samedi 3 janvier 2026

9139 - ni grands honneurs des médias ni Gloire quelconque

Le Formidable, à Sydney, débarquant des prisonniers de guerre libérés, octobre 1945
… dans les ultimes semaines de la guerre, donc, la British Pacific Fleet fut autorisée à combattre directement aux côtés de la 3ème Flotte américaine, mais à cette date, et dans ce Japon à l’agonie, que pouvait-il bien rester à détruire qui ait encore la moindre valeur militaire ?

Et combattre aux côtés des Américains ne signifiait toujours pas effectuer exactement les mêmes missions qu’eux : sans même parler de la destruction du super-cuirassé Yamato, que s’était déjà réservée, en avril 1945, la 5ème Flotte américaine de Spruance, la British Pacific Fleet fut encore empêchée, en juillet, sous la 3ème Flotte de Halsey, et à pas moins de trois reprises (!), de s’en prendre aux derniers vestiges de la Marine impériale japonaise, réfugiés à Yokosuka et Kure !

Impossible, dans ces conditions, d’accéder aux grands honneurs des médias et à une Gloire quelconque : tout au long de leur service au sein de la Flotte, les hommes de la British Pacific Fleet se contentèrent de faire humblement leur travail dans l’indifférence quasi-totale de leurs compatriotes qui, après la Capitulation allemande, en mai, avaient décidé de tourner la page, ne réalisaient même plus qu’il existait encore une guerre qui faisait rage à des milliers de km de chez eux et, à la conclusion de celle-ci, accueillirent dans une indifférence quasi-totale les marins et aviateurs qui s’en revenaient d’Extrême-Orient.

En tant que composante de la Royal Navy, la British Pacific Fleet ne survécut d’ailleurs pas longtemps à la Capitulation japonaise : une fois Hong-Kong reconquise, et les rescapés des camps de prisonniers rapatriés ou du moins sur la voie du rapatriement, la Flotte fut dissoute, à la profonde amertume de l’amiral Rawlings qui l’avait commandée dans le Pacifique, et ses unités dispersées aux quatre vents avant de se voir, pour bon nombre d’entre-elles, carrément expédiées dans les parcs à ferrailles dans l’inévitable downsizing de l’après-guerre…

vendredi 2 janvier 2026

9138 - un coût trés élevé

La British Pacific Fleet : un coût finalement plus élevé pour la Grande-Bretagne que pour le Japon

… contrainte d’évoluer sous le commandement des Américains, mais toujours loin de ceux-ci et dans des secteurs où ils n’opéraient pas, la British Pacific Fleet menait des opérations qui, dans l’absolu, étaient sans doute utiles à l’effort de guerre allié dans son ensemble, mais qui, hélas pour elle, n’intéressaient aucunement les médias et la population au pays, et étaient de toute manière sans cesse à recommencer.

Ce n’est qu’après s’être remise en route, en juillet 1945, et sous le commandement de la 3ème Flotte de Halsey, que la British Pacific Fleet fut enfin autorisée à opérer directement aux côtés des Task Groups américains, et dans les mêmes missions qu’eux.

Mais à ce moment-là, la guerre contre le Japon vivait déjà sur ses derniers milles, et avait depuis longtemps été gagnée non par l’Aéronavale américaine ou britannique, mais bien par les sous-marins américains, qui avaient réussi à soumettre l’archipel nippon à un blocus total, et par les B-29 américains qui, jour après jour, incinéraient les villes nippones les unes après les autres et qui, au final, larguèrent les deux bombes atomiques qui convainquirent l’Empereur Hirohito à jeter l’éponge.

Au strict bilan comptable, c-à-d en ne considérant que le ratio coûts/bénéfices, on peut même considérer qu’en cinq mois d’opérations, mais aussi de périodes de repos, dans le Pacifique, la British Pacific Fleet a coûté bien plus cher à la Grande-Bretagne qu’au Japon !

Sans même parler du coût des accidents et combats eux-mêmes, avec par exemple les appareils, les bombes, les roquettes, les équipements et le carburant constamment à remplacer après chaque mission, le simple entretien, à des milliers de km de la métropole, d’une pareille flotte, avec ses porte-avions mais aussi ses cuirassés, ses croiseurs et ses nombreux destroyers d’accompagnement, représentait en effet un effort colossal et à vrai dire démesuré pour une Grande-Bretagne qui, depuis 1939, avait déjà tout sacrifié à la guerre… 

jeudi 1 janvier 2026

9137 - ... et au Pacifique

La British Päcific Fleet : aucune Gloire à gagner, beaucoup de coups à prendre...

… mais le problème, déjà, c’est que la British Pacific Fleet ne fut jamais en mesure de mettre en oeuvre plus de quatre porte-avions en même temps, alors que la Navy américaine en alignait au moins quatre ou cinq fois plus.

