mercredi 18 février 2026

9185 - Et pourquoi pas les Dardanelles ?

La Guerre des Tranchées, ou l'immobilisme à son pire...
… lorsque la France et la Grande-Bretagne se sont retrouvées en guerre contre l'Empire ottoman, dans les premiers jours de novembre 1914, il y avait déjà quatre mois que l'on se battait en Europe, où les deux camps déploraient déjà des centaines de milliers de morts et de blessés.

La guerre "fraîche et joyeuse", et pour ainsi dire la fleur au fusil, tant promise avait déjà cédé la place à des massacres de masse, où les combattants demeuraient régis par les tactiques des siècles précédents mais se trouvaient désormais décimés par des fusils à répétition, des mitrailleuses lourdes et des obus shrapnel, en attendant de l'être bientôt par des bombes d'avions et des obus au gaz !

Les tranchées, qui avaient commencé à faire leur apparition, consacraient d'ailleurs la défaite de la guerre de mouvement, la victoire de l'immobilisme... et la fin des espoirs de voir le conflit achevé avant Noël.

Et Winston Churchill, bien que Premier Lord de l’Amirauté, partageait d’autant plus ce triste constat qu’il avait pu constater de visu les ravages causés par la guerre moderne puisque, début octobre, il s’était en effet rendu à Anvers, assiégée par les Allemands, et vu quantités d'hommes mourir autour de lui tout en s'en tirant lui-même, et une fois de plus, sans la moindre égratignure.

Comme beaucoup d'autres, en Angleterre comme en France, le Premier Lord de l'Amirauté s’est alors mis à la recherche d'une solution qui permettrait d'éviter les attaques frontales fort coûteuses en vies humaines, une solution qui consisterait somme toute à prendre Allemands et Austro-Hongrois à revers et là où ils s'y attendent le moins, et une solution en définitive bien plus conforme à la vieille tradition britannique "d'actions périphériques"

Et pourquoi pas les Dardanelles ?

mardi 17 février 2026

9184 - la vengeance de Coronel

L'engloutissement du Scharnhorst, ou la fin de la présence allemande dans le Pacifique...

... bien qu’eux-mêmes touchés à une quarantaine (!) de reprises, les Inflexible et Invincible n’ont subi que des dommages mineurs, et ne déplorent qu’une poignée de morts et de blessés dans leurs rangs !

La honte de Coronel est vengée, et l’honneur de la Royal Navy brillamment restauré par ce véritable triomphe !

Décidément, Fisher avait raison, et ses partisans ne sont pas loin de crier au génie tant il est désormais clair qu’aucun croiseur allemand, même cuirassé et moderne, n’est de taille face à ses croiseurs de bataille rapides et puissamment armés !

Et en ces derniers jours de 1914, la destruction de presque toute l’escadre de l’amiral Spee au large des Falklands marque également la fin définitive de la présence allemande dans le Pacifique, mais aussi, et bientôt, dans toutes ses colonies d’outre-mer.

Car faute de recevoir des renforts et des approvisionnements qui ne pourraient lui parvenir que par mer, il est clair que l’Empire colonial allemand de Guillaume II et du Chancelier Bismarck, constitué à grands frais et même à un coût exorbitant à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, est dores et déjà condamné à la faillite, en particulier en Afrique où, les troupes allemandes, bien que combattant encore, n’ont aucune chance d’arriver à se maintenir à long terme.

De son côté, et malgré les efforts et les sacrifices financiers mais aussi humains de la Kaiserliche Marine, la Royal Navy est et demeure la seule Maîtresse des Mers, et sa Grand Fleet, avec le retour triomphal des Invincible et Inflexible, plus que jamais en mesure de l’emporter si la Hochseeflotte se décide un jour à lever l'ancre et à rechercher le combat.

Au fond tout irait pour le mieux pour la Grande-Bretagne si, sur le terrain européen, la situation militaire ne paraissait pas aussi désespérément figée.

Un homme, pourtant, a déjà son idée sur la question...

lundi 16 février 2026

9183 - mourir en beauté

La fin des Scharnhorst et Gneisenau, victimes de bien plus fort qu'eux...

... 16h17

Brûlant d’un bord à l’autre, le Scharnhorst dégage maintenant une telle fumée que le Gneisenau pourrait peut-être en profiter pour s'enfuir, en se dérobant derrière elle.

