jeudi 6 août 2026

9354 - répliquer à la réplique de la réplique...

Le Richelieu, en 1943, avec ses fameuses tourelles quadruples
… Brest, 22 octobre 1935

Car en France, la mise en chantier de ces deux bâtiments et, surtout, la signature du Pacte naval germano-britannique font l’effet d’une bombe et en incitent beaucoup à évoquer une nouvelle trahison de la perfide Albion !

Pas question d’en rester là : il faut de toute urgence répliquer à la réplique allemande aux Dunkerque et Strasbourg toujours en construction !

Et pas question non plus de se contenter de simples copies de ces derniers : les nouveaux cuirassés devront bien sûr être plus gros, plus lourds plus puissants et, inévitablement,... plus chers que ces derniers !

Et c’est d’autant plus indispensable qu’une nouvelle menace se profile à l’horizon, venue cette fois de l’autre coté des Alpes : celle de l’Italie de Benito Mussolini qui, depuis des mois, est occupée à rebâtir une flotte de combat, d’abord en modernisant ses quatre vieux cuirassés qui datent de la 1ère G.M., et qui vont tous être quasiment reconstruits pièce par pièce (!) selon une formule également utilisée à l’autre bout du monde par les Japonais, puis en lançant, dès la fin de 1934, la construction de deux puis quatre nouveaux cuirassés de la classe Littorio (1) armés de neuf pièces de 381mm et donnés pour "35 000 tonnes" encore qu'en avouant en réalité pas loin de 42 000 !

L’un dans l’autre, la France décide donc de se lancer elle aussi dans la construction de quatre nouveaux cuirassés "35 000 tonnes" - et en fait de 38 000 - dotés de huit canons de 380mm en deux tourelles quadruples, selon une disposition semblable à celle du Dunkerque et du Strasbourg, le premier d’entre-eux (2), le Richelieu, étant mis sur cale à Brest le 22 octobre 1935…

(1) seuls trois d’entre-eux seront finalement construits et mis en service avant la fin de la 2ème GM.
(2) seuls deux d’entre-eux seront finalement construits, et un seul, le Richelieu, mis en service avant la fin de la 2ème G.M.

mercredi 5 août 2026

9353 - autrement plus menaçants

La tourelle arrière du Scharnhorst avec, sur son toit, la plate-forme de la catapulte pour hydravion
… mais le 6 mai 1935, soit un mois auparavant, et en prévision de cet accord, les travaux ont déjà commencé sur le futur Gneisenau, puis, le 15 juin, sur son jumeau Scharnhorst !

Histoire de jouer l’apaisement, et même s’ils avouent en réalité leurs 32 000 tonnes bien tassées, ces deux nouveaux navires sont officiellement annoncés comme des "26 000 tonnes" - soit précisément le tonnage que les Français accordent eux-mêmes à leurs Dunkerque et Strasbourg - et sont toujours dotés des mêmes canons de 280mm et des mêmes tourelles triples que les Panzerschiffe, lesquelles passent ici simplement de deux à trois.

Ce choix est a priori curieux si l’on se rappelle que les bâtiments français portent du 330mm et qu’en cette année 1935, même les plus vieux cuirassés encore en service dans le monde, comme l’américain Texas, portent au minimum du 305mm.

Mais bien au-delà de la volonté d’apaisement, ce choix s’explique par l’impossibilité pour l’industrie allemande, qui croule déjà sous les commandes militaires, de concevoir et de fabriquer rapidement les énormes canons de 380mm voire 406mm, ainsi que les non moins énormes tourelles, dont rêvent déjà les responsables de la Kriegsmarine.

Alors, pour gagner du temps, les deux Schlachtschiffe seront donc équipés avec les canons de 280mm et les tourelles triples déjà commandés pour les nouveaux Panzerschiffe à présent annulés, puis seront remplacés "dès que possible" - et en pratique, jamais - par les pièces de 380mm et les tourelles doubles que l’on a commencé à étudier pour les futurs cuirassés de la classe Bismarck.

Qu’importe : avec leurs 32 000 tonnes, leurs neuf pièces de 280mm et douze de 150mm, les Scharnhorst et Gneisenau paraissent dores et déjà autrement plus menaçants que les cuirassés de poche.

En particulier pour les Français…

mardi 4 août 2026

9352 - le Pacte naval germano-britannique

35% : le nouveau ratio du maillot de bain allemand...
… Londres, 18 juin 1935

Le 2 juin 1935, l’ambassadeur plénipotentiaire - et futur Ministre des Affaires étrangères (1) - Joachim von Ribbentrop débarque donc à Londres pour y négocier un traité de limitation des armements navals que Hitler est déjà tout disposé à accepter… tout en se réservant comme de coutume le droit de le dénoncer si et quand bon lui semble !

