lundi 14 septembre 2026

9393 - l'heure des diplomates

Le Graf Spee, à Montevideo : une attraction touristique pour la population locale
… Montevideo, 14 décembre 1939, 00h50

Peu après minuit, le Graf Spee mouille donc devant Montevideo, choix a priori étrange - l’Uruguay ayant en effet la réputation d’être bien moins germanophile que l'Argentine voisine, et abritant de surcroît une bien moins grande communauté d’origine allemande - mais choix finalement sans grande conséquence en regard du Droit international. 

En effet, et selon les termes de la Convention de La Haye, un navire de guerre belligérant ne peut faire escale dans un pays neutre, "sans justifier des raisons de force majeure : avaries sérieuses l’empêchant de tenir la mer, blessés graves à hospitaliser, besoins urgents de vivres ou de mazout. S’il n’avait pas d’avaries, il devrait avoir vidé les lieux dans les 24 heures. Si des réparations étaient indispensables, elles devraient se limiter au strict nécessaire pour tenir la mer" (1)

Enfin, et point le plus important, "si le Spee ne se conformait pas à ces règlements, l’Uruguay devrait l’interner" (2)

Or, dès l’arrivée du Panzerschiff, le gouvernement uruguayen se retrouve assiégé autant par les diplomates britanniques, qui exigent qu’il déguerpisse au plus vite, que par les diplomates allemands,… qui réclament au contraire qu’il y demeure le plus longtemps possible !

Dans l’ignorance des avaries réelles du Graf Spee, et parce qu’ils craignent de voir celui-ci reprendre rapidement la mer, les Britanniques sont toutefois prêts à accepter un délai de quelques jours… qui leur permettra d’acheminer d’importants renforts sur place, à commencer par le croiseur lourd de 10 000 tonnes Cumberland qui, en réparations aux Falklands, a levé l’ancre dès l’annonce de la bataille et va réussir à rallier l’estuaire du Rio de la Plata dans les dernières minutes du 14 décembre en ayant parcouru près de 1 800 km à pas moins de 30 nœuds.

D’accord donc pour quelques jours… mais pas quelques semaines…

(1) et (2) Jacques Mordal, 25 siècles de guerre sur mer, tome II, page 144 

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