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| Comme tous les journaux du Commonwealth, le Sun de Vancouver publia la version d'une grande victoire |
Saviez-vous que...
dimanche 24 mai 2026
9280 - who's to blame ?
samedi 23 mai 2026
9279 - est-ce vraiment une victoire ?
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| Le Roi George V, félicitant officiers et marins devant le Warspite endommagé |
Dénué de passion, trop neutre, trop "technocratique", et reconnaissant de surcroit l’ampleur des pertes de la Grand Fleet, celui-ci ne fait en effet qu’accréditer l’idée d’une cuisante défaite de celle-ci en Mer du Nord !
Et comme telle n’est évidemment pas la volonté des autorités et des services de la Propagande, on se hâte d’en rédiger un deuxième, qui met cette fois l’accent sur les pertes allemandes, puis un troisième, qui exagère carrément celles-ci !
Comme en Allemagne, le Roi s’empresse également de se rendre au chevet de la Grand Fleet, de se montrer lui aussi devant un des cuirassés endommagés au combat - en l’occurence le Warspite - et de féliciter à son tour officiers et marins pour la grande victoire qu’ils viennent de remporter sur l’ennemi !
L’opinion publique n’en demeure pas moins dubitative. Si l’Offensive de la Somme, où plus de 200 000 soldats britanniques vont bientôt trouver la mort (1) renverra bientôt les pertes du Jutland au rang de simple anecdote, et si chacun, en Grande-Bretagne, finira par accepter l'affirmation selon laquelle les Allemands ont bel et bien fui le champ de bataille, et sont désormais plus que jamais claquemurés dans leurs ports, beaucoup ne parviennent toujours pas, et ne parviendront en fait jamais, à comprendre l’issue finalement fort décevante de cette bataille.
Avec les moyens dont elle disposait, moyens largement supérieurs à ceux de sa rivale, la Grand Fleet, se dit-on, aurait pu, et aurait surtout dû, obtenir un résultat bien meilleur !
Et du constat et du questionnement aux accusations, il n’y a qu’un pas, qui sera très vite franchi…
… who’s to blame ? - à qui la faute ?
(1) tout aussi indécise que la Bataille de Verdun, la Bataille de la Somme, débutée le 1er juillet 1916, s’achèvera à la mi-novembre, et se traduira par plus de 600 000 morts et blessés chez les franco-britanniques !
vendredi 22 mai 2026
9278 - qu'est-ce qu'une victoire ?
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| La tourelle centrale du croiseur de bataille Lion, éventrée par une explosion interne au Jutland |
Dans cette logique, la Bataille du Jutland est alors et sans conteste une victoire britannique, puisque c'est bel et bien la Royal Navy qui, une fois encore, et conformément à sa longue tradition, est restée maîtresse du terrain et a contraint la Marine impériale allemande à battre en retraite jusque dans ses ports, et ce sans plus guère d'espoir d'en ressortir un jour.
Mais en Grande-Bretagne, l’annonce de cette bataille, et de son issue, est pourtant loin de soulever autant d’enthousiasme qu’en Allemagne !
"De l'autre côté de la mer du Nord, la perception de ce qui allait bientôt être connu des Britanniques sous le nom de Bataille du Jutland était radicalement différente. Les attentes populaires, fondées sur des siècles de suprématie navale, avaient toujours été démesurées, et seule la destruction totale de la flotte allemande aurait été acceptable pour le public britannique.
Les questions de stratégie et de sécurité nationale n'entraient pas en ligne de compte. On s'attendait simplement à une défaite cuisante des Allemands. À la lumière de cette vision, ce qui se produisit réellement au Jutland s’avéra bien en deçà des espérances.
Même pour les professionnels, il n'y eut ni triomphe ni victoire. Pour Jellicoe, Beatty, l'Amirauté et les hommes de la Royal Navy, la Bataille du Jutland constitua une profonde déception. Avant même que la Grand Fleet ne soit rentrée au port, les premières rumeurs de défaite commencèrent même à circuler, suscitant une vive inquiétude au sein de la section de l'Amirauté chargée de diffuser les communiqués et de contenir l'enthousiasme démesuré du public" (1)
(1) Steel et Hart, op cit, pages 501-502
jeudi 21 mai 2026
9277 - une victoire morale
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| Le sabordage du Lützow : un hommage à la qualité de construction allemande... |
mercredi 20 mai 2026
9276 - le début des heures sombres
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| Le Baden, en mai 1918 : ultime cuirassé mis en service au sein de la Hochseeflotte |
mardi 19 mai 2026
9275 - le temps des félicitations
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| Guillaume II, sur le Friedrich der Grosse, félicitant les équipages après la Bataille du Jutland |
lundi 18 mai 2026
9274 - l'heure de l'exultation
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| Lourdement endommagé, le Seydlitz reprendra néanmoins du service dès le mois d'octobre |
"Ayant une distance plus courte à parcourir, les Allemands furent naturellement les premiers à regagner le port. Cela leur conféra un avantage immense dans la guerre des mots qui allait s'ensuivre au sujet des résultats de ce qu'ils appelèrent la Bataille du Skagerrak.
De leur point de vue, ils avaient remporté une grande victoire. Scheer prétendit initialement avoir coulé trois croiseurs de bataille, un super-dreadnought (identifiant à tort le Warspite), deux croiseurs cuirassés, deux croiseurs légers et treize destroyers.
À ce stade, les Allemands n'admirent qu'avec prudence la perte du Pommern et du Wiesbaden, tout en concédant que le Frauenlob et quelques destroyers n'étaient pas encore rentrés.
Ils dissimulèrent la perte du Lützow, de l'Elbing et du Rostock.
D'une seule voix, la nation allemande déborda d'exultation et de jubilation patriotique. Des titres en lettres capitales clamaient la nouvelle de la « victoire », d'abord à chaque coin de rue en Allemagne, puis se propageant rapidement jusqu'à ce que le reste du monde fût convaincu que la Royal Navy avait été vaincue.
Tout l'auguste appareil d'État fut mobilisé pour amplifier les célébrations nationales qui s'ensuivirent, à présent que la longue ombre de la suprématie navale britannique semblait avoir été dissipée" (1)
(1) Steel et Hart, op cit, page 500






