Pour les Allemands, et en particulier pour Reinhard Scheer, qui avait pris la tête de la Hochseeflotte au début de 1916, et qui craignait lui aussi de la voir succomber si elle tombait malencontreusement sur la Grand Fleet au grand complet, les opportunités de tendre un tel piège étaient donc extrêmement faibles, et les chances de le voir fonctionner l’étaient encore davantage.
Et c’était d’autant plus vrai qu'en sus de leurs nombreux atouts, les Britanniques en détenaient un autre, au moins aussi formidable, dans leur manche : un service de décryptage - la Room 40 - qui, sans être infaillible, était infiniment supérieur à son adversaire germanique et, en conséquence, largement en mesure de connaître les intentions de la flotte allemande avant-même qu’elle ne lève l’ancre !
Au Jutland, grâce aux renseignements ainsi obtenus, les dreadnought de Jellicoe, les croiseurs de bataille de Beatty et les super-dreadnought d’Evan Thomas avaient donc appareillé en masse plusieurs heures AVANT que les navires de Scheer et de Hipper n’en fassent de même, avec pour résultat que les seconds n’avaient pas tardé à tomber dans le piège qu’ils voulaient eux-mêmes tendre aux premiers, et n’avaient finalement dû leur salut que dans la fuite, pas mal de chance, et plusieurs erreurs de leurs adversaires.
Malgré cela, la Hochseeflotte avait, il est vrai, réussi à atteindre une partie de son objectif : détruire plus de navires ennemis qu’elle n’en avait perdu elle-même, mais ce résultat, pour flatteur pouvait-il sembler à première vue, et en particulier aux yeux de la Propagande, n’en était pas moins totalement insuffisant pour inverser le cours de la guerre…
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