jeudi 23 juillet 2026

9340 - pas encore nazi, mais déjà réactionnaire

Raeder, en avril 1940, félicitant Hitler pour son 51ème anniversaire 
Erich Raeder est un marin et officier de carrière. 

Entré dans la Kaiserliche Marine en 1894, à l’âge de 18 ans, il en a progressivement gravi les échelons, et est devenu, en 1912, chef d’État-major de Hipper, avec lequel il a ensuite servi au Dogger Bank en 1915, puis lors de la célèbre mais toutefois fort décevante Bataille du Jutland, en 1916.

Contrairement à la plupart de ses confrères, Raeder a eu la chance de passer à travers les coupes drastiques de l’Armistice de 1918 et même, dans une nouvelle Reichsmarine réduite à peau-de-chagrin, de continuer comme si de rien n’était un petit bonhomme de chemin qui lui a permis de devenir contre-amiral en 1922, vice-amiral en 1925, et finalement amiral et commandant-en-chef de la Reichsmarine en 1928 à la place de Hans Zenker, emporté nous l'avons dit par le scandale du réarmement occulte et illégal de la marine allemande,… réarmement qu’il s’est lui-même empressé de poursuivre de manière tout aussi occulte et illégale !

En 1928, Raeder n’est pas encore nazi mais déjà ultra-conservateur - pour ne pas dire réactionnaire - et farouchement opposé, en privé du moins, à la social-démocratie de la République de Weimar. 

Et même s’il ne connaît pas personnellement Adolf Hitler, il partage au moins avec lui la volonté de "restaurer la Grandeur de l’Allemagne" et aussi de venger l'humiliation du "diktat de Versailles", ce qui, dans son cas, passe évidemment par la reconstitution d’une puissante flotte de combat. 

Reste que ce noble objectif exigerait de gigantesques capitaux,… qui ne sont pas disponibles pour l’instant, et aussi un effort constant sur plusieurs décennies, le tout sans garantie aucune de succès,… comme la Kaiserliche Marine l’a d’ailleurs appris à ses dépens (1)

Plus encore que celle de Tirpitz, l’ambition de Raeder ne repose donc pour ainsi dire que sur un pur fantasme, mais en tant que commandant-en-chef de la petite marine de la République de Weimar, son rôle, après tout, est de défendre celle-ci, et même de la développer autant que possible et par tous les moyens possibles.

Mais faute de colonies, comment vendre à présent pareille idée aux comptables et aux décideurs publics ?

(1) Saviez-vous que… Le Choc des Titans

mercredi 22 juillet 2026

9339 - une marine pour quoi faire ?

Erich Raeder et son bâton de grand-amiral : une marine de guerre pour quoi faire ?
… 1er octobre 1928

Car si on a souvent reproché à Alfred von Tirpitz d’avoir bâti une marine de guerre inutilement kolossale puisqu’en définitive toujours incapable de l’emporter sur la Royal Navy, le grand-amiral avait au moins l’excuse des nombreuses colonies que l’Empire allemand entendait entretenir, défendre et si possible conquérir partout en Afrique, en Asie et dans le Pacifique, ce qui, à l’évidence, justifiait la création d’une imposante flotte de combat, ne serait-ce que pour assurer la sécurité des lignes de communications entre les dites colonies et la métropole.

Mais lorsqu’il succède, dans la controverse (1), à Hans Zenker à la tête de la Reichsmarine, le 1er octobre 1928, quelle peut bien être l’excuse d’Erich Raeder ? Qu’est-ce qui peut bien justifier la récréation d’une nouvelle et imposante marine de guerre ?

Toutes les colonies allemandes d’outre-mer ont en effet disparu, certaines dès les premiers jours du conflit (!), et personne en Allemagne, pas même Adolf Hitler, qui prendra le Pouvoir en janvier 1933, n’envisage sérieusement de les reprendre aux mains des Britanniques, des Français, des Américains, des Japonais ou encore des Australiens ou des Belges.

Le futur Führer, du reste, ne s’intéresse, et ne s’intéressera jamais, qu’à l’Europe de l’Est, et particulièrement à l’URSS,… aux dépens de laquelle il entend d’ailleurs se tailler un lebensraum, un "espace vital", strictement continental, et pour lequel il n’est évidemment nul besoin d’une marine de guerre !

Des panzers, oui, mais des panzerschiffe, pour quoi faire ?

(1) Hans Zenker avait été emporté par la révélation, en 1927, du financement occulte du réarmement de la marine allemande, en contradiction totale avec les termes et conditions du Traité de Versailles

mardi 21 juillet 2026

9338 - une légende tenace

Hitler offrant le bâton de grand-amiral à Raeder : le cuirassé de poche Deutschland à l'arrière-plan
… mais avant d’aller plus loin, enterrons tout de suite une légende tenace.

Si les "cuirassés de poche" et en particulier l’Admiral Graf Spee, demeurent aujourd’hui encore inextricablement associés à Adolf Hitler, et s’ils ont, au début de leur carrière du moins, puissamment contribué au prestige et à la popularité autant nationale qu’internationale de ce dernier, Hitler n’a en aucune manière voulu ou autorisé leur construction, et encore moins déterminé leur design : tout cela avait déjà été fixé et décidé bien avant son arrivée au Pouvoir, en janvier 1933.

Mieux encore : si Hitler, tout comme Guillaume II, n’est pas insensible à l’image de toute-puissance virile qu’incarnent les cuirassés et leurs énormes canons, ni  à l’attrait qu’ils continuent d’exercer sur les masses, il n’en est pas moins parfaitement conscient de leurs limites réelles.

