lundi 9 février 2026

9176 - quand le temps presse...

Évocation du Canopus tirant sur les navires de Spee. Notez les mats raccourcis

… Port Stanley (Falklands), 12 novembre 1914

Et puisque le Canopus est incapable d’affronter en mer des croiseurs allemands deux fois plus rapides que lui, on va finalement se résoudre à l’échouer sur une vasière dès son arrivée à Port Stanley, afin qu’il puisse au moins servir de batterie flottante et couvrir les entrées du port avec ses canons de 305mm

Pour le dissimuler aux regards venus du large, on va également le camoufler et abattre le sommet de ses mats, mais aussi installer, sur une colline voisine, un poste d’observation directement relié au cuirassé par une ligne téléphonique.

Ainsi en mesure de voir de loin, les guetteurs pourront donner rapidement l’alerte en cas d'arrivée des navires allemands, mais ils pourront aussi, et surtout, diriger les tirs du Canopus lui-même bien avant que les Allemands, de leur côté, soient en mesure d’apercevoir le cuirassé

Reste que même si cette stratégie fonctionne, et dissuade définitivement Spee de débarquer  aux Falklands, elle ne l’empêchera toutefois pas de reprendre sa route et de chercher à se ravitailler ailleurs, à un quelconque endroit des côtes d’Amérique du Sud,... et elle ne permettra pas non plus de venger l’affront de Coronel !

Pour cela, il faudrait envoyer une puissante escadre à sa rencontre, mais le problème, c’est que le temps presse, et que de Grande-Bretagne, et plus exactement de Scapa Flow, à Port Stanley, il y a tout de même près de 15 000 km à parcourir pour des navires qui, rappelons-le, chauffent au charbon, ce qui nécessitera inévitablement plusieurs escales ainsi que la présence de nombreux charbonniers ravitailleurs sur le parcours.

Les dreadnought étant trop lents, seuls des croiseurs de bataille semblent en mesure de rallier Port Stanley avant l’arrivée probable des navires de Spee.

Sauf que quelqu'un n'est pas du tout d'accord avec cette idée...

dimanche 8 février 2026

9175 - de toute urgence, et à n’importe quel prix, venger cet affront...

Le désastre de Coronel... et l'obligation de laver l'affront au plus vite !

… au final, cette Bataille de Coronel se solde par une écrasante victoire pour les Allemands, qui ne comptent que des dégâts mineurs et seulement trois blessés dans leurs rangs, alors qu’ils viennent d’envoyer par le fond deux croiseurs-cuirassés britanniques et plus de 1 600 officiers et marins…

Rendus à Valparaiso, Spee et ses hommes sont naturellement accueillis en héros par l’importante communauté allemande de la capitale chilienne, mais ils ont toutefois tort de pavoiser, car à Londres, la nouvelle du désastre a rapidement fait l’effet d’une bombe : il faut de toute urgence, et à n’importe quel prix, venger cet affront !

Dans un scénario en tout point semblable - mais avec près de 30 ans d’avance ! - à celui du Bismarck, la Royal Navy va alors monter une véritable expédition punitive qui, partie d’Angleterre sera chargée de restaurer l’Honneur anglais,… en expédiant tous les navires de Spee par le fond !

Un rapide examen des cartes a en tout cas convaincu l’Amirauté que les Allemands, après s’être ravitaillés à Valparaiso, s’empresseront de doubler le Cap Horn, puis attaqueront vraisemblablement les Falklands sitôt passés dans l’Atlantique.

Au large des côtes argentines, ce petit archipel britannique constitue en effet une cible militaire évidente, mais aussi, et surtout, un excellent endroit pour se ravitailler en charbon loin des regards et avant d’entreprendre le long chemin du retour vers l’Allemagne.

Et pour protéger les Falklands, il n’y a rien,... si ce n’est, pour l’heure, l’antique cuirassé Canopus, que l’on va immédiatement dépêcher à Port Stanley, même si chacun le sait bien trop lent pour pouvoir s’en prendre directement aux navires allemands….

samedi 7 février 2026

9174 - le massacre de Coronel

Affiche allemande de 1914, commémorant la défaite britannique à Coronel

… rien d’étonnant dès lors à ce que le combat tourne vite à l’avantage des Allemands, et se transforme bientôt en une véritable exécution.

Le Scharnhorst (8 x 210mm et 6 x 150mm) tire sur le Good Hope (2 x 234mm et 16 x 152mm), le Gneisenau (idem) sur le Monmouth (14 x 152mm), le Leipzig (10 x 105mm) sur le Glasgow (2 x 152mm et 10 x 102mm), et le Dresden (10 x 105mm) sur l’Otranto (8 x 120mm) qui, simple paquebot converti et donc dépourvu du moindre blindage, juge plus sage de rompre immédiatement le combat pour s’évanouir dans l’obscurité et échapper au massacre.