Surtout, ces porte-avions, et leurs groupes aériens, ne disposaient d’aucun volant de réserve : lorsque, en mai 1945, la British Pacific Fleet, après seulement 62 jours de mer, se retrouva dans l’obligation de rentrer à Sydney pour se remettre en état et offrir un repos bien mérité à ses équipages, il n’existait aucune autre formation britannique en mesure de prendre sa relève alors que, côté américain, lorsqu’un Task Group de trois ou quatre porte-avions se retirait du théâtre des opérations, il était immanquablement remplacé par un autre Task Group de puissance semblable.

Pour ne rien arranger, aussi longtemps qu’elle demeura subordonnée à la 5ème Flotte de Spruance, la British Pacific Fleet ne fut jamais autorisée à évoluer directement aux côtés des Task Groups américains et à effectuer les mêmes missions qu’eux.

Au lieu de cela, elle fut constamment contrainte d’opérer en marge et en retrait de ces derniers, en particulier au-dessus des îles Sakishima, où elle bombardait jour après jour des terrains d’aviation que les Japonais, en gens obstinés et méthodiques, remettaient systématiquement en état nuit après nuit !

Il n’y avait là aucune Gloire à gagner, mais seulement des coups à prendre, et de fait à son retour à Sydney, la British Pacific Fleet avait perdu bien plus d’appareils qu’elle n’en avait détruit chez l’ennemi !

Et ces pertes étaient d’autant moins glorieuses qu’elles ne s’étaient pas produites lors d’héroïques combats aériens ou de non moins dangereux bombardements, mais bien à cause de vulgaires pannes mécaniques, d’accidents au décollage ou à l’appontage, ou alors du fait de l’un ou l’autre kamikaze qui avait réussi à s’écraser sur un pont certes blindé mais hélas occupé par de nombreux appareils prêts au décollage…

mercredi 31 décembre 2025

9136 - ... à la British Pacific Fleet

Les porte-avions de la British Pacific Fleet : l'inconvénient de la taille, l'avantage du pont blindé

… l’un dans l’autre, Churchill avait alors opté pour une solution quelque peu bancale : créer, à partir de l’Eastern Fleet, une nouvelle formation, la British Pacific Fleet, qui récupérerait la plus grande partie des navires, et en tout cas les meilleurs navires, de l’Eastern Fleet, mais qui serait mise à la disposition des Américains dans le Pacifique, et opérerait sous commandement américain, et selon les normes et procédures américaines !

Or, là encore, les Américains n’en voulaient pas, estimant, avec quelque raison, que cette British Pacific Fleet était bien trop novice, consumerait bien trop de leurs propres ressources logistiques, et risquerait, malgré tout, de leur voler une partie des lauriers de la future victoire contre le Japon.

La guerre étant, selon la célèbre expression de Clémenceau, "une chose trop grave pour la confier à des militaires", l’affaire s’était donc réglée au niveau politique, entre Churchill et Roosevelt, et la British Pacific Fleet avait finalement été autorisée à pénétrer dans le Pacifique au début de 1945, et à opérer sous le contrôle de la 5ème Flotte américaine de l’amiral Spruance.

Pour les Britanniques, c’était une victoire, mais c’était aussi, compte tenu de la faiblesse de leurs moyens, un fardeau considérable. Et de fait, les débuts de British Pacific Fleet avaient été fort laborieux, en particulier dans le domaine du ravitaillement en mer, discipline dans laquelle les équipages américains excellaient mais où les britanniques avaient tout à apprendre, et qu’ils ne maitriseraient en définitive que dans les ultimes semaines de la guerre.

Dans cette guerre, justement, les porte-avions britanniques avaient l’avantage de disposer d’un pont blindé, dont leurs homologues américains étaient dépourvus, et qui offrait une bien meilleure résistance aux attaques, et en particulier aux attaques kamikazes devenues la norme chez l’ennemi japonais, mais ils avaient en revanche l’inconvénient d’être plus petits et d’embarquer en moyenne 25 à 30% d’avions en moins, ce qui, en pratique, signifiait que la force de frappe de quatre porte-avions britanniques équivalait à peu près à celle de trois porte-avions américains… 

mardi 30 décembre 2025

9135 - et de l'Océan Indien...

L'Eastern Fleet, ou faire ce qu'on peut avec ce qu'on a...
… à partir de 1944, l’amélioration de la situation militaire dans l’Atlantique, en Méditerranée et dans l’Arctique, puis la réussite des Débarquements de Normandie et de Provence, avaient progressivement permis à l’Eastern Fleet de récupérer des navires de guerre, de s’en retourner à Ceylan, puis de lancer des actions enfin offensives dans l’Océan Indien.

Mais parce qu’elle ne disposait d’aucun moyen amphibie, ni d’unités d’Infanterie qui lui auraient permis de prendre pied sur le rivage et de partir à la reconquête des territoires perdus, l’Eastern Fleet s’était toutefois limitée à des actions de type hit and run, où l’on se contentait de surgir et de frapper les intérêts japonais, et particulièrement leurs installations pétrolières d’Indonésie et de Malaisie, avant de retraiter à toute vapeur vers Ceylan.

