samedi 18 juillet 2026

9335 - Königsberg, Karlsruhe, Köln...

Le Köln, dans les années 1930, avec ses deux tourelles arrière à la disposition pour le moins étrange...
… reste qu’en dépit du symbole et des nouvelles ambitions qu’il représente, l’Emden, ou plus exactement son design, n’est pas suffisamment attractif pour inciter la Reichsmarine à lui construire un ou plusieurs "frères" afin de remplacer ses autres et anciens croiseurs.

Instabilité politique et restrictions budgétaires obligent, il faudra du reste attendre 1926 avant que les ersatz Thetis, Medusa et Arcona, qui deviendront respectivement les croiseurs légers Königsberg, Karlsruhe et Köln soient mis sur cale, et 1929 avant que le premier d’entre-eux entre en service.

Si la Commission de Contrôle alliée, qui disparaîtra d’ailleurs totalement en 1927, n’a cette fois plus son mot à dire, les trois nouveaux croiseurs n’en demeurent pas moins soumis à la restriction "unité pour unité et seulement après 20 ans d’âge" du Traité de Versailles de 1919, et à celle relative au tonnage - 7 000 tonnes - du Traité de Washington de 1922.

Par rapport à l’Emden, ces trois croiseurs sont néanmoins modernes et partent cette fois d’une feuille blanche, avec une chauffe qui passe - enfin - au mazout, et un armement composé de neuf pièces toujours en 150mm, mais de conception nouvelle et à présent regroupées en trois tourelles triples, par ailleurs disposées de manière pour le moins étrange, avec une seule tourelle à l’avant et deux autres superposées à l’arrière mais surtout décalées l’une l’autre par rapport à l’axe du pont - la tourelle numéro 2 se trouvant ainsi déportée de plusieurs mètres sur bâbord, et la numéro 3 sur tribord, un positionnement qui retiendra l’attention de tous les observateurs, mais que personne ne se hasardera néanmoins à copier, puisque ne procurant aucun avantage pratique.

Comme cela s’était déjà produit avec l’Emden, la mise en service de ces trois nouveaux croiseurs va toutefois entraîner le déclassement des Thetis, Medusa et Arcona, le premier étant ferraillé en 1930, et les deux autres convertis d’abord en simples navires-casernes, puis en pontons anti-aériens au début de la 2ème G.M. et jusqu’à leur sabordage, à la fin de celle-ci...

vendredi 17 juillet 2026

9334 - une renaissance et de nouvelles ambitions

L'Emden, lors d'une visite "de courtoisie" à Shanghai, en 1931
… s’il ne donnera jamais satisfaction à ses utilisateurs, et sera essentiellement utilisé pour l’entraînement, y compris lors de la 2ème G.M., l’ersatz Niobe, devenu le croiseur léger Emden à son lancement, le 6 janvier 1925, n’en marque pas moins une étape importante, encore qu’aujourd’hui largement oubliée, puisqu’il s’agit du premier grand navire de guerre construit et mis en service par l’Allemagne depuis l’humiliant armistice de novembre 1918.

Pour la Reischmarine, et pour l’Allemagne toute entière, il symbolise donc une renaissance et de nouvelles ambitions, certes encore fort timides, mais néanmoins réelles.

Et c’est d’autant plus vrai que le choix de son nom de baptême est tout sauf anodin !

Les habitués de ces chroniques se rappellent en effet qu’une fois libéré de  l’Ostasiengeschwader ("escadron d’extreme-orient") de l’amiral Maximilian von Spee, le 14 aout 1914, le premier Emden avait longtemps et brillamment écumé l’Océan Indien en tant que corsaire, coulant ou capturant plus d’une vingtaine de navires alliés avant de succomber, le 9 novembre 1914, sous les coups du croiseur australien Sydney, beaucoup plus puissant que lui.

Son épopée, suivie et popularisée par tous les journaux de l’époque, a évidemment incité la Reichsmarine à lui dédier un successeur, qui pourrait peut-être un jour, qui sait, reprendre le flambeau mais aussi le rôle, attendu qu’avec ses limitations, autant en matière d’armement qu’en blindage ou en vitesse, ce nouvel Emden ne serait assurément pas en mesure d’affronter un croiseur britannique ou français avec une chance raisonnable de succès.

