mardi 3 novembre 2026

9443 - encore faudrait-il y croire...

Les Scharnhorst et Gneiseau étaient, en 1940, les plus puissantes unités de la Kriegsmarine
… deux croiseurs de bataille sur deux (1), trois croiseurs lourds sur cinq (2), quatre croiseurs légers sur six, ainsi que quelques dizaines de navires de soutien et d’accompagnement, les effectifs de Weserübung font évidemment pâle figure par rapport à ceux alignés par la Kaiserliche Marine du Kaiser Guillaume II à la veille de la Bataille du Jutland (3), il y a moins de 25 ans.

Pour autant, en ce printemps de 1940, ils n’en représentent pas moins les deux tiers de la flotte de surface de la Kriegsmarine du FührerAdolf Hitler et, surtout, compte tenu de l’évolution des moyens de repérage et d’observation depuis 1916,... une flotte qu’il est impossible de dissimuler longtemps aux regards indiscrets.

Et de fait, dès le début du mois d’avril, des appareils de la RAF ont en effet constaté une activité militaire inhabituelle dans les ports allemands, et en particulier la présence des croiseurs de bataille Scharnhorst et Gneisemau à Wilhemshaven, tandis que, le 6, un rapport des renseignements en provenance de Copenhague a carrément fait état d’un probable débarquement allemand à Narvik dans les 48 heures !

Que la Royal Navy appareille maintenant en masse, comme elle le devrait, et elle ne fera qu’une bouchée de la flotte allemande, très inférieure en nombre, et aux ponts de toute manière surchargés de soldats en armes !

Mais encore faudrait-il y croire, et en particulier ignorer le fait que, depuis septembre 1939, d’innombrables rapports faisant état d’attaques allemands "imminentes" ici ou là n’ont cessé de circuler,… sans jamais se concrétiser !

(1) à cette date, les cuirassés Bismarck et Tirpitz ne sont pas encore opérationnels 
(2) après la perte du Graf Spee, les deux Panzerschiff survivants avaient, nous l’avons dit, été reclassés comme croiseurs lourds 
(3) Saviez-vous que… Le Choc des Titans 

lundi 2 novembre 2026

9442 - et au même moment...

Soldats destinés à Trondheim, occupés à embarquer sur l'Admiral Hipper, 6 avril 1940
… 7 avril 1940

Car au même moment, et aussi invraisemblable cela puisse-t-il sembler, les Britanniques sont occupés à lancer leur propre opération !

"Au moment même où le premier groupe d'assaut [allemand] quittait Wilhelmshaven pour faire route vers le nord, les troupes britanniques destinées à Narvik et Trondheim embarquaient sur des navires de transport dans le Firth of Clyde, où l'amiral Evans avait hissé sa marque à bord du croiseur Aurora. 

D'autres contingents, à destination de Bergen et Stavanger, prenaient place à bord des navires de la 1ère escadre de croiseurs - les Devonshire, Berwick, York, et Glasgow - au  mouillage de Rosyth. 

Bien plus au nord, quatre destroyers fendaient une mer agitée et bravaient les tempêtes de neige en direction du Vestfjord
[de Narvik], à l'entrée duquel ils avaient pour mission de mouiller des mines. Ils étaient appuyés par le croiseur de bataille Renown et huit autres destroyers. 

Plus au sud, le mouilleur de mines Teviot Bank et quatre destroyers faisaient route vers une zone située au large de Stadtlandet. 

On aurait pu croire que le destin préparait une confrontation directe, alors que les forces des deux camps convergeaient vers les mêmes secteurs, sans rien savoir des mouvements de l'adversaire. 

La réalité allait toutefois s'avérer bien différente » (1)

(1) Macintyre, op cit, 25-26

dimanche 1 novembre 2026

9441 - un Weserübung... Süd

Le général Leonhard Kaupiswch, chargé de diriger l'invasion du Danemark (Weserübung Süd)
… pour le Danemark, qui rappelons-le n’a été ajouté à Weserübung qu’à la dernière minute et à la demande expresse de la Luftwaffe qui réclamait des terrains plus proches de la Norvège que les terrains allemands, les choses sont plus simples,... et les risques encourus infiniment moins grands 

Tout comme la Norvège, le Danemark est en effet un pays peu peuplé (3,8 millions d’habitants) et doté d’une Armée de Terre, d’une Aviation et d’une Marine qui ne font peur à personne.

De plus, et contrairement cette fois à la Norvège, le Danemark peut, pour sa partie continentale, être envahi par voie terrestre, et même directement depuis le territoire allemand (!) 

Et comme aucune intervention franco-britannique n’est cette fois à redouter, personne à Berlin ne doute que le petit Royaume pourra être conquis en seulement quelques heures, et quasiment sans perte.

