dimanche 4 décembre 2005

1001 - qu'est-ce qu'un Juif ?

... depuis l'arrivée des Nazis au Pouvoir, en mars 1933, la question de savoir ce qu'était ou non un "Juif" n'avait cessé d'être débattue.

L'origine du problème remontait en fait au 19ème siècle, lorsque les progrès de la laïcité, et les partisans des États-nations, avaient fini par définir les Juifs non plus comme des "adeptes de la religion juive", mais bien comme les membres (pratiquants ou non) d'une "race" à part entière et bien entendu distincte des autres.

Là où les conversions, volontaires ou forcées, faisaient autrefois perdre la "judéité", le concept de "race" pouvait faire de n'importe qui un "Juif" - même s'il n'était pas circoncis et ne pratiquait aucune religion - pour autant qu'il possède des parents, des grands-parents voire même des aïeuls reconnus comme tels.

S'il était relativement facile d'identifier les Juifs circoncis, vivant encore en communautés, pratiquant leur religion, s'habillant de manière traditionnelle, ou se mariant exclusivement entre eux, il était en revanche bien plus malcommode d'en faire de même avec ceux issus de mariages mixtes - les Mischlinge - avec ceux dont les parents avaient depuis longtemps renoncé au judaïsme, ou avec ceux dont le mode de vie, l'apparence physique ou le nom patronymique ne correspondaient en rien à l'idée que l'on se faisait généralement d'un "Juif".

L'ironie voulut qu'à Wannsee, une pesante rumeur de "judéité" pesât précisément sur le "Maître de Conférence" lui-même. Bien que portrait de l'aryen parfait -au moral comme au physique - Reinhard Heydrich n'en attirait pas moins, et depuis des années, les soupçons - probablement fondés - d'avoir un grand-parent juif, ce qui, selon les Lois de Nuremberg de 1935, aurait fait de lui un métis au second degré, soit le fruit d'un parent aryen et d'un demi-juif. Une tare en vérité rédhibitoire, qui ne l'aurait certes pas envoyé à la chambre à gaz mais aurait largement suffit à le chasser de la SS et à lui interdire tout poste à responsabilités au sein de la Nouvelle Allemagne,

Déjà personnage fascinant en soi, Heydrich aurait assurément fait le bonheur d'un psychiatre si l'un ou l'autre participant de la Conférence avait eu l'idée de relever son ascendance, et le courage de lui demander comment il parvenait à concilier ses origines juives et le traitement qu'il réservait aux Juifs.

Heureusement pour lui, si la rumeur de sa coupable ascendance l'accompagnait partout, sa réputation non usurpée de brutalité et d'extrême cruauté le précédait encore davantage, et personne ne pipa mot...

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