dimanche 9 août 2026

9357 - les petits Bismarck

L'Admiral Hipper, en Norvège : comme un Bismarck en réduction...
… encore n’avons nous rien dit des croiseurs, des porte-avions, ni des innombrables destroyers et sous-marins qu’envisage l’amiral Raeder !

Pour ne parler que des croiseurs - puisque nous ne nous intéressons ici qu’aux navires de ligne - l’Allemagne, après avoir construit et mis en service les Emden, Königsberg, Karlsruhe, Köln, Leipzig, et finalement Nürnberg, a entrepris, dès juillet 1935, la construction de cinq croiseurs lourds dits de la classe Admiral Hipper. 

Dotés de huit canons de 203mm en quatre tourelles doubles qui les font ressembler à s'y méprendre à de petits Bismarck, mais aussi d’un blindage quasiment sans équivalant dans le monde des simples croiseurs, et enfin d’une puissance de 130 000 CV les propulsant à plus de 32 nœuds, les dits croiseurs ont été conçus, dès le départ, comme corsaires, c-à-d pour s’en prendre d’abord et avant tout au trafic commercial ennemi, et pourraient être considérés comme parfaits si leurs chaudières ne s’avéraient pas, comme la guerre va le démontrer, extrêmement fragiles, s’ils ne consommaient pas d’effrayantes quantités de mazout,… et s’ils respectaient un tant soit peu la limite de "10 000 tonnes" qui leur a été imposée au lieu d’en avouer pas moins de 16 000, soit une "minuscule" différence de 60% !

Des cinq, seuls les Admiral Hipper, Blücher et finalement Prinz Eugen - nous y reviendrons - entreront toutefois en service au sein de la Kriegsmarine

Inachevés au déclenchement de la 2ème G.M. les Seydlitz et Lützow connaitront un tout autre destin : le premier sera en effet transformé en un porte-avions… jamais terminé lui non plus (!), et le second… carrément cédé à l’URSS, alors alliée au Reich, rebaptisé Petropavlovsk, et utilisé comme batterie flottante durant toute la guerre pour la défense de Leningrad, contre l’Armée allemande !

(1), ce croiseur lourd Lützow ne doit pas être confondu avec le Panzerschiffe Deutschland, précisément rebaptisé… Lützow peu après le début de la guerre et la cession du croiseur Lützow à l’URSS

samedi 8 août 2026

9356 - le délire

Le délirant projet de H44 de 130 000 tonnes avec, à sa gauche, un Bismarck de 42 000 tonnes
… car les militaires - allemands ou non - étant d’éternels enfants n’ayant jamais à acquitter les factures de leurs coûteux jouets guerriers, des études ont déjà commencé sur leurs successeurs, les type H, lesquels - sans surprise aucune - seront évidemment encore plus gros, encore plus puissants… et encore plus chers !

Les H39 sont ainsi prévus pour 56 000 tonnes et huit canons de 406mm, les H42 pour 90 000 tonnes et huit canons de 480mm, et les H44 pour… 130 000 tonnes et huit canons de 508mmm !

Et comme il ne saurait être question de construire seulement des cuirassés, des plans globaux, eux aussi remaniés à plusieurs reprises, mais toujours dans le sens de la surenchère, prévoient maintenant de reconstruire une flotte complète et surtout en mesure de rivaliser avec la Royal Navy britannique !

Le plus connu d’entre eux, le Plan Z, envisage ainsi une flotte de dix cuirassés, trois croiseurs de bataille, quatre porte-avions et une vingtaine de croiseurs pour le milieu des années 1940 !

Délire complet car personne, et surtout pas le grand-amiral Erich Raeder, ne se demande où l’on pourra bien trouver les capitaux - mais aussi l’acier - pour construire tout cela

Et même Hitler, piégé autant par les réactions des Français et Britanniques à ses propres actions que par la popularité de ses immenses navires, même Hitler semble à présent avoir perdu le contrôle…

vendredi 7 août 2026

9355 - de réplique en réplique...

Le Bismarck : 42 000 tonnes et huit canons de 380mm
… Hambourg, 01 juillet 1936

Si Paris considère le Pacte naval germano-britannique comme une capitulation supplémentaire face à Hitler, voire comme une trahison, à Londres, en revanche, on estime plutôt - à tort comme l’Histoire le démontrera - que le dit Pacte apaisera l’intéressé et ses revendications somme toute légitimes, mais aussi - et cette fois à raison - qu’il faudrait de toute manière de nombreuses années à l’Allemagne avant qu’elle puisse simplement s’approcher du quota de "35%" qui lui a été consenti.

