dimanche 29 février 2004

357 - les "bandits chinois"

... le 18 septembre 1931, dans le sud de la Mandchourie, l'armée japonaise fit sauter un tronçon de voie ferrée appartenant à une compagnie... japonaise, accréditant ainsi la thèse d'un attentat de "bandits chinois".

Cet incident savamment orchestré, qu'illustra Hergé dans "Tintin et le Lotus Bleu", lui permit de saisir l'intégralité de la Mandchourie, puis de la rebaptiser Mandchoukouo, à la grande fureur - et c'était bien là le but recherché - des nationalistes chinois, avec qui la guerre devint inévitable.

Quelques mois plus tard, à Shangaï, une manifestation de protestation chinoise se solda par la mort d'un prêtre bouddhiste japonais, lynché par la foule. Le Japon prit aussitôt prétexte de cet incident pour bombarder la ville entière en guise de représailles, tuant plusieurs dizaines de milliers de civils chinois

Devant l'indignation internationale, l'Empire du Soleil Levant prit alors la décision de se retirer de la Société des Nations (SDN), le 27 mars 1933.

Deux mois plus tôt, en Allemagne, Adolf Hitler avait été nommé Chancelier. Les fascismes japonais et allemands allaient bientôt faire cause commune...

samedi 28 février 2004

356 - la route de Pearl Harbour

... au début de la restauration des Meiji (1867), la population japonaise était évaluée à 30 millions d'âmes. En 1930, elle approchait les 65 millions.

Pour nourrir pareille multitude, les agriculteurs japonais avaient poussé les rendements à l'hectare jusqu'au maximum possible, mais le pays n'avait bientôt plus eu d'autre choix que d'importer des denrées alimentaires, et en particulier du riz, dont les importations avaient carrément triplé entre 1910 et 1920.

Dès le début des années 1920, les militaristes japonais se mirent à chercher une issue à cette dépendance de plus en plus criante.

"Il n'y a que trois manières pour le Japon d'échapper aux conséquences de l'excès de population : l'émigration, la conquête des marchés commerciaux, ou l'expansion territoriale. La première porte - l'émigration - nous est fermée depuis le vote de lois anti-migratoire par de nombreux pays étrangers. La seconde se referme à cause des barrières douanières et l'abrogation des traités commerciaux. Que peut faire le Japon lorsque deux de ces trois portes lui sont désormais fermées?"


A l'instar du propagandiste Araki Sadao, plusieurs auteurs firent alors observer que le Japon devait nourrir 65 millions de personnes sur un territoire 40 fois moins étendu que le Canada ou l'Australie, par ailleurs 10 fois moins peuplés.

De pareilles disparités, estimèrent-ils, étaient profondément injustes et ne pouvaient que justifier les revendications du Japon sur la Chine, ainsi que sa vocation à diriger l'Asie toute entière.

Trois ans après la signature du Traité de Washington (1922), qui avait reconnu le Japon comme troisième puissance navale au monde, le nationaliste Okawa Shumei écrivit que la destinée du Japon était de "libérer l'Asie" et donc, inévitablement, d'entrer en guerre contre les États-Unis.

"Avant qu'un nouveau monde apparaisse, un combat mortel s'engagera entre les puissances de l'Ouest et de l'Est (...) Le Japon est le pays le plus puissant d'Asie, et les États-Unis le pays occidental le plus puissant. Ces deux pays sont destinés à s'affronter, et seul Dieu sait quand cela se produira"

La route de Pearl Harbour était désormais ouverte...

vendredi 27 février 2004

355 - les graines du génocide

... la Grande-Bretagne avait fourni au Japon une marine de guerre qui lui permit de terrasser l'ours russe à Tsuchima. Quelques années plus tard, la France livra au Japon une aviation de combat qui lui permit bientôt de partir à la conquête du monde.

Dès 1931, le Japon envahissait la Mandchourie, plaçant sa marionnette, le "Dernier Empereur" Pu Yi, sur le trône.

Mois après mois, année après année, les forces d'invasion japonaises s'enfoncèrent en Chine continentale, grignotant le terrain et bousculant les troupes de Chiang Kaï Chek, infiniment plus nombreuses mais particulièrement inefficaces et souvent corrompues.

En juillet 1937, profitant de "l'incident du Pont Marco-Polo" - qu'ils avaient eux-mêmes organisé - les soldats japonais s'emparèrent de Pékin, de Tientsin, de Shangaï, et finalement de Nankin, qui tomba le 13 décembre de la même année.

Nankin et sa monstrueuse boucherie, dans laquelle périront quelque 300 000 Chinois. Deux fois plus qu'à Hiroshima ou Nagasaki; deux fois plus qu'à Carthage, en - 146, lorsque les légionnaires de Scipion Émilien s'emparèrent de la ville et passèrent tous les défenseurs au fil de l'épée; trois fois plus qu'à Delhi, en 1398, lorsque les guerriers de Tamerlan exécutèrent 100 000 prisonniers "trop encombrants".

Nankin, où hommes, femmes, enfants, vieillards, furent exécutés à la mitrailleuse lourde, décapités au sabre, arrosés d'essence et brûlés vifs, ou encore liés vivants à des poteaux, pour que les soldats japonais puissent s'exercer au maniement de la baïonnette...

Nankin, et ses dizaines de milliers de femmes violées par la troupe, puis dépecées, éventrées, clouées aux portes, les seins coupés au couteau, une baïonnette dans le vagin...

Nankin, et ses pères contraints de violer leur fille, et les enfants leur mère, sous le regard goguenard des soldats japonais qui, pour un mot en trop, faisaient sauter les têtes ou enterraient vivants leurs prisonniers jusqu'à la taille,... avant de les regarder se faire dévorer par des bergers allemands...

jeudi 26 février 2004

354 - la descente aux enfers

... ...Après la chute de Port Arthur, suivie du désastre de Tsuchima, le Tsar Nicolas II n'eut plus d'autre choix que d'accepter la médiation que Théodore Roosevelt lui proposait depuis des mois.

Dans l'immédiat, l'affaire lui coûtait Port Arthur et la Mandchourie - que les Japonais s'empressèrent d'annexer. Mais pendant quarante ans, elle allait quasiment priver la Russie de toute influence en Asie.

Le 14 juin 1905, ce qui restait de la flotte impériale se mutina en Mer Noire. Et l'on vit les marins du Potemkine se rendre maître d'un cuirassé - fait unique dans l'histoire des révolutions - puis, ne sachant trop qu'en faire, errer à leur tour à la recherche d'un port d'asile et d'un gouvernement qui voudrait bien les accueillir, avantde se rendre aux autorités roumaines, le 25 juin 1905

On aurait aimé ajouter qu'après Tsuchima, la Paix et la Prospérité s'installèrent dans cette partie du monde, libérée du joug des ploutocrates tsaristes, et rendue à une grande et merveilleuse fraternité panasiatique

Mais la barbarie et le colonialisme ignorent malheureusement les frontières des cultures, des religions ou des races.

Et l'on vit bientôt les troupes japonaises, victorieuses à Tsuchima, s'implanter en Mandchourie comme en pays conquis, avec toutes les exactions que cela implique, puis se livrer à une guerre interminable contre la Chine.

