mercredi 14 décembre 2005

1011 - la guerre totale

... tout au long de la 2ème Guerre mondiale, les dirigeants nazis ont oscillé entre leur volonté de punir les Juifs en les exterminant, et celle de les punir en les assignant aux travaux forcés les plus durs.

Bien que théoriquement conciliables d'après les minutes de la Conférence de Wannsee du 20 janvier 1942 - "les Juifs aptes au travail seront amenés à construire des routes dans ces territoires, ce qui sans doute permettra une diminution naturelle substantielle de leur nombre (...) il faudra appliquer un traitement approprié à la totalité de ceux qui resteront" - l'essentiel de "l'action Reinhard" avait surtout consisté, tout au long de l'année 1942 et au premier semestre 1943, à "évacuer" les Juifs le plus rapidement possible à travers les trois principaux camps d'extermination de Sobibor, Belzec et Treblinka; Auschwitz-Birkenau ne jouant encore qu'un rôle mineur dans ce domaine.

Le 18 février 1943, pourtant, un discours du Ministre de la Propagande Joseph Goebbels, au Palais des Sports de Berlin, allait progressivement changer la donne. Tenu dans la foulée de la défaite de Stalingrad (2 février 1943), ce discours proclama l'état de guerre totale et appela l'ensemble de la population allemande "à suivre le Führer et à lutter pour la victoire quel qu'en soit le coût".

Concrètement, cela signifiait que l'intégralité des ressources humaines et matérielles du Reich devaient à présent être consacrées à la guerre, fut-ce au détriment de tous les autres objectifs. Cela signifiait aussi la mobilisation des hommes de toutes les classes d'âge pour le Front et, par voie de conséquence, une aggravation de la situation pour une industrie allemande déjà dramatiquement à court de main d'oeuvre.

Dans ce contexte, si l'annihilation finale de la "race juive" demeurait l'objectif essentiel, on ne pouvait plus se permettre, comme on l'avait trop souvent fait jusque-là, d'envoyer purement et simplement dans les chambres à gaz des centaines de milliers d'hommes et de femmes capables de travailler à l'effort de guerre. Les Juifs devaient certes continuer à mourir en masse - il n'était évidemment pas question de revenir sur ce principe - mais ils devaient au préalable apporter quelque chose à l'Allemagne.

Cette évolution dans la manière de penser la "Solution finale" entraîna tout naturellement la fermeture progressive des camps d'extermination "purs", comme Treblinka, au profit des camps de concentration "traditionnels" - si tant est qu'on puisse considérer comme "traditionnels" des camps à la mortalité galopante comme celui de Bergen-Belsen - ou des camps "mixtes" comme Auschwitz-Birkenau...

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