Pas plus que le Kaiser déchu, Hitler n’entend quoi que ce soit aux choses de la mer, et ne parviendra du reste jamais à comprendre que des navires sur l'océan ne se commandent pas et ne se manœuvrent pas comme des unités d’Infanterie sur la terre ferme, mais il n’en réalise pas moins parfaitement leur véritable et finalement très faible valeur militaire, leur grande vulnérabilité au combat, leur poids totalement disproportionné et en vérité désastreux sur les finances publiques nationales, et, au bout du compte l’impact catastrophique que ne manquerait pas de provoquer leur éventuelle disparition au combat.

Hitler, donc, est tout sauf un chaud partisan des cuirassés de poche et plus généralement de tous les grands navires de surface dont l’amiral Erich Raeder, qui le 1er octobre 1928 a succédé à Hans Zenker à la tête de la Reichsmarine, entend se doter contre vents et marées et, il faut bien le dire, contre toute logique simplement rationnelle !

 Car en définitive,... à quoi pourront donc bien servir tous ces nouveaux et rutilants navires de guerre... 

lundi 20 juillet 2026

9337 - la quadrature du cercle

Le Preussen, en 1907. Son remplacement allait donner naissance au premier "cuirassé de poche"
… 11 juin 1927

 Car si le Traité de Versailles - rappelons-nous - a autorisé le remplacement des cuirassés pré-dreadnoughts de la Reichsmarine après 20 ans et unité pour unité, il l’a également assorti de deux contraintes formidables : une limite de 280mm (11 pouces) pour les canons et, surtout, de 10 000 tonnes pour le déplacement, soit équivalant à celui d’un croiseur lourd.

Or, s’il dispose bel et bien de quatre pièces de 280mm, même le plus ancien des pré-dreadnoughts allemands, le Braunschweig, dont la construction avait débuté en 1902, avoue déjà, à environ 13 000 tonnes,... 30% de plus sur la balance !

Sauf à sacrifier tout le blindage et une bonne partie de la vitesse - déjà l’un et l’autre dramatiquement insuffisants, comment construire de nouveaux cuirassés offrant une puissance de feu au moins identique, et si possible supérieure, avec 30% de tonnage en moins ? 

Et, en définitive, à quoi bon construire, nécessairement à fort prix, un tout nouveau cuirassé si c’est pour qu’il s’avère inférieur à celui qu’il est supposé remplacer et, a fortiori,… incroyablement inférieur aux nouveaux cuirassés "35 000 tonnes" dotés de canons allant jusqu’à 406mm (!) que le Traité de Washington autorise depuis 1922 aux marines britannique, française, américaine, japonaise et même italienne ?

Pour sortir de cette quadrature du cercle, il faudrait un authentique miracle ou, plus exactement, accoucher un tout nouveau concept : dès 1923, ingénieurs et architectes navals ont donc été amenés à soumettre des propositions qui, sans surprise, ont toutes été rejetées au fil des mois.

Le 11 juin 1927, le commandant-en-chef de la Reichsmarine, le vice-amiral Hans Zenker, se prononce finalement en faveur d’un dessin qui semble plus prometteur que les autres : le Projet VIII/30 d'un "panzerschiff", autrement dit d'un "navire cuirassé", officiellement donné pour "10 000 tonnes" - nous allons y revenir - et équipé de deux tourelles triples - une à l’avant, l’autre à l’arrière - de 280mm.

La mèche du "cuirassé de poche" est à présent allumée…

dimanche 19 juillet 2026

9336 - ... Leipzig, Nürnberg

Le Leipzig, en 1934. Notez le retour à la disposition classique - dans l'axe - des tourelles arrière
… le design des Königsberg, Karlsruhe et Köln s’avérant tout de même plus satisfaisant que celui de l’Emden, la Reichsmarine va donc naturellement s’en inspirer pour ces deux croiseurs suivants, les Leipzig et Nürnberg, respectivement mis sur cale en avril 1928 et novembre 1933.

Copies quelque peu améliorées des précédents, les dits Leipzig et Nürnberg s’en distinguent essentiellement au niveau de l’armement, certes toujours composé des mêmes trois tourelles triples de 150mm, mais dont les deux arrière reviennent cette fois à la disposition conventionnelle, donc simplement superposée selon l’axe du navire,… preuve s’il en était besoin que le positionnement précédant ne relevait finalement que du caprice d’architectes navals en mal de visibilité.

A la mise en service du Nürnberg, le 2 novembre 1935, la Kriegsmarine, qui aura elle-même succédé à la Reichsmarine le 21 mai, disposera donc de six croiseurs légers récents, dont cinq raisonnablement modernes encore que généralement inférieurs à leurs homologues français ou britanniques, ce qui, compte tenu des contraintes et difficultés qu'elle a dû surmonter au préalable, peut néanmoins déjà passer pour une belle victoire.

Mais si le remplacement des vieux croiseurs hérités de la Kaiserliche Marine et de la 1ère G.M. est à présent assuré, celui des non moins antiques pré-dreadnoughts reste encore à faire et présente, à l’évidence des défis encore plus considérables, que l'on pourrait toutefois résumer à une formule-choc...

... comment faire rentrer un cuirassé dans le corps d'un croiseur ? 

samedi 18 juillet 2026

9335 - Königsberg, Karlsruhe, Köln...

Le Köln, dans les années 1930, avec ses deux tourelles arrière à la disposition pour le moins étrange...
… reste qu’en dépit du symbole et des nouvelles ambitions qu’il représente, l’Emden, ou plus exactement son design, n’est pas suffisamment attractif pour inciter la Reichsmarine à lui construire un ou plusieurs "frères" afin de remplacer ses autres et anciens croiseurs.

