Saviez-vous que...
dimanche 3 mai 2026
9259 - une décision stupéfiante
samedi 2 mai 2026
9258 - Gefechtwendung nach Steuerbord
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| Hipper, quittant le Lützow gravement endommagé |
"La luminosité déclinante, conjuguée aux brumes persistantes et aux nuages de fumée qui s'élevaient, rendait la visibilité difficile pour les deux camps. Pour les artilleurs allemands, les occasions de riposter se raréfiaient.
À bord du Friedrich der Grosse, Scheer ne distinguait guère des Britanniques que les lueurs de leurs canons. C'était désormais à son tour de prendre la décision qui scellerait le sort de son commandement : comment pouvait-il sortir la Flotte de Haute Mer de la position fatale dans laquelle elle s'était enlisée ?
(…) La manœuvre choisie et ordonnée par Scheer fut la bien nommée "Gefechtwendung nach Steuerbord", ou virage de bataille par tribord. Elle avait été spécialement conçue pour extraire rapidement la Flotte de Haute Mer d'une situation aussi défavorable, par un virage aussi serré qu’avec un frein à main sur une voiture.
Chaque navire de la ligne allemande devait virer individuellement, dans une manœuvre rapide et décisive exigeant une grande maîtrise de la navigation. Le navire de queue virait de bord en premier, immédiatement suivi par celui qui le précédait, et ainsi de suite, formant ainsi un mouvement de vague jusqu’au navire de tête" (1)
Et débutée à 18h37, la dite manoeuvre s’avère un succès complet,... n’était le fait que le Lützow, qui prend l’eau de toute part, et est déjà profondément enfoncé par l’avant, est incapable de donner plus de 15 noeuds, ce qui l’oblige dès lors à quitter la ligne allemande et à chercher son salut dans une (lente) fuite en solitaire vers le sud-ouest.
Et comme le dit Lützow est aussi le navire-amiral de Hipper, voilà ce dernier à la fois contraint de se transborder au plus mauvais moment sur le destroyer G-39, mais aussi de céder provisoirement le commandement des croiseurs de bataille au commodore von Hase… dont le Derfflinger, non content d’être lui-même gravement endommagé, est rendu incapable d’émettre quelque message radio que ce soit…
(1) ibid, pages 288-289
vendredi 1 mai 2026
9257 - où est l'ennemi ?
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| Le Jutland : où est l'ennemi ? |
"Avant de pouvoir saisir les difficultés auxquelles j'ai été confronté en tant que commandant en chef de la Grand Fleet lors de la Bataille du Jutland, il est essentiel de bien comprendre et de garder à l'esprit les deux principaux facteurs qui en étaient entièrement responsables.
Ces deux facteurs étaient : 1. L'absence d'informations, même approximatives, de la part de la flotte de croiseurs de bataille [autrement dit de Beatty] et de ses croiseurs légers d'escorte concernant la position, la formation et les effectifs de la Hochseeflotte. 2. Le manque de visibilité lorsque la flotte de bataille aperçut une partie de la Hochseeflotte, dû en grande partie au brouillard, et en partie à la fumée de nos propres croiseurs de bataille et autres navires" (1)
Pour le premier point, si les relations entre Jellicoe et son subordonné n'ont jamais été très bonnes - c'est même un euphémisme - le fait demeure que Beatty, qui combat depuis maintenant plusieurs heures, qui a déjà perdu deux de ses croiseurs de bataille dans l'aventure, et dont le navire est lui-même fortement endommagé, a bien d'autres choses à faire en ce moment que de transmettre des renseignements pourtant vitaux à son supérieur.
Sur le Lion, qui lutte toujours pour sa survie, un obus allemand vient d'ailleurs d'arracher la table des cartes, faisant s'envoler "telle une mouette effrayée", celle sur laquelle le malheureux navigateur s'efforçait, depuis de longues minutes, de reporter les positions des uns et des autres !
Pour le second point, la Mer du Nord - rappelons-le - n'a jamais été réputée pour sa visibilité, et les monstrueux panaches de fumée constamment vomis par ces dizaines de navires de guerre manoeuvrant dans tous les sens n'arrangent évidemment pas les choses.
Mais minute après minute, un autre événement est carrément en train de ruiner la vision des uns et des autres...
... le soir tombe
(1) ibid, page 234
jeudi 30 avril 2026
9256 - les barres du T
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| Le Jutland : tirer... et se faire tirer dessus en permanence... |
Comme il le rapportera lui-même après la bataille, "Il était désormais manifeste que nous nous trouvions face à une large portion de la flotte anglaise ; quelques minutes plus tard, leur présence à l'horizon, droit devant nous, fut signalée par des salves tirées par des canons de gros calibre.
Tout l'arc s'étendant du nord à l'est n'était plus qu'une mer de feu. Les éclairs jaillissant de la gueule des canons se distinguaient nettement à travers la brume et la fumée à l'horizon, même si les navires eux-mêmes demeuraient indiscernables" (1)
Dit autrement, l’amiral allemand est bel et bien en train de se faire "barrer le T" !
S’ils continuent ainsi, ses cuirassés, qui occupent la barre verticale du "T", non contents d’être déjà moins nombreux et armés de moins gros canons, sont en effet condamnés à ne pouvoir utiliser que leurs seules tourelles avant, alors que leurs adversaires, qui occupent la barre horizontale de ce même "T" pourront quant à eux tirer de toutes leurs tourelles !