On les vit recruter de force, dans tous les territoires annexés, des milliers de jeunes femmes, transformées en esclaves sexuelles pour les besoins de leurs bordels militaires, puis exécutées d'une balle dans la nuque, comme des objets que l'on jette parce que trop usés pour encore servir.

En Mandchourie, on vit la tristement célèbre "Section 731 de guerre bactériologique et chimique" pratiquer pendant des années des expériences abjectes sur des cobayes humains, expériences devant lesquelles même les SS les plus enthousiastes auraient reculé d'effroi.

On vit encore, en 1937, cette même armée japonaise violer la ville de Nankin, après un siège atroce, et la mettre à sac pendant des semaines, liant les prisonniers par groupes de 100 avant de les arroser d'essence, les décapitant au sabre, tirant sur tous les civils qui tentaient de glaner quelque nourriture, éventrant femmes et enfants à la baïonnette...

Une longue descente en Enfer

mercredi 25 février 2004

353 - Vae Victis

... Arrivée à Cam Ranh (Vietnam), le 14 avril 1905, la flotte russe s'entend immédiatement signifier qu'elle doit, en vertu des traités internationaux, déguerpir dans les 24 heures...

L'ennui c'est qu'entre-temps l'Etat-major impérial, décidément fort têtu, lui a intimé l'ordre formel et militaire d'attendre les fameux renforts dont personne ne veut

Du coup, voilà l'escadre contrainte d'exécuter des ronds sur l'eau le jour, et à mouiller discrètement la nuit, au fond de baies désertes, jusqu'au matin du 9 mai 1905, où apparaissent enfin les tas de ferrailles tant attendus.

Encore une semaine pour permettre à ces derniers de se remettre de leur traversée et, le 14 mai 1905, la deuxième escadre du Pacifique appareille pour son dernier voyage.

Mais les dés sont pipés dès le départ, et la partie par trop inégale. Aux Russes aussi épuisés que leurs bâtiments, les Japonais, qui opèrent à quelques centaines de kilomètres de leurs arsenaux, opposent des marins et des navires frais, dispos, et prêts à en découdre.

Du reste, ils savent que les ordres de Rojesvensky lui enjoignent de gagner Vladivostok, et aussi qu'il n'y a que trois itinéraires possibles

Le 27 mai, jour anniversaire du couronnement du Tsar, un patrouilleur japonais aperçoit l'escadre russe par le travers du détroit de Corée, et en signale immédiatement la présence à l'amiral Togo Heihachiro, sur le cuirassé Mikasa

C'est aussitôt l'hallali, les explosions des obus de 305mm, les bras ou les jambes arrachés, les corps déchiquetés, les hurlements de douleur, les rigoles de sang qui dégoulinent sur les ponts

A l'aube du 28 mai, la flotte russe, trop fatiguée pour se battre, a tout simplement été exécutée, comme à la parade, par plus fort qu'elle. Sur 37 navires à s'être présentés devant Tsuchima, seuls trois parviennent finalement à rallier Vladivostok. Côté pertes humaines, le bilan est tout aussi lourd : plus de 6 000 morts côté russe, moins de 600 côté japonais.

Au terme d'une longue captivité chez les Japonais, Sinovie Petrovitch Rojesvensky fut traduit en court martiale dès son retour en Russie. Son vainqueur, l'amiral Togo Heihachiro eut droit à tous les honneurs... et à une statue qui orne aujourd'hui un parc, où son cuirassé est pieusement conservé

mardi 24 février 2004

352 - les parias

... En ce début de janvier 1905, alors que Port Arthur est tombé aux mains des Japonais, l'escadre russe qui devait se porter à son secours est toujours bloquée à Nossi-Bé (Madagascar), où l'administration coloniale française n'a pas encore eu le temps d'installer le télégraphe et donc de lui intimer l'ordre de décamper conformément au règlements internationaux en vigueur, lesquelles interdisent aux navires des nations belligérantes de séjourner plus de 24 heures dans des ports neutres.

Pour Rojesvensky, il importe avant tout d'occuper les équipages, et de tenter de réparer, tant bien que mal, des navires déjà passablement malmenés. Le tout en dehors de toute infrastructure portuaire puisque, officiellement du moins, les autorités françaises ignorent la présence russe dans leurs eaux

De son côté, contre toute attente, et pourrait-on dire contre la Raison, le Tsar Nicolas II n'a pas renoncé (!)

Port Arthur est tombé, soit, mais la guerre n'est pas finie (!). Sitôt remise en état, l'escadre devra donc prendre la direction de Vladivostok, et "engager tout ennemi japonais qui viendrait à croiser sa route"

Mieux encore : le Tsar va même lui expédier des renforts depuis la Baltique,... soit un tas de vieux bâtiments démodés, à peine capables de sortir du port sans couler bas, et dont Rojesvensky n'avait pas voulu trois mois plus tôt (!)

Et pour couronner le tout, arguant des risques encourus, ce sont maintenant les charbonniers allemands qui menacent de ne plus accompagner la flotte russe sur l'Océan Indien. Des pourparlers interminables s'engagent entre l'Allemagne du Kaiser et la Russie du Tsar

On peine à se représenter le désespoir de ces marins russes qui errent depuis des mois sur les mers, dans des conditions épouvantables, sans la moindre nouvelle de leurs familles. Ces marins russes qu'on accueille comme des parias dans tous les ports, à qui on interdit de mettre pied à terre aux rares escales. Ces marins russes qui viennent d'apprendre que leur mission n'a plus aucun sens,... mais qu'on condamne maintenant à attendre pendant des semaines, dans un coin perdu de l'Océan Indien, des renforts dont personne ne veut et qui les encombreront plus qu'autre chose

Finalement, le 16 mars 1905, après plus de deux mois d'immobilisme qui ont annihilé le peu de moral qui restait aux équipages, Rojesvensky, qui espère semer les vains renforts qu'on lui envoie, peut enfin reprendre la mer. Le 14 avril, il se retrouve à Cam-Ranh (Vietnam)...pour s'entendre immédiatement signifier qu'il doit quitter le port dans les 24 heures...

lundi 23 février 2004

351 - tout ça pour rien...

... Arrivée à Dakar le 16 novembre 1904, la flotte russe poursuit son périple vers le Sud, atteignant Libreville (Gabon) le 1er Décembre, et l'Afrique du Sud quinze jours plus tard.

Reste à franchir le Cap de Bonne Espérance, à affronter les fameux "40ème rugissants" pour gagner Madagascar, la plus longue escale du voyage.

Bourrés à ras-bord de charbon, les bâtiments essuient tempête sur tempête pendant plusieurs jours. Les ponts sont balayés par les lames, les chaudières noyées. Partout l'odeur d'humidité, de transpiration, de moisissure et de vomi qui prend à la gorge.

Epuisés, les marins russes arrivent enfin à Sainte Marie (Madagascar) le 6 janvier 1905,...pour repartir aussitôt pour Nossi-Bé, mille kilomètres plus loin sur la côte occidentale de l'île, tant les autorités françaises de Sainte Marie, aiguillonnées par les Britanniques, sont pressées de les voir décamper.

Les règlements internationaux en vigueur interdisent en effet aux navires des nations belligérantes de séjourner plus de 24 heures dans des ports neutres.

