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| La Hochseeflotte, ou comment combattre si on doit demeurer au port... |
Saviez-vous que...
jeudi 28 mai 2026
9284 - la seule planche de salut
mercredi 27 mai 2026
9283 - le ballon de baudruche
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| Le cuirassé allemand Westfalen, peu avant la 1ère G.M. |
Mais plutôt que d’un Jutland 2.0, on va plutôt assister au dégonflage en accéléré d’un énorme ballon de baudruche !
Il faut dire que dès 06h00, le croiseur léger Nottingham se retrouve torpillé par un sous-marin allemand en maraude, et s’engloutit peu après, ce qui incite aussitôt Jellicoe, qui faisait jusque-là route au sud-est dans la direction présumée de l’escadre allemande, à mettre le cap au nord, et à ne s’en retourner au sud-est que trois heures plus tard.
Côté allemand, si un zeppelin réussit cette fois à repérer une formation de quelques navires de guerre britanniques, il ne s’agit en réalité que de simples croiseurs légers,... qu’il a confondu avec des cuirassés.
S’agit-il enfin de l’occasion tant attendue ? Scheer, en tout cas, décide de faire route vers la dite formation, mais à 14h00, un autre sous-marins repère cette fois la véritable Grand Fleet au grand complet, à quelque 100 km sur son nord.
Inutile d’insister : nullement désireux de se retrouver piégé comme au Jutland, l’amiral allemand décide, à 14h35, de faire demi-tour vers ses ports, un demi-tour dont Jellicoe est lui-même informé vers 16h00.
Et comme il n’existe aucune possibilité de couper la route aux Allemands et aucun espoir de les rejoindre avant qu’ils aient rallié leurs côtes, le Britannique décide à son tour de rentrer au bercail avec toute sa flotte, perdant toutefois au passage un deuxième croiseur léger, le Falmouth, torpillé par un troisième sous-marin allemand...
Pour les Britanniques, la seule consolation de la journée, ce sont les dommages infligés par une torpille d’un de leurs propres sous-marins au cuirassé allemand Westfalen près de Terschelling, dommages qui l’immobiliseront jusqu’à la fin du mois de septembre…
mardi 26 mai 2026
9282 - bis repetita
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| La Hochseeflotte : une constante volonté de bien faire, un constant manque de moyens... |
Mais Scheer croit-il encore lui même à la réussite de ce plan qui n’est rien d’autre que la copie conforme du précédent ?
Croit-il vraiment qu’une partie significative de la Grand Fleet va cette fois tomber dans le piège qu’il lui tend, qui est le même qu’au Jutland,… et qu’elle a pu déjouer sans problème au Jutland ?
Comme il n’est toutefois pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, la flotte allemande appareille en tout cas à 21h00, dans la nuit du 18 aout 1916,… au su des Britanniques, dont les services de décryptage ont, comme au Jutland, deviné ses intentions !
Côté britannique, donc, Jellicoe, alors en congés, est rappelé en catastrophe et quasiment jeté à bord d’un croiseur léger qui quitte Dundee (Écosse) aux premières heures du 19 afin de rejoindre en mer les cuirassés de la Grand Fleet qui, en son absence, ont levé l’ancre dans l’après-midi du 18 - soit une fois encore AVANT la flotte allemande, sous le commandement de l’amiral Cecil Burney
Et comme Beatty a lui aussi pris la mer avec ses six croiseurs de bataille, l’affrontement qui s’annonce risque fort de n’être qu’une simple réédition de la Bataille du Jutland, où les Allemands, une fois encore, ont toutes les chances de tomber dans le piège qu’ils voulaient tendre à leurs adversaires !
Bis repetita en tout point, donc !
Comment imaginer encore une victoire dans ces conditions ?
lundi 25 mai 2026
9281 - et maintenant, que faut-il faire ?
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| Le Bayern, premier super-dreadnought de la Marine impériale allemande... |
Mais si les deux camps revendiquent la victoire,… et ont chacun chacun d’excellentes raisons de la revendiquer (!), le paradoxe veut qu’aucun des deux ne soit satisfait de la victoire qu’il a obtenue !
Côté allemand, cette victoire n’a en effet malheureusement rien changé à la supériorité numérique des Britanniques en Mer du Nord, alors que, côté britannique, elle n’a pas davantage réduit à néant la menace allemande au même endroit !
Alors, que faut-il faire ?
Dans un premier temps, et aussi invraisemblable cela puisse-t-il sembler, Scheer semble en tout cas résolu à retenter l’aventure, et même… à reprendre son plan originel, à savoir bombarder une ville britannique - en l’occurrence celle de Sunderland - avec les mêmes croiseurs de bataille de Hipper, et ce dans l’espoir, une fois encore, d’attirer en mer une partie de la Grand Fleet, et de l’écraser ensuite avec ses propres cuirassés, mais aussi avec un barrage de sous-marins tapis en embuscade !
Compte tenu de ce qui vient tout juste de se passer au Jutland, on peut tout de même sérieusement douter de la réussite d’un tel plan,… voire de l’état mental de son auteur !
