mardi 8 septembre 2026

9387 - quand l'avantage disparait

Les croiseurs britanniques enveloppent le Graf Spee, qui finit par faire demi-tour vers Montevideo
… 13 décembre 1939, 06h10

A 06h10, le 13 décembre, les vigies des croiseurs britanniques, qui depuis plusieurs jours convergent vers le Rio de la Plata, aperçoivent une fumée sur leur nord-ouest.

Harwood, qui a sa marque sur l’Ajax, décide alors de dépêcher l’Exeter pour enquêter, et, quelques minutes plus tard, et par Aldis, ce dernier signale qu’il pense être en présence d’un Panzerschiffe allemand identifié comme l’Admiral Scheer

Scheer ou Graf Spee, peu importe : conformément au plan établi en cas de rencontre, les croiseurs britanniques manœuvrent aussitôt afin de prendre l’Allemand en tenaille, l’Exeter virant vers le Nord-Ouest, l’Ajax et l’Achilles vers le Nord-Est.

Sur le Graf Spee, on s’est également aperçu de l’arrivée de plusieurs navires. Mais si les guetteurs ont correctement reconnu un croiseur lourd britannique, les deux plus petits bâtiments qui l’accompagnent sont plutôt identifiés comme de simples destroyers, et l’ensemble comme l’escorte d’un probable et fort tentant convoi de cargos.

Le lancement de l’hydravion de reconnaissance dont dispose le Graf Spee, et qui jusqu'ici lui a rendu d'inestimables services, dissiperait immédiatement cette erreur,… si le dit hydravion n’avait précisément  décidé depuis la veille de se faire porter pâle, sans que quiconque soit en mesure de le remettre en état !

Conséquence de cette méprise, et de l’impossibilité de la dissiper avant plusieurs minutes,  Langsdorff, au lieu de chercher à se dérober, décide au contraire d’engager le combat en se précipitant vers les Britanniques à pleine vitesse, réduisant inévitablement la distance qui les sépare de lui,… et annihilant du même coup l’avantage de portée que lui offrent ses canons de 280mm…

(1) à cette date, l’Admiral Scheer n’avait cependant toujours pas quitté les eaux allemandes

lundi 7 septembre 2026

9386 - ... et à ma droite

Henry Harwood : l'obligation de se tenir au plus près de son adversaire...
… car le hasard veut qu’au milieu des années 1930, alors qu’il se trouvait en poste au Royal Naval College de Greenwich,Harwood ait déjà théorisé ce que devrait être, selon lui, la conduite à suivre en cas d’affrontement entre un escadron de croiseurs britanniques et un Panzerschiff allemand.

Pour Harwood, et schématiquement, l’escadron britannique devra impérativement attaquer de deux bords différents en même temps, contraignant ainsi le Panzerschiff soit à répliquer également des deux bords, en divisant inévitablement son tir, dès lors rendu beaucoup moins dévastateur, soit à se concentrer sur un seul bord, en acceptant alors de se livrer sans défense aux coups venant de l’autre bord.

Et bien au-delà de cette tactique, Harwood dispose d’un formidable atout dans sa manche ...

... la possibilité de rameuter d’importants renforts ! 

Car même s’il parvient à mettre hors de combat l’un ou l’autre de ses adversaires, voire même les trois (!), Langsdorff aura encore un long, très long chemin à faire, et surtout à faire seul (!), pour s’en retourner jusqu’en Allemagne, un chemin où il aura toutes les chances de croiser un voire plusieurs porte-avions ou cuirassé britannique sur sa route,... et d’autant moins de chances d’y survivre qu’il risque fort, après son premier combat au large du Rio de la Plata, d’y avoir lui-même laissé bien des plumes !

En pratique d’ailleurs, et considérée froidement, la perte totale de trois croiseurs pourrait encore être considérée comme une victoire,... en autant qu’elle se traduise au bout du comte par la destruction d’un Panzerschiff : la Royal Navy disposant en effet d’une supériorité numérique écrasante sur une Kriegsmarine dores et déjà condamnée à ne plus mettre en chantier un seul nouveau navire de ligne…

dimanche 6 septembre 2026

9385 - à ma gauche...