Instabilité politique et restrictions budgétaires obligent, il faudra du reste attendre 1926 avant que les ersatz Thetis, Medusa et Arcona, qui deviendront respectivement les croiseurs légers Königsberg, Karlsruhe et Köln soient mis sur cale, et 1929 avant que le premier d’entre-eux entre en service.

Si la Commission de Contrôle alliée, qui disparaîtra d’ailleurs totalement en 1927, n’a cette fois plus son mot à dire, les trois nouveaux croiseurs n’en demeurent pas moins soumis à la restriction "unité pour unité et seulement après 20 ans d’âge" du Traité de Versailles de 1919, et à celle relative au tonnage - 7 000 tonnes - du Traité de Washington de 1922.

Par rapport à l’Emden, ces trois croiseurs sont néanmoins modernes et partent cette fois d’une feuille blanche, avec une chauffe qui passe - enfin - au mazout, et un armement composé de neuf pièces toujours en 150mm, mais de conception nouvelle et à présent regroupées en trois tourelles triples, par ailleurs disposées de manière pour le moins étrange, avec une seule tourelle à l’avant et deux autres superposées à l’arrière mais surtout décalées l’une l’autre par rapport à l’axe du pont - la tourelle numéro 2 se trouvant ainsi déportée de plusieurs mètres sur bâbord, et la numéro 3 sur tribord, un positionnement qui retiendra l’attention de tous les observateurs, mais que personne ne se hasardera néanmoins à copier, puisque ne procurant aucun avantage pratique.

Comme cela s’était déjà produit avec l’Emden, la mise en service de ces trois nouveaux croiseurs va toutefois entraîner le déclassement des Thetis, Medusa et Arcona, le premier étant ferraillé en 1930, et les deux autres convertis d’abord en simples navires-casernes, puis en pontons anti-aériens au début de la 2ème G.M. et jusqu’à leur sabordage, à la fin de celle-ci...

vendredi 17 juillet 2026

9334 - une renaissance et de nouvelles ambitions

L'Emden, lors d'une visite "de courtoisie" à Shanghai, en 1931
… s’il ne donnera jamais satisfaction à ses utilisateurs, et sera essentiellement utilisé pour l’entraînement, y compris lors de la 2ème G.M., l’ersatz Niobe, devenu le croiseur léger Emden à son lancement, le 6 janvier 1925, n’en marque pas moins une étape importante, encore qu’aujourd’hui largement oubliée, puisqu’il s’agit du premier grand navire de guerre construit et mis en service par l’Allemagne depuis l’humiliant armistice de novembre 1918.

Pour la Reischmarine, et pour l’Allemagne toute entière, il symbolise donc une renaissance et de nouvelles ambitions, certes encore fort timides, mais néanmoins réelles.

Et c’est d’autant plus vrai que le choix de son nom de baptême est tout sauf anodin !

Les habitués de ces chroniques se rappellent en effet qu’une fois libéré de  l’Ostasiengeschwader ("escadron d’extreme-orient") de l’amiral Maximilian von Spee, le 14 aout 1914, le premier Emden avait longtemps et brillamment écumé l’Océan Indien en tant que corsaire, coulant ou capturant plus d’une vingtaine de navires alliés avant de succomber, le 9 novembre 1914, sous les coups du croiseur australien Sydney, beaucoup plus puissant que lui.

Son épopée, suivie et popularisée par tous les journaux de l’époque, a évidemment incité la Reichsmarine à lui dédier un successeur, qui pourrait peut-être un jour, qui sait, reprendre le flambeau mais aussi le rôle, attendu qu’avec ses limitations, autant en matière d’armement qu’en blindage ou en vitesse, ce nouvel Emden ne serait assurément pas en mesure d’affronter un croiseur britannique ou français avec une chance raisonnable de succès.

Quant au Niobe, obligatoirement désarmé et rayé du registre naval allemand à la mise en service de l’Emden, celui-ci va connaître une seconde carrière étonnante : revendu en 1925 au Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes (1), et rebaptisé Dalmacija, celui-ci sera en effet capturé par les Italiens dans le port de Kotor (Montenegro) en avril 1941, rebaptisé Cattaro, et remis en service par ceux-ci. Après la reddition de l’Italie, en septembre 1943, le croiseur, bien fatigué, sera cette fois recapturé… par les Allemands, qui lui rendront son nom originel de Niobe, et s’en serviront comme croiseur anti-aérien auxiliaire jusqu’à son torpillage par des vedettes rapides britanniques en décembre de la même année…

(1) qui deviendra Yougoslavie en 1929

jeudi 16 juillet 2026

9333 - un croiseur au rabais

L'ersatz Niobe, devenu Emden, à Kiel, en 1928
… Wilhelmshaven, 8 décembre 1921

L’autre contrainte est - évidemment - matérielle : tout doit en effet être mis en oeuvre pour que l’ersatz Niobe coûte le moins cher possible aux finances publiques de la République de Weimar, raison pour laquelle, plutôt que de partir d’une feuille blanche, on va directement s’inspirer des plans du défunt croiseur léger Karlsruhe, sabordé en 1919 à Scapa Flow,… solution d’autant plus nécessaire que l’on ne dispose de toute manière pas de suffisamment de dessinateurs et d’architectes navals pour élaborer un tout nouveau bâtiment.

De la même manière, et alors que les principales marines de guerre du monde sont occupées à convertir à grands frais leurs navires existants pour la chauffe au mazout, l’ersatz Niobe devra quant à lui se contenter, du moins jusqu’en 1933, de chauffer au charbon,… combustible dont chacun a depuis longtemps appris à mesurer les inconvénients et les contraintes opérationnelles, en particulier au niveau du ravitaillement, qui ne peut s’effectuer qu’à quai, ou alors à l’arrêt, sur une mer parfaitement étale.

