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| Guillaume II, sur le Friedrich der Grosse, félicitant les équipages après la Bataille du Jutland |
Saviez-vous que...
mardi 19 mai 2026
9275 - le temps des félicitations
lundi 18 mai 2026
9274 - l'heure de l'exultation
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| Lourdement endommagé, le Seydlitz reprendra néanmoins du service dès le mois d'octobre |
"Ayant une distance plus courte à parcourir, les Allemands furent naturellement les premiers à regagner le port. Cela leur conféra un avantage immense dans la guerre des mots qui allait s'ensuivre au sujet des résultats de ce qu'ils appelèrent la Bataille du Skagerrak.
De leur point de vue, ils avaient remporté une grande victoire. Scheer prétendit initialement avoir coulé trois croiseurs de bataille, un super-dreadnought (identifiant à tort le Warspite), deux croiseurs cuirassés, deux croiseurs légers et treize destroyers.
À ce stade, les Allemands n'admirent qu'avec prudence la perte du Pommern et du Wiesbaden, tout en concédant que le Frauenlob et quelques destroyers n'étaient pas encore rentrés.
Ils dissimulèrent la perte du Lützow, de l'Elbing et du Rostock.
D'une seule voix, la nation allemande déborda d'exultation et de jubilation patriotique. Des titres en lettres capitales clamaient la nouvelle de la « victoire », d'abord à chaque coin de rue en Allemagne, puis se propageant rapidement jusqu'à ce que le reste du monde fût convaincu que la Royal Navy avait été vaincue.
Tout l'auguste appareil d'État fut mobilisé pour amplifier les célébrations nationales qui s'ensuivirent, à présent que la longue ombre de la suprématie navale britannique semblait avoir été dissipée" (1)
(1) Steel et Hart, op cit, page 500
dimanche 17 mai 2026
9273 - une issue en queue-de-poisson
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| Jack - le chien de l'amiral Evan Thomas - lui aussi blessé sur le Barham et soigné après la bataille |
Mais si la Bataille du Jutland restera à jamais associée aux noms de Scheer et Jellicoe, le paradoxe veut que ce combat épique entre deux énormes flottes cuirassées, cet authentique "Choc des Titans" que chacun appréhendait, ou espérait, depuis le début de la guerre, a en fait, et pour l’essentiel, été mené par leurs subordonnés - Hipper côté allemand et Beatty côté britannique - et surtout par des navires - des croiseurs de bataille - qui, à la différence des cuirassés, n'avaient jamais été conçus pour servir dans des batailles rangées !
Rapides, bien armés, mais insuffisamment protégés - particulièrement chez les Britanniques - contre les obus de gros calibre et les incendies propagés par les fûts de tourelles, et trop souvent utilisés à contre-emploi, ces navires ont dès lors subi de gros dommages et surtout des pertes totalement disproportionnées, puisque quatre croiseurs de bataille sur les quatorze engagés ont finalement disparu sous les flots contre... zéro cuirassé sur quarante-quatre !
Mais le plus étonnant en définitive c'est que ce gigantesque combat naval s’est en fait terminé en véritable... queue-de-poisson, laissant à chaque adversaire la possibilité de rentrer chez lui pour panser ses plaies et, surtout, pour s'y proclamer vainqueur sans que les historiens soient en mesure, même un siècle plus tard, de trancher définitivement le débat en faveur de l'un ou l'autre camp.
Il faut dire que dans chaque camp, chacun a d’excellentes raisons de crier victoire
Mais pas du tout les mêmes…
samedi 16 mai 2026
9272 - le miraculé
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| Le Seydlitz, ou l'éternel miraculé de la Marine impériale allemande... |
"Tard dans la journée du 1er juin, des bateaux-pompes arrivèrent sur zone, mais ils furent accompagnés par une forte brise venue du nord-ouest. Nous nous trouvions alors au large d'Heligoland, gîtant de huit degrés et dotés d'une stabilité précaire : nous ne pouvions progresser à plus de trois ou quatre nœuds, et ce que nous fassions route en marche avant ou en marcher arrière, manœuvres que nous effectuâmes une partie du temps.
Lorsque la mer commença à déferler sur le milieu du navire, le [croiseur léger] Pillau se plaça sous le vent, sur notre bâbord avant, tandis qu'un remorqueur épandait une large nappe de mazout (1)
Cette manœuvre nous apporta un certain soulagement jusqu'à ce que le vent faiblisse. Nous n'aurions pas pu résister à un violent coup de vent.
