mercredi 7 octobre 2026

9416 - le grand retour de Churchill...

Churchill, redevenu Premier Lord de l'Amirauté, 4 septembre 1939 : Winston is back...
… octobre 1939

Car dès le mois d'octobre 1939, un homme annonce clairement la couleur de ce qui attend les Danois et, surtout, les Norvégiens.

Cet homme, c’est Winston Churchill qui, le 3 septembre précédant, a retrouvé un poste officiel, en l’occurrence celui de Premier Lord de l’Amirauté,... qu’il avait dû abandonné vingt-quatre ans plus tôt suite à la débâcle des Dardanelles (2), dans laquelle il s’était beaucoup, et beaucoup trop, investi !
 
Et contrairement à la plupart des membres du gouvernement britannique, mais aussi français, qui se satisfont en définitive fort bien de cette "drôle de guerre" où personne ne se bat vraiment, et se contentent de "jouer la montre" et d’attendre que leurs industries de guerre, mais aussi les commandes massives passées aux États-Unis, leur permettent de combler le retard qui les sépare de l’Allemagne, Churchill, lui, brûle du désir d’en découdre !

"L’attitude défensive consistant à "attendre et voir" lui était insupportable. Son regard scrutateur parcourait la carte à la recherche de points où la puissance navale [britannique] pourrait être mise à profit. 

Son tempérament combatif fut stimulé lorsqu’il apprit que les navires de commerce allemands pouvaient transporter du minerai de fer de haute qualité - extrait en Suède - depuis le port norvégien de Narvik jusqu’en Allemagne, et ce en empruntant un itinéraire à l’abri de toute interception, car situé dans les eaux territoriales norvégiennes, alors neutres. 

Sur la majeure partie de son tracé, cette route serpentait entre les innombrables îles et îlots rocheux de la côte norvégienne, empruntant des chenaux connus sous le nom de Skjaergaard. Ce n’est qu’au sud de Stavanger (3) que les navires étaient contraints de gagner le large; toutefois, à partir de ce point, ils bénéficiaient de la protection de l’aviation allemande basée à terre"
(4) 

(1) Saviez-vous que... Errare humanum est sed perseverare diabolicum
(2) Saviez-vous que… Gallipoli 
(3) Extrémité sud de la Norvège
(4) Donald Macintyre, Narvik a nd the Norwegian Campaign of 1940, pages 7-8

mardi 6 octobre 2026

9415 - le corridor norvégien

Le port de Narvik, à la fin des années 1930 : le calme avant la tempête...
… tout comme la Suède, la Norvège est un pays neutre, en sorte qu’en théorie, un navire allemand ou opérant pour le compte du Reich peut venir charger du minerai de fer suédois à Narvik, puis, en longeant les côtes de Norvège sur plus de 2 000 km, rallier finalement la Mer Baltique, après avoir traversé le Détroit du Skagerrak, qui sépare la Norvège du Danemark, autre pays neutre.

Sur la plus grande partie de son parcours, le dit navire peut de surcroît compter sur l’existence du Skjaergaard, curiosité géologique composée d’un chapelet continu de plusieurs dizaines de milliers de petites îles et ilots inhabités séparant le grand large de la côte norvégienne, qui s’étend sur près de 1 600 km, et forme en pratique une sorte de corridor maritime à l’abri des regards indiscrets, un corridor que Churchill, avec son sens de l’humour si particulier, qualifiera bientôt de "norvégien",… en référence bien sûr au désormais défunt "corridor polonais" qui, jusqu’en septembre 1939, offrait à la Pologne un accès direct à la Baltique.

Par rapport au précédant, cet itinéraire est notoirement plus long et plus lent mais, sur le strict plan du fameux "Droit international", et en autant bien sûr que le navire chargé de minerai de fer suédois à destination de l’Allemagne demeure soigneusement à l’intérieur des eaux territoriales norvégiennes, rien n’autorise un bâtiment de guerre, un sous-marin, ou un avion de combat britannique ou français à s’en prendre à lui, puisque l’attaquer violerait la neutralité norvégienne, et constituerait un casus belli qui risquerait de précipiter dans les bras du Troisième Reich un Royaume de Norvège où les sympathisants - nous y reviendrons - d’Adolf Hitler et de son régime donnent déjà suffisamment de la voix !

Reste que dès qu’ils estiment qu’il en va de leur intérêt, et a fortiori en temps de guerre (!), les grandes puissances font presque toujours fi du "Droit international", et aussi des revendications de "neutralité" affichées par les petits États.

Et pour la malheureuse Norvège, mais aussi pour le Danemark, c’est exactement ce qui va se passer…

lundi 5 octobre 2026

9414 - une route... maritime

Narvik et Luleå, les deux seules voies de sorte pour le fer suédois de Kiruna et Malmberget...
… et malheureusement pour le Reich,  cette Route du Fer suédois est en réalité une route maritime, autant voire même davantage menacée par les caprices de la météo que par les éventuelles attaques de navires ou de sous-marins britanniques et français !

