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| Le pré-dreadnought Pommern, à la Bataille du Jutland |
Saviez-vous que...
dimanche 10 mai 2026
9266 - oser ou temporiser
samedi 9 mai 2026
9265 - quand tombe la nuit
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| Les pré-dreadnought allemands au Jutland : une ultime occasion d'être utile... |
vendredi 8 mai 2026
9264 - le facteur chance
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| La Garnd Fleet, à la poursuite des Allemands, dans des conditions de visibilité précaires |
De fait, la décision de Jellicoe d'abattre vers la gauche plutôt que vers la droite vient de sauver l'escadre de Scheer de l'anéantissement !
En dehors d'une demi-douzaine de petits torpilleurs mis hors de combat, et de dégâts supplémentaires aux croiseurs de bataille, le troisième, et ultime, demi-tour de Scheer, ne provoque en effet que quelques dommages aux cuirassés Markgraf, Grosser Kurfüst et König, qui demeurent néanmoins en état de combattre.
Scheer peut s’estimer heureux, puisque son erreur précédente n’a finalement provoqué aucune conséquence irrémédiable pour la Hochseeflotte.
Mais la Chance étant maîtresse par nature fort versatile, il serait bien trop dangereux, et même carrément suicidaire, de s’obstiner.
Et comme il n'est pas davantage question de se laisser refouler vers l’ouest, c.-à-d. vers les côtes anglaises, l'Allemand décide de rentrer au pays par le chemin le plus court, donc au sud-est, en passant par le bateau-phare de Horns Reef.
Jellicoe, cette fois, a parfaitement saisi l'intention, et a lui-même commencé à manœuvrer de manière à couper la route de son adversaire.
Hélas pour les Britanniques, c’est une fois encore la visibilité – déjà fort précaire au début de la bataille – qui se met à nouveau au service des Allemands : quand les combats reprennent, vers 20h00, c’est à peine si les croiseurs de bataille de Beatty, qui ont repris leur poste à l’avant-garde, aperçoivent encore leurs adversaires, ce qui ne les empêche cependant pas de causer de nouvelles avaries au Seydlitz, au Derfflinger (qui y perd sa dernière tourelle),… mais aussi aux malheureux pre-dreadnought de l’amiral Mauve, qui tentent fort imprudemment de se porter à leur secours…
jeudi 7 mai 2026
9263 - la proue ou la poupe ?
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| Les torpilleurs allemands à l'attaque. Plusieurs d'entre-eux n'en reviendront pas... |
Mais au lieu d’abattre vers la droite, c-à-d par la proue et vers les Allemands, Jellicoe décide plutôt de le faire vers la gauche, c-à-d par la poupe et dans la direction opposée à ceux-ci !
En terme de surface offerte aux torpilles, la différence est parfaitement négligeable, mais pour l’issue de toute cette bataille, elle est au contraire décisive !
Car au lieu de continuer à se rapprocher des cuirassés de Scheer, et d’achever les croiseurs de bataille de Hipper complètement au bout de leur rouleau, les navires de Jellicoe s’en éloignent au contraire mètre après mètre !
Aucune torpille ne touche, ce qui du point de vue de Jellicoe est assurément l’essentiel, mais à 19h45, lorsque ce dernier ordonne de remettre le cap au sud-ouest, les navires de son adversaire lui ont repris plus de 4 000 mètres, et sont à présent hors de portée !
Comme l'écrira un historien britannique, "Vingt-huit torpilles et la ferme détermination de ne faire courir aucun risque à sa flotte de ligne, venaient de dérober à Jellicoe le pouvoir de remporter une victoire décisive" (1)
Car à 19h45, la visibilité, déjà fort précaire, est réduite à presque rien !
Comment retrouver la flotte allemande dans ces conditions ?
(1) cité par Jacques Mordal, op cit, page 112
mercredi 6 mai 2026
9262 - torpilles sur l'océan
mardi 5 mai 2026
9261 - une mission de sacrifice
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| Le Derfflinger, au Jutland : une mission de sacrifice |
La destruction de trois croiseurs de bataille britanniques en à peine quelques heures vient tout juste de démontrer que ces navires, qui avaient fait merveille aux Falklands contre de simples croiseurs-cuirassés, et qui avaient régulièrement été utilisés depuis le début de la guerre en raison de leur grande vitesse, sont en fait beaucoup trop vulnérables aux obus de gros calibre.
Scheer ne peut ignorer ce point,… pas plus qu’il ne peut ignorer que ses croiseurs de bataille - qui sont en fait ceux de Hipper - sont à présent au bout de leur rouleau !
Dit autrement, la mission qu’il exige d’eux en ce moment n’est rien d’autre qu’une mission de sacrifice : les croiseurs de bataille doivent en effet se sacrifier pour sauver les cuirassés, et leurs équipages pour sauver les équipages des cuirassés !
Et les effets de cette décision ne se font pas attendre : alors que les cuirassés exécutent leur troisième "Gefechtwendung nach Steuerbord", autrement dit leur troisième demi-tour en moins d’une heure (!), les croiseurs de bataille sont soumis à une véritable avalanche d’obus de 305, 343 et 381mm !
En quelques minutes, le Derfflinger, forcé comme nous l’avons vu de mener la colonne depuis la mise hors-service du Lützow et le transbordement de Hipper sur un torpilleur, en quelques minutes, donc, le Derfflinger perd ses deux tourelles arrière et le Von der Tann tous ses canons et son personnel de passerelle !
Mais au moment-même où les croiseurs de bataille allemands sont sur le point de succomber, la fortune des armes se décide à nouveau à changer de camp...
lundi 4 mai 2026
9260 - "Schlachtkreuzer ! Ran an den Feind. Voll einsetzen !"
Et de fait, quelques minutes plus tard, Scheer se retrouve pour la seconde fois au bord de l’abime !
"Scheer réalisa que, quelles qu'aient été ses intentions initiales, il avait commis une erreur désastreuse. Mais c’était un homme de décisions rapides !
A 19h13, il fit passer un ordre stupéfiant par pavillons de signalisation : "Schlachtkreuzer ! Ran an den Feind. Voll einsetzen", ce qu’on pourrait traduire cela par : "Croiseurs de bataille, à l'attaque ! Donnez tout !"
Un signal similaire, mais formulé différemment, fut transmis par radio : "Croiseurs de bataille, tournez vers l'ennemi et engagez-le de près ! À l'attaque !". Une minute plus tard, Scheer précisa que les croiseurs de bataille devaient opérer contre l'avant-garde britannique. Néanmoins, ils devaient attaquer quelles qu'en soient les conséquences"
(…) Scheer comptait sur cette mesure désespérée pour gagner du temps et couvrir un nouveau "Gefechtwendung nach Steuerbord" de la flotte principale de cuirassés afin de s'échapper vers l'ouest.
[Il estimait que] la tactique habituelle d'une attaque à la torpille lancée par les destroyers de couverture serait insuffisante dans les circonstances. Une charge des croiseurs de bataille était la seule option viable qui lui restait, car elle permettrait de diluer le feu britannique, et offrirait à ses destroyers la possibilité de s’approcher davantage et de ne lancer leurs torpilles qu’à portée décisive.
Il ordonna le virage à tribord vers 19h18, dès que ses croiseurs de bataille et ses destroyers eurent commencé leur attaque". (1)
Au plan tactique, cette décision peut sans doute se défendre, et est peut-être même la seule possible dans les circonstances, mais pour les croiseurs de bataille allemands, elle s'avère rien moins que dramatique…
(1) ibid, page 305