Car c’est bien d’un massacre qu’il s’agit : si le Leipzig, avec ses modestes 105mm, ne peut occasionner de gros dommages au Glasgow, les Scharnhorst et Gneisenau soumettent en revanche les Good Hope et Monmouth à un feu proprement dévastateur !

Dès la troisième salve allemande, le Good Hope s’engloutit, emportant avec lui tout son équipage et son trop bouillant amiral.

Brûlant d’un bord à l’autre, le Monmouth n’est quant à lui plus qu’une épave chauffée à blanc, que le Nürnberg, en retard sur ses petits camarades, va bientôt achever de quelques obus, et en entraînant là encore la perte de tout l’équipage.

La nuit est à présent totalement tombée sur Coronel. Spee, qui a consommé beaucoup de munitions lors de cet engagement, et avant cela devant Papeete, et qui est au courant de la présence du cuirassé Canopus dans les parages, juge dès lors inutile de poursuivre le Glasgow et l’Otranto, qui ont disparu sans demander leur reste, et décide plutôt de virer au Nord, en direction de Valparaiso.


vendredi 6 février 2026

9173 - sous le soleil couchant

Coronel : les Allemands manoeuvrent pour maintenir les Britanniques à l'ouest, sous le soleil couchant
... 18h50

Pendant plus de deux heures, chacun navigue ensuite pour tenter de se mettre dans la position la plus favorable possible, et à ce petit jeu, ce sont une fois de plus les Allemands qui ont l’avantage.

Profitant de la vitesse supérieure de ses bâtiments, Spee refuse en effet systématiquement le combat que cherche à lui imposer Cradock 

L’Allemand attend son heure : il sait qu’en dehors de deux malheureuses pièces de 234mm sur le Good Hope, les Britanniques ne disposent au mieux que de trente-deux canons de 152mm (16 sur le Good Hope, 14 sur le Monmouth, 2 sur le Glasgow) qui ne peuvent rivaliser en portée avec les seize 210mm qu’alignent les Scharnhorst et Gneisenau.

Qui plus est, un bon nombre des 152mm anglais, nous l'avons dit, sont en réalité... inutilisables puisqu’installés dans des casemates trop basses et régulièrement noyées par les embruns.

Pour Spee, tout le jeu consiste donc à maintenir les Britanniques sur son ouest, à une distance qui les empêche de tirer,… et aussi à attendre que le soleil se couche !

Car à 18h50, lorsque les Scharnhorst et Gneisenau, qui se sont soudainement rapprochés des Britanniques à moins de 11 000 mètres, ouvrent le feu, les croiseurs allemands, à l'est, sont déjà sous une demi-obscurité alors que les croiseurs britanniques, à l’ouest, continuent quant à eux de se silhouetter clairement sur l’horizon et les derniers rayons du soleil, offrant ainsi un considérable avantage aux pointeurs allemands… 

jeudi 5 février 2026

9172 -Quand rien ne va…

Le Monmouth : un croiseur-cuirassé surclassé par ses adversaires allemands

... Coronel (Chili), 01 novembre 1914, 16h20

Parce qu’il va bientôt trouver la mort sur la passerelle du croiseur-cuirassé Good Hope, on ne saura jamais dans quelle mesure le "cas Troubridge" a pu jouer un rôle dans la décision de l’amiral Cradock de se précipiter vers l’escadre de Spee sans attendre l’arrivée de son seul cuirassé.

Mais depuis Nelson, il n’est pas de coutume, dans la Royal Navy, de refuser le combat, même contre un adversaire supérieur, et le "cas Troubridge" vient encore de démontrer ce qui arrive à un commandant-en-chef de la Royal Navy lorsqu’il décide de rompre avec cette coutume, fut-ce pour les meilleures raisons du monde.

Amiral d’une Marine de Guerre sans passé, donc sans tradition à défendre, Spee n’est quant à lui pas soumis à ce genre de pression et dispose de toute manière d’une flotte plus moderne et plus homogène, avec deux croiseurs-cuirassés mieux armés que les deux britanniques,  et même, avec le Scharnhorst, d’un croiseur-cuirassé qui s’est régulièrement classé parmi les premiers à tous les concours de tirs de la Kaiserliche Marine.

Et comme si cela ne suffisait pas encore, il y a l’état de la mer elle-même !

