samedi 10 octobre 2026

9419 - "notre première et meilleure chance de reprendre l'initiative et d'écourter la guerre"

Navire en chargement à Narvik, dans les années 1930
 … "Il est rare que des dirigeants d'un pays en guerre aient élaboré solennellement un plan aussi insensé : les Suédois et les Norvégiens, ayant sous les yeux le sort tragique de la Pologne, refusèrent en effet catégoriquement d'y prendre part. 

La querelle diplomatique se prolongea durant les mois d'hiver, tandis que les chefs militaires britanniques et français continuaient d'échafauder des plans optimistes, se persuadant peu à peu qu'en cas de débarquement, les Norvégiens accepteraient le fait accompli (1), et finiraient bien par coopérer. 

Ils étaient confortés dans cette conviction par l'avis de l'amiral Sir Edward Evans : celui-ci connaissait parfaitement la Norvège et les Norvégiens, parlait la langue, avait une épouse norvégienne, et avait été désigné pour commander les forces navales lors de l'opération de Narvik. 

L'initiateur du projet était [quant à lui] ce même esprit aventureux qui avait conçu la Campagne des Dardanelles durant la Première Guerre mondiale. 

Néanmoins, cette fois, Churchill bénéficiait en tout cas du soutien des chefs d'état-major, lesquels considéraient ce plan comme "notre première et meilleure chance de reprendre l'initiative et d'écourter la guerre" (2)

Il faut dire que, comme aux Dardanelles, le dit Churchill ne fait qu'actualiser une vieille tradition militaire britannique...

... l'action périphérique

(1) en français dans le texte
(2) ibid, pp 9 à 10

vendredi 9 octobre 2026

9418 - contre leur volonté, mais pour leur plus grand bien...

Chargement de minerai de fer, à Narvik, dans les années 1930
… dit autrement, Churchill et ses, pour l’heure, rares supporters envisagent en quelque sorte d’envahir et d’occuper une partie de la Norvège contre la volonté de ses habitants,... mais pour leur plus grand bien !

"Le fait qu'une telle idée ait été sérieusement envisagée témoigne de la méconnaissance totale, de la part des dirigeants politiques et militaires alliés, de la réalité de la guerre moderne et de la puissance écrasante des blindés et de l'aviation qui allaient bientôt déferler sur l'Europe une fois les Allemands prêts à passer à l'action.

L'idée-même que les Alliés auraient pu dégager suffisamment de troupes et d'avions pour tenir toute la Norvège - ce qui aurait probablement impliqué de défendre également la Suède ! - prête aujourd'hui à sourire, mais à l'époque, les dits Alliés avaient encore beaucoup à apprendre sur la conduite de la guerre moderne. 

C'est ainsi que, lorsque la Russie lança soudainement, le 30 novembre et avec l'assentiment de l'Allemagne, une attaque non provoquée contre la Finlande (1), suscitant une vague de sympathie pour les Finlandais autant chez les peuples scandinaves que chez les Alliés, la proposition d'envoyer des volontaires et du matériel au secours des dits Finlandais via la Norvège et la Suède fut associée à un plan visant à occuper Narvik, Luleå et la voie ferrée les reliant, qui constituait l'itinéraire le plus direct vers la Finlande. 

Un autre contingent britannique, de moindre importance, devait occuper trois ports du sud de la Norvège : Trondheim, Bergen et Stavanger. 

Tout cela devait se faire avec l'accord des Norvégiens et des Suédois" (2)

(1) cet épisode, qui allait coûter extrêmement cher à l’Armée rouge, se terminera le 13 mars 1940 par un cessez-le-feu néanmoins à l’avantage des Soviétiques
(2) ibid, pp 8 à 9

jeudi 8 octobre 2026

9417 - "L'acheminement du minerai depuis Narvik doit être stoppé par la pose d'une série de petits champs de mines dans les eaux territoriales norvégiennes"

Narvik, avant-guerre : le point de passage déjà obligé du fer suédois
 … "Il faut comprendre", écrit Churchill, "qu'un approvisionnement suffisant en minerai de fer suédois est vital pour l'Allemagne 

(…) L’arrêt de l'approvisionnement en minerai depuis la Norvège vers l'Allemagne doit être une opération offensive majeure de la guerre" (sic)

"Aucune autre mesure", ajoute-t-il, "ne nous est en effet offerte pour les nombreux mois à venir qui nous procurerait une si bonne occasion d'abréger le gaspillage et la destruction de ce conflit, ou peut-être même de prévenir les vastes massacres qui frapperont inévitablement les principales armées. 