Mais à Nossi-Bé, le télégraphe n'a pas encore été installé par l'administration française, ce qui permet donc de sauver les apparences...

Il y a trois mois que l'escadre russe a maintenant quitté Kronstadt.

Il y a quatre jours que Port Arthur, but du voyage et raison d'être de toute cette aventure, est tombé aux mains des Japonais

Tout ça pour rien...

dimanche 22 février 2004

350 - la croisière infernale

... A Tanger, le 6 novembre 1904, l'escadre russe envoyée à la rescousse de Port Arthur, se scinde en deux. Les plus petits navires, croiseurs et torpilleurs, empruntent le Canal de Suez.

Mais celui-ci étant jugé trop étroit pour les cuirassés, ces derniers n'ont alors d'autre choix que contourner toute l'Afrique avant de gagner Madagascar, où l'escadre doit se regrouper.

Avec le recul, on se dit qu'il aurait finalement été préférable de risquer l'échouage dans le Canal plutôt que d'obliger marins et navires à entreprendre pareil contournement, qui allait durer plusieurs semaines

Il est difficile aujourd'hui de se représenter le calvaire des équipages, et en particulier des soutiers, contraints d'enfourner des heures durant des pelletées de charbon dans les chaudières, sous une chaleur infernale, puis de se traîner à demi-morts d'épuisement jusqu'aux ponts supérieurs pour tenter d'aspirer quelques goulées d'air pur.

Jour après jour, semaine après semaine, les navires russes descendent donc vers le Sud, avec une lenteur désespérante, et toujours avec cette crainte de rater le rendez-vous prévu avec les charbonniers allemands, et de tomber à court de combustible.

Et il y a ces maudits sacs de charbon, qu'il faut sans cesse transborder d'un navire à l'autre, qui vous brisent le dos, qui deviennent un obsession, une hantise, un cauchemar qui vous poursuit même la nuit, lorsque vous essayez en vain de dormir dans les dortoirs, cabines, ou entreponts surchauffés de navires qui, prévus pour combattre en Baltique, n'ont jamais été conçus pour les longues croisières ou les climats tropicaux...

samedi 21 février 2004

349 - le charbon

... Le 26 octobre 1904, alors que la flotte russe pénètre dans la rade de Vigo, où l'attendent les charbonniers allemands, ce sont les douaniers espagnols qui surgissent et lui interdisent de transborder le précieux combustible à l'intérieur de leurs eaux territoriales

Ce n'est que le début d'une interminable série d'incidents du même type, que nous avons peine à comprendre aujourd'hui, tant notre mémoire cinématographique est remplie de ces images d'actualités où l'on voit des pétroliers ravitailler en mazout, avec de longs tuyaux flexibles, des navires de guerre qui continuent à faire route parallèlement à eux, sans même ralentir.

Mais en 1904, il ne s'agit pas de mazout mais de charbon. Et du charbon qu'il faut transborder à la main, par sacs entiers, et par dizaines de tonnes.

Déjà exténuante en soi, l'opération ne peut s'exécuter qu'au mouillage, dans un port ou, à l'extrême limite, machines stoppées, sur une mer parfaitement étale.

C'est un travail extrêmement pénible, qui dure des heures, sous un soleil de plomb, dans une chaleur infernale, au milieu d'une poussière qui colle à la peau et prend à la gorge.

Et compte tenu du faible rendement énergétique du charbon, et de la qualité très relative des chaudières de l'époque, c'est de surcroît une manoeuvre qu'il faut répéter avec une régularité décourageante, qui épuise les équipages et annihile un moral qui leur manquera cruellement lorsque viendra le moment de combattre...

vendredi 20 février 2004

348 - l'escadre du "chien enragé"

... Alors qu'il traverse la Mer du Nord en cet automne de 1904, un des bâtiments de l'escadre russe envoyée au secours de Port Arthur signale être attaqué par des torpilleurs japonais... qui n'existent que dans l'imagination de guetteurs trop nerveux.

C'est la nuit, les radars n'existent pas, les moyens de communication restent très rudimentaires. Du coup, sans en avoir reçu l'ordre, quelques canonniers se mettent à se tirer les uns sur les autres, à l'aveuglette, causant des dommages ici et là... mais réussissant surtout à couler un innocent chalutier britannique, régulièrement éclairé, et qui passait là par hasard...

La Russie de Nicolas II avait bien besoin d'un tel incident !. En Grande-Bretagne, c'est le tollé immédiat, surtout lorsqu'on apprend que les Russes, après s'être rendus compte de leur méprise, ne se sont même pas donnés la peine de repêcher les survivants.

Déjà alliés des Japonais, dont ils ont construit l'essentiel de la flotte de guerre, les Britanniques sont à deux doigts de déclarer la guerre à la Russie. A Londres, la presse populaire se déchaîne contre ces "chiens enragés", et réclame l'intervention immédiate de la Royal Navy pour balayer de la surface des mers ces moujiks ivres morts qui assassinent de paisibles pêcheurs anglais

Fort heureusement, l'affaire finit par se conclure à l'amiable quelques jours plus tard, la Russie acceptant de verser de confortables indemnités aux familles des victimes britanniques

Mais pour Rojesvensky, les ennuis ne font que commencer...

jeudi 19 février 2004

347 - une première mondiale

... Il s'appelle Sinovie Petrovitch Rojesvensky.

Ne cherchez pas son nom dans les dictionnaires : l'Histoire, celle avec un grand "H", est toujours écrite par les vainqueurs. Il n'y a donc pas sa place.

Il se voudrait l'égal de Nelson ou Ruyter. Pourtant il est celui qui, dans quelques heures, alors que l'aube point à peine en ce jour maudit du 27 mai 1905, va conduire la Marine impériale russe vers le plus grand désastre de son histoire, vers une défaite plus cinglante, plus irrémédiable, plus catastrophique encore que celle de Villeneuve au large du cap Trafalgar, le 21 octobre 1805, vers une débâcle si totale qu'elle marquera pour quarante ans l'arrêt de l'expansion russe en Extrême Orient, et fera découvrir aux nations occidentales stupéfaites que le Soleil se lève à l'Est.

Initialement prévu en juillet 1904, l'appareillage de son escadre - censée briser le blocus japonais autour de Port Arthur - n'a pu avoir lieu que... le 14 octobre suivant (!), et encore a-t-il fallu se passer de plusieurs bâtiments - dont un cuirassé flambant neuf - ce qui laisse tout de même une escadre forte de 5 cuirassés et d'une quarantaine de navires plus petits.

Pour Rojesvensky, le principal adversaire n'est pas le marin japonais, le manque d'entraînement des hommes, l'ennui ou la longueur de la traversée.

Le véritable ennemi, c'est le charbon (!), que sa flotte engloutit quotidiennement par dizaines de tonnes. Ce charbon qui va rapidement poser d'insurmontables problèmes et devenir une véritable obsession pour les équipages.

Du golfe de Finlande jusqu'à Port Arthur en passant par le Cap de Bonne Espérance), il y a plus de trente mille kilomètres... sans une seule base russe (!)