Car il n’existe en pratique que deux voies de sortie pour le minerai suédois : principalement extrait à Kiruna et Malmberget, celui-ci est ensuite transporté par chemin de fer vers le sud-est jusqu’au port suédois de Luleå ou, vers le nord-est, jusqu’à celui, norvégien, de Narvik.

Des deux, l’itinéraire sud-est est de loin le plus rapide, et le plus sécuritaire d’un point de vue strictement militaire.

Chargé à Luleå, le minerai n’a en effet qu’à traverser ensuite le Golfe de Botnie pour déboucher directement en Baltique - qui est une mer quasi-fermée, que le Reich est en mesure de contrôler relativement facilement - et arriver bientôt jusqu’aux ports allemands de Lubeck, Swinemünde (1) ou Stettin (2) 

Mais le problème, et il est de taille, c’est que la Mer Baltique a la fâcheuse tendance de geler en hiver et, surtout, que le Golfe de Botnie est lui-même entièrement pris par les glaces de novembre à mai, soit pas moins de cinq mois par an,... délai naturellement insupportable en temps de guerre !

Parce qu’ouvert à l’année longue, l’itinéraire nord-ouest, par le port norvégien de Narvik, ne souffre pas de ce handicap, mais présente toutefois d’autres et redoutables inconvénients…

(1) et (2) aujourd’hui Świnoujście et Świnoujście (Pologne) 

dimanche 4 octobre 2026

9413 - la Route du Fer

Le minerai de fer : une ressource a priori banale mais pourtant vitale pour la guerre...
… sans le fer, et sans la possession de vastes gisements de minerai de fer, l’Histoire du Monde aurait assurément été fort différente, et du reste, à l’automne de 1939, alors que la Campagne de Pologne vient à peine de s’achever sur la victoire sans appel du Troisième Reich, et alors que le pétrole est pourtant déjà devenu une ressource de premier ordre, et même un instrument de troc essentiel entre l’Allemagne nazie et son alliée soviétique, c’est encore le fer, ce minerai a priori extraordinairement banal, qui occupe l’esprit de toutes les chancelleries européennes.

Car sans lui, comment réaliser les fusils, les canons, les tanks, les navires, les avions, les véhicules, les moteurs indispensables à une guerre moderne, mais aussi toutes les machines nécessaires à leur fabrication ?

Contrairement à bien d’autres minerais, le fer est certes une ressource abondante sur Terre, mais autant en Angleterre qu’en Allemagne, il y a longtemps que la production nationale n’est plus en mesure de satisfaire la demande, ce qui nécessite donc de l’importer massivement depuis l’étranger.

En 1938, le Reich a ainsi été contraint d'importer pas moins de 22 millions de tonnes de minerai de fer, dont 40%, soit environ 9 millions de tonnes, en provenance de la seule Suède.

Quelques mois plus tard, le déclenchement de la 2ème G.M. a réduit considérablement voire complètement tari les importations en provenance d’autres pays - à commencer bien sûr par la France ! - ce qui, par voie de conséquence, a aussitôt rendu le fer suédois d'autant plus vital pour le Reich.

Sans surprise aucune, ce désagréable mais implacable constat ne peut qu'inciter Adolf Hitler à se lancer rapidement dans une nouvelle guerre, non pas pour s'approprier directement le minerai, mais tout simplement pour en garantir son acheminement régulier et sécuritaire jusqu’en Allemagne et selon un itinéraire que chacun va bientôt apprendre à connaître comme…

… la Route du Fer

samedi 3 octobre 2026

9412 - bien avant le pétrole...

Soldats anglais, français et Polonais, en Norvège, en 1940 : comment couper la Route du Fer...
… depuis des décennies, et partout dans le monde, on a coutume de dire que tous les conflits entre États sont motivés uniquement par la conquête ou le contrôle du pétrole

Que cette affirmation soit vraie, fausse, ou simplement exagérée, on ne saurait nier le fait que les dits conflits ne peuvent effectivement débuter, et se poursuivre durablement, sans cette ressource liquide aussi vitale que nauséabonde, qui permet notamment aux tanks et aux véhicules militaires de rouler sur les champs de bataille, aux bâtiments de guerre de naviguer sur les océans, ou encore aux avions de combat de voler dans le ciel.

Ce faisant, on oublie néanmoins qu’il n’en a pas toujours été ainsi, et qu’en réalité, pendant des millénaires, les tribus puis les civilisations humaines se sont fait la guerre pour quantités d’autres raisons, comme la possession du feu, de femmes, d’esclaves, de territoires de chasse, de terres cultivables, de métaux précieux, et de bien d’autres choses encore.