Mais les Français, pourtant partenaires traditionnels des Britanniques et signataires, tout comme eux, tant de l’Armistice de 1918 que du Traité de Versailles de 1919 ou de celui de Washington de 1922, n’ont cependant pas été invités, ni même consultés !

En cette affaire, l’Angleterre, première puissance navale au monde mais déjà sur le déclin, a en effet décidé de faire cavalier seul,… ce que la France  ne va pas manquer de lui faire bientôt payer.

Le 18 juin, après s’être enfin entendus sur les derniers détails techniques, Ribbentrop et le nouveau Ministre des Affaires étrangères britannique Samuel Hoare signent donc le Pacte naval germano-britannique, lequel autorise désormais le Troisième Reich et sa nouvelle Kriegsmarine (2) à posséder jusqu’à 45% de la flotte sous-marine de la Grande-Bretagne, et jusqu’à 35% de sa flotte de surface !

Sans même l’avoir voulu, Hitler vient de remporter une victoire supplémentaire, et la route qui mène à un réarmement naval aussi massif que mondial est désormais grande ouverte…

(1) le 4 février 1938, dans la foulée de l’affaire Blomberg-Fritsch, le Ministre des Affaires étrangères Konstantin von Neurath, jugé trop mou par Hitler, sera remplacé par Joachim von Ribbentrop
(2) le 21 mai 1935, la Kriegsmarine avait officiellement succédé à la Kriegsmarine 

lundi 3 août 2026

9351 - jouer l'apaisement

Le Scharnohorst, symbole des ambitions de la Nouvelle Allemagne...
… pourquoi dès lors ne pas tenter de conclure avec la principale puissance navale du monde, autrement dit la Grande-Bretagne, un nouveau Traité qui annulerait les précédents et permettrait enfin au Reich de construire tout ce qu’il veut sans risquer de déclencher une nouvelle guerre ?

Et cette idée est d’autant mieux accueillie à Londres que, depuis plusieurs mois, la nouvelle rivalité franco-allemande ne manque pas d’y inquiéter responsables politiques et militaires !

Plutôt que de se relancer également dans une ruineuse course aux armements navals, pourquoi, se dit-on, ne pas jouer l’apaisement et négocier avec Herr Hitler un nouvel accord de limitation semblable à celui du Traité de Washington de 1922 ?

L’Allemagne, après tout, est le pays le plus peuplé d’Europe et, même s’ils ne l’admettent pas ouvertement, les diplomates britanniques sont prêts à reconnaître que les clauses navales des Traités précédents - qui lui interdisent en particulier de posséder une flotte sous-marine ainsi que des navires de surface de plus de 10 000 tonnes - sont injustes et ont puissamment contribué à l’arrivée de l’intéressé au Pouvoir.

Et Hitler, qui nous l’avons dit n’a aucune intention de rebâtir une flotte aussi importante qu’en 1914, ne demande évidemment pas mieux que de négocier avec les Britanniques une "limitation" de celle-ci, une limitation qui lui permettra du reste de rendre ses actuels Panzerschiffe légaux a posteriori (!), qui enfoncera un coin toujours bienvenu dans la traditionnelle alliance entre la Grande-Bretagne et la France,… et qu’il pourra de toute manière renier quand bon lui semblera…

dimanche 2 août 2026

9350 - à la recherche d'un nouveau Traité

Le Scharnhorst : bien plus qu'un autre "cuirassé de poche"
… après l’abandon des deux Panzerschiffe de 19 000 tonnes, à la fin de février 1934, il va s’écouler plus d’un an avant que leurs successeurs - les futurs Scharnhorst et Gneisenau - les remplacent dans les cales de construction.

Les architectes, ingénieurs et responsables de la Reichsmarine doivent en effet s’entendre sur les plans et caractéristiques de ces deux nouveaux Schlachtschiffe,… et les diplomates trouver le moyen de les rendre légaux !

Car voilà bien le problème : même si le Troisième Reich a succédé à la République de Weimar, sa marine de guerre n’en demeure pas moins soumise aux restrictions des Traités précédents, lesquels lui interdisent en particulier de construire, de posséder et de mettre en service des bâtiments de plus de 10 000 tonnes.

Si l’on pouvait encore faire passer les premiers Panzerschiffe pour des "10 000 tonnes" alors qu’ils en avouaient en réalité 2 000 à 3 000 de plus, impossible d’agir de même avec les Schlachtschiffe, qui se veulent répliques au moins égales aux Dunkerque et Strasbourg français de 26 000 tonnes !

Dit autrement, il faut trouver le moyen de conclure un nouveau Traité, qui annulerait les précédents et permettrait enfin à l’Allemagne de construire ce qu’elle veut.

