mardi 9 août 2022

7286 - inarrêtable

T-34 soviétique pénétrant à Dalian, sous le regard d'une population indécise
… et comment les Japonais pourraient-ils s’y opposer, eux qui sont non seulement confrontés à des adversaires plus aguerris, plus nombreux, et disposant d’innombrables avions mais surtout de tanks que rien ne semble pouvoir arrêter !

En vérité, rien n’a été prévu pour faire face à une attaque massive de l’Union Soviétique, et le peu qui existait n’a cessé, au fil des mois, d’être retiré de Mandchourie au profit d’autres Fronts.

Et ces soldats japonais de Mandchourie, qui sur le papier sont pourtant près d’un million mais tout sauf des combattants d’élite, et qui manquent de tout, et particulièrement de moyens antichars, en sont à présent réduits à des expédients aussi atroces que parfaitement inefficaces

"Le 10 août, un pitoyable message d'un commandant local japonais local expliqua comment la centaine d'hommes de son unité de kamikazes avait tenté de stopper une colonne blindée soviétique

 "Chaque homme de la 1ère compagnie du bataillon s'est équipé d'une charge explosive et s'est précipité sur l'ennemi. Cependant, bien que des dégâts mineurs aient été infligés, les charges - de sept à seize livres - n'étaient pas assez puissantes pour arrêter les chars" (1)

(1) Hastings, op cit

lundi 8 août 2022

7285 - "la restauration des droits historiques de l'URSS sur le territoire que le Japon avait précédemment saisi à la Russie"

La guerre soviéto-japonaise : une victoire facile sur un ennemi dramatiquement affaibli
… mais côté russe, évidemment, l’interprétation que l’on donne de cette invasion de la 25ème heure est bien différente !

Dans un style qui ne manquera pas d’évoquer bien des choses au lecteur contemporain contemplant la crise ukrainienne de 2022, l’historiographie officielle soviétique soulignera ainsi que…

… "Les objectifs de l'Union soviétique (…) étaient (…) la sécurisation de ses propres frontières extrême-orientales, qui avaient été menacées à maintes reprises par le Japon; 

l'accomplissement de ses obligations envers ses alliés ; 

(…) de hâter la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui continuait d’infliger des souffrances incalculables au peuple; 

le désir d'aider les travailleurs est-asiatiques dans leur lutte de libération; 

et la restauration des droits historiques de l'URSS sur le territoire que le Japon avait précédemment saisi à la Russie" (1)

De ces différentes affirmations, seule la dernière est raisonnablement exacte puisque, toute question de "droits historiques" mise à part, la Russie communiste entend bel et bien récupérer tous les territoires perdus par la Russie tsariste lors de la Guerre russo-japonaise de 1905.

Et si possible bien davantage…

(1) Hastings, op cit

dimanche 7 août 2022

7284 - "comme des cambrioleurs pénétrant par effraction dans une maison vide"

Soldat soviétique et prisonnier japonais, Mandchourie, août 1945
… Mandchourie, 09 août 1945

Aux premières heures du 09 août, soit au moment où le B-29 "Bock’s Car" s’envole de Tinian vers Nagasaki, l’Armée rouge, forte de plus d’un million cinq cents mille hommes, pénètre donc en Mandchourie sous une pluie torrentielle et à la totale stupeur des défenseurs japonais qui, depuis les affrontements au Nomonhan, six ans auparavant, s’y trouvent quasiment en vacances.

Personne, dans le camp japonais, ne s’attendait à cela ! Les plus observateurs avaient certes noté le retour de bon nombre d’unités soviétiques qui, depuis l’automne de 1941, avaient été envoyées à l’Ouest, et les plus lucides s’attendaient certes à voir l’URSS entrer tôt ou tard dans la guerre, mais personne n’avait imaginé une attaque d’une telle ampleur, ni lancée aussi rapidement !

Et pour ne rien arranger, les forces japonaises présentes en Mandchourie sont tous sauf préparées et en mesure de résister à une pareille vague !