(…) L'acheminement du minerai depuis Narvik doit être stoppé par la pose d'une série de petits champs de mines dans les eaux territoriales norvégiennes, et ce en deux ou trois points les plus appropriés de la côte, au plus près du rivage, ce qui forcera alors les navires transportant du minerai vers l'Allemagne à quitter les eaux territoriales [norvégiennes] pour la haute mer, où, s'ils sont allemands, ils seront saisis comme prises de guerre, ou, s'ils sont neutres, soumis à notre contrôle de la contrebande".

A n'en point douter, Winston is back,… mais autant en Grande-Bretagne qu’en France, personne n’est désireux de se lancer dans une opération militaire qui, même limitée au mouillage de quelques mines, constituerait bel et bien une violation flagrante de la souveraineté de la Norvège, et donc un casus belli pour cette dernière ! 

Churchill, pourtant, ne se décourage pas et, au fil des semaines, remet inlassablement sur la table l’idée d’un minage des côtes norvégiennes et, bientôt, celle d’un véritable débarquement de troupes britanniques, françaises mais aussi… polonaises (1)

(1) après la fin des combats en Pologne, le 6 octobre 1939, plus de 100 000 soldats et officiers polonais avaient réussi à rallier la Grande-Bretagne et la France afin d’y poursuivre la lutte 

mercredi 7 octobre 2026

9416 - le grand retour de Churchill...

Churchill, redevenu Premier Lord de l'Amirauté, 4 septembre 1939 : Winston is back...
… octobre 1939

Car dès le mois d'octobre 1939, un homme annonce clairement la couleur de ce qui attend les Danois et, surtout, les Norvégiens.

Cet homme, c’est Winston Churchill qui, le 3 septembre précédant, a retrouvé un poste officiel, en l’occurrence celui de Premier Lord de l’Amirauté,... qu’il avait dû abandonné vingt-quatre ans plus tôt suite à la débâcle des Dardanelles (2), dans laquelle il s’était beaucoup, et beaucoup trop, investi !
 
Et contrairement à la plupart des membres du gouvernement britannique, mais aussi français, qui se satisfont en définitive fort bien de cette "drôle de guerre" où personne ne se bat vraiment, et se contentent de "jouer la montre" et d’attendre que leurs industries de guerre, mais aussi les commandes massives passées aux États-Unis, leur permettent de combler le retard qui les sépare de l’Allemagne, Churchill, lui, brûle du désir d’en découdre !

"L’attitude défensive consistant à "attendre et voir" lui était insupportable. Son regard scrutateur parcourait la carte à la recherche de points où la puissance navale [britannique] pourrait être mise à profit. 

Son tempérament combatif fut stimulé lorsqu’il apprit que les navires de commerce allemands pouvaient transporter du minerai de fer de haute qualité - extrait en Suède - depuis le port norvégien de Narvik jusqu’en Allemagne, et ce en empruntant un itinéraire à l’abri de toute interception, car situé dans les eaux territoriales norvégiennes, alors neutres. 

Sur la majeure partie de son tracé, cette route serpentait entre les innombrables îles et îlots rocheux de la côte norvégienne, empruntant des chenaux connus sous le nom de Skjaergaard. Ce n’est qu’au sud de Stavanger (3) que les navires étaient contraints de gagner le large; toutefois, à partir de ce point, ils bénéficiaient de la protection de l’aviation allemande basée à terre"
(4) 

(1) Saviez-vous que... Errare humanum est sed perseverare diabolicum
(2) Saviez-vous que… Gallipoli 
(3) Extrémité sud de la Norvège
(4) Donald Macintyre, Narvik a nd the Norwegian Campaign of 1940, pages 7-8

mardi 6 octobre 2026

9415 - le corridor norvégien

Le port de Narvik, à la fin des années 1930 : le calme avant la tempête...
… tout comme la Suède, la Norvège est un pays neutre, en sorte qu’en théorie, un navire allemand ou opérant pour le compte du Reich peut venir charger du minerai de fer suédois à Narvik, puis, en longeant les côtes de Norvège sur plus de 2 000 km, rallier finalement la Mer Baltique, après avoir traversé le Détroit du Skagerrak, qui sépare la Norvège du Danemark, autre pays neutre.

