Saviez-vous que...
samedi 13 juin 2026
9300 - la boule de neige
vendredi 12 juin 2026
9299 - la Mutinerie de Kiel
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| La Mutinerie de Kiel : une révolte qui allait se répandre dans toute l'Allemagne |
Surtout, chacun réalise que la dite mission n’est en réalité rien d’autre qu’un véritable suicide collectif, un suicide "patriotique", et "pour l’Honneur du drapeau", certes, mais un suicide tout de même, et un suicide bien contre leur gré, et qui a toutes les chances de leur coûter leur seule et précieuse vie.
Devant la mauvaise humeur qui ne cesse de croître, Hipper n’a finalement plus d’autre choix que d’annuler toute l’opération et, histoire de calmer les esprits, de disperser la flotte autant que faire se peut, en envoyant en particulier la 3ème Escadre, à savoir les cuirassés König , Bayern, Grosser Kurfürst, Kronprinz Wilhelm, et Markgraf, se changer les idées à Kiel, de l’autre côté du Canal du même nom.
Mauvaise décision en vérité, car rendus à Kiel, les marins rebelles - du moins ceux qui n’ont pas déjà été arrêtés par la police - ne manquent pas de se réunir, de rameuter les marins des autres navires présents sur place, ainsi que les ouvriers des chantiers navals.
Limitée au départ à une simple libération des prisonniers, les revendications enflent devant l’intransigeance des Autorités. Dans l’après-midi du 3 novembre, la police tire sur les manifestants qui se dirigent vers la prison militaire.
Le lendemain, sans surprise, les manifestants sont plus nombreux et commencent même à faire des émules parmi les troupes présentes sur place.
Telle une boule de neige qui dévale une pente et grossit, grossit à chaque seconde jusqu’à devenir inarrêtable, les manifestations deviennent une révolte, et la révolte une Révolution qui, partie de Kiel, se répand irrésistiblement à travers l’Allemagne…
jeudi 11 juin 2026
9298 - une simple sortie d'entraînement
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| Conseil de marins mutinés sur le cuirassé Prinzregent Luitpold, 3 novembre 1918 |
Rassemblée dans la rade de Schillig, à une vingtaine de kilomètres du grand port de Wilhelmshaven, la flotte allemande doit appareiller le lendemain.
Selon le plan prévu, une poignée de torpilleurs et de croiseurs légers s'en iront bombarder les côtes de Flandres et attaquer le trafic maritime britannique dans l'estuaire de la Tamise, ce qui, en toute logique, devrait entraîner la sortie de la Grand Fleet,... que les cuirassés et croiseurs de bataille allemands attendront au large des côtes hollandaises.
Encore plus inégale qu'au Jutland, l'issue de cette bataille ne fait aucun doute, mais pour Scheer, et pour la plupart des amiraux allemands, mieux vaut sans doute en finir ainsi plutôt que de voir la flotte sabordée ou, pire, livrée aux Alliés.
Et à supposer que le but réel ne soit pas purement et simplement de faire échouer les pourparlers d’Armistice, qui sait si un combat glorieux, et de nombreux navires britanniques coulés, ne rendront pas le dit Armistice un peu moins défavorable à l'Allemagne.
Aux équipages, la mission prévue a en revanche été présentée comme une simple "sortie d’entraînement", mais la rumeur court, et les hommes ne sont pas dupes : dans la soirée, de nombreux soutiers des croiseurs de bataille Derfflinger et Von der Tann refusent de regagner le bord et doivent être arrêtés par la police. Et leur rébellion fait rapidement tache d’huile : des actes d’insubordination, et parfois des mutineries, éclatent bientôt sur la plupart des cuirassés, y compris sur le Baden, ultime cuirassé de la Hochseeflotte et navire-amiral de Hipper.
Si seuls les plus instruits, ou les plus politisés, des marins ont deviné que la mission qu’on leur ordonne de mener est tout bonnement illégale, tout le monde comprend en revanche qu’elle risque fort de faire capoter les pourparlers d’Armistice, et donc l’arrivée d’une paix que de simples exécutants comme eux désirent et appellent bien davantage de leurs voeux que les officiers d’État-major ou de hauts responsables comme Reinhard Scheer…
mercredi 10 juin 2026
9297 - à quel jeu joue donc Reinhard Scheer ?