Lorsque les deux flottes se rencontrent finalement vers 16h00, le 1er novembre 1914, au large du port chilien de Coronel, et à quelque 3 000 km du Cap Horn, la mer s’est en effet considérablement creusée, ce qui gêne nettement moins les Scharnhorst et Gneisenau que les Monmouth et Good Hope de conception plus ancienne, et dont les casemates latérales bien trop basses sont régulièrement noyées par les embruns, et donc rendues incapables de tirer !

Quand rien ne va…

mercredi 4 février 2026

9171 - le cas Troubridge

L'arrière du Goeben, avant de devenir ottoman. Notez le filet pare-torpilles replié sur le flanc

… car si la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l’Allemagne, a malencontreusement piégé les croiseurs-cuirassés Scharnhorst et Gneisenau dans le Pacifique, elle en a fait de même, en Méditerranée, avec le croiseur de bataille Goeben !

Tout comme Spee, son commandant, le contre-amiral Wilhelm Souchon, a immédiatement compris qu’il ne servait à rien de demeurer sur place mais, plutôt que de tenter un impossible retour vers l’Allemagne à travers le Détroit de Gibraltar, a alors choisi de prendre la route de Constantinople afin de livrer son navire à l’Empire ottoman,... ce même Empire ottoman qui, rappelons-nous, est toujours sous le choc de la saisie des dreadnought Sultân Osmân-ı et Reşadiye par Churchill !

Et le 7 aout 1914, le Goeben est tombé sur les croiseurs-cuirassés du contre-amiral Ernest Troubridge, qui étaient certes quatre mais néanmoins dépassés autant en vitesse, qu’en blindage et en puissance de feu.

Vu son infériorité dans ces trois domaines, Troubridge a alors décidé… de ne rien faire, et donc de laisser tranquillement passer le croiseur de bataille allemand qui, le 10 aout, a tranquillement franchi le Détroit des Dardanelles.

Et en apprenant l’action, ou plutôt l’inaction, de Troubridge, Churchill s’est aussitôt emporté, de même d'ailleurs que l'Amirauté et la quasi-totalité de l'opinion publique britannique !

Immédiatement rappelé à Londres, Troubridge a été expédié devant une court-martiale, qui finira certes par l'acquitter mais ne rétablira jamais sa réputation, en particulier aux yeux du même Churchill qui, dans les décennies ultérieures, citera à plusieurs reprises cet incident comme "une des pires infamies jamais commises par un officier de Sa Majesté" 

Quant au Goeben, celui-ci a tout simplement été "transféré", avec son équipage allemand,… à la Marine ottomane (1) qui, du coup, a ainsi récupéré, grâce à l’Allemagne, une bonne partie de la puissance navale qu’elle avait dû abandonner en Grande-Bretagne,... avec laquelle elle va d'ailleurs entrer en guerre le 5 novembre !

(1) le 16 aout 1914, le Goeben devint très officiellement devenu ottoman sous le nom de Yavuz Sultan Selim  

mardi 3 février 2026

9170 - l'époumoné

Le pré-dreadnought Canopus, au large de Gibraltar, en 1897

… toujours sur le papier, le Canopus est un cuirassé qui dispose d’un meilleur blindage que les Scharnhorst et Gneisenau, et aussi un cuirassé qui dispose de quatre canons de 305mm surclassant largement les 210mm allemand en portée comme en puissance

Mais le problème, c’est que le Canopus est non seulement un pré-dreadnought, mais aussi, et surtout un vieux pré-dreadnought,… qui était d’ailleurs destiné à la casse avant que le déclenchement de la 1ère G.M., et le manque criant de navires, ne poussent la Royal Navy à le remettre en service !

Bien que théoriquement capables de 18 nœuds - ce qui est tout de même 4 à 5 nœuds plus lent que les croiseurs-cuirassés allemands - ses machines sont aujourd’hui complètement époumonées et assurément insuffisantes pour espérer engager et maintenir le contact avec les rapides croiseurs de Spee.

De toute manière, pour l’heure, le Canopus, qui vient à peine de recevoir l’ordre de rejoindre l’escadre de Cradock, se trouve encore plusieurs centaines de km derrière celle-ci.

Mieux vaudrait, dans ces conditions, temporiser quelque peu et, au minimum, attendre l’arrivée du dit Canopus qui, malgré ses insuffisances, ne serait assurément pas de trop

Mais Cradock, refusant toute prudence, décide au contraire, dès l’annonce de l’arrivée de navires de Spee, de se précipiter à l'attaque avec ses seuls croiseurs qui, malgré la bravoure de leurs équipages, accusent tout de même un sérieux - et hélas irrémédiable - déficit de puissance par rapport à leurs adversaires.

Sans doute ne tient-il pas à subir le sort de son homologue Troubridge, confronté quant à lui à l’arrivée du croiseur de bataille allemand Goeben le 7 aout 1914…