Hans Langsdorff (tête nue), se reposant sur la plage arrière du Graf Spee
… à ma gauche, l’Admiral Graf Spee, 13 000 tonnes sur la bascule, et six canons de 280mm et huit de 150mm.

A ma droite, le croiseur lourd Exeter, 9 000 tonnes et six canons de 203mm, et les croiseurs légers Achilles et Ajax, avec chacun 7 000 tonnes et huit canons de 152mm, soit seize au total.

A ma gauche, un "cuirassé de poche" de conception supposément "révolutionnaire", mais néanmoins limité à une vitesse maximale de 28 nœuds.

A ma droite, trois croiseurs on ne peut plus classiques, qui lui rendent énormément de punch et d’allonge, mais qui peuvent filer à 32 nœuds, soit 4 de plus.

Ainsi peut-on résumer les forces et faiblesses des uns et des autres, mais surtout la stratégie que devront mettre en œuvre leurs commandants respectifs pour l’emporter !

Incapable de distancer son adversaire, Hans Langsdorff devra en effet s’efforcer de le maintenir le plus loin possible, afin de lui asséner des coups dévastateurs à une distance où ce dernier ne pourra répliquer.

A contrario, Henry Harwood n’aura d’autre choix que de se rapprocher autant qu’il peut, et donc accepter de recevoir des coups jusqu’à ce que ses propres pièces arrivent à portée de tir, puis de se maintenir à cette distance quoi qu’il advienne !

La tâche du Britannique est donc, de loin, la plus difficile

En apparence du moins…

samedi 5 septembre 2026

9384 - toute bonne chose a nécessairement une fin

Le Streonshalh à l'agonie, vu depuis le Graf Spee.
… du 30 septembre au 7 décembre, un peu plus de neuf semaines après que l'autorisation lui ait été accordée par Hitler, le Graf Spee a donc réussi à capturer et couler neuf cargos tout en échappant à la vigilance des dizaines de navires de guerre envoyés à sa recherche par les Français et les Britanniques.

Mais toute bonne chose a nécessairement une fin.

En examinant les positions successives des derniers messages de détresse reçus depuis le 2 décembre, soit depuis ceux du Doric Star, le commodore Harwood en a conclu que le Panzerschiffe se dirige à présent vers l’Argentine, et plus précisément vers le Rio de la Plata, où ce grand prédateur ne manquera pas de trouver de nouvelles proies.

Un rapide calcul lui a ensuite permis d’estimer que, depuis sa dernière position connue, celle du Streonshalh, et à sa vitesse de croisière économique la plus probable, soit environ 15 nœuds, il devrait y arriver dans l’après-midi du 12 décembre.

Ne lui reste plus maintenant qu’à dicter un cap et une vitesse pour arriver sur place en même temps que lui, à espérer que ses conclusions et supputations soient bonnes,… et à prier le Ciel et tous les dieux de la guerre navale pour que le combat prévu se solde par une victoire, ce qui, a priori, n’a rien d’évident !

Car le Graf Spee n’est-il pas un "cuirassé de poche", et même le plus récent d’entre-eux ? Et ne dispose-t-il pas de pièces de 280mm qui peuvent frapper bien plus fort, et surtout bien plus loin, que les canons dont ses propres croiseurs sont équipés ?

Comment l'emporter face à lui ? 

 

vendredi 4 septembre 2026

9383 - la 9ème victime

L'équipage du Streonshalh, invité à assister aux derniers instants de leur cargo, au fond de l'image
… 7 décembre 1939

Mais comme cela c’était déjà passé avec le Doric Star le jour précédant, le Tairoa, sitôt la véritable identité du Graf Spee révélée, s’empresse de multiplier les signaux d’alerte,... et demeure sourd à ceux du Graf Spee, qui lui ordonne de mettre immédiatement fin à ses transmissions, avant de finalement se résoudre à tirer quelques obus de 150mm sur ses installations radio.

Cette formalité accomplie, et selon une routine désormais bien réglée, l’équipage récalcitrant est contraint de quitter le bord puis de monter à bord du Panzerschiff qui, avec une torpille et quelques obus bien placés, expédie ensuite le Tairoa dans les abysses.

Et de huit.

Trois jours plus tard, cap à l’Ouest, le Graf Spee retrouve l’Altmark et, toujours selon la même routine, lui transfère la plupart des prisonniers du Tairoa, mais aussi du Doric Star, ne conservant à son bord que les commandants et quelques officiers des deux bâtiments.

