dimanche 31 mai 2026

9287 - le télégramme Zimmerman

Le télégramme Zimmerman, ou le projet d'accord secret entre le Mexique et l'Allemagne en cas d'entrée en guerre des USA

…  17 janvier 1917

Au plan naval, en misant désormais tout sur les sous-marins et en relançant la guerre sous-marine à outrance, l’Allemagne cherche avant tout à isoler économiquement la Grande-Bretagne, et à la pousser dès lors à accepter des négociations de paix.

Car sur le Front terrestre, la situation parait plus bloquée que jamais : à l’Est, et malgré d’importantes pertes dans ses rangs, la Russie tsariste continue en effet de combattre vaille que vaille, et immobilise ainsi de nombreuses divisions allemandes qui seraient assurément bien utiles sur le Front de l’Ouest, où l’offensive allemande sur Verdun et celle, franco-britannique, sur la Somme, se sont toutes deux achevées à la fin de l’automne 1916,… sans autre résultat concret qu’une gigantesque boucherie qui a fait plus d’un million sept-cents mille morts et blessés dans les deux camps !

Reste que la reprise de cette guerre sous-marine ne va pas manquer d’irriter les Américains, toujours neutres mais qui, depuis le torpillage du paquebot Lusitania, en mai 1915, n’ont cessé de condamner le recours à cette arme, et sont de plus en plus portés à une intervention militaire au profit de la Grande-Bretagne et de la France.

L’élément déclencheur se produit le 17 janvier 1917, suite à l’interception et au décryptage par les services de renseignement britannique d’un télégramme codé adressé par le Secrétaire d’État aux Affaires étrangères allemand, Arthur Zimmerman, à l’ambassadeur d’Allemagne au Mexique, Heinrich von Eckardt, dans lequel le premier demande au second de proposer au gouvernement mexicain une alliance militaire entre le Mexique et l’Allemagne en cas d’entrée en guerre des États-Unis.

"Le 1er février, nous avons l'intention d'entamer une guerre sous-marine sans restriction. Malgré cela, notre intention est de nous efforcer de maintenir les États-Unis dans la neutralité. Si cette tentative échoue, nous proposons à l'égard du Mexique une alliance reposant sur les bases suivantes :

Nous ferons la guerre ensemble et ferons la paix ensemble; nous apporterons un soutien financier général, et il est entendu que le Mexique reconquerra les territoires qu'il a perdus : le Nouveau-Mexique, le Texas et l'Arizona. Les détails de cet accord sont laissés à votre discrétion.

Vous avez pour instruction d'informer le Président du Mexique de ce qui précède, sous le sceau du plus grand secret, dès qu'il sera établi qu'un conflit éclatera avec les États-Unis  (…) Veuillez attirer l'attention du Président du Mexique sur le fait que le recours à une guerre sous-marine sans merci promet désormais de contraindre l'Angleterre à faire la paix d'ici quelques mois"...

samedi 30 mai 2026

9286 - comme une redite de 1915...

Le Hindenburg, ultime grand navire de la Hochseeflotte

… 1917

A priori anecdotique dans l’immense carnage de la 1ère G.M., cette affaire n’en marque pas moins un changement radical - et définitif - côté allemand.

Plus question à présent du moindre affrontement contre la flotte cuirassée britannique : la seule priorité, désormais, c’est la guerre sous-marine, et donc la construction des sous-marins, ainsi que, mais dans une moindre mesure, les opérations en Baltique, contre la ridicule petite marine tsariste.

Conséquence de ce choix, les quatre nouveaux croiseurs de bataille de 32 000 tonnes de la classe Mackensen ne seront jamais terminés, pas plus d’ailleurs que les deux derniers dreadnought de la classe Bayern. 

Le 14 mars 1917, le jumeau du Bayern, le Baden, deviendra même l’ultime cuirassé à rallier les rangs de la Hochseeflotte, le 14 mars 1917.

Encore deux mois, et le 10 mai 1917, le croiseur de bataille Hindenburg, de la classe Derfflinger, sera quant à lui l’ultime grand navire allemand à entrer en service avant l’Armistice.

Tout comme en 1915, et une fois encore à l’exception de ses plus petits bâtiments, la Hochseeflotte va donc quasiment disparaître de la Mer du Nord, ce qui, comme en 1915, a évidemment l’avantage de préserver l’outil… sans que l’on sache toutefois dans quel but (!), mais qui, plus encore qu’en 1915, mine le moral des équipages, de plus en plus démoralisés par cette guerre qui n'en finit plus et qu'ils doivent mener au port, parce qu'il est impossible de la gagner sur Mer, et qui ne cessent dès lors de multiplier désertions, sabotages et actes de rébellion.

