dimanche 7 juin 2026

9294 - la Division Nine

Salués par les Britanniques, les premiers dreadnought arrivent à Scapa Fow, 7 décembre 1917

… Front Ouest, 21 mars 1918

En mettant fin autant à la Triple-Entente qu’à la Guerre à l’Est, le Traité de Brest-Litovsk permet à l’Allemagne d’acheminer d’importants renforts de troupes sur le Front Ouest… et au général Erich Ludendorf d’y lancer une nouvelle et importante offensive le 21 mars 1918.

Pour les franco-britanniques, l’espoir repose désormais sur la prochaine entrée en action des Américains, qui ont déclaré la guerre à l’Allemagne le 6 avril 1917 : les premiers contingents de soldats américains - ils seront près de deux millions à l’été 1918 - ont d’ailleurs déjà commencé à débarquer en France, ainsi que, pour l’anecdote,... les premiers dreadnought américains de la Division Nine - parmi lesquels figure le Texas (1) - qui ont quant à eux fait leur entrée à Scapa Flow le 7 décembre 1917, sans que personne, ni chez eux ni chez les Britanniques, ne sache vraiment à quoi ils vont bien pouvoir servir !

Qu'importe, puisque sur le Front terrestre, l’Offensive Ludendorff, après quelques succès initiaux, est quant à elle occupée à s’enliser : lorsqu’elle se termine, le 18 juillet 1918, après quatre mois de combats, celle-ci a coûté aux franco-britanniques quelque 800 000 tués et blessés supplémentaires, mais aussi près de 700 000 côté allemand !

Pour l'Allemagne, qui voit désormais débarquer les soldats américains au rythme de 10 000 par jour, et qui, malgré ses sous-marins, est incapable de les empêcher d'arriver, cette nouvelle saignée sonne le glas des dernières illusions

Le 8 aout, c'est au tour des Alliés de passer à l'attaque, et leur offensive, dite "des Cent-Jours", pousse bientôt l'Allemagne au bord du gouffre. Le 30 septembre, le Chancelier Georg von Hertling est renversé et remplacé le 3 octobre suivant par le prince Maximilien de Bade, lequel se voit instamment prié de négocier un Armistice d’autant  plus urgent qu’un nouveau péril peut-être encore plus grave que les Alliés menace à présent  l’Allemagne…

… l’émeute

(1) après avoir également servi en Europe et dans le Pacifique lors de la guerre suivante (!), le Texas, devenu navire-musée, est aujourd'hui l'ultime dreadnought survivant 



samedi 6 juin 2026

9293 - le Traité de Brest-Litovsk

Le Traité de Brest-Litovsk, ou la fin de la Guerre à l'Est

… Brest-Litovsk, 3 mars 1918

Au final, et une fois de plus, ce nouvel engagement, au demeurant fort réduit, entre titans des mers n’a une fois de plus accouché que d’une bien vulgaire souris : après un peu plus de deux heures de canonnades sporadiques, chacun s’en est en effet retourné chez lui en ne déplorant, côté britannique, qu’une soixantaine de tués et blessés et un croiseur léger endommagé, et, côté allemand, qu'un nombre équivalant de morts et de blessés, ainsi que deux croiseurs légers endommagés et un chalutier dragueur de mines coulé.

Et pour tous ceux qui, avant 1914, avaient fait des dits titans les armes absolues de la guerre sur mer, la déconvenue est d’autant plus amère que leur affrontement, connu sous le nom de 2ème Bataille de Heligoland (1), non content d’être le dernier de l’année 1917, sera également... leur ultime affrontement de la guerre !

L’année 1918 va en effet s’écouler sans que ces puissants navires, paralysés les uns autant que les autres autant par la menace des mines que par celle des sous-marins, aient encore la moindre occasion de se combattre en mer.

Mais si tout est désormais, et demeurera, calme en Mer du Nord, il en va tout autrement sur les Fronts terrestres !

A l’Est, la Révolution d’Octobre, déclenchée le… 7 novembre 1917 (1) vient en effet de mettre un terme définitif à des siècles de Pouvoir tsariste, et a porté au Pouvoir les communistes de Lénine qui, financièrement soutenus depuis de longs mois par le gouvernement du Kaiser Guillaume II (!), ont rapidement entamé des pourparlers de paix avec l’Allemagne, lesquels vont aboutir, le 3 mars 1918, au Traité de Brest-Litovsk qui, au prix d’importantes concessions territoriales côté russe, met un terme à la Guerre à l’Est… et permet dès lors à l’Allemagne de rapatrier de nombreuses divisions lui permettant de bientôt lancer une nouvelle offensive à l’Ouest…

(1) la 1ère Bataille de Heligoland, rappelons-nous, s’était produite le 28 aout 1914, et avait immédiatement propulsé Beatty, accouru avec ses croiseurs de bataille à la rescousse de quelques croiseurs légers, au rang de héros national
(2) 25 octobre 1917 selon le calendrier julien encore en vigueur en Russie

vendredi 5 juin 2026

9292 - une double retraite

Le croiseur léger Calypso, en 1917

… Sylt, 17 novembre 1917, 07h37

Mais dans une guerre, il faut faire avec ce qu’on a, et donc ces étranges "grands croiseurs légers" qui, sur le coup de 07h30 aperçoivent les dragueurs de mines allemands et leur escorte de croiseurs légers et de destroyers à quelque 120 km à l’ouest de l’île de Sylt (Frise du Nord)

A 07h37, le Courageous ouvre le feu avec ses pièces de 381mm,... poussant aussitôt l’escorte allemande à se porter en avant pour protéger la retraite des dragueurs de mines, puis à battre elle-même en retraite vers le sud-est, et la côte allemande, sous le couvert d’un écran de fumée.

