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| Le croiseur de bataille Derfflinger, en action, 31 mai 1916 |
Quatre des six croiseurs de bataille de Beatty alignent des pièces de 13,5 pouces (343mm) qui portent à 22 000 mètres, soit bien plus loin que les 11 pouces (280mm) et 12 pouces (305mm) des navires allemands, lesquels offrent une portée ne dépassant guère 17 000 et 19 000 mètres.
Sur le papier, les Lion, Princess Royal, Queen Mary et Tiger pourraient donc ouvrir le feu bien avant que leurs adversaires soient eux-mêmes à portée… si les télémètres britanniques, gênés par la fumée mais aussi par les vibrations de ces mastodontes qui avancent à pleine vitesse, parvenaient à mettre au point et à transmettre leurs informations aux directeurs de tirs et, à travers eux, aux canonniers.
Sur le Lion, un jeune cadet ne peut d’ailleurs s’empêcher de noter que "Je n'arrivais pas à réaliser que nous étions en présence de l'ennemi. Ce qui m'a paru assez étrange, c'est que, alors que la distance à laquelle nous l'avions aperçu n'était que d'environ 23 000 yards [21 000 mètres], nous n'avons ouvert le feu que lorsque la distance affichée sur nos viseurs est tombée à 18 500 yards [17 000 mètres]" (1)
Les Allemands, bien sûr, sont trop heureux de l’aubaine,… et même les premiers à ouvrir le feu, à 15h48
Le Lützow tire sur le Lion, le Derfflinger sur le Princess Royal, le Seydlitz sur le Queen Mary, le Moltke sur le Tiger, et le Von der Tann sur l’Indefatigable, ce qui, par la force des choses, ou plus exactement la simple loi du nombre, laisse provisoirement le New Zealand en paix.
Côté britannique, et puisqu'on est à six contre cinq, les Lion et Princess Royal ont résolu de s’en prendre simultanément au Lützow - ce qui, au demeurant ne va certes pas les aider à régler leurs tirs ! - tandis que les Tiger, New Zealand et Indefatigable doivent respectivement viser les Seydlitz, Moltke et Von der Tann.
Sur le Queen Mary, des signaux mal interprétés font néanmoins en sorte qu’au lieu de s’en prendre, tel que prévu, au Derfflinger, les canonniers décident plutôt de reporter leurs tirs sur le Seydlitz, lui-même visé par le Tiger, en sorte que, durant de longues minutes, le dit Derfflinger va ainsi se retrouver en mesure de tirer sans être inquiété par qui que ce soit en retour…
(1) ibid, page 97