Quant au Niobe, obligatoirement désarmé et rayé du registre naval allemand à la mise en service de l’Emden, celui-ci va connaître une seconde carrière étonnante : revendu en 1925 au Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes (1), et rebaptisé Dalmacija, celui-ci sera en effet capturé par les Italiens dans le port de Kotor (Montenegro) en avril 1941, rebaptisé Cattaro, et remis en service par ceux-ci. Après la reddition de l’Italie, en septembre 1943, le croiseur, bien fatigué, sera cette fois recapturé… par les Allemands, qui lui rendront son nom originel de Niobe, et s’en serviront comme croiseur anti-aérien auxiliaire jusqu’à son torpillage par des vedettes rapides britanniques en décembre de la même année…

(1) qui deviendra Yougoslavie en 1929

jeudi 16 juillet 2026

9333 - un croiseur au rabais

L'ersatz Niobe, devenu Emden, à Kiel, en 1928
… Wilhelmshaven, 8 décembre 1921

L’autre contrainte est - évidemment - matérielle : tout doit en effet être mis en oeuvre pour que l’ersatz Niobe coûte le moins cher possible aux finances publiques de la République de Weimar, raison pour laquelle, plutôt que de partir d’une feuille blanche, on va directement s’inspirer des plans du défunt croiseur léger Karlsruhe, sabordé en 1919 à Scapa Flow,… solution d’autant plus nécessaire que l’on ne dispose de toute manière pas de suffisamment de dessinateurs et d’architectes navals pour élaborer un tout nouveau bâtiment.

De la même manière, et alors que les principales marines de guerre du monde sont occupées à convertir à grands frais leurs navires existants pour la chauffe au mazout, l’ersatz Niobe devra quant à lui se contenter, du moins jusqu’en 1933, de chauffer au charbon,… combustible dont chacun a depuis longtemps appris à mesurer les inconvénients et les contraintes opérationnelles, en particulier au niveau du ravitaillement, qui ne peut s’effectuer qu’à quai, ou alors à l’arrêt, sur une mer parfaitement étale.

Les canons de 150mm ont pour leur part été récupérés ici et là, et sont tout sauf de première jeunesse, et l’armement antiaérien, que chacun devine pourtant de plus en plus nécessaire, quant à lui quasiment inexistant.

Si réduire les frais est toujours une intention louable, le résultat final, quel que soit le domaine, s’avère toutefois rarement à la hauteur des espoirs, et de fait, construit de bric et de broc, et au rabais, l’ersatz Niobe, mis sur cale à Wilhelmshaven le 8 décembre 1921, mais admis en service seulement quatre ans plus tard - restrictions budgétaires et troubles politiques obligent - ne donnera jamais vraiment satisfaction à ses utilisateurs.

Mais pour la Reichsmarine, et pour l'Allemagne, l'intérêt est ailleurs... 

mercredi 15 juillet 2026

9332 - l'ersatz Niobe

Le croiseur léger Niobe, en 1901
… 1921

En cette année 1921, le Niobe, lancé en 1899, mis en service en 1901, et figurant parmi les huit croiseurs légers que la Reichsmarine a été autorisée à conserver au lendemain du Traité de Versailles, accuse désormais ses vingt ans, ce qui, selon les termes du Traité, autorise donc la Reichsmarine à entamer son processus de remplacement.

Mais l’affaire n’est pas si simple ! 

D’abord parce que les plans et toutes les caractéristiques du futur "ersatz Niobe", c-à-d "remplaçant du Niobe", doivent être soumis pour approbation à la Commission de Contrôle alliée, dont les membres français et britanniques n’entendent évidemment pas, trois ans à peine après la fin de la guerre, permettre à la Reichsmarine de disposer d’un nouveau bâtiment offrant une quelconque supériorité sur leurs propres navires.