Sur la plus grande partie de son parcours, le dit navire peut de surcroît compter sur l’existence du Skjaergaard, curiosité géologique composée d’un chapelet continu de plusieurs dizaines de milliers de petites îles et ilots inhabités séparant le grand large de la côte norvégienne, qui s’étend sur près de 1 600 km, et forme en pratique une sorte de corridor maritime à l’abri des regards indiscrets, un corridor que Churchill, avec son sens de l’humour si particulier, qualifiera bientôt de "norvégien",… en référence bien sûr au désormais défunt "corridor polonais" qui, jusqu’en septembre 1939, offrait à la Pologne un accès direct à la Baltique.

Par rapport au précédant, cet itinéraire est notoirement plus long et plus lent mais, sur le strict plan du fameux "Droit international", et en autant bien sûr que le navire chargé de minerai de fer suédois à destination de l’Allemagne demeure soigneusement à l’intérieur des eaux territoriales norvégiennes, rien n’autorise un bâtiment de guerre, un sous-marin, ou un avion de combat britannique ou français à s’en prendre à lui, puisque l’attaquer violerait la neutralité norvégienne, et constituerait un casus belli qui risquerait de précipiter dans les bras du Troisième Reich un Royaume de Norvège où les sympathisants - nous y reviendrons - d’Adolf Hitler et de son régime donnent déjà suffisamment de la voix !

Reste que dès qu’ils estiment qu’il en va de leur intérêt, et a fortiori en temps de guerre (!), les grandes puissances font presque toujours fi du "Droit international", et aussi des revendications de "neutralité" affichées par les petits États.

Et pour la malheureuse Norvège, mais aussi pour le Danemark, c’est exactement ce qui va se passer…

lundi 5 octobre 2026

9414 - une route... maritime

Narvik et Luleå, les deux seules voies de sorte pour le fer suédois de Kiruna et Malmberget...
… et malheureusement pour le Reich,  cette Route du Fer suédois est en réalité une route maritime, autant voire même davantage menacée par les caprices de la météo que par les éventuelles attaques de navires ou de sous-marins britanniques et français !

Car il n’existe en pratique que deux voies de sortie pour le minerai suédois : principalement extrait à Kiruna et Malmberget, celui-ci est ensuite transporté par chemin de fer vers le sud-est jusqu’au port suédois de Luleå ou, vers le nord-est, jusqu’à celui, norvégien, de Narvik.

Des deux, l’itinéraire sud-est est de loin le plus rapide, et le plus sécuritaire d’un point de vue strictement militaire.

Chargé à Luleå, le minerai n’a en effet qu’à traverser ensuite le Golfe de Botnie pour déboucher directement en Baltique - qui est une mer quasi-fermée, que le Reich est en mesure de contrôler relativement facilement - et arriver bientôt jusqu’aux ports allemands de Lubeck, Swinemünde (1) ou Stettin (2) 

Mais le problème, et il est de taille, c’est que la Mer Baltique a la fâcheuse tendance de geler en hiver et, surtout, que le Golfe de Botnie est lui-même entièrement pris par les glaces de novembre à mai, soit pas moins de cinq mois par an,... délai naturellement insupportable en temps de guerre !

Parce qu’ouvert à l’année longue, l’itinéraire nord-ouest, par le port norvégien de Narvik, ne souffre pas de ce handicap, mais présente toutefois d’autres et redoutables inconvénients…

(1) et (2) aujourd’hui Świnoujście et Świnoujście (Pologne) 

dimanche 4 octobre 2026

9413 - la Route du Fer

Le minerai de fer : une ressource a priori banale mais pourtant vitale pour la guerre...
… sans le fer, et sans la possession de vastes gisements de minerai de fer, l’Histoire du Monde aurait assurément été fort différente, et du reste, à l’automne de 1939, alors que la Campagne de Pologne vient à peine de s’achever sur la victoire sans appel du Troisième Reich, et alors que le pétrole est pourtant déjà devenu une ressource de premier ordre, et même un instrument de troc essentiel entre l’Allemagne nazie et son alliée soviétique, c’est encore le fer, ce minerai a priori extraordinairement banal, qui occupe l’esprit de toutes les chancelleries européennes.

