vendredi 13 mars 2026

9208 - au bilan final...

Le Dogger Bank : une fuite réussie, mais une défaite cuisante...

... lorsqu’il réalise la méprise, Beatty tente alors de corriger la situation, mais le Lion, qui ne cesse de ralentir, est déjà très éloigné du reste de la ligne anglaise, et ses signaux, masqués par la fumée, ne sont plus visibles de personne !

L’un dans l’autre, les trois croiseurs de bataille de Hipper vont bel et bien réussir à s’échapper, alors que le Blücher, lui, est irrémédiablement condamné !

Matraqué par une véritable avalanche d’obus de 343 et 305mm, et ensuite par au moins  deux torpilles du croiseur léger Arethusa, le Blücher, qui n’est plus qu’un amas de tôles calcinées, rend finalement les armes, chavire et s’engloutit à 13h13, emportant près de 800 hommes avec lui.

A 17h00, le Lion, qui se traine sur la mer et constituerait une cible parfaite pour n’importe quel sous-marin allemand,… s’il y avait un sous-marin allemand dans les parages (!), est finalement pris en remorque par l’Indomitable et, à une allure de tortue, mais sous la garde d’innombrables destroyers accourus en renfort, les deux navires reprennent la direction de Rosyth, qu’ils rallieront aux dernières minutes du lendemain

Au bilan final, les trois croiseurs de bataille de Hipper ont donc réussi à échapper à leurs poursuivants, bien que le Seydlitz, le plus atteint des trois, ait perdu 160 hommes dans l’aventure et soit maintenant dû pour des réparations qui vont durer deux mois...


jeudi 12 mars 2026

9207 - l'agneau du sacrifice

Le Blücher, en train de chavirer. Notez les marins qui s'accrochent sur la coque

... Beatty tient le bon bout et sent déjà l'odeur de la victoire, mais une demi-heure plus tard, c’est le coup de théâtre : plusieurs 305mm du Derfflinger parviennent en effet à se frayer un chemin jusqu’au croiseur de bataille anglais, endommagent les machines et lui faisant embarquer des centaines de tonnes d’eau !

Encore un quart d’heure, et un autre 305mm explose à la hauteur de la tourelle avant et, comme sur le Seydlitz, provoque un incendie qui contraint là aussi à noyer les soutes à munitions.

Le Lion ralentit,... tout comme d’ailleurs le Blücher, sur lequel s’acharnent à présent les artilleurs anglais, lesquels tirent beaucoup moins bien que ceux du croiseur-cuirassé allemand, mais ont au moins l’avantage d’être plus nombreux et de disposer de bien plus gros obus !

Sur le Lion en très fâcheuse posture lui aussi, Beatty s’efforce tant bien que mal de prendre la mesure de la situation, ordonnant à l’Indomitable, serre-file anglais, de demeurer sur le Blücher, et aux Tiger, Princess Royal, et New Zealand de continuer à poursuivre les trois croiseurs de bataille allemands, toujours menés par le Seydlitz, privé nous l'avons dit de la moitié de son armement, mais à peine ralenti par ses dégâts.

Hélas, sur le New-Zealand, les signaux transmis par le Lion sont mal interprétés par le commandant-en-second de l’escadre, Gordon Moore, avec pour résultat qu’au lieu de poursuivre leur route, les trois anglais… se rabattent sur le malheureux Blücher...

mercredi 11 mars 2026

9206 - chacun pour soi

Le Dogger Bank : une poursuite de plusieurs heures sous la canonnade...

... de fait, à 08h52, le Lion de Beatty est le premier à ouvrir le feu alors que les Allemands vont devoir attendre vingt bonnes minutes avant de pouvoir répliquer !

Le Blücher, qui rappelons-le, ne porte que du 210mm, est bientôt encadré par les salves des croiseurs de bataille britanniques qui se rapprochent de plus en plus. 

Mais alors qu’aux FalklandsSpee, n’a pas hésité à faire demi-tour avec les Scharnhorst et Gneisenau pour essayer, malheureusement en pure perte, de sauver ses plus petits et plus lents croiseurs, Hipper, lui, décide de poursuivre sa route à pleine vitesse, en abandonnant ainsi le malheureux Blücher à son sort…

Chacun pour soi, et Dieu pour tous...