Les canons de 150mm ont pour leur part été récupérés ici et là, et sont tout sauf de première jeunesse, et l’armement antiaérien, que chacun devine pourtant de plus en plus nécessaire, quant à lui quasiment inexistant.

Si réduire les frais est toujours une intention louable, le résultat final, quel que soit le domaine, s’avère toutefois rarement à la hauteur des espoirs, et de fait, construit de bric et de broc, et au rabais, l’ersatz Niobe, mis sur cale à Wilhelmshaven le 8 décembre 1921, mais admis en service seulement quatre ans plus tard - restrictions budgétaires et troubles politiques obligent - ne donnera jamais vraiment satisfaction à ses utilisateurs.

Mais pour la Reichsmarine, et pour l'Allemagne, l'intérêt est ailleurs... 

mercredi 15 juillet 2026

9332 - l'ersatz Niobe

Le croiseur léger Niobe, en 1901
… 1921

En cette année 1921, le Niobe, lancé en 1899, mis en service en 1901, et figurant parmi les huit croiseurs légers que la Reichsmarine a été autorisée à conserver au lendemain du Traité de Versailles, accuse désormais ses vingt ans, ce qui, selon les termes du Traité, autorise donc la Reichsmarine à entamer son processus de remplacement.

Mais l’affaire n’est pas si simple ! 

D’abord parce que les plans et toutes les caractéristiques du futur "ersatz Niobe", c-à-d "remplaçant du Niobe", doivent être soumis pour approbation à la Commission de Contrôle alliée, dont les membres français et britanniques n’entendent évidemment pas, trois ans à peine après la fin de la guerre, permettre à la Reichsmarine de disposer d’un nouveau bâtiment offrant une quelconque supériorité sur leurs propres navires.

Or les Allemands, déjà, réclament pour ce nouveau bâtiment un armement composé de huit pièces de 150mm (5.9 pouces) en quatre tourelles doubles,… soit largement plus imposant que les dix canons de 105mm du Niobe originel !

Après de longues discussions, la Commission va finalement autoriser les huit canons… mais en autant de tourelles (!), dès lors éparpillées sur toute la surface du navire (deux à l’avant, deux à l’arrière, et deux sur chaque flanc), disposition fort peu pratique à l’usage, et grevant d'autre part considérablement la puissance de feu.

Et pas question non plus de dépasser le tonnage maximum autorisé, fixé à seulement 6 000 tonnes, ce qui, vu le poids des canons, des tourelles, mais aussi des obus, va inévitablement contraindre ingénieurs et architectes à sacrifier le blindage, mais aussi, déjà, à faire preuve de pas mal de créativité, en recourant notamment, et autant que possible, à la soudure en lieu et place des traditionnels rivets, solution innovante et qui sera reprise, à bien plus large échelle, sur les futurs "cuirassés de poche"
 
Mais n'anticipons pas... 

mardi 14 juillet 2026

9331 - le contournement de Versailles

Le sous-marin finlandais Vetehinen, en 1930. Il servira de base à la future classe VII allemande
… en partant des plans des U-boot allemands de la 1ère G.M., l’Ingenieurskantoor voor Scheepsbouw, fondé le 21 juillet 1922 par nulle autre que la société Krupp avec des ingénieurs allemands et hollandais, va ainsi être en mesure de concevoir des sous-marins de différents modèles et tailles pour d’autres nations, dont la Finlande et l’Espagne, sous-marins dont les essais et la mise au point seront systématiquement menés ou supervisés par des spécialistes allemands, et qui serviront, plus tard, de point de départ pour les célèbres U-boot de classe VII de la future Kriegsmarine

Et les manœuvres allemandes pour contourner le "diktat" de Versailles ne se limitent certes pas aux sous-marins, ni même au domaine naval : alors que le Traité leur interdit formellement de posséder la moindre Aviation militaire, les Allemands vont se tourner, dès 1921, vers l'URSS afin d'y reconstituer et d'y entraîner secrètement une flotte aérienne.

Le 16 avril 1922, le Traité de Rapallo va d'ailleurs sceller la collaboration germano-soviétique, en permettant à l'Allemagne d'installer au Paradis des Prolétaires plusieurs "centres de formation et d'expérimentation militaires", bien entendu constitués dans un "but pacifique" (sic)

En 1923, la société Junkers va même aller jusqu’à implanter une usine de construction aéronautique à Fili, au sud de Moscou. Une usine qui introduira la production en série, et la construction d'avions métalliques, en URSS, mais une usine qui, puisqu’il faut bien qu’il y ait malgré tout une morale, profitera surtout aux Russes, qui y formeront leurs meilleurs ingénieurs avant d'en prendre finalement possession, en mars 1927, pour la placer sous la direction d'un certain... Andreï Tupolev, dont les réalisations se mettront dès lors à ressembler étonnamment à des Junkers.

Mais parallèlement à l'usine de Fili, les Allemands vont également installer, cette fois à Lipetsk, un "centre de formation et d'expérimentation militaire", qui servira quant à lui à l'entraînement, loin des regards, des jeunes cadres et pilotes allemands jusqu'à sa fermeture, en 1933 - le nouveau Troisième Reich du Chancelier Adolf Hitler n’ayant alors plus guère de raisons de cultiver la discrétion…

lundi 13 juillet 2026

9330 - dans l'attente de jours meilleurs...

Le pr-dreadnought Schlesien, lors de sa visite "de courtoisie" à Curacao, en 1937
… mais même si les Alliés l’autorisaient à (re)construire tous les navires qu’elle veut, la Reichsmarine en serait financièrement bien incapable !

