dimanche 1 novembre 2026

9441 - un Weserübung... Süd

Le général Leonhard Kaupiswch, chargé de diriger l'invasion du Danemark (Weserübung Süd)
… pour le Danemark, qui rappelons-le n’a été ajouté à Weserübung qu’à la dernière minute et à la demande expresse de la Luftwaffe qui réclamait des terrains plus proches de la Norvège que les terrains allemands, les choses sont plus simples,... et les risques encourus infiniment moins grands 

Tout comme la Norvège, le Danemark est en effet un pays peu peuplé (3,8 millions d’habitants) et doté d’une Armée de Terre, d’une Aviation et d’une Marine qui ne font peur à personne.

De plus, et contrairement cette fois à la Norvège, le Danemark peut, pour sa partie continentale, être envahi par voie terrestre, et même directement depuis le territoire allemand (!) 

Et comme aucune intervention franco-britannique n’est cette fois à redouter, personne à Berlin ne doute que le petit Royaume pourra être conquis en seulement quelques heures, et quasiment sans perte.

En pratique, on se contentera donc d’une opération combinée relativement modeste, baptisée, par la force des choses, Weserübung Süd, confiée au général Leonhard Kaupisch, et mettant en action des chasseurs et des bombardiers de la Luftwaffe, quelques unités aéroportées destinées à la prise des aérodromes, et deux divisions d’Infanterie venues par la route depuis le Schleswig-Holstein, ou transportées par mer et essentiellement destinées à Copenhague.

La seule difficulté, néanmoins mineure, est de coordonner l’attaque, qui devra débuter en même temps que celle destinée à la Norvège… en supposant bien sûr que les Britanniques ne se décident pas à prendre les devants… 

samedi 31 octobre 2026

9440 - pour le matin du 9 avril 1940

… 1er avril 1940

Bien évidemment, les Allemands - mais est-ce vraiment une excuse - se préoccupent encore moins de légalité et de moralité : le 1er avril, Hitler signe d'ailleurs l’ordre de mouvement, fixant l’attaque des côtes norvégiennes à 05h15, au matin du 9 avril.

Compte tenu de la durée du trajet depuis les ports allemands, et de la nécessité d’attaquer chacun des objectifs simultanément, les navires impliqués appareilleront en six groupes distincts et à des heures différentes.

* Gruppe I, destiné à Narvik, et appuyé par les croiseurs de bataille Scharnhorst et Gneisenau : 10 destroyers transportant quelque 2 000 hommes de troupe
* Gruppe II, pour Trondheim : le croiseur lourd Admiral Hipper et quatre destroyers, pour un total de 1 700 hommes
* Gruppe III, pour Bergen : les croiseurs légers Köln et Königsberg, le navire-école Bremse, quelques vedettes lance-torpilles, et 1 900 hommes
* Groupe IV, pour Kristiansand et Arendal : le croiseur léger Karlsruhe, trois torpilleurs, des vedettes lance-torpilles, et 1 100 hommes
* Gruppe V, pour Oslo : le croiseur lourd Blücher, le croiseur lourd Lützow (1), le croiseur léger Emden, trois torpilleurs, huit dragueurs de mines, et 2 000 hommes
* Gruppe VI, pour Egersund : quatre dragueurs de mines et 150 hommes

Mais comme cela ne saurait toutefois suffire, de bien innocents cargos transformés en autant de chevaux de Troie marins, car dissimulant chacun dans leurs cales plusieurs centaines de soldats (1) les attendront au mouillage de Narvik, Trondheim et Stavanger

Reste toutefois l’épineuse question du mazout, en particulier pour les destroyers destinés à l’objectif le plus lointain, Narvik, et qui n’ont pas assez d’autonomie pour le trajet retour : pour le régler, les pétroliers-ravitailleurs Kattegat et Skagerrak, partis de Wilhelmshaven, feront respectivement route vers Narvik et Trondheim, tandis qu’un troisième, le Jan Wellen, appareillera de Mourmansk, chez l’allié soviétique, à destination de Narvik.

Voilà pour le plan allemand destiné à la Norvège…

(1) après la destruction du Graf Spee devant Montevideo, le Panzerschiff Deutschland avait été reclassé en croiseur lourd et rebaptisé Lützow

vendredi 30 octobre 2026

9439 - Messieurs les Allemands, envahissez les premiers !"

Neville Chamberlain, ou l'illusion de "la Paix pour notre génération"
... "Messieurs les Allemands, envahissez les premiers !",… telle est en substance la logique politique du gouvernement de Neville Chamberlain en cette fin du mois de mars 1940.

