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| Le croiseur de bataille Invincible, à son lancement, en 1907 |
Quelle que soit leur nationalité, les ingénieurs et architectes qui conçoivent les nouveaux cuirassés demeurent prisonniers du même cercle vicieux, ou plus exactement du même triangle infernal à trois paramètres.
A enveloppe - c-à-d taille et déplacement - donnée, chaque cuirassé est en effet le résultat d’une recette à trois ingrédients, dont seul le dosage individuel diffère, à savoir le nombre et le calibre des canons (qui déterminent la puissance de feu), l’épaisseur du blindage (qui détermine le degré de protection contre les tirs ennemis), et enfin la puissance des machines (qui détermine la vitesse du bâtiment).
Or, ces trois ingrédients sont malheureusement interdépendants : à moins d’augmenter à chaque fois le volume de l’enveloppe - ce que l’on fait parfois, mais qui entraîne à chaque fois une explosion des coûts en plus de poser, comme avec le Canal de Kiel, de nombreuses difficultés pratiques - il est impossible, si l’on souhaite par exemple augmenter le nombre et/ou le calibre des canons, d’y arriver SANS diminuer également l’épaisseur du blindage et/ou la puissance installée !
Bien qu’identiques en apparence, les cuirassés de chaque nation présentent en réalité des différences subtiles selon le dosage de ces trois ingrédients, dosage qui dépend quand à lui de l’humeur du "cuisinier" du moment.
Parce qu’ils disposent de l’avantage du nombre, les Britanniques ont par exemple tendance à sacrifier quelque peu le blindage au bénéfice de plus gros canons et/ou d’un plus grand nombre de canons, alors que leurs futurs adversaires allemands, en revanche, sachant qu’ils ont toutes les chances de combattre en infériorité numérique, ont plutôt tendance à adopter la démarche inverse, autrement dit à sacrifier quelque peu le nombre et/ou le calibre des canons au bénéfice d’un blindage plus épais…
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1 commentaire:
Bonjour! bravo pour le blog, dans cette histoire il y a pas mal de gens qui "savent trop de choses qui ne sont pas comme ils croient qu'elles sont" . L'Amiral Jacky Fisher, ministre de la marine de guerre, un vieux de la vieille qui a connu les misères et les splendeurs de la marine à voile au début de sa carrière et qui est tout sauf un caractère commode . Suivant l'expression britannique , il ne "tolère pas les idiots avec bienveillance" et comme il le dit lui même "Lord Fisher ne consulte que Lord Fisher."
Vers 1910 il n'est pas encore gâteux (une soixantaine d'années,) mais déjà nettement psychorigide
Le passage de la voile à la vapeur, le début de remplacement des machines à pistons par des turbines , l'esprit victorien de foi en les progrès de la science et de la technique, tout cela a faussé un peu sa vision des choses, bien qu'il ait été un marin fort compétent dans ses années de formation...il y a de quoi: les vaisseaux de ligne à voile marchaient à 7-8 Noeuds et encore avec une bonne brise et pas dans toutes les directions de la rose des vents (120° d'angle mort dans lequel c'est le louvoyage obligatoire- 90° sur ses voiliers de régate modernes- et 2 fois la route, 2 fois le temps et 4 fois la grogne- disent plaisamment les marins)...alors que dans les années 1900-1910 on en est à 22 noeuds pour les cuirassés et 30 pour les torpilleurs , dans toutes les directions ...ou presque (par mer calme) car marcher face au vent et aux vagues avec un navire qui n'est pas appuyé par sa voilure est affreusement inconfortable (tangage, roulis, arrêts brutaux, paquets de mer jusqu'à la passerelle déformation de la structure du navire...)...
Mais sir John "jackie" Fisher qui a été un ardent promoteur du Dreadnought (21 noeuds avec chauffe au charbon, un peu plus au mazout) s'et persuadé que "speed is armour" la vitesse c'est la protection , le blindage ) , autrement dit que le navire le plus rapide pourra toujours régler la distance à sa guise et avec des très gros canons couler l'ennemi en restant à distance de sécurité...Comme pour les théories de l'Amiral Aube et de sa poussière navale , (David contre Goliath) qui fonctionnent uniquement par temps de demoiselle...c'est vrai et faux à la fois. Sans divulgâcher , le Croiseur de bataille , surpuissant , doté de canons de cuirassé mais pas de son blindage, ne fonctionne que s'il affronte des navires peu blindés (c'est un tueur de croiseurs , tout comme le destroyer est un tueur de torpilleurs) mais face à un navire plus blindé que lui , çà devient beaucoup plus dangereux.
Sans divulgâcher , quand ce genre de navire qui donne une trompeuse impression d'invincibilité (jusque dans les noms choisis, genre "inflexible" , "indomptable", invincible) est manié par un fonceur pas trop méticuleux, comme David Beatty, du genre "sabre au clair et en avant" ...ben çà peut faire du vilain.
En Allemagne on a moins de budget, pas question de perdre un navire coûteux, et puis il y a les aciéries Krupp (les blindages Krupp sont tellement supérieurs aux blindages Harvey que les anglais ont dû se résigner à acheter le brevet) , on connaît les résultats des tests d'artillerie...du coup on blinde plus généreusement les "grands croiseurs de choc" (schagtkeuszers ) ce qui est plus réaliste....et on met le paquet sur l'entraînement, la précision de tir et le respect de la doctrine d'emploi.
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