Vu les pertes et les dommages subis, Hipper ne pourra en tout cas prendre la mer qu’avec deux croiseurs de bataille - les Moltke et von der Tann - contre cinq au Jutland, et si Scheer pourra quant à lui compter sur l’arrivée du tout nouveau Bayern, premier super-dreadnought de la Hochseeflotte, qui portera son effectif total à dix-huit cuirassés, soit deux de plus qu’au Jutland, les Britanniques, au même moment, alignent quand à eux six croiseurs de bataille opérationnels et toujours confiés à Beatty, et… vingt-neuf cuirassés, soit un de plus qu’au Jutland, toujours confiés à Jellicoe.
Comme au Jutland, Scheer espère toutefois bénéficier du soutien de nombreux sous-marins positionnés devant les ports britanniques, et aussi, pour la reconnaissance, de plusieurs zeppelins
Voilà pour le plan…
dimanche 24 mai 2026
9280 - who's to blame ?
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| Comme tous les journaux du Commonwealth, le Sun de Vancouver publia la version d'une grande victoire |
samedi 23 mai 2026
9279 - est-ce vraiment une victoire ?
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| Le Roi George V, félicitant officiers et marins devant le Warspite endommagé |
Dénué de passion, trop neutre, trop "technocratique", et reconnaissant de surcroit l’ampleur des pertes de la Grand Fleet, celui-ci ne fait en effet qu’accréditer l’idée d’une cuisante défaite de celle-ci en Mer du Nord !
Et comme telle n’est évidemment pas la volonté des autorités et des services de la Propagande, on se hâte d’en rédiger un deuxième, qui met cette fois l’accent sur les pertes allemandes, puis un troisième, qui exagère carrément celles-ci !
Comme en Allemagne, le Roi s’empresse également de se rendre au chevet de la Grand Fleet, de se montrer lui aussi devant un des cuirassés endommagés au combat - en l’occurence le Warspite - et de féliciter à son tour officiers et marins pour la grande victoire qu’ils viennent de remporter sur l’ennemi !
L’opinion publique n’en demeure pas moins dubitative. Si l’Offensive de la Somme, où plus de 200 000 soldats britanniques vont bientôt trouver la mort (1) renverra bientôt les pertes du Jutland au rang de simple anecdote, et si chacun, en Grande-Bretagne, finira par accepter l'affirmation selon laquelle les Allemands ont bel et bien fui le champ de bataille, et sont désormais plus que jamais claquemurés dans leurs ports, beaucoup ne parviennent toujours pas, et ne parviendront en fait jamais, à comprendre l’issue finalement fort décevante de cette bataille.
Avec les moyens dont elle disposait, moyens largement supérieurs à ceux de sa rivale, la Grand Fleet, se dit-on, aurait pu, et aurait surtout dû, obtenir un résultat bien meilleur !
Et du constat et du questionnement aux accusations, il n’y a qu’un pas, qui sera très vite franchi…
… who’s to blame ? - à qui la faute ?
(1) tout aussi indécise que la Bataille de Verdun, la Bataille de la Somme, débutée le 1er juillet 1916, s’achèvera à la mi-novembre, et se traduira par plus de 600 000 morts et blessés chez les franco-britanniques !
vendredi 22 mai 2026
9278 - qu'est-ce qu'une victoire ?
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| La tourelle centrale du croiseur de bataille Lion, éventrée par une explosion interne au Jutland |
Dans cette logique, la Bataille du Jutland est alors et sans conteste une victoire britannique, puisque c'est bel et bien la Royal Navy qui, une fois encore, et conformément à sa longue tradition, est restée maîtresse du terrain et a contraint la Marine impériale allemande à battre en retraite jusque dans ses ports, et ce sans plus guère d'espoir d'en ressortir un jour.
Mais en Grande-Bretagne, l’annonce de cette bataille, et de son issue, est pourtant loin de soulever autant d’enthousiasme qu’en Allemagne !
"De l'autre côté de la mer du Nord, la perception de ce qui allait bientôt être connu des Britanniques sous le nom de Bataille du Jutland était radicalement différente. Les attentes populaires, fondées sur des siècles de suprématie navale, avaient toujours été démesurées, et seule la destruction totale de la flotte allemande aurait été acceptable pour le public britannique.
Les questions de stratégie et de sécurité nationale n'entraient pas en ligne de compte. On s'attendait simplement à une défaite cuisante des Allemands. À la lumière de cette vision, ce qui se produisit réellement au Jutland s’avéra bien en deçà des espérances.
Même pour les professionnels, il n'y eut ni triomphe ni victoire. Pour Jellicoe, Beatty, l'Amirauté et les hommes de la Royal Navy, la Bataille du Jutland constitua une profonde déception. Avant même que la Grand Fleet ne soit rentrée au port, les premières rumeurs de défaite commencèrent même à circuler, suscitant une vive inquiétude au sein de la section de l'Amirauté chargée de diffuser les communiqués et de contenir l'enthousiasme démesuré du public" (1)
(1) Steel et Hart, op cit, pages 501-502