Sur le papier tout est pourtant simple : des accord ont été conclus avec le gouvernement allemand, et des navires charbonniers de la Hamburg America Linie doivent en principe s'échelonner tout au long du trajet suivi par l'escadre afin de la ravitailler.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

Et d'ailleurs, il est manifeste que personne, dans les salons feutrés de Saint Petersbourg, n'a réalisé que jamais pareil périple n'avait été tenté auparavant.

Il s'agit pourtant d'une première mondiale, d'un authentique exploit, que les marins russes vont mener jusqu'à son terme, dans des conditions qui paraîtraient inimaginables aujourd'hui à tous ceux qui ne connaissent que le ronron rassurant et inépuisable des diesel, des turbines à gaz ou de la propulsion nucléaire.

mercredi 18 février 2004

346 - l'attaque de Port-Arthur

... Dans la nuit du 8 février 1904, sans la moindre déclaration de guerre (tactique qui sera reprise 37 ans plus tard, avec le succès que l'on sait, contre la flotte américaine du Pacifique), les forces de l'amiral Togo attaquèrent l'escadre russe dans son mouillage de Port Arthur, afin de faciliter le débarquement des troupes nippones, qui attaquèrent bientôt la grande base navale à revers, et la canonnèrent par voie de terre, ce que les Russes n'avaient manifestement pas prévu.

37 ans plus tard, à Singapour - ville fortifiée dont les canons ne pointent également que vers la mer, les Anglais découvriront eux aussi que les guerres ne se déroulent pas toujours comme prévu, et que l'ennemi ne surgit pas obligatoirement de l'endroit où on l'attend...

L'Histoire n'est jamais qu'un éternel recommencement.

Après plusieurs mois d'escarmouches et de fortunes diverses, le blocus de Port Arthur est achevé à l'été 1904, et la flotte russe (ou plutôt ce qu'il en reste) condamnée à ne plus quitter la rade et à attendre, plusieurs mois durant, des renforts qu'elle ne verra jamais arriver.

Sans doute eut-il été préférable d'arrêter les frais et de chercher une issue honorable au conflit. Du reste, à cette époque déjà, l'Amérique de Théodore Roosevelt avait multiplié les contacts en ce sens.

Mais c'était compter sans l'entêtement personnel du Tsar Nicolas II et de ses conseillers, peu désireux de perdre la face devant les "petits hommes jaunes", devant ce peuple de parvenus à peine sortis du Moyen Âge.

Le Tsar refusa donc de négocier, et décida au contraire d'envoyer des renforts à Port Arthur. Le chemin de fer se chargea d'acheminer les forces terrestres, en pure perte : plusieurs batailles terrestres particulièrement sanglantes se déroulèrent dès le mois d'avril 1904, et s'échelonnèrent pendant près d'un an.

Cependant, il importait avant tout de briser le blocus maritime, et donc d'expédier le plus rapidement possible une flotte de navires de guerre au secours des assiégés.

Celle de la Mer Noire était géographiquement la plus proche, mais le Traité de Londres de 1870 lui interdisait de franchir les Dardanelles.

Restait l'escadre de la Baltique, devenue officiellement, sous le commandement du vice-amiral Rojesvensky, la "deuxième escadre du Pacifique", et à qui il "suffisait" -si l'on peut dire - de faire franchir, dans des conditions dantesques, une distance égale aux trois-quarts du tour du monde, pour s'en aller glaner, au terme d'un périple de sept mois (!), une mort misérable face à des canonniers japonais parfaitement reposés et qui guettaient son arrivée depuis plusieurs semaines...

mardi 17 février 2004

345 - l'empire du soleil

... si les crimes de guerre allemands sont relativement bien connus et documentés, ceux des Japonais sont en revanche occultés, passés sous silence, pour ne pas dire niés.

Pourtant, dans cette partie du globe, la guerre avait commencé dès le début du 20ème siècle, lorsque le Japon, avide de matière premières et de débouchés commerciaux, avait porté son regard vers la Chine.

Rompant avec des siècles d'un isolement presque total, qui l'avait notamment poussé à mettre à mort les rares étrangers s'échouant sur ses côtes, l'Empire du Soleil Levant devint, dès la restauration des Meiji (vers 1860), la première puissance asiatique.

Grâce à l'aide tacite de l'Angleterre (qui lui construisit l'essentiel de sa marine de guerre), l'Empire du Soleil Levant balaya les armées chinoises en 1895, en initiant, dans le plus pur style colonialiste européen, une formidable expansion vers le continent asiatique, laquelle finit par se heurter, au tournant du siècle, à la Russie du Tsar Nicolas II qui, depuis l'épisode de la Révolte des Boxers (juin 1900), occupait la Mandchourie et avait établi à Port Arthur (aujourd'hui Dalian) une importante base navale pour protéger ses intérêts dans la région.

Bien que numériquement très supérieure à son homologue nippone, l'armée russe devait se déployer de l'Atlantique au Pacifique, de Mourmansk à Vladivostok, donc sur un territoire immense - quasiment la moitié du globe - et ce à une époque où le chemin de fer Transsibérien (qui venait à peine d'être achevé) constituait pour ainsi dire le seul moyen de communication à peu près fiable.

De même, sa marine de guerre était scindée en trois parties d'importance à peu près égale : l'escadre du Pacifique (essentiellement stationnée à Port Arthur), celle de la Mer Noire, et celle de la Mer Baltique, séparées les unes des autres par des dizaines de milliers de kilomètres...

lundi 16 février 2004

344 - la liste de Sugihara

... en décembre 2000, les autorités japonaises célébrèrent le centenaire de la naissance du "Schindler japonais" - Chiune Sugihara - honoré pour avoir sauvé des milliers de Juifs, au mépris des instructions du Pouvoir en place.

Pour rappeler les actions de Sugihara, un prix fut spécialement créé... deux mois seulement après des excuses officielles du ministère des Affaires étrangères à sa veuve.

"Chiune Sugihara décida à ses risques et périls de sauver des milliers de Juifs en fournissant des visas de transit aux réfugiés", souligna le Comité de célébration.

Consul adjoint du Japon en Lituanie au commencement de la 2ème GM, Sugihara délivra des visas d'entrée au Japon à quelque 6.000 Juifs, qui eurent ainsi la chance d'échapper à l'Holocauste.

"J'étais finalement arrivé à la conclusion que l'Humanité devait passer avant tout le reste", écrivit-il dans son livre, évoquant ses doutes de fonctionnaire, décidant sciemment de désobéir aux ordres d'un régime militaire allié de l'Allemagne nazie.

Avec la capitulation de l'Allemagne, puis celle du Japon, avec la découverte de l'enfer concentrationnaire, on aurait pu penser que cet acte de désobéissance lui aurait valu promotion et honneurs.

Ce fut tout le contraire. Contraint à quitter le service diplomatique en 1947, Sugihara sombra dans l'oubli le plus total, et il fallut la sortie du film "La liste de Schindler", en 1993, pour qu'il se rappelle aux bons souvenirs de ses compatriotes, à vrai dire fort étonnés d'apprendre qu'ils avaient eux-aussi hébergé un Juste dans leurs rangs.

Mais c'était trop tard : Chiune Sugihara était déjà mort depuis sept ans..

343 - l'amnésie collective

... Au Japon, aujourd'hui encore, rien n'est fait pour inciter le citoyen japonais à reconnaître une quelconque responsabilité de son pays dans la Seconde Guerre mondiale.

