jeudi 22 octobre 2026

9431 - Tant qu’à y être…

Les objectifs de Weserübung. Copenhague fut ajouté le 1er mars par Hitler lui-même
… 20 février 1940

En apprenant, le 20 février 1940, que le Führer l’avait désigné pour prendre la tête de l’Opération Weserübung, le général Nikolaus von Falkenhorst, qui a servi en Finlande lors de la 1ère G.M. mais ne connaît rien à la Norvège, se serait parait-il précipité dans une librairie pour acheter un Guide Baedeker, autrement dit l’équivalent germanique d’un Guide Michelin, puis, une fois revenu dans sa chambre d’hôtel, l’aurait méticuleusement étudié avant de se présenter en personne devant Hitler avec un plan d’invasion !

Vraie ou fausse, cette anecdote ne doit cependant pas faire illusion : à 55 ans, von Falkenhorst est, comme tous les officiers d’État-major allemands, un grand professionnel, qui a victorieusement commandé le 21ème corps d'armée en Pologne, et qui peut de surcroît s’appuyer sur les travaux de tous ceux qui, depuis des semaines, et à l’instigation du grand-amiral Raeder, s’emploient à définir les meilleurs moyens pour s’emparer de la Norvège.

Schématiquement, Weserübung est un plan d’un extraordinaire simplicité puisque la Kriegsmarine devra débarquer simultanément, et en deux vagues successives, six divisions d’Infanterie aux sept endroits jugés les plus stratégiques de la côte norvégienne, à savoir Oslo, Kristiansand, Egersund, Stavanger, Bergen, Trondheim et, évidemment, Narvik.

Pour mettre toutes les chances de son côté, des unités parachutistes parties d’Allemagne s’empareront également et par surprise des aérodromes d’Oslo, de Kristiansand et de Stavanger, tandis que la Luftwaffe s’efforcera de soutenir tout ce beau monde.

S’agissant de la Luftwaffe, celle-ci estime toutefois nécessaire, vu le rayon d’action de ses appareils, de disposer de terrains d’aviation en territoire danois, ce qui, le 1er mars, pousse finalement Hitler, qui envisageait jusque-là de les obtenir par la voie diplomatique (!), à ajouter à Weserübung l’invasion et l’occupation simultanée du Danemark.

Tant qu’à y être…

mercredi 21 octobre 2026

9430 - entre l'arbre et l'écorce

La nomination du général von Falkenhorst à la tête de l'Opération Weserübung allait précipiter l'invasion de la Norvège
... "L’incapacité, ou le refus, des Norvégiens de faire respecter leurs droits de neutralité face aux violations allemandes - contrastant avec leur intervention armée pour empêcher une violation britannique tout aussi manifeste mais plus justifiable - renforça la détermination du gouvernement britannique à ne pas laisser perdurer indéfiniment une telle situation. 

Une action immédiate contre le trafic de minerai de fer fut à nouveau envisagée, mais écartée au tout dernier moment au profit d'une opération de débarquement de plus grande envergure, prévue pour moins d'un mois plus tard.

De leur côté, les Allemands virent dans cet incident un avertissement clair : les Britanniques ne respecteraient la neutralité norvégienne qu'aussi longtemps que cela servirait encore leurs intérêts. 

Cela accréditait les affirmations de Quisling concernant une occupation imminente de la Norvège par les Alliés, manœuvre qu'il fallait empêcher à tout prix. Cinq jours plus tard, la simple planification d'un éventuel assaut contre la Norvège se mua en préparatifs bien concrets pour une opération approuvée, avec la nomination à sa tête du général [Nikolaus] von Falkenhorst. (1)

Après l'Incident de l'Altmark, les Norvégiens, qui jusque-là s’efforçaient de ménager tout le monde afin de préserver leur neutralité et échapper à la guerre, sont à présent définitivement pris entre l’arbre et l’écorce : s’ils perturbent et a fortiori mettent un terme au chargement et au transit du minerai de fer suédois à destination de l’Allemagne, comme le réclament depuis des mois les Britanniques, ils ne manqueront pas de précipiter une invasion allemande,… mais s’ils ne le font pas, ils subiront bientôt celle des Britanniques alliés aux Français!