Car sans lui, comment réaliser les fusils, les canons, les tanks, les navires, les avions, les véhicules, les moteurs indispensables à une guerre moderne, mais aussi toutes les machines nécessaires à leur fabrication ?

Contrairement à bien d’autres minerais, le fer est certes une ressource abondante sur Terre, mais autant en Angleterre qu’en Allemagne, il y a longtemps que la production nationale n’est plus en mesure de satisfaire la demande, ce qui nécessite donc de l’importer massivement depuis l’étranger.

En 1938, le Reich a ainsi été contraint d'importer pas moins de 22 millions de tonnes de minerai de fer, dont 40%, soit environ 9 millions de tonnes, en provenance de la seule Suède.

Quelques mois plus tard, le déclenchement de la 2ème G.M. a réduit considérablement voire complètement tari les importations en provenance d’autres pays - à commencer bien sûr par la France ! - ce qui, par voie de conséquence, a aussitôt rendu le fer suédois d'autant plus vital pour le Reich.

Sans surprise aucune, ce désagréable mais implacable constat ne peut qu'inciter Adolf Hitler à se lancer rapidement dans une nouvelle guerre, non pas pour s'approprier directement le minerai, mais tout simplement pour en garantir son acheminement régulier et sécuritaire jusqu’en Allemagne et selon un itinéraire que chacun va bientôt apprendre à connaître comme…

… la Route du Fer

samedi 3 octobre 2026

9412 - bien avant le pétrole...

Soldats anglais, français et Polonais, en Norvège, en 1940 : comment couper la Route du Fer...
… depuis des décennies, et partout dans le monde, on a coutume de dire que tous les conflits entre États sont motivés uniquement par la conquête ou le contrôle du pétrole

Que cette affirmation soit vraie, fausse, ou simplement exagérée, on ne saurait nier le fait que les dits conflits ne peuvent effectivement débuter, et se poursuivre durablement, sans cette ressource liquide aussi vitale que nauséabonde, qui permet notamment aux tanks et aux véhicules militaires de rouler sur les champs de bataille, aux bâtiments de guerre de naviguer sur les océans, ou encore aux avions de combat de voler dans le ciel.

Ce faisant, on oublie néanmoins qu’il n’en a pas toujours été ainsi, et qu’en réalité, pendant des millénaires, les tribus puis les civilisations humaines se sont fait la guerre pour quantités d’autres raisons, comme la possession du feu, de femmes, d’esclaves, de territoires de chasse, de terres cultivables, de métaux précieux, et de bien d’autres choses encore.

En pratique, et jusqu’à la toute fin du 19ème siècle, les Hommes se sont d’ailleurs entretués en ignorant tout ou presque du pétrole et, si ce n’est parfois comme arme incendiaire - comme avec le feu grégeois - de son utilisation militaire éventuelle.

Pendant plus de 3 000 ans, c'est au contraire le fer qui a dominé les esprits et tous les champs de bataille, et, des simples épées jusqu'aux cuirassés, en passant par les fusils et les canons, façonné toutes les armes qui ont permis la création puis le maintien de vastes empires...


vendredi 2 octobre 2026

9411 - quand l'Histoire bégaye

Ultime cuirassé allemand, le Tirpitz passera l'essentiel de sa vie dans un fjord, à ne rien faire
… mais comme il faut, malgré tout, tout mettre en oeuvre pour que le peu de bâtiments existants et déjà impossibles à remplacer ne se retrouve pas bien vite au fond de l’eau, le Führer d’ordonner également que la Kriegsmarine ne les engage en mer que si leur sécurité peut y être garantie, ou alors, et en pratique le plus souvent, qu’elle les maintienne au port… comme la Kaiserliche Marine, rappelons-nous (1), l’avait fait elle aussi lors de la 1ère G.M, avec ses propres cuirassés et croiseurs de bataille.

Le problème, toutefois, et signe que l’Histoire bégaye sérieusement, est strictement le même qu’en 14-18 !

Dans un port allemand et, plus tard, au fond d’un fjord norvégien, les grands bâtiments de la Kriegsmarine ne risquent - pour le moment du moins ! - finalement pas grand-chose,… mais ils ne servent en revanche absolument à rien, et ce alors que le Troisième Reich est en guerre et qu’ils lui ont tout de même coûté fort cher !