Et le Premier ministre nippon peut se rendre chaque année au sanctuaire de Yasukuni, où sont honorés de nombreux criminels de guerre nippons, sans susciter de véritable polémique, alors qu'une démarche semblable, de la part d'un Chancelier allemand, se traduirait immanquablement par une levée de boucliers, y compris dans son propre pays.

De même, un historien japonais comme Saburo Ienaga, a dû consacrer sa vie entière à lutter contre le négationnisme des manuels d'histoire avant de susciter un début d'intérêt dans la société japonaise.

Son premier procès, intenté contre la censure de l'État sur les manuels scolaires, datait pourtant de 1965. Vingt ans plus tard, il en était encore réduit à assigner le Ministère de l'Éducation en Justice parce que ce dernier avait exigé la suppression d'un passage consacré à la célèbre "Unité 731", qui mena en Chine des expériences de guerre bactériologique sur des cobayes humains, et notamment sur des prisonniers de guerre occidentaux.

De recours en recours et après huit jugements successifs, dont deux de la Cour suprême, il fallut pas moins de trente-deux ans à Saburo Ienaga pour obtenir partiellement gain de cause : en août 1997, la Cour suprême du Japon condamna finalement le ministère de l'Éducation à indemniser le plaignant, en faisant valoir que les faits sur l'unité 731 étaient "établis".

dimanche 15 février 2004

342 - du Japon-bourreau au Japon-victime

... ce qu'il y a de véritablement fascinant dans le révisionnisme japonais, c'est qu'à la différence du révisionnisme allemand, il est réellement parvenu - tant sur son sol natal qu'à l'étranger - à présenter le Japon comme la victime, et pas le coupable, de la guerre

Tout le monde, en ce compris en France ou en Belgique, pleure donc aujourd'hui sur les malheureux civils japonais sublimés à Hiroshima et Nagasaki, et commémore, année après année, l'anniversaire de cet odieux "Crime contre l'Humanité"

Mais, curieusement, tout le monde a oublié les 7 millions de Chinois tués par l'armée japonaise de 1930 à 1945 (!), personne ne commémore les 300 000 Chinois assassinés à Nankin, personne ne se rappelle les milliers de prisonniers de guerre occidentaux décédés dans les camps ou lors de death march, personne ne se souvient de ceux à qui les Japonais inoculèrent volontairement le choléra ou la peste, ou de ceux qui furent disséqués vivants au terme "d'expériences" qui auraient rempli d'effroi les nazis les plus endurcis.

En fait, tout se passe comme si les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki avaient, à eux seuls, "ramené les compteurs à zéro", et subitement excusé les millions de morts qui les avaient précédé, comme s'ils avaient à eux seuls transformé le Japon-bourreau en Japon-victime...

samedi 14 février 2004

341 - belogen und betrogen

... Avec la Paix, et l'effroyable bilan des pertes humaines, vint la volonté de savoir comment "on en était arrivé là", comment des individus finalement très ordinaires, adorant leur femme et leurs enfants, avaient pu partir à la conquête du Monde, bâtir des camps d'extermination , et envoyer des millions de personnes à la Mort.

Cherchant à déchiffrer les mystères du "suivisme allemand", qui avait vu pays entier, en ce compris les communistes les plus convaincus, renoncer à la démocratie pour se tenir derrière son Führer jusqu'à la fin , les experts du SHAEF interrogèrent plus de 300 généraux allemands capturés. Dans les conclusions de leur rapport on peut lire:

"Ces généraux approuvent tout acte qui réussit. Le succès est bon. Ce qui ne réussit pas est mauvais. Il était, par exemple, mauvais de persécuter les Juifs avant la guerre car cela a dressé les Anglo-américains contre l'Allemagne. Il aurait été bon d'ajourner la campagne antijuive pour ne la commencer que lorsque l'Allemagne aurait eu gagné la guerre".


Le général Blumentritt ajoutait même que si les nazis n'avaient pas persécuté les Juifs dès 1933, des savants tels qu'Einstein "auraient pu aider l'Allemagne à produire de meilleures armes", et même à finaliser la bombe atomique, étudiée à l'Institut Kaiser Wilhelm de Berlin.

De même, "il était mauvais de bombarder l'Angleterre en 1940. Si l'on s'en était abstenu, la Grande-Bretagne se serait jointe à Hitler dans la guerre contre la Russie. Il était mauvais de traiter les Russes et les Polonais comme du bétail, car maintenant, ils vont traiter les Allemands de la même façon (...) Il ne s'agit pas là de déclarations isolées de généraux pronazis, mais des réflexions de presque tous ces hommes. Qu'il soit moralement inadmissible d'exterminer une race ou de massacrer les prisonniers leur apparaît à peine. La seule horreur qu'ils ressentent à l'endroit des crimes allemands est qu'ils pourraient eux-mêmes, par quelque monstrueuse injustice, en être accusés par les Alliés"

Cette fuite devant toute responsabilité, cette revendication du statut de victime injustement poursuivie, était aussi le fait de la population civile, qui ne cessait de parler des bombardements alliés mais se réfugiait dans un silence buté dès qu'on lui rappelait que c'était la Luftwaffe qui, à Guernica, Varsovie ou Rotterdam, avait inauguré la logique du bombardement des villes.

Et lorsque, par extraordinaire, ils consentaient enfin à reconnaître la réalité de l'horreur nationale-socialiste, ils en rendaient "la direction", "les chefs", et in fine "Le Führer", pour seuls responsables. Eux n'étaient coupables de rien. Ils avaient été "belogen und betrogen", trahis et trompés.

Et comment leur en faire reproche quand, à des milliers de kilomètres de là, à l'autre bout du monde, d'autres "trahis et trompés" préparaient également une défense identique...

vendredi 13 février 2004

340 - après la guerre

... ... la seule prise de Berlin avait coûté à l'armée rouge plus de 78 000 tués et 274 000 blessés, souvent par excès de précipitation, par gloriole, ou pour le seul désir d'arriver dans la ville avant les Anglo-américains

Ayant vaincu la "Bête fasciste", les soldats russes découvraient maintenant en Allemagne un sentiment de liberté jusqu'alors inconnu, et mesuraient l'écart de niveau de vie existant entre l'Allemagne et l'URSS

Très vite, le Kremlin s'en inquiéta, et prit les mesures appropriées : de 1944 à 1945, la proportion d'arrestations politiques au sein de l'Armée rouge doubla. Plus de 135 000 soldats et officiers furent condamnés pour "crimes contre-révolutionnaires".

Le destin fut encore plus tragique pour les centaines de milliers de prisonniers de guerre russes qui avaient été libérés par les Alliés occidentaux

Souvent déclarés "morts pour la Patrie", et ayant été soumis durant leurs années de détention à de la "propagande contre-révolutionnaire", ils avaient toutes les raisons de craindre la colère de Staline, et guère envie de retourner en URSS

Dans ce qui restera comme un des épisodes les moins glorieux de l'Histoire occidentale, il fallut les y contraindre, parfois à coups de baïonnettes, sous le prétexte qu'ils étaient Russes, que la Russie les réclamait et que Staline avait menacé, si on ne les lui rendait pas, de prolonger le "séjour" des prisonniers de guerre occidentaux libérés par l'Armée rouge dans les zones à présent sous sa juridiction.