Or les Allemands, déjà, réclament pour ce nouveau bâtiment un armement composé de huit pièces de 150mm (5.9 pouces) en quatre tourelles doubles,… soit largement plus imposant que les dix canons de 105mm du Niobe originel !

Après de longues discussions, la Commission va finalement autoriser les huit canons… mais en autant de tourelles (!), dès lors éparpillées sur toute la surface du navire (deux à l’avant, deux à l’arrière, et deux sur chaque flanc), disposition fort peu pratique à l’usage, et grevant d'autre part considérablement la puissance de feu.

Et pas question non plus de dépasser le tonnage maximum autorisé, fixé à seulement 6 000 tonnes, ce qui, vu le poids des canons, des tourelles, mais aussi des obus, va inévitablement contraindre ingénieurs et architectes à sacrifier le blindage, mais aussi, déjà, à faire preuve de pas mal de créativité, en recourant notamment, et autant que possible, à la soudure en lieu et place des traditionnels rivets, solution innovante et qui sera reprise, à bien plus large échelle, sur les futurs "cuirassés de poche"
 
Mais n'anticipons pas... 

mardi 14 juillet 2026

9331 - le contournement de Versailles

Le sous-marin finlandais Vetehinen, en 1930. Il servira de base à la future classe VII allemande
… en partant des plans des U-boot allemands de la 1ère G.M., l’Ingenieurskantoor voor Scheepsbouw, fondé le 21 juillet 1922 par nulle autre que la société Krupp avec des ingénieurs allemands et hollandais, va ainsi être en mesure de concevoir des sous-marins de différents modèles et tailles pour d’autres nations, dont la Finlande et l’Espagne, sous-marins dont les essais et la mise au point seront systématiquement menés ou supervisés par des spécialistes allemands, et qui serviront, plus tard, de point de départ pour les célèbres U-boot de classe VII de la future Kriegsmarine

Et les manœuvres allemandes pour contourner le "diktat" de Versailles ne se limitent certes pas aux sous-marins, ni même au domaine naval : alors que le Traité leur interdit formellement de posséder la moindre Aviation militaire, les Allemands vont se tourner, dès 1921, vers l'URSS afin d'y reconstituer et d'y entraîner secrètement une flotte aérienne.

Le 16 avril 1922, le Traité de Rapallo va d'ailleurs sceller la collaboration germano-soviétique, en permettant à l'Allemagne d'installer au Paradis des Prolétaires plusieurs "centres de formation et d'expérimentation militaires", bien entendu constitués dans un "but pacifique" (sic)

En 1923, la société Junkers va même aller jusqu’à implanter une usine de construction aéronautique à Fili, au sud de Moscou. Une usine qui introduira la production en série, et la construction d'avions métalliques, en URSS, mais une usine qui, puisqu’il faut bien qu’il y ait malgré tout une morale, profitera surtout aux Russes, qui y formeront leurs meilleurs ingénieurs avant d'en prendre finalement possession, en mars 1927, pour la placer sous la direction d'un certain... Andreï Tupolev, dont les réalisations se mettront dès lors à ressembler étonnamment à des Junkers.

Mais parallèlement à l'usine de Fili, les Allemands vont également installer, cette fois à Lipetsk, un "centre de formation et d'expérimentation militaire", qui servira quant à lui à l'entraînement, loin des regards, des jeunes cadres et pilotes allemands jusqu'à sa fermeture, en 1933 - le nouveau Troisième Reich du Chancelier Adolf Hitler n’ayant alors plus guère de raisons de cultiver la discrétion…

lundi 13 juillet 2026

9330 - dans l'attente de jours meilleurs...

Le pr-dreadnought Schlesien, lors de sa visite "de courtoisie" à Curacao, en 1937
… mais même si les Alliés l’autorisaient à (re)construire tous les navires qu’elle veut, la Reichsmarine en serait financièrement bien incapable !

