permuté son indicatif avec celui d’un poste côtier voisin, mais autant sur l’Iron Duke que sur le Lion, chacun commence à se dire que le fameux message "31 Gg 2490" n'est peut-être qu'un message de routine, et toute cette sortie finalement rien d'autre qu’un nouveau coup d’épée dans l’eau.
Et l'ironie veut qu'au même moment, et autant sur le Friedrich de Grosse et le Lützow, Scheer et Hipper demeurent pour leur part résolument convaincus que les navires britanniques n'ont toujours pas levé l'ancre !
Doutes d'un côté et convictions de l'autre, à 14h00, et toujours cap au nord, les cinq croiseurs de bataille de Hipper ont en tout cas dépassé le bateau-phare de Horns-Reef et sont en route vers l'entrée du Détroit du Skagerrak, suivis, à une soixantaine de kilomètres en arrière - donc hors de leur vue - par les vingt-deux dreadnought et pre-dreadnought de Scheer.
Dans le même temps, et sur deux colonnes, les six croiseurs de bataille de Beatty progressent toujours vers l'est, suivis par le Warspite et les trois autres super-dreadnought d'Evan Thomas, positionnés dans leur nord-ouest, à quelque 8 kilomètres de distance.
Plus loin au nord, et tout autant hors de leur vue, les vingt-huit cuirassés de Jellicoe et Jerram, après avoir cheminé vers l'est durant plusieurs heures, viennent de mettre cap au sud-est afin de se rapprocher des croiseurs de bataille…