Pour recevoir dignement ces compatriotes "égarés", des dizaines de camps d'internement furent créés en URSS, où les attendaient un peloton d'exécution,... ou les spécialistes des spécialistes du NKVD et du SMERCH.

Sur 1 800 000 anciens prisonniers de guerre, plus de 1 500 000 furent ainsi envoyés croupir des années durant dans des goulags ou des "bataillons de travailleurs sibériens"...

jeudi 12 février 2004

339 - Berlin, année zéro

... dans le Berlin de l'immédiat après-guerre, il ne restait plus que 8 500 lits d'hôpitaux sur 33 000. Il n'y avait plus d'électricité, plus d'eau et plus de gaz.

Un million de personnes avaient vu leur logement réduit en cendres. Et lorsque les Berlinois voulaient se rendre dans un autre secteur de la ville - ne serait-ce que pour chercher de la nourriture - ils n'avaient d'autre choix que de le faire à pieds : 95% du réseau de tramway était détruit, et le métro, inondé.

Pour autant, leur sort aurait paru enviable à leurs compatriotes de Poméranie, de Silésie, et surtout de Prusse orientale, où la population de 2 200 000 habitants en 1940 avait été réduite à 193 000 en mai 1945.

(...) "la terre même avait été rendue impropre à l'exploitation pour plusieurs années. Les maisons avaient été soit brûlées soit dépouillées de leurs installations les plus élémentaires. Des ampoules électriques avaient été volées par des paysans soviétiques qui n'avaient même pas l'électricité chez eux. Les fermes étaient zone morte, tout le bétail ayant été abattu ou envoyé en Russie

(...) Mais le sort des civils qui n'avaient pu s'échapper était plus tragique encore. La plupart des femmes et des jeunes-filles furent conduites à marches forcées en Union soviétique et contraintes de travailler dans des forêts, des tourbières et des canaux quinze à seize heures par jour. Un peu plus de la moitié d'entre elles périrent dans les deux années qui suivirent. La moitié des survivantes avaient été violées et, quand elles furent renvoyées dans la zone d'occupation soviétique d'Allemagne, en avril 1947, la plupart durent être immédiatement hospitalisées, souffrant de tuberculose ou de maladies vénériennes"


Soixante ans plus tard, les survivants de ces 14 millions de réfugiés attendent toujours des excuses, une indemnisation, ou un "droit au retour" sanctifié par les Nations Unies et la communauté internationale.

Leur tort fut sans doute de ne pas naître palestiniens...

mercredi 11 février 2004

338 - avortements massifs

... aux souffrances physiques et morales, au risque de voir s'enfuir leur époux ou leur fiancé, bon nombre des quelque deux millions d'Allemandes violées par des soldats russes durent hélas ajouter les maladies vénériennes et les grossesses non désirées.

De fait, la pénicilline devint bientôt le produit le plus recherché sur le marché noir, tandis que le nombre d'avortements, officiellement autorisés, grimpait en flèche.

"On estime qu'environ 90% des femmes devenues enceintes à la suite de viols se firent avorter. Parmi celles qui accouchèrent, beaucoup abandonnèrent l'enfant à l'hôpital, sachant que leur mari ou leur fiancé ne l'accepterait jamais"

A la longue, ces histoires d'horreur finirent par circuler dans la Presse internationale, et par remonter jusqu'au Kremlin, qui s'inquiéta de la mauvaise réputation à présent véhiculée par l'armée rouge.

Pourtant, le 3 août 1945, trois mois après la chute de Berlin, le maréchal Joukov était encore obligé de prendre des mesures contre "le brigandage, les violences physiques et les comportements scandaleux" dont ses hommes se rendaient coupables.

Mais bien plus que les réprimandes des officiers, ou l'indignation des commissaires politiques, ce fut la faim qui s'avéra en définitive la meilleure arme contre le viol.

A quoi bon encore user de violence si on pouvait obtenir de la même fille, à présent affamée, qu'elle se donne plus ou moins volontairement, en échange d'un peu de pain ou d'un petit morceau de viande.

L'Histoire n'ayant rien à voir avec la morale, on vit bientôt se former des couples réguliers et même, dans certains cas, des soldats et des officiers soviétiques refuser de rentrer au pays, et déserter, afin de rester avec la compagne allemande qu'ils avaient, à la longue, fini par apprécier...

mardi 10 février 2004

337 - "Vous allez nous valoir des ennuis à tous"

... pour les hommes, le viol généralisé de leurs compagnes fut également une aventure traumatisante, à fortiori s'ils avaient été contraints d'assister à la scène sans rien pouvoir tenter pour l'empêcher.

"Hanna Gerlitz, s'était donnée à deux officiers soviétiques ivres afin de sauver son mari et elle-même. Ensuite, écrivit-elle, j'ai dû consoler mon mari et l'aider à reprendre courage. Il pleurait comme un bébé"

(...) On rapporta à Ursula von Kardorff le cas d'un jeune aristocrate qui rompit immédiatement ses fiançailles en apprenant que celle qu'il devait épouser avait été violée par cinq soldats russes".

D'autres quittaient carrément foyer, épouse et enfants, pour ne jamais revenir.

Il faut dire que contrairement à une légende tenace, à laquelle s'accrochent les hommes depuis la Nuit des Temps, la plupart d'entre eux avaient préféré détourner les yeux plutôt que de se précipiter héroïquement pour sauver du viol collectif leur épouse ou leur fiancée

"Si quelqu'un tentait de défendre une femme contre des assaillants soviétiques, c'était bien souvent un père voulant protéger sa fille ou un fils venant au secours de sa mère. Un garçon de treize ans, Dieter Sahl, se jeta ainsi, poings en avant, sur un Russe qui violait sa mère devant lui. Il ne réussit qu'à se faire tuer (...) On pourrait citer à l'inverse celui d'un homme criant à une de ses voisines que des soldats soviétiques entraînaient : "Laissez-vous faire pour l'amour du Ciel ! Vous allez nous valoir des ennuis à tous"

lundi 9 février 2004

336 - la chasse aux femmes

















... même après la fin des combats, les Berlinoises se cloîtraient chez elles, en particulier le soir.

"Leurs mères ne se hasardaient dans les rues pour aller chercher de l'eau que très tôt le matin, quand les soldats soviétiques cuvaient encore leur alcool de la veille. Il arrivait qu'une mère indique aux Russes la cachette d'autres filles dans l'espoir de préserver les siennes. Toutes les vitres ayant été brisées, on entendait distinctement, toutes les nuits, les hurlements des victimes"

De fait, les hôpitaux berlinois estimèrent que 95 000 à 130 000 femmes avaient été violées dans la ville, dont environ 10 000 étaient mortes par la suite, souvent par suicide.

Au total, on estima que deux millions d'Allemandes avaient ainsi été violées, souvent par plusieurs hommes à la fois

"Ainsi, une amie d'Ursula von Kardorff fut violée par vingt-trois soldats, l'un après l'autre. Elle dut ensuite être recousue dans un hôpital".