Définitivement privée de toutes ses colonies, amputée d’une bonne partie de son propre "Heimat", ruinée par la guerre, condamnée à payer d’énormes indemnités à ses vainqueurs, et de surcroît écrasée sous le poids de millions d’anciens combattants devenus chômeurs, la toute jeune République de Weimar n’a évidemment pas le moindre mark à consacrer à une nouvelle flotte de combat… et à peine de quoi entretenir le peu de navires surannés qu’il lui reste.

En conséquence, et faute d’alternative, la Reichsmarine est donc condamnée à utiliser, et à user jusqu’à la corde, les huit vieux pré-dreadnoughts dont elle a hérité, en les modernisant autant que faire se peut, en les modifiant parfois profondément, en les employant tantôt comme brise-glaces en Baltique durant les mois d’hiver, tantôt comme navire-école pour les jeunes recrues - puisqu’il faut bien, malgré tout, assurer la relève - ou encore pour des croisières dites "de courtoisie" en différents endroits du globe, afin de démontrer que non, la Marine allemande n’est pas morte et continue au contraire d’exister en attendant des jours meilleurs.

Dans la même veine, de petites cellules de veille, composées d’officiers mais aussi d’ingénieurs et d’architectes navals sont mises sur pieds afin de maintenir un niveau minimal d’expertise,… et aussi de se renseigner discrètement sur les activités, les réalisations et les projets des marines étrangères, histoire bien sûr d’être prêt à "relancer la machine" le jour où l’humeur des Alliés et l’état des finances publiques le permettront !

La possession, l’utilisation et la construction de sous-marins sont - nous l’avons dit - formellement interdites par le Traité de Versailles, mais compte tenu de l’importance capitale de cette discipline dans la guerre navale, la Reichsmarine va bien vite décider de passer outre en de recourant à la ruse, ou plus exactement à une société-écran néerlandaise, l’Ingenieurskantoor voor Scheepsbouw (IVS), ou bureau d’études pour la construction navale…

dimanche 12 juillet 2026

9329 - une marine de nains

Le pré-dreadnought Braunschweig, en 1904
… car au plan naval, les conditions dictées par le Traité de Versailles sont tout aussi draconiennes !

Alors que sa devancière était devenue, en 1914, la deuxième puissance navale au monde, la nouvelle Reichsmarine qui lui succède disparaît pour ainsi dire de tout classement,... et tout du reste est fait pour qu’elle n’y réapparaisse plus jamais !

Déjà, et compte tenu des ravages qu’ils ont provoqué durant celle que chacun appelle désormais "La Grande Guerre", la dite Reichsmarine ne pourra plus posséder et mettre en service le moindre sous-marin, tandis que les constructeurs allemands se verront quant à eux interdits d’en fabriquer, y compris pour le compte de pays étrangers.

Mais c’est toutefois au niveau de la flotte de surface que le coup est assurément le plus dur à encaisser, du moins au niveau du prestige !

La Reichsmarine ne pourra en effet conserver et mettre en service que six croiseurs (très) légers (+2 en réserve) bien inoffensifs, et six pré-dreadnoughts  (+2 en réserve) de type "coule-tout-seul", à peine bons pour la défense côtière, et ne portant rien de plus impressionnant que quatre malheureuses pièces de 280mm.

Mais comme ces croiseurs et pré-dreadnoughts, non contents d’être quasiment sans valeur militaire, sont déjà anciens - le croiseur Niobe a par exemple été mis en service en 1900, et le pré-dreadnought Braunschweig, en 1904 - les Alliés ont néanmoins accepté une - minuscule - concession : la Reichsmarine aura en effet le droit de les remplacer si elle le désire, mais seulement unité pour unité, seulement après 20 ans d'âge, et, surtout, avec une limite maximale, pour les pré-dreadnoughts, de 10 000 tonnes pour le déplacement, et un calibre maximal de 11 pouces (280mm) pour les canons, autrement dit… inférieure dans les deux cas aux pré-dreadnoughts actuels (!), ce qui, chacun en est du moins convaincu autant à Paris qu’à Londres ou à Washington, rendra ces éventuels nouveaux cuirassés allemands encore moins dangereux que leurs antiques prédécesseurs !

En principe, du moins...