dimanche 30 novembre 2025

9105 - "Suspendez les opérations d’attaque. Accusez réception"

… cuirassé USS Missouri, 15 août 1945, 06h14

A 04h00, les aviateurs américains et britanniques, quant à eux limités à ceux de l’Indefatigable, repartent à l’assaut des côtes japonaises.

Trois vagues d’attaque sont prévues, mais à 06h14, alors que la seconde vague d’attaque vient tout juste de décoller, un message de Nimitz arrive sur la passerelle du cuirassé Missouri.  

"Suspendez les opérations d’attaque. Accusez réception"

C’est par ce simple message, émis depuis Guam, que Nimitz signifie à Halsey la fin officieuse, à défaut d’être définitivement officielle, de la Guerre du Pacifique.

Aussitôt, l’intéressé annule la troisième vague qui devait partir pour Tokyo, et bat le rappel des deux autres, mais plusieurs aviateurs n’arrivent pas à y croire, et exigent une confirmation.

A 08h04, un second message, annonçant cette fois que le Président Truman a accepté la Capitulation sans condition des Japonais, parvient sur le Missouri.

Depuis la passerelle, le capitaine de pavillon de Halsey, Doug Moulton, se précipite vers la cabine de l’amiral.

"Amiral, c’est fait !"

Le 7 décembre 1941, à 07h58, c’est ce même Moulton qui avait informé Halsey de l’attaque japonaise contre Pearl Harbor

L’Histoire n’est finalement qu’une longue suite d’ironies…

samedi 29 novembre 2025

9104 - mon précieux disque

Le discours de Capitulation, enregistré sur un disque devenu monument historique...

… Tokyo, 14 août 1945, 23h00

Mais Hirohito - c’est le moins qu’on puisse en dire - n’a jamais été un orateur : le japonais qu’il utilise est maniéré et archaïque, donc difficilement compréhensible pour le public auquel il est destiné, celui de l'homme ou de la femme de la rue à qui, depuis des années, le gouvernement réclame "efforts" et "sacrifices"

Surtout il est prononcé d’un voix bien trop faible, ce qui rend l’enregistrement presque inaudible. Il faut donc en faire un second, prononcé cette fois de manière trop aigüe. 

Qu’importe : c’est celui-là qu’on décide de conserver et qu’on met précieusement à l’abri en vue de sa diffusion le lendemain

Sage précaution en vérité car, cette même nuit, les putschistes passent à l’action et - suprême outrage - investissent le Palais impérial dans le but de s'emparer du précieux disque.

Ils ne le découvriront jamais

Aux premières heures du 15 août la rébellion est néanmoins matée par les troupes demeurées fidèles au régime, ce qui n’empêche cependant pas les irréductibles de tenter un ultime coup de force, cette fois contre les bâtiments de la NHK, afin d’empêcher la diffusion du message de l’Empereur.

En vain, là encore... 

vendredi 28 novembre 2025

9103 - les jeux sont faits

"Sauver la face", caricature du Chicago Tribune, 12 aout 1945

… Tokyo, 14 août 1945, 10h50

"Peu après dix heures, les responsables japonais commencèrent à arriver, prenant place en silence sur des rangées de chaises dans l'abri exigu du sous-sol, et attendant Hirohito.

A 10h50, la réunion commença. Les représentants militaires exprimèrent leurs habituelles objections à toute reddition. Le premier ministre ne prit même la peine d'inviter le parti de la paix à répéter ses propres arguments" (1)

L’Empereur-Dieu décide alors de prendre la parole

"J'ai écouté attentivement chacun des arguments présentés en opposition à l'idée que le Japon devrait accepter la réponse des Alliés en l'état et sans autre précision ou modification, mais mon propre point de vue n'a pas changé... Pour que le peuple puisse connaître ma décision, je vous demande de préparer dès à présent un rescrit impérial afin que je puisse être diffusé à la nation. Enfin, je demande à chacun d'entre vous de faire de son mieux afin que nous puissions faire face aux jours difficiles qui nous attendent" (2)

Les jeux sont - enfin - faits !

La décision de l’Empereur est aussitôt transmise par radio aux ambassades japonaises de Suisse et de Suède, pour être ensuite communiquée aux Alliés.