Moralement, l'affaire se discute, mais militairement, à trois croiseurs de bataille contre cinq, la décision de Hipper est la seule possible, car pourquoi risquer un voire trois précieux croiseurs de bataille pour se porter au secours, et sans aucune garantie de succès (!), d’un simple croiseur-cuirassé certes récent mais néanmoins obsolète ?

De toute manière, rappelons-le, Hipper, contrairement à Spee, est régi par les "ordres personnels du Kaiser", encore réitérés le 10 janvier, lesquels lui interdisent "de se lancer dans des actions susceptibles d’entrainer des pertes importantes".

D'éventuel navire à secourir, le Blücher devient donc simple agneau sacrificiel, et c’est d’autant plus vrai que le Seydlitz de Hipper est lui-même tout sauf à la fête puisqu’à 09h43, il encaisse un 343mm du Lion, qui met hors de combat ses deux tourelles arrière et, surtout, provoque un énorme incendie, lequel se propage jusqu’aux soutes à munitions, qu’il faut noyer in-extremis sous peine de voir disparaître le navire tout entier !


mardi 10 mars 2026

9205 - au lieu de simples bateaux de pèche...

Le croiseur de bataille Lion, poursuivant les navires allemands

… Dogger Bank, 24 janvier 1915, 07h35

Quantitativement déjà, à 53 bâtiments contre 26 et, surtout, à 5 croiseurs de bataille contre 3, l’avantage britannique est écrasant, et amplement de nature à garantir la victoire.

Et sur le papier, c’est d’autant plus vrai qu’à cela s’ajoute un important avantage en matière d’armement : à eux cinq, les croiseurs de bataille britanniques alignent en effet pas moins de vingt-quatre pièces de 343mm et seize de 305mm, contre huit pièces de 305mm et vingt de 280mm aux trois croiseurs de bataille allemands

Le 24 janvier 1915, à 07h35, au lieu de simples bateaux de pèche, ce sont donc les premiers croiseurs de bataille anglais qui se présentent devant la flottille de Hipper. 

Inutile d’insister : sans fausse honte, ce dernier décide de battre en retraite et de fuir vers le sud-est, le Seydlitz en tête et le Blücher fermant la marche.

Mais premier problème déjà : le dit Blücher, tout récent soit-il, est aussi le plus lent de la ligne allemande et, minute après minute, ne cesse de perdre du terrain sur ses trois camarades,... alors que les trois premiers, et plus récents, croiseurs de bataille britanniques, eux, en gagnent sur tout le monde !

Et deuxième problème, ces trois-là disposent de pièces de 343mm qui portent plus loin que les 280mm et 305mm allemands...


lundi 9 mars 2026

9204 - le croiseur-cuirassé ultime

Le Blücher : ultime et plus gros croiseur-cuirassé allemand
… pour son raid sur le Dogger Bank, Hipper a décidé d’emmener avec lui les croiseurs de bataille Seydlitz, Moltke, et Derfflinger, et le croiseur cuirassé Blücher, tandis que quatre croiseurs légers ainsi que des destroyers et des torpilleurs complèteront la formation, pour un total de 26 bâtiments 

Même si elle n'est pas inédite - il était déjà présent lors du raid du 3 novembre sur Yarmouth et du 16 décembre sur Scarborough - la présence du Blücher directement aux côtés des croiseurs de bataille est a priori curieuse compte tenu, et comme nous l'avons vu, de l’infériorité notoire de ce type de bâtiment.

Reste que le Blücher n’est toutefois pas un navire comme les autres :  ultime croiseur-cuirassé de la Kaiserliche Marine, il est en effet non seulement très récent - il n’a été mis en service qu’en 1909, soit un an après l’Inflexible britannique - mais aussi, à 17 000 tonnes, exceptionnellement gros pour un navire de ce type, et aussi très raisonnablement blindé !

Son armement se compose toujours des mêmes 210mm que les Scharnhorst et Gneisenau antérieurs, mais leur nombre est néanmoins passé de huit à douze, tandis que leur conception améliorée leur offre désormais une meilleure portée… sans bien sûr offrir le même punch que les 305mm britanniques. 

De toute manière, et comme la Hochseeflotte ne possède pas autant de croiseurs de bataille que la Grand Fleet, il faut bien utiliser ce qu’on a, et du reste, dans un an, au Jutland, on verra encore, faute de mieux, de nombreux pré-dreadnought allemands participer au combat en compagnie de dreadnought et croiseurs de bataille infiniment plus modernes et puissants qu’eux. 

Mais n’anticipons pas... 