A l'humiliation, aux souffrances physiques, et parfois aux maladies vénériennes ou à la maternité non désirée, s'ajouta dans bien des cas la désintégration de la cellule familiale...

dimanche 8 février 2004

335 - une paix de dupes

... la Seconde Guerre mondiale avait commencé en Europe le 31 août 1939, avec l'attaque de la station de radio allemande de Gleiwitz par un commando allemand revêtu d'uniformes polonais.

Par une étrange ironie, elle se termina, pour la Luftwaffe, le 8 mai 1945, lorsque quatre Focke-Wulf 190 du III/SG 77 attaquèrent la station de Radio-Prague.

Et puis ce fut la Paix. Une Paix de dupes qui permit à Joseph Staline de mettre la main sur la moitié de l'Europe, puis de l'enfermer derrière un rideau de fer.

Et comme l'Allemagne avait pillé l'Europe, la Russie entreprit de piller l'Allemagne.

Des usines entières furent démantelées jusqu'au dernier boulon, et expédiées en URSS, de même que tout le matériel scientifique de la future Allemagne de l'Est, et tous les savants et techniciens sur lesquels les hommes du NKVD avaient pu mettre la main.

Pour l'or, en revanche, la moisson fut beaucoup moins fructueuse puisque les Russes, malgré tous leurs efforts, ne purent mettre la main que sur moins de trois tonnes de métal précieux. L'essentiel, dont 210 tonnes volées à la Banque Nationale de Belgique, avait depuis longtemps pris le chemin des banques helvétiques.

Au niveau individuel, chacun, du général au plus simple soldat, se fit également un devoir d'emporter quelques "souvenirs" : bijoux, montres, armes de chasse, dessous féminins, panneaux vitrés ou même simples boîtes de clous (!), tout pouvait en vérité être expédié par la Poste militaire jusqu'aux recoins les reculés de l'Union soviétique.

Et bien sûr, il y eut les viols

samedi 7 février 2004

334 - le dernier Sieg Heil

... le 5 mai 1945, les restes de l'armée du général Wenck - celle-là même qui, selon les ordres personnels d'Hitler, devait venir à la rescousse de Berlin et sauver l'Allemagne nazie des bolcheviques - les restes de cette armée franchirent l'Elbe, toujours pilonnés par l'artillerie soviétique, qui tirait indistinctement sur les soldats et les réfugiés civils.

De l'autre côté du fleuve, les Américains se contentaient de regarder le spectacle, un peu comme au cirque, lorsque le spectateur fasciné regarde le dompteur se faire dévorer par les lions.

Lorsqu'ils réussissaient à franchir le fleuve, par les quelques ponts encore en service, les soldats allemands étaient immédiatement dépouillés de leurs armes, et parfois de leurs montres ou de leurs décorations, par les Américains.

Craignant d'être refoulés et livrés aux Soviétiques, les "Hiwis" - les supplétifs russes de l'armée allemande - tentaient de passer en civils, tandis que les SS eux-mêmes brûlaient leurs papiers et leurs insignes.

Installé dans le parc du château de Schönhausen,ancienne résidence de Bismarck, le général Wenck prenait la mesure du désastre.

Le 6 mai, il ne contrôlait plus qu'un rectangle de huit kilomètres sur deux, adossé à l'Elbe, et sur lequel s'acharnait l'artillerie russe, massacrant par milliers soldats et civils, hommes, femmes et enfants, désireux de passer à l'Ouest.

"Un certain nombre de gens qui ne purent franchir l'Elbe finirent par se tuer", nota sobrement le colonel Reichhelm.

Des dizaines d'autres se noyèrent, en tentant de franchir le fleuve à la nage.

Le 7 mai, les artilleurs allemands tirèrent leurs ultimes obus sur les troupes russes, puis firent sauter leurs pièces.

Les derniers survivants de la Scharnhorst se rassemblèrent alors près du pont de Schönhausen, crièrent un ultime "Sieg Heil", puis traversèrent le pont, en jetant leurs armes dans le fleuve

Dans l'après-midi, Wenck franchit le pont à son tour, tel le capitaine quittant son navire en train de sombrer...

vendredi 6 février 2004

333 - "les humains sont beaucoup plus féroces"















... alors qu'il déambulait dans les ruines de Berlin, l'écrivain russe Vassili Grossman nota "Ce jour froid, couvert et pluvieux, est bien celui de l'effondrement de l'Allemagne, de son engloutissement dans la fumée, au milieu des ruines en feu, au milieu des centaines de cadavres jonchant les rues (...) certains ont été écrasés par des chars, vidés comme des tubes de dentifrice".

A la Chancellerie du Reich, où il fut finalement admis, il aperçut, fracassé, l'immense globe terrestre d'Hitler, rendu célèbre par le film de Chaplin "Le Grand Dictateur".

Tout n'était plus que vanité...

Au zoo de Berlin, ravagé par les combats autour de la tour de DCA, ce n'était plus que "cages brisées, des cadavres de singes, d'oiseaux tropicaux et d'ours. (...) Sur l'île des babouins, des bébés s'accrochaient encore de leurs petites mains aux ventres de leurs mères"

Avisant une femelle gorille morte, dans sa cage fracassée, l'écrivain demanda au vieux gardien, qui avait passé 37 ans de sa vie à s'occuper des singes à présents morts comme tout le reste alentours, il lui demanda si la femelle gorille avait été féroce.

"Non, répondit le gardien. Elle se contentait de rugir très fort. Les
humains sont beaucoup plus féroces"

jeudi 5 février 2004

332 - l'identification d'Hitler

... Pendant des jours, dans le plus grand secret, le SMERSH fouilla le moindre centimètre carré de la Chancellerie et de ses jardins, à la recherche des cadavres d'Adolf Hitler et d'Eva Braun.

Le 5 mai 1945, deux corps calcinés furent finalement exhumés dans les jardins, avec ceux d'un berger allemand et d'un chiot. Ils furent transportés en pleine nuit, et toujours dans le secret le plus absolu, à Buch, dans la banlieue de Berlin, où le SMERSH avait installé son quartier général.

Les médecins qui autopsièrent Hitler et Eva Braun reçurent, là encore, l'ordre formel de garder un silence absolu et définitif sur cette affaire.

Le 7 mai, le général Alexandre Anatolievitch Vadis, chef du directorat du SMERSH, qui était parvenu à mettre la main sur l'assistante du dentiste d'Hitler (laquelle confirma que les mâchoires retrouvées étaient bien les siennes), informa personnellement Joseph Staline de la réussite de l'opération.

Le Petit Père des Peuples n'en reparla jamais.

Les mâchoires d'Hitler, désormais identifiées, furent rangées dans un petit coffret rouge par les hommes du SMERSH, ceux du NKVD conservant le reste du crâne. L'ensemble fut expédié à Moscou et redécouvert, des années plus tard, dans les anciennes archives de la défunte URSS.

Le cadavre brûlé et décapité d'Hitler fut enterré en grand secret à Magdebourg, sous un terrain qui servit longtemps de lieu de parade pour l'Armée rouge. En 1970, il en fut exhumé de nuit, et incinéré, les cendres jetées dans les égouts de la ville.

Quant au pauvre Maréchal Joukov, qui pendant des mois eut à supporter stoïquement les sarcasmes d'un Staline lui reprochant de n'avoir pu mettre la main sur le cadavre d'Hitler (!), ce n'est que 20 ans plus tard qu'il apprit le rôle exact joués par Staline et le SMERSH dans cette affaire.