Avec leur vitesse d’environ 30 noeuds, les Courageous et Glorious, et les navires qui les accompagnent, tiennent le bon bout, et d’autant plus que le Repulse, appelé en renfort, se précipite pour les rejoindre. 

Mais quelques minutes plus tard, les croiseurs légers de l’avant-garde britannique se retrouvent eux-mêmes sous le feu des 305mm des Kaiser et Kaiserin vers lesquels tous les autres navires allemands se sont tout naturellement repliés.

Chaude affaire ! Si le croiseur léger Caledon encaisse bientôt un 305mm… qui n’explose pas, son jumeau Calypso voit en revanche tout son personnel de passerelle, dont son commandant, tué par un autre obus.

Inutile d’insister, d’autant que l’on se rapproche de plus en plus de la côte allemande… et des champs de mines allemands : à 10h00, sous une dernière salve du Repulse, qui dans cette action est tout de même parvenu à endommager le croiseur léger Königsberg (1), toute l’escadre britannique se replie vers ses bases, laissant les navires allemands en faire de même vers les leurs…

(1) ce croiseur Köenigsberg mis en service en 1916, ne doit pas être confondu avec son prédécesseur Köenigsberg, sabordé par son équipage dans le delta du Rujifi (Tanzanie) en juillet 1915,... ni avec son successeur Köenigsberg, mis en service en 1929 et coulé dans le port de Bergen (Norvège) en avril 1940 !


jeudi 4 juin 2026

9291 - de bien étranges navires...

Le Courageous : un "grand croiseur léger" issu de l'imagination trop fertile de l'amiral Fisher

… dans la nuit, commandée par le vice-amiral Trevylyan Napier, une force d’interception britannique appareille donc en direction de Heligoland, composée d’une dizaine de destroyers, de huit croiseurs légers, du croiseur de bataille Renown, mis en service un an plus tôt, mais aussi de deux grands bâtiments à ce point étranges que les Britanniques eux-mêmes ont bien du mal à les définir…

Ces deux bâtiments, les Courageous et Glorious, sont en effet deux des trois "grands croiseurs légers" (1) directement issus du très bouillonnant cerveau de l’amiral John Fisher, déjà "père" du dreadnought et du croiseur de bataille. 

Comme précédemment mentionné, les "grands croiseurs légers" sont en réalité des croiseurs de bataille débarrassés de la moitié de leur armement (et ne disposant donc que de deux tourelles seulement) mais aussi d’une partie du blindage, afin de gagner du poids, ou plus exactement du tirant d’eau, et être ainsi mieux en mesure d’évoluer dans les eaux étroites et peu profondes de la Baltique, en prévision d’un éventuel débarquement britannique sur la côte allemande.

La Baie de Heligoland n’est pas la Baltique, mais ses caractéristiques, et aussi cette mission ne visant finalement qu’à intercepter de simples dragueurs de mines, destroyers et croiseurs légers allemands, ne s’en prêtent pas moins à l’usage de pareils bâtiments.

Reste qu’après ce qui s’est passé au Jutland, les équipages des dits bâtiments ont tout de même de bonnes raisons de redouter une éventuelle rencontre avec un cuirassé ou même un croiseur de bataille allemand…

(1) les grands croiseurs légers s'avérèrent si peu satisfaisant que le Furious, troisième exemplaire prévu, sera transformé en porte-avions en novembre 1917, les Courageous et Glorious l'étant quant à eux en 1924.

mercredi 3 juin 2026

9290 - ... ou presque

… 16 novembre 1917

 Les combats n’ont bien sûr pas complètement disparus en Mer du Nord mais, comme en 1915, ceux-ci se limitent désormais à de petites escarmouches sporadiques, opposant ici et là croiseurs légers, destroyers, voire simple dragueurs ou mouilleurs de mines des deux camps.

Parlant de mines, un affrontement un peu plus sérieux, et donc digne de figurer dans cette chronique, va néanmoins opposer - quoi que de fort loin - quelques cuirassés et croiseurs de bataille des deux camps en Baie de Heligoland, le 17 novembre 1917.