Le texte du discours de l’Empereur, qui doit quant à lui être diffusé le lendemain à la radio, est finalisé à 19h00, tandis qu'une équipe de la NHK est spécialement convoquée au Palais à 23h00 afin d’enregistrer la parole de l’Empereur sur un microsillon…

(1) et (2) Hastings op cit

jeudi 27 novembre 2025

9102 - l'exaspération

"Je n'attendrai pas très longtemps !", caricature américaine, 14 aout 1945

… Tokyo, 14 août 1945

A Tokyo, pendant ce temps-là, confusion et tergiversations règnent toujours en maître, et le silence officiel des autorités nippones, lié à l’incapacité de ses responsables politiques et militaires à se mettre d’accord, a évidemment le don d’exaspérer au plus haut point les Américains !

"Ces journées de négociations avec un ennemi haï et vaincu ont mis à rude épreuve la patience du public", souligne l'ambassadeur britannique à Washington (…) "L’homme de la rue semble plus désireux que jamais d'entendre parler de l'amiral Halsey chevauchant le cheval blanc d'Hirohito, comme il s’est vanté de le faire, plutôt que d'écouter d’autres explications sur les problèmes de l’administration japonaise soumise au bombardement aérien" (1)

Peut-être pour hâter les choses, et comme ils l’avaient déjà fait le 8 septembre 1943 face aux tergiversations italiennes pour rendre public l’Armistice de Cassibile pourtant signé cinq jours plus tôt (2), les Américains décident alors de passer à l’action.

"Le matin du 14 août, au palais impérial, Kido (3) fut réveillé par un assistant qui lui tendit un tract, l'un des centaines de milliers de tracts largués sur Tokyo la nuit précédente par des B-29, et qui reprenait le texte de la lettre de l'Empereur du 10 août acceptant Potsdam ainsi que la réponse de Byrnes.

Aucun des deux documents n'avait jusqu'alors été vu par le public japonais. Kido expliqua à Hirohito qu'il craignait que ce bombardement de propagande ne précipite l'action des putschistes, et proposa donc d'organiser de toute urgence une réunion extraordinaire des vingt-trois membres du Cabinet et du Conseil suprême pour la direction de la Guerre, au cours de laquelle l'empereur annoncerait sa décision d'accepter la note de Byrnes" (4)

(1) et (4) Hastings, op cit

(2) Saviez-vous que… La Bataille d'Italie

(3) le marquis Kōichi Kido était le Gardien du Sceau privé de l’Empereur, et son plus proche conseiller

mercredi 26 novembre 2025

9101 - un bonheur ne vient jamais seul

Seafire sur le pont de l'Indefatigable

… côtes du Honshu, 11 aout 1945, 17h00

Et la météo, justement, n’autorise aucune nouvelle frappe pour le lendemain, le 11 aout, ce qui, côté britannique, permet au moins d’économiser du carburant.

A 17h00, un bonheur ne venant jamais seul, les dits Britanniques apprennent également que les Américains, malgré tout optimistes quant à l’issue des tractations avec le Japon, autorisent à présent la British Pacific Fleet à participer à la future occupation navale de l’archipel, une participation certes réduite au porte-avions Indefatigable, au cuirassé King George V, aux croiseurs Newfoundland et Gambia, et à une dizaine de destroyers, mais une participation qui, rappelons-nous, n’était nullement acquise lorsque Churchill avait mis la BPF à la disposition des États-Unis au début de 1945, et une participation dont le caractère limité offre de surcroit l'avantage d’économiser à nouveau de nombreuses tonnes de mazout !

Le 12, tel que prévu, l’essentiel de la BPF, et en particulier les porte-avions Formidable, Victorious et Implacable, remettent donc le cap vers Manus et, au-delà, vers l’Australie, mais le lendemain, les Japonais n’ayant toujours pas officiellement accepté la fameuse Capitulation "sans condition" qu’on exige d’eux, Halsey, à bon droit, s’estime autorisé à repartir à l’attaque.

"Le 13, la Task Force 38 attaqua à nouveau des aérodromes dans la plaine de Tokyo et revendiqua la destruction de 307 appareils ennemis. L'Indefatigable, désormais seul porte-avions du Commonwealth, effectua pour sa part une frappe matinale contre une usine chimique à Onagawa. La seconde frappe, dans l'après-midi, trouva les cibles cachées par les nuages et fut en conséquence annulée" (1)

Le lendemain, 14 aout, ce qui reste de la BPF se ravitaille auprès de pétroliers américains en prévision des frappes du 15, qui seront aussi les dernières de la guerre…

(1) Winton, op cit, page 443

mardi 25 novembre 2025

9100 - "au cas où"...