A contrario, si on accepte, après la destruction du Graf Spee, de les renvoyer malgré tout en mer afin de leur faire jouer à nouveau un rôle de corsaires - le seul qui paraisse encore à leur portée - contre les navires marchands ennemis, on leur rend certes une certaine utilité militaire,… mais on les expose par contre à une nouvelle et éventuelle mauvaise rencontre, et peut-être même à une autre issue tout aussi fatale que celle du Graf Spee,... laquelle réduira encore un peu plus leur nombre, et les rendra encore moins pertinents !

Un incident totalement inattendu, mais auquel le défunt Graf Spee est directement mêlé, va toutefois bientôt inciter Hitler à risquer ses grands bâtiments dans une mission finalement plus conforme à leur nature, mais dans laquelle ils vont hélas perdre plusieurs des leurs…

… sécuriser la Route du Fer.

(1) Saviez-vous que… Le Choc des Titans

jeudi 1 octobre 2026

9410 - ne pas persévérer dans l'erreur

Le Prinz Eugen, devenu... américain (!), fin 1945 : ultime croiseur lourd de la Kriegsmarine
… mais Hitler, bien sûr, ne va pas se contenter d’un acte purement symbolique !

Après avoir déjà suspendu, dès le début de la Campagne de Pologne, la construction de nouveaux grands navires de surface, il ordonne cette fois qu’elle soit définitivement annulée

Si cette mesure offre le considérable avantage de libérer plusieurs chantiers navals et de fort nombreux ouvriers, que l’on pourra dès lors affecter à d’autres tâches, et notamment à la construction de nouveaux sous-marins, elle présente en revanche le grave inconvénient de condamner la Kriegsmarine à perdre progressivement, par l’inévitable et cruelle loi de l’attrition, le peu de bâtiments dont elle dispose encore et qui, par voie de conséquence, deviendront de moins en moins pertinents

Si le Führer accepte que les travaux sur les cuirassés Bismarck et Tirpitz, et aussi sur le croiseur lourd Prinz Eugen, se poursuivent normalement, il exige en revanche que ceux sur d’autres bâtiments pourtant eux aussi en achèvement, comme le porte-avions Graf Zeppelin, ne se déroulent plus qu’à un rythme à ce point ralenti qu’ils se verront, au bout du compte, finalement abandonnés complètement.

Mais Hitler va aller encore plus loin, en se débarrassant des deux derniers croiseurs lourds de la classe Hipper, lancés en janvier et juillet 1939, mais toujours en achèvement à Brème, l’un  se voyant dès lors destiné à devenir un futur porte-avions - qui, comme le Graf Zeppelin, ne sera toutefois jamais terminé - et l’autre carrément cédé à l’URSS en échange de pétrole et de blé soviétiques !

Errare humanum est, sed perseverare diabolicum : en se relançant dans la construction de grands navires de guerre à la toute fin des années 1920, l’Allemagne a manifestement commis une grave erreur, mais au moins vient-elle de décider, en ce début des années 1940, de ne pas pas persévérer dans cette voie manifestement sans issue…

mercredi 30 septembre 2026

9409 - un reclassement inévitable

Le Panzerschiff Admiral Scheer, devenu croiseur Admiral Scheer, en Norvège, en juin 1942
… extraordinairement coûteux, trop dépendants d’une logistique complexe, trop facilement repérables en mer, bien trop surarmés pour n’affronter que de simples cargos, mais néanmoins trop vulnérables face à des navires de guerre ennemis, et donc, et en résumé, aucunement efficients dans cette guerre de course pour laquelle ils ont pourtant été conçus (!),… les grands navires de surface de la Kriegsmarine présentent, en ce début de 1940, un bilan proprement accablant et surtout aux antipodes de celui des U-boot et bientôt des simples cargos armés d’une poignée de vieux canons et ainsi transformés eux aussi en corsaires.

Et les conséquences de cet épouvantable bilan ne vont pas tarder !