Le 2 juin, nous mouillâmes à proximité du navire-phare de la Jade pour attendre la marée, car notre tirant d'eau atteignait alors 47 pieds et demi à l'avant, contre 30 pieds au milieu du navire dans des conditions normales.
Mais nous y sommes parvenus et sommes arrivés, aux premières heures du 3 juin, au large des écluses de Wilhelmshaven, où nous avons été accueillis par les hourras des équipages des cuirassés qui y étaient ancrés
(…) Au cours de la bataille, le Seydlitz avait été touché par pas moins de vingt et un obus de gros calibre ainsi qu'une torpille. Il déplorait quatre-vingt-dix-huit tués et cinquante-cinq blessés. Quatre de ses tourelles principales, et deux de ses tourelles secondaires, avaient été mises hors de combat.
Les Britanniques avaient laissé passer leur chance, et le Seydlitz allait retourner au combat. En moins de quatre mois, il était de nouveau prêt à l'action" (2)
La Bataille du Jutland est définitivement terminée. Dans les deux camps, l'heure du bilan, et des chants de victoire, a sonné...
vendredi 15 mai 2026
9271 - le croiseur qui refusait la mort
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| Le Seydlitz, profondément enfoncé dans l'eau... mais toujours en marche |
jeudi 14 mai 2026
9270 - le difficile retour au bercail
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| L'Engadine, recueillant les survivants du Warrior avant de le prendre en remorque |
Ses équipages, il est vrai, sont épuisés, et ses navires sont tous à court de charbon, de mazout ou tout simplement de munitions.
Lors des différents combats, la plupart d'entre-eux ont d'autre part subi des dommages plus ou moins sérieux, et certains sont même si mal en point qu'il s'efforcent depuis déjà plusieurs heures de rentrer vaille que vaille au port.
C’est le cas - nous l’avons vu - du super-dreadnought Warspite qui, malgré une attaque de sous-marin allemand, va réussir à rallier Rosyth dans la matinée, mais c’est aussi, et bien plus tristement, celui du croiseur-cuirassé Warrior qui, après avoir encaissé une quinzaine d’obus de gros calibre dans la soirée du 31 mai, puis été sauvé par l’apparition inopinée de ce même Warspite, est parvenu à se sortir du champ de tir avant d’être pris en remorque par le porte-hydravions Engadine, lequel a également recueilli les survivants de son équipage
Hélas, la mer s’est creusée dans la matinée du lendemain et le malheureux croiseur cuirassé, troué comme une passoire et prenant l'eau de toute part, a finalement rendu les armes à 08h25, avant de s’engloutir peu après.
Pour Jellicoe, ce naufrage est assurément un coup d’autant plus douloureux qu’en remettant le cap vers l’Angleterre, la Grand Fleet est littéralement passée à côté de la montre en or…
… le croiseur de bataille Seydlitz.
mercredi 13 mai 2026
9269 - le coup de grâce
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| Le croiseur-cuirassé Black Prince, sous le feu allemand |
"À 02h22, Jellicoe ordonna à tous les éléments de la flotte de rallier le corps principal. A 02h39, il modifia son cap vers le nord et forma une ligne de bataille unique, à l'exception de la 6ème division qui fermait la marche.
Mais, privés de leurs écrans [de croiseurs légers et de destroyers], les dreadnoughts de la Grand Fleet n'étaient manifestement pas prêts au combat. Leurs croiseurs et destroyers avaient été dispersés aux quatre vents par les événements de la nuit, et Jellicoe hésitait à affronter la Hochseeflotte sans eux" (1)
Le problème, c'est que la Hochseeflotte a disparu, et que la mer est maintenant vide devant lui !
"Les espoirs encore entretenus par la Grand Fleet, qui rêvait d'une confrontation décisive avec la Hochseeflotte, s'évanouissaient rapidement.
Le coup de grâce fut finalement porté vers 04h00 : Jellicoe reçut un signal de l'Amirauté l'informant qu'à 02h30, la Flotte de Haute Mer ne se trouvait plus qu'à 17 milles de Horns Reef.
Cela marquait véritablement la fin de tous les espoirs et de tous les rêves d'un véritable "Der Tag" en ce 1er juin : en effet, ce renseignement sans équivoque indiquait qu'au moment où il lui parvenait, les Allemands devaient déjà avoir gagné la sécurité du chenal de Horns Reef, sur la route du retour vers leur port d'attache.
Il n'y avait plus aucune chance de les rattraper : la Bataille du Jutland était terminée" (2)