Le lendemain, 7 décembre, à quelque 1 700 km de Rio de Janeiro, c’est au tour du vapeur Streonshalh, un 6 000 tonnes chargé de viande congelée en route vers Londres, de tomber sous les griffes du Graf Spee.

Conformément, là encore, à l’habitude, Langsdorff, après avoir contraint le vapeur à s’arrêter et à cesser ses appels de détresse, envoie à son bord une petite équipe de marins, lesquels contraignent l’équipage du vapeur à abandonner le navire et à monter sur le Graf Spee, puis installent dans ses cales des charges de démolition qui, avec l’aide de quelques obus, ont tôt fait d’envoyer le Streonshalh rejoindre le Tairoa au Royaume de Neptune

Et de neuf…

jeudi 3 septembre 2026

9382 - une forme de routine

La fausse tourelle du Graf Spee, simplement fixée sur la passerelle existante 
… 3 décembre 1939

Les charges de démolition s’avérant néanmoins insuffisantes, le Graf Spee tire alors quelques obus, et finalement une torpille sur le Doric Star, qui s’engloutit sous les flots.

C’est la septième victime du Panzerschiffe allemand.

Comme à l’accoutumée, l’équipage du Doric Star, à l’exception de son capitaine et de quelques officiers, est ensuite transféré sur l’Altmark, permettant ainsi au Graf Spee de se remettre à la recherche d’une autre proie.

Le problème, c’est que les multiples messages de détresse du Doric Star ont enfin permis aux Britanniques de se faire une bonne idée de la position actuelle, et aussi des futures intentions du Graf Spee.

Pour le commodore Henry Harwood, qui commande une petite escadre composée du croiseur lourd Exeter et des croiseurs légers Achilles et Ajax, il parait clair que le Graf Spee cherchera ses prochaines proies dans les environs du Rio de la Plata, vaste estuaire de près de 300 km séparant l’Argentine de l’Uruguay

Et de fait, telle est bien l’intention de Langsdorff, qui a fait mettre le cap en direction des côtes argentines. 

Le 3 décembre, une nouvelle cible se présente à lui sous la forme d’un autre cargo mixte : le 8 000 tonnes Tairoa

mercredi 2 septembre 2026

9381 - "je suis attaqué par un corsaire !"

La fausse 2ème tourelle du Graf Spee. Notez, au-dessus, le panneau "cessez vos émissions radio ou je tire"
… 2 décembre 1939

Le 21 novembre, soit le jour-même de l’appareillage des Scharnhorst et Gneisenau, le Graf Spee a quant à lui doublé le Cap de Bonne-Espérance, s’en est retourné tranquillement dans l’Atlantique Sud, puis n’a strictement rien fait durant une dizaine de jours, si ce n’est attendre une occasion favorable se ravitailler auprès de l’Altmark,… et ériger une fausse deuxième cheminée et une encore plus fausse deuxième tourelle à l’avant (!) histoire de modifier sa silhouette par trop caractéristique et de ressembler ainsi quelque peu à un croiseur britannique.

De toute manière, faute de proie, autant occuper les hommes à quelque chose…

Le 2 décembre, l’occasion favorable se présente enfin, sous la forme du cargo mixte de 10 000 tonnes Doric Star, repéré par l’hydravion de reconnaissance du Graf Spee, lequel s’empresse de fondre sur lui et de tirer un premier puis un deuxième coup de semonce afin de le forcer à s’arrêter.

Sur le Doric Star, justement, l’opérateur radio multiplie les messages de détresse R-R-R "je suis attaqué par un corsaire !", et continue de les émettre même après que le Graf Spee, qui n’est plus qu’à quelques kilomètres, lui ait indiqué par lampe Aldis l’ordre formel de cesser immédiatement ses émissions.

Encore quelques minutes et, la situation étant à présent désespérée, le Doric Star obtempère, cesse d’émettre, met en panne, et descend les échelles de coupée pour permettre à l’équipe de prise du Graf Spee de monter à bord.;

Selon une procédure désormais bien rodée, les Allemands arrêtent alors l’équipage, le transfèrent sur le Graf Spee, et installent les charges de démolition dans les entrailles du Doric Star…