De son côté, Beatty mis au courant des intentions allemandes, dispose des croiseurs de bataille Lion, Tiger, Princess Royal, et des plus anciens New Zealand et Indomitable, auxquels s’ajoutent sept croiseurs légers, trente-sept destroyers et, pour l'anecdote, quatre sous-marins, soit un total de 53 bâtiments...

dimanche 8 mars 2026

9203 - tendre un piège

Le Magdeburg : son échouage permit aux Britanniques de mettre la main sur les codes allemands
... 23 janvier 1915

Pour des croiseurs de bataille, de simples bateaux de pèche ennemis ne constituent évidemment que du très menu fretin, mais dans une guerre, le dit fretin n'en est pas moins une cible militaire plus "légitime" que de vulgaires habitations civiles sur le littoral,... et d’autant plus qu’on le soupçonne fortement d’agir à présent, et éventuellement avec le soutien de pécheurs hollandais et danois (1), pour le compte de la Royal Navy !

Car si les Britanniques n’ont finalement pas réussi à intercepter la flottille de Hipper s’en revenant vers sa base, leur présence sur sa route semble néanmoins indiquer qu’ils bénéficiaient toutefois de renseignements sur les allées et venues de celle-ci,... renseignements qui, estime-t-on en haut-lieu, ne peuvent leur avoir été communiqués que par radio, et depuis l’un ou l’autre de ces bateaux de pèche en apparence si innocents.

Curieusement, personne dans le camp allemand ne peut imaginer - et ce sera encore la même chose dans 25 ans ! - que les codes secrets utilisés par les navires de la Kaiserliche Marine pour communiquer entre eux par TSF ont été largement déchiffrés par les services de renseignement britanniques à la suite de divers incidents antérieurs, et en particulier après l’échouage accidentel, le 26 aout, dans le Golfe de Finlande, du croiseur léger Magdeburg, à l’intérieur duquel les Russes ont récupéré les codes allemands, avant d’en transmettre une copie aux Britanniques.

Et le 23 janvier 1915, l’écoute des communications entre navires allemands amène en effet à penser que les croiseurs de bataille de Hipper préparent une sortie vers le Dogger Bank

C’est le moment idéal pour leur tendre un piège…

(1) les Pays et le Danemark étaient des pays neutres




samedi 7 mars 2026

9202 - les "tueurs de bébés"

"Rappelez-vous Scarborough - Engagez-vous !", affiche de propagande britannique

... et alors qu’ils avaient pourtant été mis au courant de cette sortie par leurs services de décryptage (!), les Britanniques, gênés par le mauvais temps, mais aussi par une succession d’erreurs et de regrettables maladresses, ont complètement raté l’interception et permis aux navires de Hipper, leur mission accomplie, de rejoindre leur base quasiment sans aucun dommage et en ne déplorant eux-mêmes qu’une vingtaine de morts et de blessés dans leurs rangs.

Sur la côte anglaise, en revanche, c’est autre chose : plus d’un millier d’obus se sont en effet abattus sur Scarborough, Whitby et Hartlepool, et ont causé d’importants dégâts, mais aussi près de 600 tués et blessés parmi la population civile !

Par rapport à ce que connaîtront les villes britanniques, allemandes, russes ou encore japonaises dans quelques années, et dans une nouvelle guerre, ce n’est certes pas grand chose, mais en 1914, et dans cette Angleterre qui n’a plus connu le moindre bombardement sur son sol depuis des temps immémoriaux cette attaque a immédiatement causé la stupeur, et bientôt l’indignation, non seulement à l'égard de ces Allemands "barbares" et "tueurs de bébés", mais aussi contre la Royal Navy elle-même, dont on a dénoncé "l’incompétence", et dont on a aussi exigé des réformes, lesquelles, de fait, se sont vite traduites par la décision de relocaliser de Scapa Flow à Rosyth, à quelque 500 km plus au Sud, l’intégralité des croiseurs de bataille qui, depuis cet endroit, devraient être mieux à même d’intervenir rapidement en cas de nouvelle sortie des navires allemands.

Côté allemand, le succès de ce raid a naturellement poussé Hipper à réclamer une suite, dirigée cette fois - vu l’opprobre internationale du raid précédent - contre les flottilles de pèche britannique opérant dans le Dogger Bank, vaste banc de sable très poissonneux de plus de 200 km de long situé à mi-chemin entre les côtes britanniques et danoises...