Tout commence au début de l’automne, par une hausse importante du minage britannique dans la Baie de Heligoland, minage auquel les Allemands répliquent naturellement par l’envoi d’un nombre de plus en plus important de dragueurs de mines, petits navires fort utiles mais si lents et si vulnérables qu’ils doivent être soutenus à distance par quelques destroyers et croiseurs légers voire même, "au cas où", et à encore plus grande distance, par l’un ou l’autre cuirassé de la Hochseeflotte.

Début octobre, grâce une fois encore à l’efficacité de leurs services de décryptage, les Britanniques apprennent en tout cas que leurs adversaires doivent lancer le 17 octobre une vaste opération de déminage en Baie de Heligoland, réunissant une quinzaine de dragueurs de mines appuyés par huit destroyers et quatre croiseurs légers ainsi que, mais de fort loin, par les cuirassés Kaiser et Kaiserin du contre-amiral Ludwig von Reuter.

Pourquoi ne pas leur tendre un piège ?

Le 16 novembre, l’ordre d’attaque est donc transmis à l’amiral Beatty, devenu comme nous l’avons vu, commandant-en-chef de la Grand Fleet

mardi 2 juin 2026

9289 - en Mer du Nord... rien de nouveau

Le Roi George V et Beatty (à droite) sur le pont du cuirassé Queen Elizabeth
… n’anticipons pas car, pour l’heure, l’entrée en guerre des États-Unis ne change strictement rien à la guerre en Mer du Nord, une guerre où les titans des deux camps, que l’on présentait pourtant comme les armes absolues au début du conflit, ne brillent… que par leur absence !

Chez les Allemands, les grands navires de ligne ne quittent pour ainsi dire jamais le port, sauf pour rejoindre la Baltique - où la menace ennemie est pour ainsi dire inexistante ! - par le fameux Canal de Kiel. 

Et vu la priorité à présent accordée aux sous-marins, chacun au sein des équipages s’enfonce lentement mais inexorablement dans la déprime et le défaitisme.

Chez les Britanniques, les cuirassés et croiseurs de bataille sortent pour leur part régulièrement en mer, mais la menace des sous-marins allemands, et des mines, est telle qu’ils ne s’aventurent jamais au sud du Dogger Bank, ce qui, par la force des choses, rend impossible tout affrontement éventuel avec leurs homologues allemands

En définitive, le seul évènement spectaculaire de 1917, côté anglais, est le limogeage, la veille de Noël (!),… de John Jellicoe lui-même.

Nommé Premier Lord de la Mer en novembre 1916, l’ancien commandant-en-chef de la Grand Fleet, n’a en effet ensuite cessé de voir son étoile pâlir au fil des mois… contrairement à celle de son ancien subordonné, David Beatty, qui, après avoir succédé à Jellicoe à la tête de la Grand Fleet - qui demeurera sienne jusqu’à l’Armistice de 1918 - sera bombardé vicomte en octobre 1919, et lui aussi Premier Lord de la Mer le mois suivant, poste qu’il conservera, à travers plusieurs gouvernements successifs, jusqu’à son départ à la retraite, en juillet 1927…

lundi 1 juin 2026

9288 - le casus belli

Rapidement rendu public, le télégramme Zimmerman précipita l'entre en guerre des USS

… 6 avril 1917

Complaisamment, et pour d’évidentes raisons, transmis aux Américains le 19 février, la copie déchiffrée du télégramme Zimmerman ne manque évidemment pas de provoquer la colère à Washington !

Le 1er mars, le Président Wilson décide même de le rendre public. Interrogé deux jours plus tard à Berlin par un journaliste américain, Arthur Zimmerman lui-même en reconnaît ingénument l’authenticité, et la réitère le 29 devant le Reichstag.

Aux États-Unis, l’indignation est dès lors à son comble : dans ce pays où la Doctrine Monroe (1) est la pierre angulaire de toute la diplomatie depuis près d’un siècle, le simple fait qu’un État européen veuille intervenir sur le continent américain, et surtout inciter un État du continent américain à entrer directement en guerre contre les États-Unis, est rien moins qu’un casus belli !

Le 6 avril 1917, le Congrès des États-Unis décide donc de déclarer la guerre à l’Allemagne, une guerre qui, selon Wilson, vise rien moins qu’à "mettre fin à toutes les guerres", et ce "afin de rendre le monde plus sûr pour la démocratie".

A supposer-même qu’il soit sincère, Wilson se berce naturellement d’illusions, mais cette déclaration de guerre va en tout cas faire définitivement basculer l’équilibre des forces en faveur de la Triple-Entente (1), et, dans un an et demi, sonner le glas de l’Allemagne, de l’Empire allemand,… et de la Marine impériale allemande

Mais n’anticipons pas…

(1) élaborée en 1823 par le président James Monroe, cette doctrine interdit aux puissances européennes d'intervenir dans les affaires des nations indépendantes des Amériques, les États-Unis s’engageant en échange à ne pas s'immiscer dans les affaires européennes.
(2) constituée entre 1894 et 1907, la Triple-Entente était une alliance militaire et politique, unissant la France, le Royaume-Uni et la Russie tsariste contre l'Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l'Italie, quant à eux membres de la Triple-Alliance