mardi 6 décembre 2005

1003 - un contexte difficile

... en ce 20 janvier 1942, les hauts fonctionnaires et responsables SS réunis dans une cossue villa de Wannsee pour y discuter de la "Solution finale à la question juive" n'avaient guère de motifs à l'optimisme.

Au plan politique, les États-Unis venaient d'entrer en guerre contre l'Allemagne. Au plan militaire, si la situation était loin d'être catastrophique, l'invasion de l'URSS, malgré toute la barbarie et les moyens déployés, avait depuis longtemps cessé de s'apparenter à la promenade de santé espérée : la Wehrmacht n'avait en effet pu s'emparer de Moscou, et avait même dû reculer sous le double effet de l'hiver et d'une violente contre-offensive soviétique.

Seule la volonté maniaque de Hitler de ne pas céder le moindre mètre - quelles que soient les pertes encourues - avait du reste pu empêcher ce "repli stratégique" de se transformer en une formidable déroute pour toute l'armée allemande. Un constat qui renforça la méfiance de Hitler envers les généraux "défaitistes" de son État-major, lesquels avaient tous prôné la retraite. Et un constat qui joua un rôle crucial un an plus tard, lorsque ces mêmes généraux réclamèrent à nouveau le repli, cette fois devant Stalingrad...

En attendant, il était déjà devenu évident que tout espoir de déporter l'ensemble des Juifs d'Europe vers un territoire suffisamment lointain et insalubre de l'URSS, et ce dans un délai raisonnable, avait disparu,... ce qui reposait donc avec acuité le problème des ghettos - et en particulier de ceux du Gouvernement général de Pologne - dans lesquels croupissaient des millions de Juifs affamés.

L'exil forcé et la "relocalisation" étant désormais exclus, ne restait plus que la solution la plus radicale : celle des "camps de travail" où les conditions seraient suffisamment pénibles pour que les Juifs y meurent en grand nombre.

Dans les minutes de la Conférence, on peut ainsi lire : "Au cours de la solution finale, les Juifs de I'Est devront être mobilisés pour le travail avec I'encadrement voulu. En grandes colonnes de travailleurs, séparés par sexe, les Juifs aptes au travail seront amenés à construire des routes dans ces territoires, ce qui sans doute permettra une diminution naturelle substantielle de leur nombre".

Quant aux (rares) survivants éventuels, "il faudra appliquer un traitement approprié à la totalité de ceux qui resteront, car il s'agira évidemment des éléments les plus résistants, puisqu'issus d'une sélection naturelle, et qui seraient susceptibles d'être le germe d'une nouvelle souche juive, pour peu qu'on les laisse en liberté"

Très vite, Martin Luther - sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères - proposa "que les déportations commencent dans les pays où elles pourront être mises en œuvre sans problèmes majeurs", tandis que Josef Bühler - secrétaire d'État au Gouvernement général de Pologne, insista au contraire pour que cette "Solution finale" commence par les Juifs de Pologne...

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