En pratique, et jusqu’à la toute fin du 19ème siècle, les Hommes se sont d’ailleurs entretués en ignorant tout ou presque du pétrole et, si ce n’est parfois comme arme incendiaire - comme avec le feu grégeois - de son utilisation militaire éventuelle.

Pendant plus de 3 000 ans, c'est au contraire le fer qui a dominé les esprits et tous les champs de bataille, et, des simples épées jusqu'aux cuirassés, en passant par les fusils et les canons, façonné toutes les armes qui ont permis la création puis le maintien de vastes empires...


vendredi 2 octobre 2026

9411 - quand l'Histoire bégaye

Ultime cuirassé allemand, le Tirpitz passera l'essentiel de sa vie dans un fjord, à ne rien faire
… mais comme il faut, malgré tout, tout mettre en oeuvre pour que le peu de bâtiments existants et déjà impossibles à remplacer ne se retrouve pas bien vite au fond de l’eau, le Führer d’ordonner également que la Kriegsmarine ne les engage en mer que si leur sécurité peut y être garantie, ou alors, et en pratique le plus souvent, qu’elle les maintienne au port… comme la Kaiserliche Marine, rappelons-nous (1), l’avait fait elle aussi lors de la 1ère G.M, avec ses propres cuirassés et croiseurs de bataille.

Le problème, toutefois, et signe que l’Histoire bégaye sérieusement, est strictement le même qu’en 14-18 !

Dans un port allemand et, plus tard, au fond d’un fjord norvégien, les grands bâtiments de la Kriegsmarine ne risquent - pour le moment du moins ! - finalement pas grand-chose,… mais ils ne servent en revanche absolument à rien, et ce alors que le Troisième Reich est en guerre et qu’ils lui ont tout de même coûté fort cher !

A contrario, si on accepte, après la destruction du Graf Spee, de les renvoyer malgré tout en mer afin de leur faire jouer à nouveau un rôle de corsaires - le seul qui paraisse encore à leur portée - contre les navires marchands ennemis, on leur rend certes une certaine utilité militaire,… mais on les expose par contre à une nouvelle et éventuelle mauvaise rencontre, et peut-être même à une autre issue tout aussi fatale que celle du Graf Spee,... laquelle réduira encore un peu plus leur nombre, et les rendra encore moins pertinents !

Un incident totalement inattendu, mais auquel le défunt Graf Spee est directement mêlé, va toutefois bientôt inciter Hitler à risquer ses grands bâtiments dans une mission finalement plus conforme à leur nature, mais dans laquelle ils vont hélas perdre plusieurs des leurs…

… sécuriser la Route du Fer.

(1) Saviez-vous que… Le Choc des Titans

jeudi 1 octobre 2026

9410 - ne pas persévérer dans l'erreur

Le Prinz Eugen, devenu... américain (!), fin 1945 : ultime croiseur lourd de la Kriegsmarine
… mais Hitler, bien sûr, ne va pas se contenter d’un acte purement symbolique !

Après avoir déjà suspendu, dès le début de la Campagne de Pologne, la construction de nouveaux grands navires de surface, il ordonne cette fois qu’elle soit définitivement annulée

Si cette mesure offre le considérable avantage de libérer plusieurs chantiers navals et de fort nombreux ouvriers, que l’on pourra dès lors affecter à d’autres tâches, et notamment à la construction de nouveaux sous-marins, elle présente en revanche le grave inconvénient de condamner la Kriegsmarine à perdre progressivement, par l’inévitable et cruelle loi de l’attrition, le peu de bâtiments dont elle dispose encore et qui, par voie de conséquence, deviendront de moins en moins pertinents

Si le Führer accepte que les travaux sur les cuirassés Bismarck et Tirpitz, et aussi sur le croiseur lourd Prinz Eugen, se poursuivent normalement, il exige en revanche que ceux sur d’autres bâtiments pourtant eux aussi en achèvement, comme le porte-avions Graf Zeppelin, ne se déroulent plus qu’à un rythme à ce point ralenti qu’ils se verront, au bout du compte, finalement abandonnés complètement.

Mais Hitler va aller encore plus loin, en se débarrassant des deux derniers croiseurs lourds de la classe Hipper, lancés en janvier et juillet 1939, mais toujours en achèvement à Brème, l’un  se voyant dès lors destiné à devenir un futur porte-avions - qui, comme le Graf Zeppelin, ne sera toutefois jamais terminé - et l’autre carrément cédé à l’URSS en échange de pétrole et de blé soviétiques !

Errare humanum est, sed perseverare diabolicum : en se relançant dans la construction de grands navires de guerre à la toute fin des années 1920, l’Allemagne a manifestement commis une grave erreur, mais au moins vient-elle de décider, en ce début des années 1940, de ne pas pas persévérer dans cette voie manifestement sans issue…