Et dans ce domaine, on n’a encore rien vu… 

vendredi 29 mai 2026

9285 - une kolossale mission de sauvetage

Le sous-marin, U20, échoué sur la côte danoise, et sabordé par son équipage

... 5 novembre 1916

Car le U-20 et son commandant, le Kapitänleutnant Walther Schwieger, sont ceux-là même qui, le 7 mai 1915, rappelons-nous, ont envoyé par le fond nul autre que le célèbre paquebot Lusitania !

Pas question de permettre aux Britanniques, qui sont également au courant de ce double échouage, de leur mettre la main dessus : pour Scheer, devenu par la force des choses le nouvel apôtre de la guerre sous-marine, il faut au contraire leur envoyer de toute urgence une flotte de secours,… et même une flotte véritablement kolossale, puisque composée de plusieurs destroyers et, surtout, du croiseur de bataille Moltke, lui-même protégé à distance par quatre cuirassés de la Hochseeflotte !

Pour deux sous-marins et un capitaine, fut-il devenu tristement célèbre, c’est tout de même beaucoup,… et c’est surtout de nature à attirer toute l’attention des Britanniques, ce qui, pour les Allemands, tombe d’autant plus mal qu’un sous-marin britannique, le J1, rôde justement dans les parages !

Et ce qui devait arriver arrive : le 5 novembre 1916, immédiatement prévenu par radio de l’arrivée imminente des navires allemands, le dit J1 ne manque pas placer une torpille sur le cuirassé Grosser Kurfurst et, pour faire bonne mesure une autre sur Kronprinz, qui se voient dès lors tous deux contraints de rentrer au port pour plusieurs semaines de réparations !

Si on y ajoute le fait que le U-20, jugé impossible à sortir de sa fâcheuse position, a dû être sabordé sur place, cette mission de secours se solde donc par un véritable désastre pour les Allemands, et en particulier pour Scheer lui-même, qui a autorisé l’opération et n’a d’autre choix que de présenter des excuses, et surtout une vigoureuse défense, au Kaiser, lequel, comme beaucoup d’autres, ne comprend pas pourquoi l’intéressé a risqué autant d’hommes et autant de navires pour secourir deux simples sous-marins...

jeudi 28 mai 2026

9284 - la seule planche de salut

La Hochseeflotte, ou comment combattre si on doit demeurer au port...
… au bilan final, avec la perte de deux croiseurs légers d’un côté et des dommages à un cuirassé de l’autre, ce Jutland 2.0 a donc accouché d’une vulgaire souris !

Ces conséquences sont toutefois importantes : le 23 septembre, l’Amirauté se rend aux arguments de Jellicoe quant à la menace que représentent les sous-marins allemands, et, en conséquence, n’autorise plus aucun déploiement de la Grand Fleet au-delà du Dogger Bank, ce qui, en pratique, réduit à néant tout espoir allemand de l'attirer dans un autre piège.

Ironiquement, cette - relative - efficacité des sous-marins allemands, qui contraste avec la - totale - inefficacité des grands navires de surface, achève peu après de convaincre Scheer de la parfaite futilité de lancer toute nouvelle opération de surface visant à réduire la supériorité numérique de la Grand Fleet !

Jamais plus la Hochseeflotte ne recherchera donc un nouvel engagement, et ne s’engagera aussi loin en Mer du Nord. 

Et puisque les sous-marins deviennent ainsi la seule planche de salut pour l'Allemagne, cette décision en entraîne forcément une autre : le 6 octobre, le Kaiser autorise à nouveau leur emploi à outrance contre le trafic maritime britannique, ce qui, tout aussi forcément, les rend indisponibles pour toute attaque massive contre des bâtiments de la Grand Fleet.

Mais l’affaire n’est toutefois pas complètement terminée pour cette Flotte de Haute Mer ainsi interdite... de haute mer.

Car le 4 novembre, le sous-marin U-30, victime de problèmes mécaniques, s’est échoué sur les côtes danoises en compagnie du U-20 qui l’avait pris en remorque.

Et ce double échouage revêt une importance inattendue...

mercredi 27 mai 2026

9283 - le ballon de baudruche

Le cuirassé allemand Westfalen, peu avant la 1ère G.M.

… 19 aout 1916, 06h00

Mais plutôt que d’un Jutland 2.0, on va plutôt assister au dégonflage en accéléré d’un énorme ballon de baudruche !

Il faut dire que dès 06h00, le croiseur léger Nottingham se retrouve torpillé par un sous-marin allemand en maraude, et s’engloutit peu après, ce qui incite aussitôt Jellicoe, qui faisait jusque-là route au sud-est dans la direction présumée de l’escadre allemande, à mettre le cap au nord, et à ne s’en retourner au sud-est que trois heures plus tard.

Côté allemand, si un zeppelin réussit cette fois à repérer une formation de quelques navires de guerre britanniques, il ne s’agit en réalité que de simples croiseurs légers,... qu’il a confondu avec des cuirassés.