En pratique, on se contentera donc d’une opération combinée relativement modeste, baptisée, par la force des choses, Weserübung Süd, confiée au général Leonhard Kaupisch, et mettant en action des chasseurs et des bombardiers de la Luftwaffe, quelques unités aéroportées destinées à la prise des aérodromes, et deux divisions d’Infanterie venues par la route depuis le Schleswig-Holstein, ou transportées par mer et essentiellement destinées à Copenhague.

La seule difficulté, néanmoins mineure, est de coordonner l’attaque, qui devra débuter en même temps que celle destinée à la Norvège… en supposant bien sûr que les Britanniques ne se décident pas à prendre les devants… 

samedi 31 octobre 2026

9440 - pour le matin du 9 avril 1940

… 1er avril 1940

Bien évidemment, les Allemands - mais est-ce vraiment une excuse - se préoccupent encore moins de légalité et de moralité : le 1er avril, Hitler signe d'ailleurs l’ordre de mouvement, fixant l’attaque des côtes norvégiennes à 05h15, au matin du 9 avril.

Compte tenu de la durée du trajet depuis les ports allemands, et de la nécessité d’attaquer chacun des objectifs simultanément, les navires impliqués appareilleront en six groupes distincts et à des heures différentes.

* Gruppe I, destiné à Narvik, et appuyé par les croiseurs de bataille Scharnhorst et Gneisenau : 10 destroyers transportant quelque 2 000 hommes de troupe
* Gruppe II, pour Trondheim : le croiseur lourd Admiral Hipper et quatre destroyers, pour un total de 1 700 hommes
* Gruppe III, pour Bergen : les croiseurs légers Köln et Königsberg, le navire-école Bremse, quelques vedettes lance-torpilles, et 1 900 hommes
* Groupe IV, pour Kristiansand et Arendal : le croiseur léger Karlsruhe, trois torpilleurs, des vedettes lance-torpilles, et 1 100 hommes
* Gruppe V, pour Oslo : le croiseur lourd Blücher, le croiseur lourd Lützow (1), le croiseur léger Emden, trois torpilleurs, huit dragueurs de mines, et 2 000 hommes
* Gruppe VI, pour Egersund : quatre dragueurs de mines et 150 hommes

Mais comme cela ne saurait toutefois suffire, de bien innocents cargos transformés en autant de chevaux de Troie marins, car dissimulant chacun dans leurs cales plusieurs centaines de soldats (1) les attendront au mouillage de Narvik, Trondheim et Stavanger

Reste toutefois l’épineuse question du mazout, en particulier pour les destroyers destinés à l’objectif le plus lointain, Narvik, et qui n’ont pas assez d’autonomie pour le trajet retour : pour le régler, les pétroliers-ravitailleurs Kattegat et Skagerrak, partis de Wilhelmshaven, feront respectivement route vers Narvik et Trondheim, tandis qu’un troisième, le Jan Wellen, appareillera de Mourmansk, chez l’allié soviétique, à destination de Narvik.

Voilà pour le plan allemand destiné à la Norvège…

(1) après la destruction du Graf Spee devant Montevideo, le Panzerschiff Deutschland avait été reclassé en croiseur lourd et rebaptisé Lützow

vendredi 30 octobre 2026

9439 - Messieurs les Allemands, envahissez les premiers !"

Neville Chamberlain, ou l'illusion de "la Paix pour notre génération"
... "Messieurs les Allemands, envahissez les premiers !",… telle est en substance la logique politique du gouvernement de Neville Chamberlain en cette fin du mois de mars 1940.

Incapable de se décider à envahir la Norvège pour couper la Route du Fer, Chamberlain s’est donc finalement rallié à la demande, depuis longtemps exprimée par Churchill, de miner au moins les eaux norvégiennes,… tout en sachant fort bien que cet acte, au demeurant presque autant contraire au sacro-saint "Droit international" (!), ne manquera pas de précipiter une autre invasion, allemande cette fois, et une invasion à laquelle la Grande-Bretagne, à présent ouvertement soutenue par le gouvernement français de Paul Reynaud (1), pourra cette fois répliquer en envoyant enfin des troupes en sol norvégien !

Politiquement, cette logique peut sans doute se comprendre, mais légalement et, surtout, moralement, le compte n’y est pas, et c’est même devenu une détestable habitude ! 

En 1935, sans même consulter les Français, les Britanniques ont ainsi allègrement violé le Traité de Versailles afin d’apaiser Hitler et permettre à sa nouvelle Marine de guerre de construire quasiment tout ce qu’elle voulait,… et même des sous-marins. 