Mais fidèle jusqu’au bout à son chef de file, le croiseur-cuirassé allemand se maintient au contraire imperturbablement dans son sillage, en tirant lui aussi de toutes ses pièces restantes sur les deux croiseurs de bataille anglais qui, tels un boxeur poids lourd opposé à un adversaire poids plume, encaissent sans broncher et répliquent de quelques frappes dévastatrices.

Spee n’a plus qu’à mourir en beauté : à 16h17, le Scharnhorst, réduit à l’état d’épave, talonne brusquement et, en une fraction de seconde, et ses hélices tournant encore, s’engloutit par l’avant avec tout son équipage, et Spee lui-même.

Il n’y a aucun survivant.

Le Gneisenau tire encore, mais il n’est plus lui aussi qu’un amas de ferrailles en flammes, que son équipage survivant évacue à 18h00, juste avant qu’il ne sombre à son tour.

La destruction des Leipzig et Nürnberg complète alors le triomphe britannique : à la tombée de la nuit, et à l’exception du Dresden toujours en fuite (1), toute l’escadre de Spee a été envoyée par le fond, en même temps que 1 900 marins allemands, soit 90% des équipages !

(1) repassé dans le Pacifique, et à court de munitions, le Dresden se sabordera près des côtes chiliennes, le 14 mars 1915

dimanche 15 février 2026

9182 - duels

Le Scharnhorst, touché par les tirs britanniques. Il va bientôt sombrer...

... 13h30

Inflexible contre Scharnhorst, Invincible contre Gneisenau, tels sont donc deux duels de croiseurs qui, vers 13h30, s’engagent au large des Falklands.

Duels aussi inégaux que ceux de Coronel : les croiseurs de bataille britanniques sont en effet plus rapides, mieux protégés, et également mieux armés - avec leurs huit canons de 305mm - que les croiseurs-cuirassés allemands - qui ne portent que huit pièces de 210mm, et frappent donc moins fort et moins loin.

Contre toute attente, mais conformément à leur réputation, ce sont pourtant les artilleurs du Scharnhorst qui mettent au but les premiers !

Simple piqure de guêpe sur un éléphant : l’Inflexible est intact et Sturdee, bien décidé à mettre toutes les chances de son côté, se contente de laisser filer quelque peu la distance qui le sépare de Spee, qu’il surclasse de toute manière en vitesse et qu’il pourra donc rattraper quand et comme il le voudra, afin que tous les 210mm de ce dernier tombent simplement à l’eau alors que ses 305mm à lui pourront continuer à marteler le navire allemand.

Reste que les pointeurs anglais n’en finissent pas d’être gênés par les énormes volutes de fumée de leurs propres bâtiments,... que le vent rabat obstinément en direction des Allemands, les dissimulant ainsi aux regards !

Le pilonnage à distance ne donnant aucun résultat, Sturdee décide alors, à 14h50, de changer de tactique et de se précipiter en direction de son adversaire.

Cette fois, le succès est au rendez-vous : touché par plusieurs 305mm, le Scharnhorst est bientôt en flammes...

samedi 14 février 2026

9181 - un massacre de plus...

La Bataille des Falklands : un massacre de plus...

... 13h00

Heureusement pour Sturdee, et le prestige de la Royal Navy, le croiseur Kent, qui était au large au moment où sont apparus les navires de Spee, a été en mesure de maintenir le contact et de guider le Glasgow, puis le reste de la flotte britannique, dans la direction du Leipzig, serre-file de la colonne allemande en pleine retraite.

Plus rapides que les croiseurs allemands, les Invincible et Inflexible gagnent du terrain minute par minute. A 13h00, parvenu à limite de portée - environ 20 000 mètres - l’Inflexible ouvre le feu sur le Leipzig, dont les pauvres 105mm sont évidemment incapables de répliquer à pareille distance.

Spee prend alors une décision courageuse - ou insensée selon le point de vue que l’on choisit d’adopter - il abat en direction des Britanniques avec les Scharnhorst et Gneisenau afin, espère-t-il, d’attirer le tir anglais et ainsi laisser à ses trois petits croiseurs, mais aussi aux deux ravitailleurs, une chance de s’échapper.