Depuis plusieurs années, elles ont en effet été régulièrement ponctionnées de leurs troupes et de leur matériel au profit de la défense de diverses îles du Pacifique, et finalement d’Okinawa et du Kyushu, et ce qui reste n’est constitué, au mieux, que d’unités de seconde ligne qui, non contentes d’être en sous-effectifs, sont dramatiquement en manque d’avions, de tanks, de canons, de véhicules, quand ce n'est pas de moral !

Comme le dira plus tard un officier japonais "nous étions tous très amers envers les Russes pour avoir attaqué maintenant. C'était tellement injuste ! Nous avions été obligés d'envoyer tant d'hommes sur d'autres fronts du Pacifique. C'était comme des cambrioleurs pénétrant par effraction dans une maison vide" (1)

(1) Hastings, op cit

samedi 6 août 2022

7283 - le meilleur des deux mondes

Les Japonais ne font pas le poids face à la Bombe. Chicago Tribune, 13 août 1945
… contrairement à leurs adversaires, les Américains - nous l’avons vu - ne considéraient déjà le débarquement que comme un moyen parmi d’autres de l’emporter face au Japon : c’était le moyen du pire, celui à n’utiliser qu’en tout dernier ressort, lorsque tout le reste aurait échoué.

King et Nimitz étaient en effet convaincus qu’avec leur blocus naval, ils finiraient par affamer tous les Japonais, tandis qu’Arnold et Le May étaient certains qu’avec leurs B-29, ils réussiraient à incinérer jusqu’au dernier hameau nippon, ce qui, dans les deux cas, rendrait alors tout débarquement superflu.

Mais ces deux solutions avaient l’inconvénient d’exiger d’énormes moyens matériels et humains, et aussi beaucoup de temps à une époque où l’opinion publique américaine, toute à sa joie d’avoir triomphé du Troisième Reich, ne voulait même plus entendre parler de la guerre, et aurait donné n’importe quoi pour qu’elle se termine immédiatement.

Mais avec la Bombe, on peut désormais s’éviter à la fois les pertes d’un débarquement et les délais et les coûts d’un blocus ou d’une longue campagne de bombardement !

La  Bombe, c'est en quelque sorte le meilleur des deux mondes, puisqu'avec un seul bombardier et une seule bombe, on peut en effet déchaîner une puissance de destruction qui, autrement, en exigerait des centaines et mêmes des milliers.

Et on peut la déchaîner du haut des airs, sans courir soi-même le moindre risque, vu la faiblesse insigne des défenses anti-aériennes japonaises, ce qui ne laisse dès lors plus aux Japonais que le choix entre deux solutions aussi détestables l’une que l’autre : capituler immédiatement et sans condition tel qu’on l’exige d’eux depuis deux ans… ou alors périr jusqu’au dernier sans même avoir eu la satisfaction de tuer un seul Américain au passage !

vendredi 5 août 2022

7282 - quand l'ultime espoir s'envole

La science atomique qui triomphe des Japonais. Caricature américaine, 1945
… de la déclaration de guerre, suivie de l’invasion de la Mandchourie, par l’URSS, au lancement d’une seconde bombe atomique sur Nagasaki, soit en à peine plus d’une douzaine d’heures, le Japon a tout perdu.

Car si cette invasion ne menace pas directement le territoire métropolitain, la déclaration de guerre, quant à elle, ruine les ultimes espoirs - aussi chimériques pouvaient-ils paraître - d’arracher finalement l’une ou l’autre concession aux Américains.

Ensuite, et surtout, le largage de cette seconde bombe prouve si besoin en était encore, que la menace de "destruction totale et rapide", formulée dans la Déclaration de Potdam du 26 juillet, est bel et bien réelle et surtout… reproductible à l'infini et de manière industrielle !