Hitler n’aime pas les traités, qu’il considère comme autant de "chiffons de papier" qui ne l’engagent en réalité à rien, mais qu’il est prêt à signer s’ils lui procurent un avantage momentané,… quitte à les renier dès le lendemain s’il y trouve son compte !

Pour rebâtir la grande armée qui lui permettra un jour de partir à la conquête de son lebensraum, Hitler a impérativement besoin de temps, ce pourquoi il est essentiel de ne pas inciter Français et Britanniques à lui déclarer prématurément la guerre pour violation flagrante des traités navals existants.

samedi 1 août 2026

9349 - l’éternelle logique de la surenchère

Réplique aux cuirassés de poche allemands, le Dunkerque français allait générer une réplique... allemande
… car l’annonce des caractéristiques des futurs Dunkerque et Strasbourg français vient soudainement changer la donne !

Même à 19 000 tonnes et améliorés au niveau du blindage, les deux nouveaux Panzerschiffe, toujours armés de six pièces de 280mm, demeureront en effet largement inférieurs aux 26 000 tonnes français dotés de huit canons de 330mm !

Sans attendre, les travaux sont donc arrêtés, les constructions annulées, et les cales libérées pour un meilleur projet.

Hitler - rappelons-le à nouveau - n’a pas la moindre intention d’offrir à Raeder la gigantesque marine dont il rêve. Mais c’est une question de prestige, le sien et aussi celui du Troisième Reich tout entier : si ces perfides Français construisent des répliques plus grosses et mieux armées que les Panzerschiffe allemands, alors le Reich se doit de construire des répliques aux répliques françaises,... et des répliques bien évidemment encore plus grosses et encore mieux armées que celles-ci !

C’est l’éternelle logique de la surenchère, et d’une surenchère ruineuse que Hitler s’était pourtant promis d’éviter, mais à laquelle il est aujourd’hui contraint : dès la fin du mois de février 1934, architectes et ingénieurs se remettent donc au travail sur les plans de deux navires qui, à l’exception des tourelles triples de 280mm, n’auront plus rien à voir avec les Panzerschiffe précédents, ni même avec leur version améliorée et portée à 19 000 tonnes.

Ces deux navires, qui seront baptisés Scharnhorst et Gneisenau en hommage à leurs glorieux devanciers disparus aux Falklands (1) seront en effet des Schlachtschiffe, des "navires de bataille", et considérés par les historiens tantôt comme des croiseurs de bataille, tantôt comme de véritables cuirassés.

Reste à les faire accepter par nuls autres que les Britanniques...

(1) Saviez-vous que… Le Choc des Titans

vendredi 31 juillet 2026

9348 - ne pas en faire trop

L'Admiral Graf Spee. Notez la tourelle arrière et les quatre tubes lance-torpilles sur chaque flanc
… 14 février 1934

Hitler - nous l’avons dit - n’entend rien aux choses de la mer,… mais sait fort bien ce que coûtent les navires de guerre !

Et comme il n’a aucune envie de guerroyer pendant des années contre les Britanniques, les Français, les Américains, les Japonais et même les Australiens ou les Belges (!) pour reconquérir les colonies d’Afrique, d’Asie ou du Pacifique perdues lors de la guerre précédente, à quoi pourrait bien lui servir la vaste flotte de surface que Raeder et les responsables de la Reichsmarine espèrent reconstituer ?

Pour mettre la main sur le lebensraum dont il rêve de s’emparer à l’Est, nul besoin de croiseurs, de cuirassés, de porte-avions ni de marins : ce qu’il faut, ce sont des canons, des tanks, des avions, des fantassins et des aviateurs, et dans les plus grandes quantités possibles !

Hitler n’est bien sûr pas insensible à l’attrait que ces rutilants bâtiments exercent encore sur le peuple allemand, ni formellement opposé à l’idée de rebâtir une flotte digne de ce nom, mais pas au point de vouloir, comme naguère Guillaume II, rivaliser avec la Royal Navy britannique,… et encore moins si la dite flotte grève par trop la renaissance de l’Armée de Terre et de l’Aviation !

A la fin de 1933, il se limite donc à autoriser la construction de deux nouveaux navires de ligne, les ersatz Elsass et ersatz Hessen, qui ne sont en fait que des versions allongées des premiers Panzerschiffe, et améliorées essentiellement au niveau du blindage, notable point faible des précédents. 

Mais comme leur poids est cette fois condamné à s’envoler bien au-delà de ce qu’autorisent les Traités, Hitler, malgré tout soucieux de ne pas trop irriter Français et Britanniques à ce stade ô combien précoce du réarmement allemand, exige qu’ils ne dépassent pas 19 000 tonnes, et se contentent du même armement que les autres Panzerschiffe, soit six canons de 280mm et huit de 150mm.

Le 14 février 1934, les deux navires sont mis sur cale, mais les travaux vont toutefois très rapidement s’arrêter…