vendredi 2 janvier 2004

298 - "elles restaient là comme des rocs"

... le 26 avril 1945, les Berlinois, pilonnés depuis des jours par l'artillerie de campagne soviétique, purent néanmoins apprécier les bienfaits d'un violent orage qui eut au moins le mérite d'éteindre certains des incendies qui ravageaient la ville.

Mais ce répit n'eut qu'un temps, et bientôt, les femmes se remirent, contraintes et forcées, à faire la file devant les rares magasins d'alimentation encore ouverts.

Les obus russes tombaient régulièrement sur elles, et projetaient des morceaux de corps humains dans toutes les directions. Mais les rangs ainsi clairsemés se reformaient aussitôt : aucune de ces femmes ne voulait en effet risquer de perdre sa place dans l'interminable file d'attente, et chacune se contentait donc d'enjamber stoïquement le cadavre de celle qui était tombée devant elle

"Elles restaient là comme des rocs, nota un témoin, ces femmes qui, à une époque encore récente, se ruaient aux abris si trois avions de chasse étaient signalés au dessus du centre de l'Allemagne".

Mais si les femmes risquaient constamment leur peau pour quelques grammes de pain ou de saucisson, les hommes - du moins ceux qui n'appartenaient pas à l'armée ou à la milice - ne se dérangeaient guère que s'il y avait distribution de schnaps.

A la volonté de survivre des unes semblait correspondre le besoin d'oublier des autres...

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