Définitivement privée de toutes ses colonies, amputée d’une bonne partie de son propre "Heimat", ruinée par la guerre, condamnée à payer d’énormes indemnités à ses vainqueurs, et de surcroît écrasée sous le poids de millions d’anciens combattants devenus chômeurs, la toute jeune République de Weimar n’a évidemment pas le moindre mark à consacrer à une nouvelle flotte de combat… et à peine de quoi entretenir le peu de navires surannés qu’il lui reste.

En conséquence, et faute d’alternative, la Reichsmarine est donc condamnée à utiliser, et à user jusqu’à la corde, les huit vieux pré-dreadnoughts dont elle a hérité, en les modernisant autant que faire se peut, en les modifiant parfois profondément, en les employant tantôt comme brise-glaces en Baltique durant les mois d’hiver, tantôt comme navire-école pour les jeunes recrues - puisqu’il faut bien, malgré tout, assurer la relève - ou encore pour des croisières dites "de courtoisie" en différents endroits du globe, afin de démontrer que non, la Marine allemande n’est pas morte et continue au contraire d’exister en attendant des jours meilleurs.

Dans la même veine, de petites cellules de veille, composées d’officiers mais aussi d’ingénieurs et d’architectes navals sont mises sur pieds afin de maintenir un niveau minimal d’expertise,… et aussi de se renseigner discrètement sur les activités, les réalisations et les projets des marines étrangères, histoire bien sûr d’être prêt à "relancer la machine" le jour où l’humeur des Alliés et l’état des finances publiques le permettront !

La possession, l’utilisation et la construction de sous-marins sont - nous l’avons dit - formellement interdites par le Traité de Versailles, mais compte tenu de l’importance capitale de cette discipline dans la guerre navale, la Reichsmarine va bien vite décider de passer outre en de recourant à la ruse, ou plus exactement à une société-écran néerlandaise, l’Ingenieurskantoor voor Scheepsbouw (IVS), ou bureau d’études pour la construction navale…

dimanche 12 juillet 2026

9329 - une marine de nains

Le pré-dreadnought Braunschweig, en 1904
… car au plan naval, les conditions dictées par le Traité de Versailles sont tout aussi draconiennes !

Alors que sa devancière était devenue, en 1914, la deuxième puissance navale au monde, la nouvelle Reichsmarine qui lui succède disparaît pour ainsi dire de tout classement,... et tout du reste est fait pour qu’elle n’y réapparaisse plus jamais !

Déjà, et compte tenu des ravages qu’ils ont provoqué durant celle que chacun appelle désormais "La Grande Guerre", la dite Reichsmarine ne pourra plus posséder et mettre en service le moindre sous-marin, tandis que les constructeurs allemands se verront quant à eux interdits d’en fabriquer, y compris pour le compte de pays étrangers.

Mais c’est toutefois au niveau de la flotte de surface que le coup est assurément le plus dur à encaisser, du moins au niveau du prestige !

La Reichsmarine ne pourra en effet conserver et mettre en service que six croiseurs (très) légers (+2 en réserve) bien inoffensifs, et six pré-dreadnoughts  (+2 en réserve) de type "coule-tout-seul", à peine bons pour la défense côtière, et ne portant rien de plus impressionnant que quatre malheureuses pièces de 280mm.

Mais comme ces croiseurs et pré-dreadnoughts, non contents d’être quasiment sans valeur militaire, sont déjà anciens - le croiseur Niobe a par exemple été mis en service en 1900, et le pré-dreadnought Braunschweig, en 1904 - les Alliés ont néanmoins accepté une - minuscule - concession : la Reichsmarine aura en effet le droit de les remplacer si elle le désire, mais seulement unité pour unité, seulement après 20 ans d'âge, et, surtout, avec une limite maximale, pour les pré-dreadnoughts, de 10 000 tonnes pour le déplacement, et un calibre maximal de 11 pouces (280mm) pour les canons, autrement dit… inférieure dans les deux cas aux pré-dreadnoughts actuels (!), ce qui, chacun en est du moins convaincu autant à Paris qu’à Londres ou à Washington, rendra ces éventuels nouveaux cuirassés allemands encore moins dangereux que leurs antiques prédécesseurs !

En principe, du moins... 

samedi 11 juillet 2026

9328 - le "diktat" de Versailles

"Voulez-vous que vos poches soient vidées avant ou après votre mort ?", caricature allemande, juin 1919 
… Versailles, 28 juin 1919

Que faut-il faire… ou, plus exactement,... que peut-on encore faire ?

Pour la République de Weiwar, qui a succédé à l’Empire allemand, et pour la Reichsmarine, qui a succédé à la Kaiserliche Marine, la seule et véritable question de l’heure est en effet de savoir ce que permettent encore les vainqueurs de l’Allemagne… et l’état calamiteux des finances publiques !

Car à peine une semaine après avoir perdu, à Scapa Flow, la quasi-totalité de sa flotte, l’Allemagne n’a maintenant d’autre choix que d’accepter le fameux "diktat" du Traité de Versailles du 28 juin 1919 qui, l’ayant jugée, avec ses alliés austro-hongrois et ottomans, seule responsable du conflit, la condamne dès lors à la perte définitive de toutes ses colonies d’Afrique, d’Asie et du Pacifique, que se partagent ses vainqueurs, mais aussi à l’amputation de 15% de son territoire métropolitain au profit de la France (qui récupère l’Alsace-Lorraine, perdue en 1870), de la Belgique, et de la nouvelle Pologne (qui y gagne de surcroit un accès à la Baltique grâce au bientôt célèbre "Corridor de Dantzig")

Mais l’Allemagne se voit également contrainte de payer des indemnités de guerre à ce point astronomiques que personne parmi les dits vainqueurs, qu'il faut bien appeler bourreaux, n’imagine vraiment comment elle parviendra jamais à s’en acquitter, et perd de surcroit la propriété de tous ses brevets, en plus de devoir livrer gracieusement quantités de matières premières, de marchandises et de biens.

