![]() |
| Le Jutland : où est l'ennemi ? |
"Avant de pouvoir saisir les difficultés auxquelles j'ai été confronté en tant que commandant en chef de la Grand Fleet lors de la Bataille du Jutland, il est essentiel de bien comprendre et de garder à l'esprit les deux principaux facteurs qui en étaient entièrement responsables.
Ces deux facteurs étaient : 1. L'absence d'informations, même approximatives, de la part de la flotte de croiseurs de bataille [autrement dit de Beatty] et de ses croiseurs légers d'escorte concernant la position, la formation et les effectifs de la Hochseeflotte. 2. Le manque de visibilité lorsque la flotte de bataille aperçut une partie de la Hochseeflotte, dû en grande partie au brouillard, et en partie à la fumée de nos propres croiseurs de bataille et autres navires" (1)
Pour le premier point, si les relations entre Jellicoe et son subordonné n'ont jamais été très bonnes - c'est même un euphémisme - le fait demeure que Beatty, qui combat depuis maintenant plusieurs heures, qui a déjà perdu deux de ses croiseurs de bataille dans l'aventure, et dont le navire est lui-même fortement endommagé, a bien d'autres choses à faire en ce moment que de transmettre des renseignements pourtant vitaux à son supérieur.
Sur le Lion, qui lutte toujours pour sa survie, un obus allemand vient d'ailleurs d'arracher la table des cartes, faisant s'envoler "telle une mouette effrayée", celle sur laquelle le malheureux navigateur s'efforçait, depuis de longues minutes, de reporter les positions des uns et des autres !
Pour le second point, la Mer du Nord - rappelons-le - n'a jamais été réputée pour sa visibilité, et les monstrueux panaches de fumée constamment vomis par ces dizaines de navires de guerre manoeuvrant dans tous les sens n'arrangent évidemment pas les choses.
Mais minute après minute, un autre événement est carrément en train de ruiner la vision des uns et des autres...
... le soir tombe
(1) ibid, page 234