En cette seconde moitié de février 1940, la seule question qu’ils peuvent encore se poser est de savoir lequel des deux camps tirera le premier…

(1) Macintyre, op cit. page 19
 

mardi 20 octobre 2026

9429 - unis dans la critique

Affiche de propagande allemande présentant les marins du Cossack en sauvages meurtriers d’innocents marins allemands
… ironiquement, le dénouement de cette affaire bientôt connue comme "l’Incident de l’Altamrk" est aussitôt critiqué par tout le monde… y compris par les Britanniques eux-mêmes !

Chez les Norvégiens, chacun s’empresse évidemment de fustiger la violation flagrante de leur souveraineté, puisque des navires de guerre britanniques n’ont pas hésité à pénétrer dans leurs eaux territoriales sans y être invités, et même à faire le coup de feu dans un de leurs fjords alors qu’on leur avait pourtant, et plusieurs fois, intimé l’ordre de vider les lieux.

Et cette accusation est bien entendu reprise, mais avec encore plus de virulence (!), par les Allemands, les services de Propagande du docteur Goebbels n’hésitant d’ailleurs pas à qualifier l’abordage de leur bâtiment "d’acte de piraterie", et à dénoncer les "meurtres" de plusieurs membres de son équipage.

Mais chez les Britanniques, si on se félicite naturellement de la libération de quelque 300 marins et, en cette drôle de guerre qui n’a finalement rien de fort réjouissant, d’une action militaire brillamment menée, et surtout menée sans la moindre perte, personne - et certainement pas Churchill ! - ne peut en revanche accepter le fait que l’Altmark ait été contrôlé à pas moins de trois reprises (!) par les autorités norvégiennes sans qu’un seul des hommes montés à son bord se soit rendu compte de la présence de quelque 300 prisonniers anglais !

Pourquoi, se demande-t-on, les Norvégiens se sont-ils contentés d’arpenter brièvement le pont et la passerelle, d’examiner l’un ou l’autre document, et d’accepter les dénégations du commandant Dau, au lieu de descendre - comme ils en auraient eu parfaitement le droit - dans les entrailles du bâtiment, où ils n’auraient pas manqué de découvrir le pot-aux-roses ?

Pourquoi, à la troisième et tout aussi infructueuse inspection, ont-ils mobilisé des navires de guerre pour escorter l’Altmark jusqu’à la fin de son parcours dans les eaux norvégiennes ?

Pourquoi ont-ils obstinément refusé la demande britannique de mener une inspection conjointe,… et pourquoi ont-ils menacé d’ouvrir le feu si des bâtiments britanniques s’engageaient dans le Jossingfjord à la suite de l’Altmark, et tentaient ensuite de le prendre d’assaut ?

Dans cette affaire, mais aussi dans le transit incessant du minerai de fer suédois dans leurs eaux, les Norvégiens ne sont-ils pas, finalement, les alliés des Allemands ? 

lundi 19 octobre 2026

9428 - "Alors montez ! La Marine est là !"

L'abordage de l'Altmark : une affaire réglée en quelques minutes...
… Jossingfjord, 16 février 1940, 22h20

C’est sous le couvert de l’obscurité qu’à 22h20, le Cossack pénètre dans le Jossingfjord. 

Baïonnette au canon, des marins britanniques menés par le lieutenant de vaisseau Bradwell Turner se précipitent à bord de l’Altmark. Quelques coups de feu retentissent ici et là, mais l’affaire n’en est pas moins rapidement réglée.

"Y a-t-il des Anglais en bas ?", s’exclame Turner après avoir soulevé une écoutille de chargement sur les indications du commandant Dau. "Oui, nous sommes tous Anglais ici", lui répondent à l’unisson près de 300 voix. "Alors montez ! La Marine est là !", conclut Turner avec un flegme tout britannique…

Un à un, les prisonniers libérés sont alors conduits à bord du Cossack. Avisant un groupe d’Allemands que des marins anglais poussent vers le destroyer sous la menace de leurs armes, Vian s’exclame "Laissez-les, imbéciles ! Laissez tous ces Allemands ici ! Je n'en veux pas !" 