Après la destruction du Graf Spee, la Kriegsmarine va ainsi reclasser en simples "croiseurs lourds", donc au même rang que ses actuels Hipper, ses deux "cuirassés de poche" survivants

Aussi symbolique et administratif puisse-t-il sembler, ce reclassement (1) n’en consacre pas moins la faillite aussi spectaculaire que sans appel d’une formule, celle du Panzerschiff lourdement armé, que chacun - et pas seulement en Allemagne ! - avait pourtant trouvée excellente, voire même révolutionnaire, à peine six ans auparavant, au point d’ailleurs de donner le signal de départ d’une nouvelle et formidable au courses aux armements navals.

Même s’il préfère de loin le concret, Hitler n’est est pas moins lui aussi conscient de la valeur des symboles.

Ayant réalisé, après le désastre de Montevideo, la grande vulnérabilité des Panzerschiffe, le Führer va lui-même ordonner que le Deutschland, autrement dit "l’Allemagne", soit bien vite rebaptisé "Lützow"… histoire d’éviter que la Presse britannique puisse un jour titrer que "l’Allemagne a été envoyée par le fond !"…

(1) devenus simples croiseurs, les ex cuirassés de poche souffriront toutefois jusqu'à la fin de la guerre de leur vitesse notoirement inférieure à ceux-ci, rendant dès lors toute cohabitation difficile

mardi 29 septembre 2026

9408 - les illusions perdues

L'épave du Graf Spee, à Montevideo : les illusions perdues..
… si la cible d’un cuirassé de poche n’était donc rien d’autre qu’un banal et très inoffensif cargo,  son principal ennemi, en revanche, n’était pas le "vrai" cuirassé, mais bien le simple croiseur armé de canons de 130mm, 150mm ou, au dans le meilleur des cas, 203mm.

Contre un croiseur, un cuirassé de poche comme le Graf Spee ne pouvait en aucune manière gagner une course de vitesse, mais la Kriegsmarine avait néanmoins estimé qu'en cas de rencontre, le dit croiseur ne lui poserait pas de réels problèmes, puisqu’avec ses gros canons de 280mm, il pourrait le détruire facilement, ou du moins toujours le maintenir à distance respectable.

Comme les dommages reçus par l’Exeter lors de la Bataille du Rio de la Plata en témoignent, ce raisonnement était assurément valide, mais il faisait malheureusement totalement l’impasse sur un point fondamental : des croiseurs comme l’Exeter, la Grande-Bretagne, la France, les États-Unis en possédaient par dizaines !

En pratique, et comme la Bataille du Rio de la Plata l’avait d’ailleurs bien vite démontré, le cuirassé de poche ne risquait donc pas de rencontrer un, mais bien plusieurs croiseurs ennemis sur sa route, lesquels seraient alors en mesure de l’attaquer de plusieurs côtés à la fois, en le contraignant lui-même à disperser sa propre puissance de feu, rendant dès lors sa riposte bien moins efficace.

Qui plus est, et bien que supérieur à celui d’un croiseur, le blindage d’un cuirassé de poche n’était pas suffisant pour le rendre invulnérable aux obus de 152mm ou 203mm de ce dernier,… comme la Bataille du Rio de la Plata l’avait également démontré.

Enfin, en cas d’avaries, et contrairement à tous ses adversaires, le cuirassé de poche allemand ne pouvait compter sur aucun secours ou renfort d’aucune sorte, et était dès lors condamné soit à succomber en mer, soit à se faire interner dans un pays neutre, soit, et comme le Graf Spee, à se saborder lui-même…

lundi 28 septembre 2026

9407 - efficace, mais pas du tout efficient

Le cargo armé Kormoran, ou la manière beaucoup plus efficiente de traquer des simples cargos
… dans l’Atlantique Nord, le Deutschland avait joué de malchance, mais au Sud, entre le 30 septembre et le 7 décembre 1939, soit en 68 jours, le Graf Spee s’était quant à lui adjugé neuf cargos pour un total d’environ 60 000 tonnes.

Comme corsaire, et contre le trafic maritime de l'adversaire, un Panzerschiff était donc un navire raisonnablement efficace, mais en aucune manière un navire efficient, c-à-d un navire capable d’atteindre le meilleur résultat possible (dans ce cas-ci, couler un grand nombre de cargos) avec le moins de ressources possibles (argent, main d’œuvre, énergie, etc) 

Car enfin, le fait d’employer un bâtiment de guerre de 12 000 tonnes et de 80 millions de Reichsmarks (1), un équipage d’un millier de marins et d’officiers, et des canons de 280mm capables de projeter un projectile de 300 kg à plus de 30 km (!), pour simplement capturer puis couler une poignée de vulgaires cargos isolés, désarmés et dépourvus de tout blindage, tout cela ne faisait, dès le départ, absolument aucun sens !