De fait, le dit quota ne sera jamais atteint, ni même vaguement approché, puisque le Führer va décider, dès l’Invasion de la Pologne, en septembre 1939, de renoncer purement et simplement à tout nouveau développement de sa flotte de surface.

Mais n’anticipons pas car dans l’immédiat, ce Pacte offre en tout cas à la Kriegsmarine la possibilité de construire ce que bon lui semble, et dont elle va d’autant moins s’en priver que la dernière réplique française, à savoir quatre cuirassés "35 000 tonnes", ne peut évidement que l’inciter… à répliquer à son tour !

De réplique en réplique, les travaux sur le premier "vrai" cuirassé allemand - un autre "35 000" mais en réalité 42 0000 tonnes et qui deviendra le célèbre Bismarck - débutent donc à Hambourg le 01 juillet 1936, et ceux d’un deuxième - le futur Tirpitz - à Wilhelmshaven, le 2 novembre de la même année.

Comment arrêter cette surenchère ?

jeudi 6 août 2026

9354 - répliquer à la réplique de la réplique...

Le Richelieu, en 1943, avec ses fameuses tourelles quadruples
… Brest, 22 octobre 1935

Car en France, la mise en chantier de ces deux bâtiments et, surtout, la signature du Pacte naval germano-britannique font l’effet d’une bombe et en incitent beaucoup à évoquer une nouvelle trahison de la perfide Albion !

Pas question d’en rester là : il faut de toute urgence répliquer à la réplique allemande aux Dunkerque et Strasbourg toujours en construction !

Et pas question non plus de se contenter de simples copies de ces derniers : les nouveaux cuirassés devront bien sûr être plus gros, plus lourds plus puissants et, inévitablement,... plus chers que ces derniers !

Et c’est d’autant plus indispensable qu’une nouvelle menace se profile à l’horizon, venue cette fois de l’autre coté des Alpes : celle de l’Italie de Benito Mussolini qui, depuis des mois, est occupée à rebâtir une flotte de combat, d’abord en modernisant ses quatre vieux cuirassés qui datent de la 1ère G.M., et qui vont tous être quasiment reconstruits pièce par pièce (!) selon une formule également utilisée à l’autre bout du monde par les Japonais, puis en lançant, dès la fin de 1934, la construction de deux puis quatre nouveaux cuirassés de la classe Littorio (1) armés de neuf pièces de 381mm et donnés pour "35 000 tonnes" encore qu'en avouant en réalité pas loin de 42 000 !

L’un dans l’autre, la France décide donc de se lancer elle aussi dans la construction de quatre nouveaux cuirassés "35 000 tonnes" - et en fait de 38 000 - dotés de huit canons de 380mm en deux tourelles quadruples, selon une disposition semblable à celle du Dunkerque et du Strasbourg, le premier d’entre-eux (2), le Richelieu, étant mis sur cale à Brest le 22 octobre 1935…

(1) seuls trois d’entre-eux seront finalement construits et mis en service avant la fin de la 2ème GM.
(2) seuls deux d’entre-eux seront finalement construits, et un seul, le Richelieu, mis en service avant la fin de la 2ème G.M.

mercredi 5 août 2026

9353 - autrement plus menaçants

La tourelle arrière du Scharnhorst avec, sur son toit, la plate-forme de la catapulte pour hydravion
… mais le 6 mai 1935, soit un mois auparavant, et en prévision de cet accord, les travaux ont déjà commencé sur le futur Gneisenau, puis, le 15 juin, sur son jumeau Scharnhorst !

Histoire de jouer l’apaisement, et même s’ils avouent en réalité leurs 32 000 tonnes bien tassées, ces deux nouveaux navires sont officiellement annoncés comme des "26 000 tonnes" - soit précisément le tonnage que les Français accordent eux-mêmes à leurs Dunkerque et Strasbourg - et sont toujours dotés des mêmes canons de 280mm et des mêmes tourelles triples que les Panzerschiffe, lesquelles passent ici simplement de deux à trois.

Ce choix est a priori curieux si l’on se rappelle que les bâtiments français portent du 330mm et qu’en cette année 1935, même les plus vieux cuirassés encore en service dans le monde, comme l’américain Texas, portent au minimum du 305mm.

Mais bien au-delà de la volonté d’apaisement, ce choix s’explique par l’impossibilité pour l’industrie allemande, qui croule déjà sous les commandes militaires, de concevoir et de fabriquer rapidement les énormes canons de 380mm voire 406mm, ainsi que les non moins énormes tourelles, dont rêvent déjà les responsables de la Kriegsmarine.