Au plan militaire, son Armée de Terre est quant à elle réduite à seulement 100 000 hommes, et son Aviation interdite à tout jamais,… après avoir dû céder tous ses avions de combat.

Quant à sa Marine

vendredi 10 juillet 2026

9327 - la catastrophe

Le croiseur de bataille Hindenburg, sabordé à Scapa Flow : que faire à présent ?
… Scapa Flow, 21 juin 1919, 17h00

En cet après-midi du 21 juin 1919, à Scapa Flow, dans cette immense baie devenue la plus grande base navale britannique des Orcades, la quasi-totalité de la flotte de guerre allemande, saisie et internée à peine quelques mois plus tôt, achève de disparaître sous les flots.

En tout, cinquante-deux des soixante-quatorze navires présents, dont cinq croiseurs de bataille sur cinq et dix cuirassés sur onze (!), sont à présent perdus à jamais, autant pour l’Allemagne que pour ses vainqueurs.

La Hochseeflotte, cette étrange "Marine de parvenus", sans Histoire ni traditions, est donc retournée au néant dont elle avait surgi, à la stupéfaction générale, à la toute fin du 19ème siècle, lorsque le Kaiser Guillaume II et le Grand-Amiral Tirpitz avaient soudainement décidé que l’Avenir de l’Allemagne se jouerait désormais sur l’eau.

Chez les Britanniques, c’est la consternation, et bientôt la colère envers ces infâmes marins allemands qui, en sabordant leurs propres bâtiments, ont en quelque sorte "rompu l’armistice" (!), traîtrise qui leur vaut d’être aussitôt expédiés dans un camp de prisonniers de guerre dont leur chef, l’amiral Ludwig von Reuter, ne sortira lui-même qu’en janvier 1920.

Mais en Allemagne, ce choc, qui s’ajoute à l’humiliation de l’Armistice de novembre 1918, est une véritable catastrophe : en seulement quelques heures à peine, et sans même combattre, la toute jeune République de Weimar, qui a succédé à un Empire allemand désormais défunt, vient de perdre la quasi-totalité de son orgueilleuse Marine de guerre constituée au prix d’efforts démesurés au cours des années précédentes.

Que faut-il faire à présent ?

jeudi 9 juillet 2026

9326 - errare humanum est,... sed perseverare diabolicum

Le Deutschland, à son lancement, en 1931
Errare humanum est, l’erreur est humaine, affirme le célèbre dicton

Et de fait, au lendemain de l’Armistice de 1918, les puissances navales du monde entier, qu’elle soient victorieuses ou non, n’avaient eu d’autre choix que de reconnaître la kolossale erreur qu’elles avaient toutes commise en bâtissant, avant la guerre, de gigantesques flottes de combat articulées autour de monstrueux cuirassés et croiseurs de bataille d’une puissance certes jamais vue, mais si coûteux et surtout si vulnérables aux mines et aux torpilles de sous-marins qu’il avait fallu, quasiment dès les premières heures du conflit, les maintenir au port, de peur de les voir rapidement succomber les uns après les autres.

En conséquence, et alors que chacun les avait pourtant jusque-là perçus comme les nouvelles armes absolues de la guerre sur mer, les behemoths britanniques et allemands ne s'étaient pour ainsi dire jamais rencontré de toute la guerre, leur seul affrontement véritablement notable, celui du Jutland, en mai 1916, s’étant de surcroît soldé par un match nul si étrange (1) qu’il avait permis aux deux camps de crier victoire en même temps… mais pas pour les mêmes raisons !

Après cette faillite sans appel, on se serait normalement attendu à ce que tout le monde en tire les conséquences,… et cesse donc immédiatement de construire des navires d’un coût aussi exorbitant et d’une utilité militaire aussi pitoyable.

sed perseverare diabolicum, mais persévérer [dans l’erreur] est diabolique, soutient le même dicton.

De fait, les mêmes puissances navales, loin de renoncer à construire de gigantesques cuirassés armés de non moins gigantesques canons, avaient persévéré dans l’erreur,... et rapidement sombré dans le diabolique, en recommençant à mettre sur cale de nouveaux navires qui, en l’espace de quelques années, allaient supplanter leurs devanciers de la 1ère GM autant en vitesse, en blindage, en puissance de feu… qu’en coût et, une fois de plus, en totale inutilité !

Et le paradoxe veut qu’après le Dreadnought britannique de 1906, c’est l’Allemagne, autrement dit l’adversaire vaincue de 1918, qui allait, à peine une dizaine d'années plus tard, donner le coup d’envoi d’une nouvelle et formidable course aux armements, avec un navire d’un type, là encore, complètement nouveau…

… le cuirassé de poche.

(1) Saviez-vous que… Le Choc des Titans

mercredi 8 juillet 2026

9325 - Que sont-ils devenus ? (5)

Le Texas, en restauration, en 2023, ultime survivant des dreadnought de la 1ère G.M.
* mis en service en mars 1914, le dreadnought Texas, qui faisait partie de la Division Nine envoyée par le Président Wilson à Scapa Flow à la fin de 1917 afin d'y soutenir l’effort de guerre britannique, eut le privilège d’une carrière aussi riche qu’extrêmement longue, puisqu’il fut notamment utilisé pour appuyer le Débarquement en Afrique du Nord de novembre 1942, le Débarquement de Normandie de juin 1944, celui de Provence en juillet 1944, ou encore les Débarquements d’Iwo-Jima puis d’Okinawa en 1945 !