Et encore fallait-il ajouter à cela un, et si possible plusieurs, pétroliers qui, à bonne distance, et dans la plus grande discrétion, devaient constamment accompagner le dit navire tout au long de son périple, le ravitailler en carburant à intervalles réguliers, et en des lieux convenus d’avance, et aussi prendre à leur bord tous les marins des navires capturés, puisqu’il n’y avait tout simplement pas assez de place à bord du Panzerschiff pour les héberger tous !

Par contraste, l’emploi de cargos réquisitionnés ou acquis au rabais, simplement armés d’une poignée de vieux canons, et menés par seulement quelques centaines d’hommes, était non seulement tout aussi efficace, mais surtout beaucoup plus efficient, et, en cas de perte au combat, ne risquait en aucune manière de provoquer un drame national...

(1) environ 2,5 milliards d'euros

dimanche 27 septembre 2026

9406 - trop vite rattrapés par le progrès...

Le Deutschland, devenu Lützow, dans un fjord norvégien, en 1942
… à sa mise en service, le 1er avril 1933, le Deutschland, le premier "cuirassé de poche" avait stupéfait le monde entier.

Sur le papier, la formule - nous l’avons dit - paraissait en effet géniale, puisqu’avec son armement quasiment égal à celui d’un cuirassé, et sa vitesse quasiment égale à celle d’un croiseur, ce nouveau type de navire incarnait en quelque sorte le meilleur des deux mondes, capable d’échapper sans problème au premier, et d’écraser, ou du moins de tenir à bonne distance, le second.

Le problème, c’est qu’à la déclaration de guerre, à peine six ans plus tard, le monde avait déjà beaucoup changé : chaque grande nation avait en effet commencé à concevoir, à construire, et parfois même à mettre en service une nouvelle génération de vrais cuirassés, dits "rapides", qui égalaient, et même surpassaient, les 28 nœuds du Deutschland et de ses deux jumeaux, et disposaient d’un armement et d’un blindage autrement plus impressionnants que ces derniers

De révolutionnaire, la formule était ainsi devenue… suicidaire, et l’ironie veut qu’après les Français, les Allemands eux-mêmes aient été, avec leurs Schlachtschiffe Scharnhorst et Gneisenau, les premiers à mettre en service des navires à la fois plus rapides, mieux armés et mieux protégés que leurs prédécesseurs, dès lors irrémédiablement déclassés et en définitive rendus presque aussi obsolètes que les pré-dreanoughts à l’apparition du premier dreadnought.

A l’entrée en guerre, la Kriegsmarine, malgré tout consciente de leurs faiblesses, les avaient donc lancé dans l’Atlantique et à l’attaque non pas de cuirassés et de croiseurs, mais bien de simples cargos dépourvus de tout armement et de tout blindage

Une mission qui, a priori, semblait tout à fait à leur portée, et pour laquelle ils avaient d’ailleurs été conçus…

samedi 26 septembre 2026

9405 - dans la mémoire collective

… sans surprise, l’épopée de l’Admiral Graf Spee donnera bien évidemment lieu à une adaptation cinématographique - The Battle of the River Plate - dès 1956, avec un Peter Finch extrêmement chevelu (!) dans le rôle de Hans Langsdorff, Anthony Quayle dans celui du commodore Henry Harwood, et Bernard Lee - qui incarnera bientôt le célèbre M dans les premiers films de James Bond - dans celui de Patrick Dove, l’irascible commandant de l’Africa Shell.

Mais des livres, des reportages, des analyses, quantités de documentaires avaient déjà été consacrés au sujet, et lui seront encore consacrés dans les années suivantes. 

En fait, près de 90 ans après sa disparition, le Panzerschiff Graf Spee continue toujours d’alimenter la mémoire collective,… contrairement à ses jumeaux Deutschland et Admiral Scheer, aux croiseurs de la classe Hipper, ou encore aux Schlachtschiffe Scharnhorst et Gneisenau, que tout le monde ou presque a depuis longtemps oubliés.