Alors, pour gagner du temps, les deux Schlachtschiffe seront donc équipés avec les canons de 280mm et les tourelles triples déjà commandés pour les nouveaux Panzerschiffe à présent annulés, puis seront remplacés "dès que possible" - et en pratique, jamais - par les pièces de 380mm et les tourelles doubles que l’on a commencé à étudier pour les futurs cuirassés de la classe Bismarck.

Qu’importe : avec leurs 32 000 tonnes, leurs neuf pièces de 280mm et douze de 150mm, les Scharnhorst et Gneisenau paraissent dores et déjà autrement plus menaçants que les cuirassés de poche.

En particulier pour les Français…

mardi 4 août 2026

9352 - le Pacte naval germano-britannique

35% : le nouveau ratio du maillot de bain allemand...
… Londres, 18 juin 1935

Le 2 juin 1935, l’ambassadeur plénipotentiaire - et futur Ministre des Affaires étrangères (1) - Joachim von Ribbentrop débarque donc à Londres pour y négocier un traité de limitation des armements navals que Hitler est déjà tout disposé à accepter… tout en se réservant comme de coutume le droit de le dénoncer si et quand bon lui semble !

Mais les Français, pourtant partenaires traditionnels des Britanniques et signataires, tout comme eux, tant de l’Armistice de 1918 que du Traité de Versailles de 1919 ou de celui de Washington de 1922, n’ont cependant pas été invités, ni même consultés !

En cette affaire, l’Angleterre, première puissance navale au monde mais déjà sur le déclin, a en effet décidé de faire cavalier seul,… ce que la France  ne va pas manquer de lui faire bientôt payer.

Le 18 juin, après s’être enfin entendus sur les derniers détails techniques, Ribbentrop et le nouveau Ministre des Affaires étrangères britannique Samuel Hoare signent donc le Pacte naval germano-britannique, lequel autorise désormais le Troisième Reich et sa nouvelle Kriegsmarine (2) à posséder jusqu’à 45% de la flotte sous-marine de la Grande-Bretagne, et jusqu’à 35% de sa flotte de surface !

Sans même l’avoir voulu, Hitler vient de remporter une victoire supplémentaire, et la route qui mène à un réarmement naval aussi massif que mondial est désormais grande ouverte…

(1) le 4 février 1938, dans la foulée de l’affaire Blomberg-Fritsch, le Ministre des Affaires étrangères Konstantin von Neurath, jugé trop mou par Hitler, sera remplacé par Joachim von Ribbentrop
(2) le 21 mai 1935, la Kriegsmarine avait officiellement succédé à la Kriegsmarine 

lundi 3 août 2026

9351 - jouer l'apaisement

Le Scharnohorst, symbole des ambitions de la Nouvelle Allemagne...
… pourquoi dès lors ne pas tenter de conclure avec la principale puissance navale du monde, autrement dit la Grande-Bretagne, un nouveau Traité qui annulerait les précédents et permettrait enfin au Reich de construire tout ce qu’il veut sans risquer de déclencher une nouvelle guerre ?

Et cette idée est d’autant mieux accueillie à Londres que, depuis plusieurs mois, la nouvelle rivalité franco-allemande ne manque pas d’y inquiéter responsables politiques et militaires !

Plutôt que de se relancer également dans une ruineuse course aux armements navals, pourquoi, se dit-on, ne pas jouer l’apaisement et négocier avec Herr Hitler un nouvel accord de limitation semblable à celui du Traité de Washington de 1922 ?

L’Allemagne, après tout, est le pays le plus peuplé d’Europe et, même s’ils ne l’admettent pas ouvertement, les diplomates britanniques sont prêts à reconnaître que les clauses navales des Traités précédents - qui lui interdisent en particulier de posséder une flotte sous-marine ainsi que des navires de surface de plus de 10 000 tonnes - sont injustes et ont puissamment contribué à l’arrivée de l’intéressé au Pouvoir.

Et Hitler, qui nous l’avons dit n’a aucune intention de rebâtir une flotte aussi importante qu’en 1914, ne demande évidemment pas mieux que de négocier avec les Britanniques une "limitation" de celle-ci, une limitation qui lui permettra du reste de rendre ses actuels Panzerschiffe légaux a posteriori (!), qui enfoncera un coin toujours bienvenu dans la traditionnelle alliance entre la Grande-Bretagne et la France,… et qu’il pourra de toute manière renier quand bon lui semblera…