Retiré du service à la fin de la 2ème G.M., le Texas devint navire-musée en 1948,… ce qui lui valut également le privilège d’échapper aux chalumeaux des démolisseurs, contrairement à tous ses contemporains. 

Après un long chantier de restauration, cet ultime survivant des dreadnought de la 1ère G.M., devrait à nouveau être accessible au public en 2027

* principal responsable de la création de la Marine impériale allemande, le grand-amiral Alfred von Tirpitz vit son étoile pâlir dès le début de la 1ère G.M., la dite marine se révélant malgré tout incapable de rivaliser avec sa rivale britannique. 

En mai 1916, il démissionna de son poste de Secrétaire d’État à la Marine pour se lancer en politique, co-fondant d’abord un parti parti pan-germanique, puis intégrant, après l’Armistice, les rangs du Deutschnationale Volkspartei (DNVP, Parti populaire national allemand) de tendance völkisch pour lequel il siégea comme député au Reichstag jusqu’en 1928. 

Décédé en mars 1930, Tirpitz donna, quelques années plus tard, son nom au plus puissant, ultime et, il faut bien le dire, plus inutile cuirassé (1) de la nouvelle Kriegsmarine d’Adolf Hitler

(1) sur la triste histoire du Tirpitz : Saviez-vous que... Coulez le Tirpitz !




mardi 7 juillet 2026

9324 - Que sont-ils devenus ? (4)

Les funérailles de Reinhard Scheer, à Weimar, en novembre 1918
* navire-amiral de Jellicoe au Jutland, le cuirassé Iron Duke demeura en service actif jusqu’en 1929, puis fut converti en navire d’entraînement au tir. Endommagé à plusieurs reprises par des bombardements aériens à Scapa Flow lors de la 2ème G.M., l’Iron Duke fut finalement échoué sur le rivage pour servir cette fois de simple navire-dépôt. 

Il s’y trouvait encore en 1946 lorsqu’il fut finalement renfloué et ferraillé deux ans plus tard.

* navire-amiral de Beatty lors de cette même Bataille du Jutland, et gravement endommagé lors de celle-ci, le croiseur de bataille Lion fut placé en réserve en 1920 et ferraillé quatre ans plus tard en application des clauses du Traité de Washington sur le désarmement naval.

* commandant-en-chef de Hochseeflotte au Jutland, puis chef de l’État-major naval, Reinhard Scheer fut, tout comme Hipper et bien d’autres amiraux et généraux allemands, victime de l’Armistice et de l’inévitable réduction des effectifs qui s’ensuivit. 

Ayant rédigé ses mémoires en 1919, et très affecté l’année suivante par le meurtre de son épouse, victime d’un cambrioleur, Scheer mourut en novembre 1928, à l’âge de 65 ans. Cinq ans plus tard, la Reichsmarine donna son nom à son nouveau Panzerschiff ou "cuirassé de poche".

Aujourd'hui encore, les motivations exactes de Scheer lors de la sortie avortée de la Hochseeflotte du 30 octobre 1918, en plein pourparlers d'Armistice, et à laquelle se refusèrent les équipages, demeurent sujettes à controverses.

* responsable du torpillage du paquebot Lusitania le 7 mai 1915, le Kapitänleutnant Wilhelm Otto Walther Schwieger, qui s’était également échoué avec le U-20 sur les côtes danoises en novembre de l’année suivante, fut tué en septembre 1917 lors de l’explosion de son sous-marin qui avait frappé une mine. 

A cette date, il avait déjà coulé une cinquantaine de bâtiments, pour un total de plus de 180 000 tonnes.

lundi 6 juillet 2026

9323 - Que sont-ils devenus ? (3)

Le Manoir de Doorn, au Pays-Bas, ultime résidence du Kaiser Guillaume II

* mis en service en 1912, et navire-amiral de Scheer au Jutland, le cuirassé Friedrich der Grosse fut, comme nous l’avons vu, sabordé à Scapa Flow le 21 juin 1919. Finalement renflouée en avril 1937, après 18 ans passés au fond de l’eau, son épave fut ferraillée l’année suivante.

* contraint à l’abdication le 9 novembre 1918, le Kaiser Guillaume II eut toutefois la chance d’échapper au sort que les révolutionnaires bolcheviks infligèrent à son cousin "Nicky", et même à la Justice internationale, qui ne fut jamais en mesure de pousser la Reine des Pays-Bas, où il avait trouvé refuge, à l’expulser.

Ayant récupéré une bonne partie de ses biens personnels et de ses oeuvres d’Art, et même obtenu du nouveau gouvernement allemand qu’il lui verse une fort généreuse pension (!), le Kaiser déchu passa le reste de sa vie à l’abri du besoin dans son confortable Manoir de Doorn, déclinant en mai 1940 une invitation de Churchill qui lui avait offert l’asile après l’invasion des Pays Bas par l’Allemagne nazie. 

Après son décès à Doorn le 4 juin 1941, à l’âge de 82 ans, le gouvernement allemand lui offrit de brèves funérailles militaires. Le Mausolée de Doorn, où repose son cercueil, est encore aujourd’hui régulièrement visité par les monarchistes allemands.

* après avoir commandé les croiseurs de bataille allemand au Jutland, et succédé à Reinhard Scheer à la tête de la Hochseeflotte en aout 1918, l’amiral Franz Hipper préféra laisser à son subordonné Ludwig von Reuter le soin de convoyer celle-ci jusqu’à sa dernière demeure de Scapa Flow, où elle se saborda le 21 juin 1919.