S’agit-il enfin de l’occasion tant attendue ? Scheer, en tout cas, décide de faire route vers la dite formation, mais à 14h00, un autre sous-marins repère cette fois la véritable Grand Fleet au grand complet, à quelque 100 km sur son nord.

Inutile d’insister : nullement désireux de se retrouver piégé comme au Jutland, l’amiral allemand décide, à 14h35, de faire demi-tour vers ses ports, un demi-tour dont Jellicoe est lui-même informé vers 16h00.

Et comme il n’existe aucune possibilité de couper la route aux Allemands et aucun espoir de les rejoindre avant qu’ils aient rallié leurs côtes, le Britannique décide à son tour de rentrer au bercail avec toute sa flotte, perdant toutefois au passage un deuxième croiseur léger, le Falmouth, torpillé par un troisième sous-marin allemand...

Pour les Britanniques, la seule consolation de la journée, ce sont les dommages infligés  par une torpille d’un de leurs propres sous-marins au cuirassé allemand Westfalen près de Terschelling, dommages qui l’immobiliseront jusqu’à la fin du mois de septembre…

mardi 26 mai 2026

9282 - bis repetita

La Hochseeflotte : une constante volonté de bien faire, un constant manque de moyens...

… 18 aout 1916, 21h00

Mais Scheer croit-il encore lui même à la réussite de ce plan qui n’est rien d’autre que la copie conforme du précédent ?

Croit-il vraiment qu’une partie significative de la Grand Fleet va cette fois tomber dans le piège qu’il lui tend, qui est le même qu’au Jutland,… et qu’elle a pu déjouer sans problème au Jutland ?

Comme il n’est toutefois pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, la flotte allemande appareille en tout cas à 21h00, dans la nuit du 18 aout 1916,… au su des Britanniques, dont les services de décryptage ont, comme au Jutland, deviné ses intentions !

Côté britannique, donc, Jellicoe, alors en congés, est rappelé en catastrophe et quasiment jeté à bord d’un croiseur léger qui quitte Dundee (Écosse) aux premières heures du 19 afin de rejoindre en mer les cuirassés de la Grand Fleet qui, en son absence, ont levé l’ancre dans l’après-midi du 18 - soit une fois encore AVANT la flotte allemande, sous le commandement de l’amiral Cecil Burney

Et comme Beatty a lui aussi pris la mer avec ses six croiseurs de bataille, l’affrontement qui s’annonce risque fort de n’être qu’une simple réédition de la Bataille du Jutland, où les Allemands, une fois encore, ont toutes les chances de tomber dans le piège qu’ils voulaient tendre à leurs adversaires !

Bis repetita en tout point, donc !

Comment imaginer encore une victoire dans ces conditions ?

lundi 25 mai 2026

9281 - et maintenant, que faut-il faire ?

Le Bayern, premier super-dreadnought de la Marine impériale allemande...

… aout 1916

Mais si les deux camps revendiquent la victoire,… et ont chacun chacun d’excellentes raisons de la revendiquer (!), le paradoxe veut qu’aucun des deux ne soit satisfait de la victoire qu’il a obtenue !

Côté allemand, cette victoire n’a en effet malheureusement rien changé à la supériorité numérique des Britanniques en Mer du Nord, alors que, côté britannique, elle n’a pas davantage réduit à néant la menace allemande au même endroit !

Alors, que faut-il faire ? 

Dans un premier temps, et aussi invraisemblable cela puisse-t-il sembler, Scheer semble en tout cas résolu à retenter l’aventure, et même… à reprendre son plan originel, à savoir bombarder une ville britannique - en l’occurrence celle de Sunderland - avec les mêmes croiseurs de bataille de Hipper, et ce dans l’espoir, une fois encore, d’attirer en mer une partie de la Grand Fleet, et de l’écraser ensuite avec ses propres cuirassés, mais aussi avec un barrage de sous-marins tapis en embuscade !

Compte tenu de ce qui vient tout juste de se passer au Jutland, on peut tout de même sérieusement douter de la réussite d’un tel plan,… voire de l’état mental de son auteur !

Vu les pertes et les dommages subis, Hipper ne pourra en tout cas prendre la mer qu’avec deux croiseurs de bataille - les Moltke et von der Tann - contre cinq au Jutland, et si Scheer pourra quant à lui compter sur l’arrivée du tout nouveau Bayern, premier super-dreadnought de la Hochseeflotte, qui portera son effectif total à dix-huit cuirassés, soit deux de plus qu’au Jutland, les Britanniques, au même moment, alignent quand à eux six croiseurs de bataille opérationnels et toujours confiés à Beatty, et… vingt-neuf cuirassés, soit un de plus qu’au Jutland, toujours confiés à Jellicoe.

Comme au Jutland, Scheer espère toutefois bénéficier du soutien de nombreux sous-marins positionnés devant les ports britanniques, et aussi, pour la reconnaissance, de plusieurs zeppelins

Voilà pour le plan…