Sur l’Altmark, les derniers membres de l'équipe d'abordage fouillent le coffre-fort personnel de Dau à la recherche de documents secrets et, tant qu’à faire, s'emparent d'un presse-papier orné d'une croix gammée et de quelques autres petits "souvenirs",... sans égard aux protestations du commandant Dau qui les traite de voleurs et de criminels. 

L’Enfer, c’est toujours les autres...

Peu après minuit, mission accomplie, le Cossack vide les lieux et met le cap sur l’Angleterre, où les ex-prisonniers vont bien entendu être accueillis sous les vivats de la foule.

Les Britanniques ne comptent qu’un seul blessé dans leurs rangs; les Allemands déplorent huit morts et une dizaine de blessés.

Les Norvégiens n’ont pas tiré un seul coup de feu, se contentant d’observer la scène depuis leurs petits torpilleurs…

dimanche 18 octobre 2026

9427 - sauf en cas d’attaque sérieuse"

L'abordage de l'Altmark : brillant fait d'armes ou violation du Droit international ?
… Jossingfjord, 16 février 1940, 15h15

De tout son poids, l’Altmark, toujours suivi de son étrange escorte norvégienne, se fraye un passage à travers la glace, pénètre dans les eaux libres du Jossingfjord,… et s’immobilise bientôt.

Il n’y a aucune issue.

Les destroyers britanniques, eux, s’arrêtent à l’entrée du fjord, un goulot large d’à peine 400 mètres, où il sera à l’évidence très difficile de manœuvrer, a fortiori compte tenu des menaces norvégiennes de torpiller tout navire britannique qui y rentrerait !

Sur le Cossack, le capitaine, et future légende de la Royal Navy,Philip Vian, hésite - à bon droit - sur la conduite à tenir, et réclame dès lors des instructions à l’Amirauté, lesquelles lui parviennent bientôt… de la main-même de Winston Churchill !

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les instructions du Vieux Lion sont pour le moins particulières, puisque Vian doit demeurer sourd aux Norvégiens qui lui ordonnent de regagner le large, et au contraire pénétrer dans le fjord avec le Cossack et monter à l’abordage de l’Altmark,... sauf si les Norvégiens acceptent eux-mêmes de convoyer le dit Altmark jusque Bergen avec une garde anglo-norvégienne à son bord,… ce que les intéressés, contactés, s’empressent bien sûr de refuser.

Va donc pour l’abordage,… mais que faire si les Norvégiens mettent réellement leurs menaces à exécution ? 

Là encore, les instructions de Churchill ne manquent pas de piquant, puisque Vian doit d’abord enjoindre aux Norvégiens de s’abstenir de toute action contre lui, et, s’ils refusent, ne pas riposter… "sauf en cas d’attaque sérieuse" (sic), auquel cas il pourra se défendre, mais à condition de n’employer "que la force strictement nécessaire", et de cesser le feu dès que les Norvégiens en feront autant !

Un chat n’y retrouverait pas ses petits…

samedi 17 octobre 2026

9426 - un bien innocent navire de commerce...

L'Altmark, au fond du Jossingfjord : il n'y a aucune issue...
… sud de Stavanger, 16 février 1940, 12h55

Les Britanniques, grâce à l’interrogatoire des marins libérés par le Graf Spee, ont connaissance de la présence de prisonniers anglais à bord de l’Altmark, et en ont naturellement informé les autorités norvégiennes.

Lors de sa lente descente vers le Sud, l’Altmark vient d’ailleurs d’être contrôlé à trois endroits différents par des officiers et des marins norvégiens venus sur de petits torpilleurs, mais aucune de ces inspections n’a révélé le moindre prisonnier ni quoi que ce soit de contraire au "Droit international".

Il faut dire qu'aucun d'entre-eux ne s'est aventuré dans les cales du navires...

