samedi 28 mars 2026

9223 - la 5ème Escadre de combat

Le Warspite, lors de sa construction, en 1914

… et loin de s’apaiser avec le temps, cette crainte s’est au contraire vue renforcée par le comportement, qu’il juge bien trop téméraire, de Beatty à la tête de ses croiseurs de bataille,… puis, en 1916, par la revendication, par ce même Beatty, de voir la 5ème Escadre de combat mise à sa disposition.

La 5ème Escadre, ce sont les cinq tout nouveaux "super-dreadnought" de la classe Queen Elizabeth, des monstres de 32 000 tonnes - presque le double du Dreadnought originel ! - dotés des tout aussi nouveaux canons de 15 pouces (381mm) capables d’expédier un obus de 870 kg à 23 000 mètres, mais aussi équipés de turbines alimentées cette fois au mazout et non plus au charbon, lesquelles leur permettent d'atteindre une vitesse allant jusqu’à 24 nœuds, autrement dit… quasiment équivalente à celle des croiseurs de bataille, sans avoir à sacrifier, comme ces derniers, le blindage au profit de la puissance de feu !

"Beatty convoita rapidement ces magnifiques navires pour renforcer sa flotte de croiseurs de bataille. Il fut d'abord contrecarré par Jellicoe, qui fit remarquer que, malgré leur vitesse, ces super-dreadnoughts n'étaient toutefois pas aussi rapides que les croiseurs de bataille (…) ce qui imposerait un léger mais significatif handicap aux évolutions des dits croiseurs de bataille lors des offensives, mais aussi, et en cas de rencontre avec la Hochseeflotte, un danger en cas de repli vers la Grand Fleet.

(…)  Jellicoe craignait que Beatty, s'il disposait d'une escadre de soutien aussi importante, ne surestime ses moyens en s'attaquant seul à la Flotte de Haute Mer. "Je suis certain", écrivit-il, qu'il serait erroné de les lui envoyer. Cela aurait pour conséquence, d'une part, de l'éloigner considérablement de moi, ce qui est une erreur, et par gros temps, cela pourrait s'avérer presque désastreux". 

(…) Cependant, la pression exercée par le désir de l'Amirauté de disposer d'une force plus importante pour couvrir les eaux méridionales de la Mer du Nord, et le besoin évident d'un véritable entraînement au tir pour la flotte de croiseurs de bataille anglais finit par avoir raison de lui.

Il fut alors décidé que la 3ème Escadre de croiseurs de bataille de Beatty (1) s’en irait temporairement rejoindre la Grand Fleet pour un entraînement intensif au tir. En son absence, la flotte de croiseurs de bataille (2) devait évidemment être renforcée, et la 5ème Escadre de combat était la seule option réaliste. 

Serrant sans doute les dents, Jellicoe envoya donc ces navires (3) rejoindre Beatty à Rosyth le 22 mai 1916" (4)

(1) croiseurs de bataille Invincible, Inflexible et Indomitable
(2) croiseurs de bataille Lion, Princess Royal, Queen Mary, Tiger, New Zealand et Indefatigable
(3) cuirassés Barham, Malaya, Valiant et Warspite. Le Queen Elizabeth était alors en cale sèche pour remise à niveau.
(4) ibid, pages 52-53

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