Sans aucun espoir de nouvelle affectation après l'Armistice et la défaite de l'Allemagne, Hipper prit sa retraite en décembre 1918, et mourut en mai 1932 dans un anonymat total, dont la Kriegsmarine d’Adolf Hitler et de l’amiral Raeder le fit néanmoins sortir en 1938, en donnant son nom à un nouveau croiseur lourd.

dimanche 5 juillet 2026

9322 - Que sont-ils devenus? (2)

L'Incomparable et ses canons de 508mm,: ultime et délirant projet de John Fisher

* mis en service en 1906, le cuirassé Dreadnought, qui avait tout à la fois révolutionné la construction navale et donné le signal de départ d’une nouvelle et ruineuse Course aux Armements, n’était ironiquement pas présent au Jutland, lors du seul véritable affrontements entre cuirassés des deux camps. 

Déjà largement dépassé au début de la 1ère G.M., il ne survécut pas longtemps à l’Armistice : décommissionné en mars 1920, il fut finalement ferraillé en 1923, avec pour unique et étrange fait d’armes le naufrage du sous-marin allemand U-29, qu’il avait éperonné et coulé en mars 1915

* pas plus qu’aucun autre responsable britannique, l’amiral Hugh Evan-Thomas, qui commandait la 5ème Escadre de Combat - autrement dit les super-dreadnought - lors de la Bataille du Jutland, ne fut publiquement blâmé pour son rôle dans cet affrontement, où il s’était tout de même montré incapable, à pas moins de deux reprises, de suivre les manoeuvres des croiseurs de bataille dont il devait assurer la protection. 

Demeuré à la tête de la 5ème Escadre jusqu’en octobre 1918, Evan-Thomas, fut muté à terre en 1921, et prit sa retraite de la Marine en 1924. Jusqu’à son décès, en 1928, il livra régulièrement, et tout comme Beatty et Jellicoe, "sa vérité" sur les évènements du Jutland

* après avoir démissionné de son poste de Premier Lord de la Mer en 1910,… et l’avoir repris en 1914 (!), l’amiral John Fisher, "père" du dreadnought, du croiseur de bataille, puis du plus qu’étrange "grand croiseur léger", accoucha, en 1915, d’un projet encore plus délirant : le particulièrement bien nommé Incomparable (!), sorte de "très grand croiseur léger" de 48 000 tonnes, au blindage quasiment inexistant, mais doté de 6 canons de 508mm (!) et donné pour 35 noeuds, soit un authentique et monstrueux behemoth au coût qui s'annonçait rien moins qu'extravagant, mais dont Fisher lui-même estimait la durée de vie à seulement 10 ans !

Pour beaucoup, ce projet plus que titanesque était la preuve ultime du dérangement mental de cet homme de 74 ans que l’on avait jusque-là simplement considéré comme excentrique. Incapable de faire valoir ses vues, et victime, tout comme Churchill du désastre de Gallipoli, Fisher démissionna pour la seconde fois de son poste en mai 1915, et mourut d’un cancer en juillet 1920.

samedi 4 juillet 2026

9321 - Que sont-ils devenus (1)

* après avoir provoqué l’abdication du Kaiser Guillaume II, dont il était le petit-cousin, et été contraint, dans la foulée, d’abandonner son propre poste de Chancelier,… où il avait été nommé par le Kaiser (!), le Prince Max von Baden, se retira complètement de la vie politique, et mourut en 1929.

* l’amiral David Beatty, qui commandait les croiseurs de bataille anglais au Jutland avant de devenir commandant-en-chef de la Grand Fleet à la place de Jellicoe, puis Premier Lord de la Mer… là encore à la place de Jellicoe, réussira, grâce à son entregent, et malgré plusieurs changements de gouvernement et toutes les restrictions d’effectifs de l’après-guerre, à conserver son poste jusqu’à son départ à la retraite, en 1927. 

Mort en mars 1936, à l’âge de 65 ans, et après avoir successivement assisté à l’enterrement de Jellicoe et à celui du Roi George V, Beatty demeure, aujourd’hui encore, et tout comme Jellicoe, un personnage controversé, unanimement loué pour son courage au combat, mais souvent décrié pour sa manière brouillonne et par trop impétueuse de le mener, et aussi pour son incapacité à transmettre à Jellicoe les renseignements qui, au Jutland, auraient peut-être permis à celui-ci de remporter une véritable victoire.

* Winston Churchill, qui avait dû renoncer à son poste de Premier Lord de l’Amirauté en mai 1915 après le désastre des Dardanelles - dont il n’était pourtant pas personnellement responsable - rejoignit le Front belge, y servit comme lieutenant-colonel et, conformément à son habitude, survécut alors que tout le monde se faisait tuer autour de lui (!). Devenu Ministre des Munitions en 1917, il poursuivit ensuite sa carrière politique avec des hauts et des bas pendant plus d’une vingtaine d’années, étant notamment un des premiers à dénoncer la menace que faisait courir Adolf Hitler

Redevenu Premier Lord de l’Amirauté en septembre 1939 suite au déclenchement de la 2ème G.M., il accéda au poste de Premier Ministre le 10 mai 1940, après la démission de Neville Chamberlain, et mena la Grande-Bretagne au combat durant toute la guerre. Battu aux élections générales de juillet 1945, il redevint Premier Ministre en octobre 1951, et le demeura jusqu’à sa démission, en avril 1955. 

Demeuré Membre du Parlement, où il ne siégeait désormais plus que très rarement, jusqu’en septembre 1964, ce grand amateur de champagne, de cigares et de bons mots mais aussi - et on l’oublie toujours - Prix Nobel de Littérature en 1953 - s’éteignait le 24 janvier 1965, à 90 ans, après une véritable vie de légende…