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| Le cuirassé Ostfriesland : en 1918, il n'était plus lui aussi que l'ombre de lui-même... |
Mais de victoire, il ne saurait en être question ici : déjà numériquement très inférieure à la Grand Fleet à l’été 1914, la Hochseeflotte n’est en effet plus que l’ombre d’elle-même en cet automne de 1918 !
Sur le papier, elle aligne certes encore 18 cuirassés et 5 croiseurs de bataille plus ou moins opérationnels, mais leurs équipages sont désormais plus que démoralisés, tandis que la majorité de leurs officiers d’expérience ont carrément été mutés dans les sous-marins.
De toute manière, que représente pareille force face aux… 35 cuirassés (dont 5 américains) et 11 croiseurs de bataille, ainsi qu’aux marins et officiers entraînés et motivés, dont dispose la Grand Fleet ?
A un contre deux, et même avec énormément d’imagination, personne ne saurait raisonnablement imaginer une victoire allemande dans pareilles conditions !
Alors à quel jeu joue donc Reinhard Scheer ?
Pour certains, les plus romantiques, l’amiral allemand, craignant de voir ses précieux cuirassés et croiseurs de bataille saisis par les Alliés après l’Armistice - ce qui finira d’ailleurs par arriver - préfère leur offrir une mort glorieuse et mémorable au combat, tandis que pour d’autres, les plus réalistes, l’idée est de faire tout simplement capoter l’Armistice.
Mais quelle qu’en soit la véritable raison, et on pourrait encore en trouver d’autres, les équipages des navires visés, eux, ne sont pas du tout enclins à suivre leur commandant-en-chef dans cette aventure…
mardi 9 juin 2026
9296 - l'Ordre naval du 24 octobre
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| Scheer, sur le cuirassé Friedrich der Grosse, en 1916 |
Pour plaire au Président Wilson, considéré en Allemagne comme le meilleur médiateur possible pour obtenir un accord de paix avec les franco-britanniques, le nouveau gouvernement allemand du prince Maximilien de Bade accepte, le 20 octobre 1918, de mettre un terme à la guerre sous-marine qui, nous l’avons, n’a jamais cessé d’indigner les Américains, et, dans la foulée, de rappeler les sous-marins au port.
Mais cette décision purement politique a immédiatement pour effet… d’indigner bon nombre de responsables de la Marine impériale allemande, à commencer par Reinhard Scheer, devenu son commandant-en-chef le 11 aout précédant.
Le 22 octobre, ulcéré autant par le rappel de "ses" sous-marins que par l’annonce des pourparlers d’Armistice, Scheer ordonne alors à son successeur à la tête de la Hochseeflotte, à savoir son ancien subordonné et responsable des croiseurs de bataille Franz von Hipper,… de lancer une attaque "décisive" contre la Grand Fleet en Mer du Nord !
Et quelle que soit la manière dont on l’aborde, l’Ordre naval du 24 octobre, autrement dit le plan de bataille rédigé en toute hâte par Hipper et promulgué par Scheer le 27, est proprement hallucinant !
Juridiquement déjà, l’action exigée par Scheer équivaut en effet rien moins qu’à une mutinerie, pour ne pas dire un Coup d’État militaire, puisqu’elle n’a pas été soumise au nouveau gouvernement allemand, et encore moins approuvée par celui-ci (!), et qu’elle ne peut, quelle qu’en soit son issue, que nuire gravement aux pourparlers de paix alors en cours, voire même les réduire à néant !
Quelle mouche a donc piqué Reinhard Scheer...
lundi 8 juin 2026
9295 - Ce qui vaut pour Nicky ne vaut-il pas pour Willy ?