En 1938, afin de garantir "la Paix pour notre génération", Britanniques et Français ont carrément offert la Tchécoslovaquie sur un plateau au même Hitler,… ce qui n’a nullement empêché ce dernier de conquérir la Pologne un an plus tard. 

Bien qu’alliés de la Pologne, Français et Britanniques l’ont ensuite laissée succomber sans rien faire et, depuis cette date, se sont contentés d’attendre l’arme au pied que le Führer attaque… en Belgique, un autre pays neutre dont les habitants, pas plus que les Norvégiens, n’ont la moindre envie d’être entraînés dans une guerre.

Et s’ils envisagent maintenant de passer enfin à l’action contre l’Allemagne, ce sera... en sol norvégien, donc fort loin de Paris et de Londres, ce qui épargnera donc aux civils français et britanniques tout risque de dommage collatéral…

(1) le 22 mars 1940, Paul Reynaud était devenu Président du Conseil des ministres à la place d’Edouard Daladier, co-signataire avec Chamberlain des tristements célèbres Accord de Munich de 1938

jeudi 29 octobre 2026

9438 - de "Wilfred" à "R4"

Le mouillage de mines (ici depuis un navire finlandais) : stopper le trafic maritime à moindre coût
… "selon ce plan, baptisé "R4", les troupes destinées à Stavanger et Bergen - deux bataillons pour chaque ville - devaient appareiller à bord de quatre croiseurs. Un bataillon supplémentaire pour Trondheim devait arriver deux jours plus tard par navires de transport. 

Pour Narvik, le dispositif prévoyait un bataillon transporté par navires, escorté par deux croiseurs. Cette force devait être portée au niveau d'une brigade dans les jours suivant le débarquement initial et, avec l'adjonction de troupes françaises, atteindre un effectif total de 18 000 hommes. 

La 2ème escadre de croiseurs, sous les ordres du vice-amiral Edward-Collins, se tenait prête à appareiller depuis Rosyth : sa mission consistait à "contrer toute expédition navale que les Allemands pourraient lancer contre la Norvège"" (1)

Mais là encore, et pour les mêmes raisons "morales", il ne saurait être question d’agir immédiatement puisque cette force. désormais de soutien et non plus d’invasion (!), "ne devait prendre la mer que lorsque "les Allemands auraient mis le pied sur le sol norvégien ou qu'il existerait des preuves manifestes de leur intention de le faire" (sic)

Cette incapacité des Alliés à agir avec la détermination impitoyable propre à la guerre totale - aussi louable fût-elle au niveau des principes - allait constituer un obstacle fatal à la réussite de l'opération. 

Toutefois, l'issue aurait pu être différente si un report de dernière minute n'avait pas décalé la date de l'opération "Wilfred" [le minage des eaux norvégiennes] du 5 au 8 avril. 

Dans la course pour la Norvège, la perte de ces trois jours fit passer l'avantage des Alliés aux Allemands : il ne s'agissait que de quelques heures, mais elles allaient s'avérer décisives" (1)

(1) ibid, page 17 

mercredi 28 octobre 2026

9437 - le tour de passe-passe

En 1940, l'Eidsvold, lancé en 1899, était encore, avec son jumeau Noirge, le plus puissant navire de la Marine norvégienne
… mais comme la légalité, dont ne se soucie nullement l’Allemagne nazie (!), continue de primer sur l’efficacité, le dit minage des eaux norvégiennes doit d’abord être très officiellement annoncé aux Norvégiens !

… et comme personne, ni à Londres ni à Paris, n’imagine un seul instant que Hitler, en apprenant l’existence de ce minage, demeurera sans réaction, on pourra ainsi justifier non pas une invasion militaire franco-britannique de la Norvège, mais bien - admirez le tour de passe-passe - … un soutien militaire franco-britannique à la Norvège envahie par l’Allemagne !

"La Norvège et la Suède devaient être averties que leur interprétation des droits liés à leur neutralité profitait à l'Allemagne, et que les Alliés ne pouvaient plus tolérer une telle situation. 

En tant que défenseurs de la Liberté et de l’Indépendance des petites nations face à l'agression totalitaire, ils revendiquaient le droit de prendre les mesures appropriées, et ce sans préavis.

(…) Bien que cette opération ait été baptisée "Wilfred" par Churchill parce qu'elle était jugée "mineure et anodine", les Alliés ne doutaient pas qu'elle provoquerait des représailles immédiates de la part des Allemands, et que les malheureux Norvégiens en seraient la cible. 

Une expédition militaire fut donc une fois de plus mise sur pied, prête à porter secours à la Norvège" (1)

Il faut le lire pour y croire...

(1) ibid, page 17