Il en conçut, dit-on, l'amertume du mari cocufié pendant 20 ans...

mercredi 4 février 2004

331 - une vague de suicides

... si la plupart des anciens dignitaires du Troisième Reich cherchèrent leur salut dans la fuite, d'autres, trop épuisés pour s'enfuir, ou simplement résignés à la Mort, choisirent au contraire d'accompagner le Führer jusque dans la tombe.

Ainsi périrent notamment les généraux Bärenfänger (qui se suicida en compagnie de son épouse), Krebs et Burgdorf (qui se firent sauter la cervelle côte à côte), ou le capitaine Schedle (responsable de la garde de la Chancellerie), qui, handicapé par une blessure au pied, n'avait pu se joindre au groupe de fugitifs menés par Martin Bormann.

De fait, la Chancellerie était presque vide lorsque les premiers soldats russes s'y présentèrent,... immédiatement suivis par les troupes du SMERSH, qui les firent aussitôt déguerpir.

Il faut dire que Staline, toujours aussi méfiant à l'égard de l'armée régulière, avait placé sur écoute les communications de la 5ème armée du Maréchal Joukov, à qui était dévolue la prise de la Chancellerie.

Il ne fut donc guère difficile aux sbires du SMERSH de surgir sur les pas des soldats de la 5ème armée dans les minutes suivant leur arrivée au bunker de la Chancellerie.

Très vite, les hommes du général Alexandre Anatolievitch Vadis, chef du directorat du SMERSH, expulsèrent leurs camarades de combat du Führerbunker, installèrent un "cordon sanitaire" tout autour de la Chancellerie, et allèrent même jusqu'à en interdire l'entrée au Maréchal Joukov...

mardi 3 février 2004

330 - vivre ou mourir ?

... après le double suicide d'Hitler, de Goebbels et de leurs épouses respectives, les survivants du Führerbunker, ainsi que la plupart des hauts dignitaires de l'Allemagne nazie, se trouvaient à présent confrontés à des choix difficiles.

Devaient-ils continuer à vivre ? ou se suicider comme leur Führer ? Et s'ils choisissaient la première solution, devaient-ils se rendre aux Alliés quels qu'ils soient, ou alors tenter de s'enfuir, ne serait-ce que pour échapper aux Russes ?

La plupart choisirent la fuite, à l'image de Traudl Junge, dernière secrétaire d'Hitler. Mais bon nombre d'entre eux, dont Ludwig Stumpfegger et Martin Bormann, tombèrent sous les balles russes, ou se suicidèrent en route, bien avant d'atteindre les lignes anglo-américaines.

Il faut dire que de son côté, le Maréchal Joukov, tétanisé à l'idée que certains dignitaires nazis puissent s'échapper, avait battu le rappel de toutes les troupes russes disponibles,... qu'il fallu bien souvent arracher à leur saoulographie du 1er mai, ou à leur traditionnelle chasse aux femmes.

Ces tentatives désespérées pour briser l'encerclement se traduisirent bien souvent, côté allemand, par d'épouvantables boucheries, et notamment sur le Charlottenbrücke, lorsque blindés, soldats et civils allemands tentèrent de forcer le passage en direction de Spandau,... et se firent tailler en pièces par l'artillerie soviétique, qui les attendait tranquillement de l'autre côté du pont et tirait indistinctement, au canon et à la mitrailleuse lourde, sur les piétons et les véhicules, les civils et les militaires,...

lundi 2 février 2004

329 - "faisons vite, nous n'avons plus beaucoup de temps"

... dans le Führerbunker, le suicide d'Adolf Hitler, suivi de l'annonce des premières redditions des rares troupes allemandes qui continuaient à combattre, avaient en quelque sorte libéré les esprits.

Helmuth Kunz, médecin SS, fut prié par Joseph et Magda Goebbels de tuer leurs six enfants.

"Les Russes risquent d'arriver à tout moment et de nous empêcher d'exécuter notre plan", lui dit Goebbels. "C'est pourquoi nous devons nous dépêcher de faire ce que nous avons à faire"

Magda Goebbels
conduisit donc le docteur à la chambre où se trouvaient ses six enfants, âgés de 5 à 12 ans, et portant tous un prénom commençant par "H", en hommage à Hitler.

"N'ayez pas peur, leur dit-elle, le docteur va vous faire une vaccination qui est maintenant obligatoire pour les soldats et les enfants".

Kunz leur injecta de la morphine. Quand les enfants eurent perdu conscience, Madga Goebbels alla chercher Ludwig Stumpfegger - médecin personnel d'Hitler. Avec son aide, elle ouvrit la bouche de chacun de ses enfants, y plaça une capsule de cyanure, et referma la mâchoire de façon à ce que les dents viennent écraser l'ampoule.

Cette formalité accomplie, Magda Goebbels s'en fut retrouver son mari. "C'est fini pour les enfants, maintenant, il nous faut penser à nous", lui dit-elle.

"Faisons vite, répliqua son époux, nous n'avons plus beaucoup de temps"

Magda Goebbels s'empara de l'insigne en or du parti nazi - le dernier cadeau que lui avait remis Hitler 24 heures auparavant - et remonta avec lui jusqu'aux jardins de la chancellerie. Dégainant chacun leur pistolet Walther, mari et femme s'approchèrent de l'endroit où les corps d'Hitler et d'Eva Braun avaient été brûlés. Puis, dans un geste finalement très wagnerien, ils croquèrent des ampoules de cyanure et se firent simultanément sauter la cervelle.

Gunther Schwagermann, aide de camp de Goebbels, arrosa alors les corps d'essence, et les regarda longuement brûler...

dimanche 1 février 2004

328 - la reddition des derniers bastions

... dès le 1er mai 1945, des négociations reprirent un peu partout dans Berlin afin d'obtenir la reddition des quelques bastions qui continuaient à résister.

Dans le Reichstag, les derniers défenseurs allemands - environ 300 hommes - ne voulaient se rendre qu'à un officier supérieur. Le capitaine Neustroïev leur envoya alors un lieutenant, après lui avoir dit de se faire passer pour un colonel.

Protégée par l'épaisseur de son béton armé, la tour de DCA du zoo de Berlin demeurait imprenable, mais les conditions sanitaires, en particulier pour les milliers de civils qui y avaient trouvé refuge, étaient devenues telles que le commandant de la forteresse se résolut à capituler aussitôt après avoir tenté une percée.

A Spandau, les SS hésitèrent longtemps avant de livrer la citadelle, haut-lieu des recherches chimiques et bactériologiques allemandes, à la 47ème armée soviétique.

Lorsqu'ils finirent par accepter, on vit presque aussitôt arriver les spécialistes du NKVD, qui placèrent rapidement les docteurs Stuhldreer, et Schulte-Overberg sous bonne garde, avant de les expédier en URSS.

Ceux-ci refusèrent de collaborer avec les soviétiques, et en particulier de leur révéler les secrets des gaz tabun et sarin allemands.

En représailles, ils ne furent renvoyés en Allemagne qu'avec les tout derniers prisonniers de guerre libérés, en janvier 1954.