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| Guillaume II : en 1918, un trône menacé par la défaite de son armée... |
Au lieu de cela, ils pressent plutôt le Pouvoir civil d’endosser la responsabilité mais aussi et surtout tout l’odieux de l’affaire, en négociant lui-même un Armistice avec les Alliés, Armistice auquel ils pourraient ensuite se rallier, puisque tout bon soldat se doit n’est-ce pas d’obéir aux ordres.
Capitulation ou Armistice, qu’importent en définitive les détails techniques ou juridiques, puisque l’annonce de l’ouverture de pourparlers de Paix par le prince Maximilien de Bade sème en effet immédiatement la consternation dans toute l’Allemagne, où chacun, Propagande oblige, croyait encore jusque-là en une future victoire !
Plus personne ne fait confiance à personne, toutes les institutions de l'État se retrouvent irrémédiablement discréditées, et le trône du Kaiser Guillaume II lui-même ne tient désormais plus qu’à un fil,… d’autant plus mince que dans la Russie voisine, les bolcheviks se sont débarrassés il y a à peine un an de son cousin au troisième degré, le Tsar Nicolas II
Ce qui vaut pour Nicky ne vaut-il pas pour Willy (1) ?
Et des bolcheviks, ou du moins assimilés, on en trouve également en Allemagne, chez les ouvriers des usines bien sûr, mais aussi chez les soldats du Front, aujourd’hui démoralisés, ainsi que chez les marins, et singulièrement parmi les marins de la Hochseeflotte, qui sont d’ailleurs sur le point de se mutiner contre Reinhard Scheer…
(1) dans leur correspondance personnelle, rédigée en anglais, Nicolas II et Guillaume II s’appelaient respectivement Nicky et Willy
dimanche 7 juin 2026
9294 - la Division Nine
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| Salués par les Britanniques, les premiers dreadnought arrivent à Scapa Fow, 7 décembre 1917 |
En mettant fin autant à la Triple-Entente qu’à la Guerre à l’Est, le Traité de Brest-Litovsk permet à l’Allemagne d’acheminer d’importants renforts de troupes sur le Front Ouest… et au général Erich Ludendorf d’y lancer une nouvelle et importante offensive le 21 mars 1918.
Pour les franco-britanniques, l’espoir repose désormais sur la prochaine entrée en action des Américains, qui ont déclaré la guerre à l’Allemagne le 6 avril 1917 : les premiers contingents de soldats américains - ils seront près de deux millions à l’été 1918 - ont d’ailleurs déjà commencé à débarquer en France, ainsi que, pour l’anecdote,... les premiers dreadnought américains de la Division Nine - parmi lesquels figure le Texas (1) - qui ont quant à eux fait leur entrée à Scapa Flow le 7 décembre 1917, sans que personne, ni chez eux ni chez les Britanniques, ne sache vraiment à quoi ils vont bien pouvoir servir !
Qu'importe, puisque sur le Front terrestre, l’Offensive Ludendorff, après quelques succès initiaux, est quant à elle occupée à s’enliser : lorsqu’elle se termine, le 18 juillet 1918, après quatre mois de combats, celle-ci a coûté aux franco-britanniques quelque 800 000 tués et blessés supplémentaires, mais aussi près de 700 000 côté allemand !
Pour l'Allemagne, qui voit désormais débarquer les soldats américains au rythme de 10 000 par jour, et qui, malgré ses sous-marins, est incapable de les empêcher d'arriver, cette nouvelle saignée sonne le glas des dernières illusions
Le 8 aout, c'est au tour des Alliés de passer à l'attaque, et leur offensive, dite "des Cent-Jours", pousse bientôt l'Allemagne au bord du gouffre. Le 30 septembre, le Chancelier Georg von Hertling est renversé et remplacé le 3 octobre suivant par le prince Maximilien de Bade, lequel se voit instamment prié de négocier un Armistice d’autant plus urgent qu’un nouveau péril peut-être encore plus grave que les Alliés menace à présent l’Allemagne…
… l’émeute
(1) après avoir également servi en Europe et dans le Pacifique lors de la guerre suivante (!), le Texas, devenu navire-musée, est aujourd'hui l'ultime dreadnought survivant