Et cet implacable et irréfragable constat vient d’un seul coup de faire voler en éclats toute la stratégie japonaise qui, depuis de forts longs mois, reposait entièrement sur l’absolue conviction que, pour espérer l’emporter, les Américains n’auraient d’autre choix que de débarquer au Japon,... mais qu’ils finiraient tôt ou tard par y renoncer, et à renoncer à leur exigence de "Capitulations sans condition", en raison de l’ampleur des pertes qu’une telle invasion ne manquerait pas de creuser dans leurs rangs.

Or la bombe atomique vient de radicalement changer la donne !

jeudi 4 août 2022

7280 - une simple routine

Bambin brûlé par les radiations et porté par son frère. Nagasaki, 10 août 1945
… contrairement à ce qu’on lit parfois, le largage d’une seconde bombe atomique, au matin du 09 août 1945, n’a strictement rien à voir avec la décision, prise seulement quelques heures auparavant par l’URSS, d’entrer en guerre contre le Japon.

Ce sont tout bonnement, et une fois de plus, les prévisions météorologiques, qui prévoyaient du très mauvais temps à partir du 10, qui ont convaincu les responsables locaux sur la base de Tinian de hâter l’envol de Bock’s Car.

Car rappelons-le, l’utilisation de l’arme atomique avait déjà été officiellement décidée par Truman le 6 juin, et les instructions formelles envoyées par Stimson et Marshall le 25 juillet, lors de la Conférence de Potsdam.

Tout le reste ne relevait plus en définitive que de la vulgaire routine administrative et aussi des inévitables contraintes liées à la fabrication des bombes, à leur acheminement jusqu’à Tinian, à la préparation d’une mission de bombardement et, au final, aux caprices de la météo.

Seule une intervention directe du Président, inévitablement liée l’acceptation préalable de la Capitulation par les Japonais, aurait pu empêcher les militaires américains de larguer une seconde bombe sur le Japon, puis une troisième ou une quatrième au besoin, toujours en fonction des mêmes routines et contraintes.

"La seule contribution de Washington fut passive. Le Président et ses conseillers ne discernèrent dans le silence japonais rien qui soit de nature à ordonner au 509ème Groupe de Bombardement de cesser ses opérations" (1)

(1) Hastings, op cit

mercredi 3 août 2022

7279 - pour quelques nuages de plus...

Une image tristement familière : Nagasaki, 09 août 1945, 11h02
... Nagasaki, 11h02

Car quelques centaines de kilomètres devant Bock’s Car, un autre B-29 chargé de la reconnaissance météo, lui apprend que Kokura est couverte par une épaisse couche de nuages mais aussi de fumées provenant des incendies qui font toujours rage à Yawata, la ville voisine, ciblée peu auparavant par un bombardement conventionnel.

Il faut donc se dérouter vers l'objectif secondaire, c-à-d sur Nagasaki, dont les habitants, qui ne savent pas encore ce qui les attend, pourront bien maudire les nuages de Kokura.

Mais lorsqu'il arrive sur Nagasaki, le commandant du B-29, le major Charles Sweeney, s'aperçoit que la ville est également recouverte sous une épaisse couche de nuages !

Par trois fois, sans apercevoir la cible désignée, Sweeney survole la capitale et la plus grande ville du Kyushu occidental, devenue, dès le début du 20ème siècle, l'un des plus importants sites de construction navale japonais, et abritant plusieurs arsenaux.

L'essence baisse dangereusement et il va bientôt falloir se résoudre à quitter les lieux et à prendre le cap retour.

Mais pas question de revenir se poser à Tinian avec la bombe armée en soute, et pas question non plus de se débarrasser au dessus de l'océan d'une bombe aussi précieuse !

Alors à 11H00, quand il aperçoit enfin une trouée dans les nuages, Sweeney y va et lance la bombe qui, explose à 11h02 mais rate la cible d'environ 2000 mètres.

Cette erreur de tir, et une configuration du terrain moins favorable qu'à Hiroshima, minimiseront les pertes humaines, qui se chiffreront tout de même à quelque 35 000 morts…