Vain espoir : avec les moyens dont il dispose Sturdee est bien assez fort pour venir à bout des deux croiseurs-cuirassés allemands avec ses seuls croiseurs de bataille,… et pour laisser au reste de son escadre le soin d’en découdre librement avec les Leipzig, Nürnberg et Dresden, lequel, seul navire allemand à posséder des turbines à vapeur au lieu de machines à triple expansion, sera également le seul à échapper au massacre qui va suivre...

Car après la Bataille de Coronel, cette Bataille des Falklands qui s'amorce va rapidement devenir un massacre de plus…

vendredi 13 février 2026

9180 - la surprise

La flotte britannique à la poursuite des navires de Spee, 8 décembre 1914

... Port Stanley, 8 décembre 1914, 07h50

Au matin du 8 décembre, les Gneisenau et Nürnberg, qui constituent l’avant-garde de la flotte allemande, se présentent donc devant Port Stanley, totalement inconscients du danger qui pèse sur eux.

Quelques minutes plus tard, la vigie du Gneisenau signale de la fumée - sans doute les dépôts de charbon que les Britanniques sont occupés à incendier - puis quelques mats - peut-être l’un ou l’autre cargo qui cherche à s’échapper de la rade.

Mais plus au large, les guetteurs du Scharnhorst, qui bénéficient d’une meilleure vue d’ensemble, distinguent soudainement des mats tripodes, caractéristiques de croiseurs de bataille anglais !

Or ceux-ci marchent à 25 noeuds, et portent du 305mm ! Inutile d’insister : on rappelle en catastrophe les deux navires téméraires, et c’est sans la moindre fausse honte que toute l’escadre allemande décroche de toute la vitesse dont elle est capable...

Et les Allemands sont bel et bien sur le point de réussir leur retraite car les Britanniques, qui étaient occupés à charbonner, ont été autant, sinon davantage, surpris qu’eux !

Le temps de rallumer toutes les chaudières et de monter en pression - opération toujours interminable sur les navires de l’époque - et il est déjà 09h30 lorsque le Glasgow franchit enfin les passes, et plus de 10h00 avant que les Inflexible et Invincible soient en mesure d’en faire de même.

Spee, lui, a déjà disparu derrière l’horizon et, pire encore, le vent pousse dans sa direction les torrents de fumée noire vomis par les croiseurs britanniques...

jeudi 12 février 2026

9179 - et le premier arrivé est...

La flotte allemande quittant Valparaiso, 4 novembre 1914

... Port Stanley, 7 décembre 1914

Car le temps presse ! Les lois internationales interdisant en effet à un belligérant de demeurer plus de 48 heures dans un port neutre, Spee a quant à lui quitté Valparaiso le 4 novembre.

Bien que progressant à petite vitesse - charbon oblige - il n’en a pas moins atteint l’extrême-sud du Chili le 26, avant de doubler le Cap Horn le 1er décembre, sous la tempête habituelle, puis de s’immobiliser pour trois jours face à l’île Picton, histoire de se ravitailler en charbon et remettre ses navires en état..

Le 6 décembre, l’escadre allemande a repris la mer à destination des Falklands, que Spee se propose de bombarder avant de rentrer en Allemagne.

Curieuse décision a priori : n’était le fait qu’elles sont anglaises, les Falklands n’offrent en effet aucun intérêt militaire, a fortiori pour des navires comme ceux de Spee, qui ont déjà brûlé plus de la moitié de leurs munitions et qui doivent encore parcourir plus de 13 000 km d’océan hostile avant de rentrer en Allemagne !

Spee, qui il est vrai ignore que deux croiseurs de bataille britanniques ont appareillé de Grande-Bretagne à destination des Falklands, espère sans doute y compléter son approvisionnement en charbon à bon compte,... à moins que son triomphe de Coronel l’aie tout simplement rendu trop téméraire.

Quelles que soient ses raisons, celles-ci vont en tout cas causer sa perte car, à son insu, l'ennemi vient de remporter la course : au matin du 7 décembre, accueillis par les hurrahs des habitants des Falklands, l’Inflexible, l’Invincible et les croiseurs qui les accompagnent, sont en effet arrivés à Port Stanley.

Spee, lui, ne s’y présentera que le lendemain matin

Les jeux sont faits.