Pour Oslo, l’Altmark ne semble officiellement rien d’autre qu’un bien innocent navire de commerce allemand qui s’en retourne paisiblement vers la mère patrie à travers les eaux territoriales norvégiennes,… mais un navire qui, depuis le troisième contrôle, est néanmoins à présent escorté - allez comprendre pourquoi puisqu’il est si innocent - par trois petits bâtiments de guerre norvégiens !

Pour Londres, en revanche, c’est bel et bien un navire-prison ennemi. Et puisque la mauvaise foi, pour ne pas dire la complicité, norvégienne parait évidente, il faut stopper l’Altmark et libérer les prisonniers par tous les moyens,… même si ceux-ci impliquent, à l’évidence, de violer la souveraineté norvégienne en pénétrant illégalement dans ses eaux, puis en s’emparant de l’Altmark par la force !

A 12h55, au sud de Stavanger, les vigies de l’Altmark aperçoivent un Lockheed Hudson de reconnaissance britannique, qui se met bientôt à suivre le bâtiment comme son ombre.

Encore deux heures, et c’est une petite flottille britannique, menée par le destroyer Intrepid, qui apparait à l’horizon et commence à manœuvrer pour barrer la route de l’Altmark. Et comme l’escorte norvégienne - dont on se demande bien à quoi elle sert - se contente d’observer la scène sans chercher à s’interposer, le commandant de l’Altmark, Heinrich Dau, décide de précipiter son navire dans le fjord le plus proche, le Jossingfjord, encombré de glace…

vendredi 16 octobre 2026

9425 - où l'on reparle de l'Altmark

L'Altmark, tapi dans un fjord norvégien
… le 14 décembre 1939, rappelons-nous (1), le Panzerschiff Admiral Graf Spee, avait été contraint de se réfugier à Montevideo (Uruguay) après avoir été attaqué et endommagé par trois croiseurs britanniques.

Le lendemain, réalisant qu’il ne pourrait se sortir de la nasse dans laquelle il s’était lui-même précipité, son commandant, le Kapitän zur See Hans Langsdorff avait alors décidé de rendre sa liberté de mouvement au pétrolier-ravitailleur mais aussi bateau-prison Altmark qui, dans la plus grande discrétion et toujours à bonne distance, l’avait fidèlement accompagné et soutenu dans toutes ses aventures depuis son appareillage de Wilhelmshaven, le 21 aout précédant.

Abandonnant le Graf Spee à son sort, et n’ayant dès lors plus rien à faire dans l’Atlantique Sud, l’Altmark a alors repris le chemin de l’Allemagne avec, dans ses cales, quelques 300 marins britanniques faits prisonniers lors des différentes attaques du Graf Spee contre des navires marchands anglais.

A très petite vitesse, vu l'état de plus en plus précaire de sa machinerie et l'absence de pièces de rechange, et toujours dans la plus grande discrétion, il a tranquillement remonté vers le Nord, traversé l'Équateur, franchi le Détroit du Danemark, et pénétré en Mer de Norvège avant de redescendre lentement vers le Sud,… à l’intérieur des eaux territoriales norvégiennes, qu'il a rallié le 13 février 1940, en reprenant par là-même un trajet - celui des cargos allemands chargés de minerai de fer suédois - qui, comme nous l'avons vu, le met à l’abri d’une éventuelle attaque britannique.

Reste que, selon le fameux "Droit international", l'Atmark n'est pas un innocent navire de commerce, mais bien un navire belligérant ayant à son bord des prisonniers de guerre, et donc un navire qui, à ce titre, et s’il veut traverser les eaux d’un pays neutre et a fortiori y faire escale, a en principe l’obligation de remettre ses prisonniers aux autorités du dit pays neutre… ce que le commandant Langsdorff s’était d’ailleurs empressé de faire avec ceux encore présents à bord du Graf Spee lorsque le Panzerschiff s’était présenté devant Montevideo

(1) Saviez-vous que... Errare humanum est sed perseverare diabolicum