Par rapport aux années passées, c’était incontestablement un progrès, mais c’était néanmoins largement insuffisant pour provoquer autre chose qu’une légère irritation chez les Japonais, dont la Marine de guerre avait de toute manière déjà déserté l’Océan Indien au profit de celui du Pacifique.

Ce constat, et aussi la conviction - justifiée - que le sort de la guerre ne se jouerait que dans le Pacifique, avaient alors incité Churchill à changer son fusil d’épaule, ou plus exactement à relocaliser l’Easten Fleet dans le Pacifique.

Mais parce qu’ils s’estimaient - à raison - en mesure de remporter la Guerre du Pacifique à eux seuls, les Américains, dont le soutien logistique était de toute manière indispensable, ne voulaient pas entendre parler d’une quelconque flotte britannique opérant dans ce qu’ils considéraient comme leur jardin privé et exclusif, ni, a fortiori, d’une flotte britannique y opérant de manière indépendante

lundi 29 décembre 2025

9134 - de l'Eastern Fleet...

Kuantan : quand l'Angleterre perd sa flotte et bientôt ses colonies...

… la protection des colonies britanniques d’Asie incombait prioritairement, pour ne pas dire exclusivement, à la Royal Navy, et plus précisément à sa composante Extrême-Orientale, l’Eastern Fleet

Mais enfant pauvre et négligé de cette Royal Navy, la dite Eastern Fleet n’avait jamais possédé les moyens d’une telle ambition et, bien avant la guerre, il était déjà entendu par tout le monde qu’en cas d’affrontement avec le Japon - hypothèse de plus en plus probable au fil du temps - le salut des colonies passerait obligatoirement par une alliance immédiate entre l’Eastern Fleet et la Flotte américaine du Pacifique, autrement mieux dotée.

Fin 1941, devant la montée des périls, mais contre l’avis des responsables de la Royal Navy qui avaient aussitôt crié casse-cou, Churchill avait décidé d’expédier des renforts navals à Singapour, mais non contents d’être inadaptés et largement insuffisants, les dits renforts, en l’occurrence le cuirassé Prince of Wales et le croiseur de bataille Repulse, avaient été envoyés par le fond à Kuantan (Malaisie) trois jours à peine après l’attaque japonaise contre Pearl Harbor,... qui avait quant à elle sinon anéanti, du moins neutralisé la Flotte américaine du Pacifique pour plusieurs mois !

Ces deux évènements dramatiques et quasi-simultanés avaient inévitablement sonné le glas des colonies, facilement conquises par les Japonais, mais également contraint l’Eastern Fleet à se replier d’abord sur Ceylan, puis, en avril 1942, jusqu’au Kenya, d’où, réduite à peau-de-chagrin, elle n’avait ensuite quasiment plus bougé pendant deux ans, se contentant d’assurer de bien inoffensives patrouilles le long des côtes africaines, ainsi que des missions d’escorte pour les convois en direction ou en provenance de la Mer rouge et du Canal de Suez… 

dimanche 28 décembre 2025

9133 - Grandeur et Déchéance...

Churchill, en 1951 : aussi diminué que la Grande-Bretagne...

… en 1940, la Grande-Bretagne était une puissance mondiale et un Empire sur lequel le ciel ne se couchait jamais.

En 1940, la Royal Navy était, bien qu'à égalité avec l’US Navy, la première Marine de Guerre du Monde

Mais en 1945, la Grande-Bretagne était déjà reléguée dans l’ombre des deux véritables "Grands" - les USA de Truman et l’URSS de Staline - et la Royal Navy n’était déjà plus que la parente pauvre de sa cousine américaine, chez qui elle était sans cesse contrainte de quémander des armes, des équipements et du carburant pour simplement lui permettre de continuer à opérer.

Et en 1950, la Grande-Bretagne, qui avait déjà perdu bon nombre de ses colonies, n’était plus qu’une puissance régionale ruinée, et la Royal Navy, qui s'était vue forcée d'envoyer à la casse une bonne partie de ses bâtiments, une Marine de second ordre.

En dix ans à peine, le soleil s’était bel et bien couché sur l’Empire, et la Royal Navy avait été la première non seulement à assister, mais aussi à participer au spectacle.

Un an plus tard, Winston Churchill, humilié aux élections de 1945 et contraint de quitter le Pouvoir au bénéfice de Clement Attlee, redevenait Premier Ministre au détriment de ce même Clement Attlee,... mais ne pouvait plus rien faire d’autre qu’acter une bonne fois pour toutes la déchéance et la chute vertigineuse autant que définitive de sa patrie ainsi que de cette Royal Navy dans laquelle il avait mis tant d’espoirs, en particulier dans le Pacifique, où il avait été jusqu'à créer de toutes pièces une British Pacific Fleet directement mise au service des Américains qui n'en voulaient pourtant pas et ne savaient pas quoi en faire...