Incapable de se décider à envahir la Norvège pour couper la Route du Fer, Chamberlain s’est donc finalement rallié à la demande, depuis longtemps exprimée par Churchill, de miner au moins les eaux norvégiennes,… tout en sachant fort bien que cet acte, au demeurant presque autant contraire au sacro-saint "Droit international" (!), ne manquera pas de précipiter une autre invasion, allemande cette fois, et une invasion à laquelle la Grande-Bretagne, à présent ouvertement soutenue par le gouvernement français de Paul Reynaud (1), pourra cette fois répliquer en envoyant enfin des troupes en sol norvégien !

Politiquement, cette logique peut sans doute se comprendre, mais légalement et, surtout, moralement, le compte n’y est pas, et c’est même devenu une détestable habitude ! 

En 1935, sans même consulter les Français, les Britanniques ont ainsi allègrement violé le Traité de Versailles afin d’apaiser Hitler et permettre à sa nouvelle Marine de guerre de construire quasiment tout ce qu’elle voulait,… et même des sous-marins. 

En 1938, afin de garantir "la Paix pour notre génération", Britanniques et Français ont carrément offert la Tchécoslovaquie sur un plateau au même Hitler,… ce qui n’a nullement empêché ce dernier de conquérir la Pologne un an plus tard. 

Bien qu’alliés de la Pologne, Français et Britanniques l’ont ensuite laissée succomber sans rien faire et, depuis cette date, se sont contentés d’attendre l’arme au pied que le Führer attaque… en Belgique, un autre pays neutre dont les habitants, pas plus que les Norvégiens, n’ont la moindre envie d’être entraînés dans une guerre.

Et s’ils envisagent maintenant de passer enfin à l’action contre l’Allemagne, ce sera... en sol norvégien, donc fort loin de Paris et de Londres, ce qui épargnera donc aux civils français et britanniques tout risque de dommage collatéral…

(1) le 22 mars 1940, Paul Reynaud était devenu Président du Conseil des ministres à la place d’Edouard Daladier, co-signataire avec Chamberlain des tristements célèbres Accord de Munich de 1938

jeudi 29 octobre 2026

9438 - de "Wilfred" à "R4"

Le mouillage de mines (ici depuis un navire finlandais) : stopper le trafic maritime à moindre coût
… "selon ce plan, baptisé "R4", les troupes destinées à Stavanger et Bergen - deux bataillons pour chaque ville - devaient appareiller à bord de quatre croiseurs. Un bataillon supplémentaire pour Trondheim devait arriver deux jours plus tard par navires de transport. 

Pour Narvik, le dispositif prévoyait un bataillon transporté par navires, escorté par deux croiseurs. Cette force devait être portée au niveau d'une brigade dans les jours suivant le débarquement initial et, avec l'adjonction de troupes françaises, atteindre un effectif total de 18 000 hommes. 

La 2ème escadre de croiseurs, sous les ordres du vice-amiral Edward-Collins, se tenait prête à appareiller depuis Rosyth : sa mission consistait à "contrer toute expédition navale que les Allemands pourraient lancer contre la Norvège"" (1)

Mais là encore, et pour les mêmes raisons "morales", il ne saurait être question d’agir immédiatement puisque cette force. désormais de soutien et non plus d’invasion (!), "ne devait prendre la mer que lorsque "les Allemands auraient mis le pied sur le sol norvégien ou qu'il existerait des preuves manifestes de leur intention de le faire" (sic)

Cette incapacité des Alliés à agir avec la détermination impitoyable propre à la guerre totale - aussi louable fût-elle au niveau des principes - allait constituer un obstacle fatal à la réussite de l'opération. 

Toutefois, l'issue aurait pu être différente si un report de dernière minute n'avait pas décalé la date de l'opération "Wilfred" [le minage des eaux norvégiennes] du 5 au 8 avril. 

Dans la course pour la Norvège, la perte de ces trois jours fit passer l'avantage des Alliés aux Allemands : il ne s'agissait que de quelques heures, mais elles allaient s'avérer décisives" (1)

(1) ibid, page 17 

mercredi 28 octobre 2026

9437 - le tour de passe-passe

En 1940, l'Eidsvold, lancé en 1899, était encore, avec son jumeau Noirge, le plus puissant navire de la Marine norvégienne
… mais comme la légalité, dont ne se soucie nullement l’Allemagne nazie (!), continue de primer sur l’efficacité, le dit minage des eaux norvégiennes doit d’abord être très officiellement annoncé aux Norvégiens !

… et comme personne, ni à Londres ni à Paris, n’imagine un seul instant que Hitler, en apprenant l’existence de ce minage, demeurera sans réaction, on pourra ainsi justifier non pas une invasion militaire franco-britannique de la Norvège, mais bien - admirez le tour de passe-passe - … un soutien militaire franco-britannique à la Norvège envahie par l’Allemagne !