Truman, ou comment maintenir le cap défini depuis des années par Roosevelt...

… autre signe de bonne volonté, les Américains, à la demande expresse des Britanniques, renoncent également à leur exigence de voir l’Empereur signer en personne l’Acte officiel de Capitulation,... épargnant ainsi une considérable humiliation à Sa Divine Majesté.

Enfin, et peut-être plus significativement, Truman lui-même donne l’ordre formel de ne plus utiliser de nouvelles bombes atomiques sur le Japon sans son autorisation expresse, alors que, rappelons-nous, l’USAAF était autorisée, depuis le 25 juillet, à lancer tout ce qu’elle voulait au moment où elle le voulait sur le territoire nippon,… sous la seule réserve de la disponibilité des bombes elles-mêmes !

Il faut dire qu’aux USA comme partout ailleurs, l’enthousiasme pour le soufflé - ou plutôt le champignon - atomique a commencé à retomber à mesure que chacun prenait conscience de l’énormité des destructions et des pertes humaines provoquées par la Bombe, ainsi que des conséquences potentielles de celle-ci sur le devenir-même de l’Humanité !

Reste "qu’au cas où", ordre est néanmoins donné de préparer de nouvelles bombes atomiques, la troisième devant être disponible à partir du 19 août.

Mais s’il n’est, pour l’heure, plus question d’en utiliser une directement contre le Japon, Truman entend néanmoins maintenir les responsables japonais sous pression, ce pourquoi refuse-t-il toutes les demandes d’arrêter également les bombardements conventionnels : entre le 10 et le 14 août, les B-29 vont ainsi déverser quelques milliers de tonnes de bombes supplémentaires sur les villes japonaises,... et y tuer quelques milliers de personnes de plus.

Et au large des côtes japonaises, la 3ème Flotte et la British Pacific Fleet vont quant à elles continuer leurs frappes comme si de rien n’était avec, pour seules limites, celles des munitions et du carburant disponibles.

Mais aussi les humeurs de la météo…

lundi 24 novembre 2025

9099 - Oui,... mais plutôt non

MacArthur et Hirohito, en septembre 1945 : quand les USA écrasent physiquement le Japon...

... car à Washington, la réponse pour le moins alambiquée du gouvernement japonais à la Déclaration de Potsdam, ou plus exactement l'exigence d'une "condition impériale", a suscité bien plus de colère que de satisfaction !

Ces perfides Japonais, pense-t-on, ne cherchent une fois de plus qu’à gagner du temps et n’ont décidément toujours rien compris à la signification, peut-être trop occidentale pour eux, d’une Capitulation… "sans condition" !

Pour autant, au Département d’État, et plus encore, à des milliers de km de là, au Foreign Office britannique, chacun comprend les difficultés que rencontrent en ce moment les modérés japonais,… et aussi qu’il ne serait finalement profitable à personne de renforcer le camp des ultras qui, s’ils venaient à l’emporter pour de bon à Tokyo, contraindraient alors les États-Unis soit à débarquer en force au Japon, soit à lancer une campagne de bombardement nucléaire massive, qui se traduirait par le génocide de toute la population japonaise,… deux perspectives aussi peu enthousiasmantes l’une que l’autre.

Reste qu’en acceptant cette "condition impériale" réclamée par le gouvernement Suzuki, on reviendrait bel et bien sur l’exigence d'une Capitulation… "sans condition" qui depuis deux ans constitue le fondement-même de la politique américaine, et qu’on donnerait aussi aux Japonais l'impression qu’ils sont, jusqu’au bout, demeurés maîtres de leur Destin !

Alors, dans l’après-midi du 10 août, le Président Truman se décide à endosser une note de compromis rédigée par le Secrétaire d’État James Francis Byrnes, laquelle stipule "qu'à partir du moment de la capitulation, l'autorité de l’Empereur et du gouvernement japonais pour gouverner l'État sera soumise au Commandant suprême des puissances alliées" - autrement dit au général MacArthur - et aussi que "la forme ultime de gouvernement du Japon sera établie par la volonté librement exprimée du peuple japonais lui-même".