En fait, dans le camp anglais, et après les tragédies des heures précédentes, tout irait désormais pour le mieux si Jellicoe, sur la passerelle de l’Iron Duke, parvenait quant à lui à se faire une bonne idée non seulement de la position des navires de Scheer, mais aussi de celle de ses propres bâtiments…
(1) ibid, page 263
mercredi 29 avril 2026
9255 - S’il reçoit un autre coup dur sur bâbord, je ne pense pas qu’il y survivra".
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| Une des tourelles tribord de 6" du Warspite, mise hors de combat au Jutland |
Le super-dreadnought s’éloigne lentement du champ de tir. Sa coque noircie et déformée, ses superstructures en lambeaux, il ressemble désormais à un morceau de ferraille mâchouillé puis recraché par un géant.
"J'ai reçu un message du capitaine me demandant de le rejoindre immédiatement. J'étais alors noir comme un ramoneur et trempé jusqu'aux os, mais indemne. Le capitaine m'a demandé comment j'allais et j'ai commencé à lui raconter. Il a dit : "Je me fiche des dégâts, pouvons-nous rejoindre la ligne ?"
Je n'avais pas la moindre idée de la situation ni de ce qui s'était passé et j'ai dû paraître un peu bizarre. Quoi qu'il en soit, je lui ai répondu : "S’il reçoit un autre coup dur sur bâbord, je ne pense pas qu’il y survivra". (1)
De fait, le Warspite n’est plus en état de combattre mais, gracieuseté du blindage, ses oeuvres vives sont toujours intactes, et il est encore capable de marcher à 16 noeuds.
Sur la passerelle, son commandant veut encore y croire. Reste que son cuirassé se traine quasiment sur l’eau, est privé de la quasi-totalité de son armement, est désormais considérablement séparé du reste de la Grand Fleet et, en demandant par radio à pouvoir la rejoindre, s’entend aussitôt opposer par Evan Thomas l’ordre formel de rentrer à Rosyth séance tenante !
Si la Bataille du Jutland est terminée pour lui, et s’il est désormais dû pour deux bons mois de réparations, celui qu’on appellera un jour la Grand Old Lady n’en est toutefois qu’au début d’une longue et glorieuse carrière, qui le verra même revenir aux avant-postes lors de la guerre suivante,... et y survivre.
Mais ceci est une autre histoire (2)…
mardi 28 avril 2026
9254 - l'aimant à obus
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| Ouvriers et marins, contemplant les dégâts à la coque du Warspite après son retour à Rosyth |
Mais en cherchant à éviter une collision avec son jumeau Valiant, et peut-être aussi suite à un obus reçu du Kaiserin, le Warspite a maintenant sa barre bloquée et ne peut plus que tourner en ronds !
Et pour les Allemands, l'occasion est évidemment trop belle, et la cible bien plus tentante que le malheureux Warrior !
"Le Warspite commença à décrire un large cercle qui le mena dangereusement près des lignes allemandes. Et au grand soulagement de l'équipage du Warrior, il agissait comme un aimant. D’un vieux croiseur immobilisé, il attirait naturellement les tirs allemands vers la cible bien plus attrayante qu'était ce super-dreadnought offert comme sur un plateau à courte portée.
Le Kaiserin, le Friedrich der Grosse, le König, l'Helgoland, l'Ostfriesland, le Thüringen, le Nassau et l'Oldenburg pilonnèrent le Warspite à divers moments avec leur artillerie principale et secondaire, et ce à des distances variant de 9 000 à 14 000 mètres.
Au début, personne à bord du Warspite ne comprenait vraiment ce qui s'était passé, bien que la plupart supposaient qu'il s'agissait d'une panne de gouvernail plutôt que d'une confusion mentale de la part de leur capitaine" (1)
(1) ibid, pages 250-251
lundi 27 avril 2026
9253 - et de trois !
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| L'Invincible, brisé en deux et occupé à couler, 31 mai 1916 |
A 18h21, après avoir laissé ce dernier mort sur l'eau - il sombrera aux premières heures du lendemain - l'Inflexible, l'Invincible et l'Indomitable (1) retournent leur tir sur les croiseurs de bataille allemands, touchant le Lützow, le Derfflinger et le Seydlitz à plusieurs reprises...
Pourtant, contre toute logique, ce sont les Allemands qui enregistrent un nouveau succès : frappé en son milieu par plusieurs obus de 305mm, l'Invincible - vainqueur aux Falklands contre l'escadre de Spee - explose dans une détonation formidable, se brise en deux et s'engloutit, emportant dans la mort l'amiral Hood mais aussi plus d'un millier d'officiers et de marins.
C'est le troisième croiseur de bataille britannique à disparaître dans la même journée !
Mais un autre drame s'est joué dans l'intervalle : alors qu'ils tentaient eux-mêmes d'en finir avec le Wiesbaden, les croiseurs-cuirassés Defence et Warrior sont tombés sous le feu croisé de plusieurs croiseurs de bataille allemand.
Victime d'une véritable avalanche d'obus de gros calibre, le Defence a sauté avec tout son équipage, ne laissant aucun survivant, tandis que le Warrior n'a dû son salut, ou plus exactement un sursis, qu'à l'arrivée inopinée, et totalement involontaire, d'un invité de marque...
...le super-dreadnought Warspite