"La Norvège et la Suède devaient être averties que leur interprétation des droits liés à leur neutralité profitait à l'Allemagne, et que les Alliés ne pouvaient plus tolérer une telle situation. 

En tant que défenseurs de la Liberté et de l’Indépendance des petites nations face à l'agression totalitaire, ils revendiquaient le droit de prendre les mesures appropriées, et ce sans préavis.

(…) Bien que cette opération ait été baptisée "Wilfred" par Churchill parce qu'elle était jugée "mineure et anodine", les Alliés ne doutaient pas qu'elle provoquerait des représailles immédiates de la part des Allemands, et que les malheureux Norvégiens en seraient la cible. 

Une expédition militaire fut donc une fois de plus mise sur pied, prête à porter secours à la Norvège" (1)

Il faut le lire pour y croire...

(1) ibid, page 17

mardi 27 octobre 2026

9436 - la fin du prétexte finlandais

La Guerre d'Hiver se termina avant que les troupes franco-britanniques soient en mesure de débarquer en Norvège
… dit autrement, alors que, depuis des semaines, Chamberlain et son gouvernement rechignaient à se servir du prétexte finlandais pour justifier une invasion de la Norvège, et ainsi mettre un terme au passage du minerai de fer suédois à destination de l’Allemagne, ils sont aujourd’hui prêts à le faire… si et seulement si cette invasion ne provoque pas, malgré tout, des "combats sérieux" avec l’armée norvégienne !

Hitler, et c’est bien sûr sa force, n’a que faire de pareils scrupules !

De toute manière, il est à présent trop tard pour invoquer quelque prétexte que ce soit car, le même jour, le gouvernement finlandais, faute d’avoir obtenu le moindre soutien franco-britannique, décide quant à lui d’accepter un cessez-le-feu ainsi que les conditions imposées par les Soviétiques !

"La réunion du Cabinet, au cours de laquelle les plans de l'opération britannique avaient été approuvés, venait à peine de s'achever lorsque parvint la nouvelle de la capitulation finlandaise. Le prétexte qui aurait permis aux troupes alliées de débarquer avec une certaine apparence de légalité s'était volatilisé. Le Cabinet britannique retira immédiatement son approbation. Les troupes furent démobilisées. 

La seule unité entraînée au ski, un bataillon des Scots Guards, fut dissoute. Des scrupules quant à une violation trop flagrante de la neutralité [norvégienne] - un souci qui n'effleurait nullement l'Allemagne nazie - paralysèrent tout mouvement pendant un certain temps. 

Winston Churchill, cependant, reprit aussitôt ses pressions en faveur de l'opération de minage qu'il appelait de ses vœux depuis longtemps. 

Lorsque Paul Reynaud accéda au Pouvoir en France le 21 mars, il apporta son soutien au dit projet, et le Conseil suprême de guerre finit par se prononcer en faveur de ce plan" (1)

(1) ibid, page 17

lundi 26 octobre 2026

9435 - "à condition que l'opération puisse s'effectuer sans combats sérieux"

Chamberlain : envahir la Norvège "à condition que l'opération puisse s'effectuer sans combats sérieux"
… 12 mars 1940

Mais alors que les Allemands, malgré la crainte de pertes élevées, sont prêts, et surtout enclins à passer à l’action, les Britanniques tergiversent pour des raisons essentiellement… morales !

L’invasion de la Norvège par des troupes franco-britanniques repose en effet, nous l’avons dit, sur un prétexte politique : celui de venir en aide à la malheureuse Finlande, agressée et envahie par l’URSS - alliée de l’Allemagne nazie - le 30 novembre 1939.

Mais depuis le 30 novembre, le cabinet de Neville Chamberlain rechigne à passer à l’action !

"Bien que les troupes destinées à l'opération de débarquement en soutien aux Finlandais eussent été rassemblées et préparées, et que leurs commandants - l'amiral [Edward] Evans pour la Marine et le général [Pierce] Mackesy pour les forces terrestres - eussent été désignés, le Cabinet de guerre n'avait encore donné ni feu vert ni instructions. 

Lors d'une réunion le 12 mars au 10 Downing Street,  Evans exposa son point de vue : un débarquement audacieux sur les sites choisis en Norvège serait bien accueilli par la population ou, au pire, ne rencontrerait qu'une résistance symbolique. 

Bien que le Premier Ministre, Neville Chamberlain, fût manifestement réticent à l'égard de ce projet, il se laissa suffisamment convaincre pour autoriser les derniers préparatifs et l'envoi d'instructions au commandant de la force, à qui l'on signifia : "Le gouvernement de Sa Majesté a l'intention de faire débarquer vos troupes, à condition que l'opération puisse s'effectuer sans combats sérieux" (sic) (1)

La guerre est décidément chose trop sérieuse pour la confier à des militaires...

(1) ibid, page 16