Il n’y a finalement que le cuirassé Bismarck qui, pour des raisons finalement fort semblables,  et au terme d’une carrière encore plus brève (!), bénéficie encore aujourd’hui d’une réputation analogue.

L’un et l’autre, pourtant, n’ont jamais été en mesure de tenir les promesses que l’Allemagne, la Kriegsmarine, Raeder, et, au moins dans une certaine mesure, Hitler lui-même, avaient placé en eux.

Et au sein du Troisième Reich, certains vont bientôt en tirer quelques conclusions fort désagréables pour les grands navires de surface…

vendredi 25 septembre 2026

9404 - après la bataille

La figure de poupe du Graf Spee, tout juste sortie des eaux: la svastika sera bientôt recouverte
… dans les jours suivants la mort de Langsdorff, et parce qu’il ne saurait être question de tous les rapatrier en Allemagne, les quelque 1 000 marins et officiers du Graf Spee seront transférés d’Uruguay en Argentine, où vit déjà une importante colonie allemande, et dont le régime, nous l’avons dit, est autrement plus favorable au Reich… et le demeurera du reste bien après la fin du conflit et la disparition du Reich lui-même.

Internés dans des camps militaires, et parfois même dans des hôtels, il y bénéficieront toutefois d’un traitement sans comparaison possible avec celui de leurs compatriotes ou adversaires faits prisonniers sur le sol européen.

Après-guerre, bon nombre d’entre-eux choisiront d'ailleurs de demeurer en Argentine plutôt que de s’en retourner dans leur pays natal, dévasté et à nouveau vaincu.

L’épave du Graf Spee continuera quant à elle de monter la garde durant plusieurs années devant le port de Montevideo, jusqu’à ce qu’elle finisse par s’enfoncer dans la vase et par disparaître de la surface des flots

Au fil du temps, des militaires alliés, des scientifiques, des archéologues et finalement des chercheurs de trésors s’intéresseront toutefois à la carcasse rouillée de l’ultime Panzerschiff de la Kriegsmarine.

En 1964,  un mémorial en partie constitué d’une ancre du Graf Spee sera ainsi érigé dans le port de Montevideo. Trente ans plus tard, une des tourelles secondaires de 150mm sera quant à elle remontée à la surface pour être exposée à l’extérieur du Musée maritime. 

En 2004, le télémètre principal sera lui aussi renfloué et exposé dans le port. Encore deux ans et, ce que certains pourraient sans doute considérer comme le joyau de la couronne retrouvera à son tour la lumière du jour : la figure de proue - ou plutôt et dans ce cas-ci de poupe - soit un aigle allemand en bronze, de deux mètres de long et 350 kg, avec une croix gammée dans ses serres,… une croix gammée que l’on s’empressera de recouvrir d’une toile, et un trophée qui finira lui-même au fond d’un vulgaire dépôt afin, selon l’expression consacrée, de ne pas heurter certaines sensibilités"…

jeudi 24 septembre 2026

9403 - in memoriam

La tombe de Hans Langsdorff, à Buenos Aires, au cimetière de la Chacarita
… Buenos Aires, Argentine, 20 décembre 1939

Le 19 décembre, Hans Langsdorff, qui s’est réfugié en Argentine avec les marins de l’équipe de sabordage, écrit à l’ambassadeur d’Allemagne  

"Pour un commandant conscient de son Honneur, il va sans dire que le destin personnel ne peut se séparer de celui de son navire. 

(…) Je porte seul la responsabilité du sabordage du Panzerschiff Admiral Graf Spee. Je suis heureux de payer de ma vie tout ce qui pourrait porter atteinte à l’Honneur du drapeau. 

J'affronterai mon destin avec une foi inébranlable en la cause et en l'avenir de la Nation et de mon Führer"

Le lendemain, dans sa chambre d’hôtel de Buenos Aires, et sur l’ancien pavillon noir, blanc, rouge et à croix de fer de la Kaiserliche Marine (1), l’ultime commandant du Graf Spee se suicide d’une balle dans la tête. 

Enterré avec tous les honneurs militaires, et en présence de plusieurs officiers britanniques, au Cimetière de la Chacarita, à Buenos Aires, où il repose encore aujourd'hui, Hans Langdorff n’était pas un nazi, mais un simple officier de carrière allemand, entré sous les drapeaux à l’époque de la Marine impériale.

"C’était un officier d’une haute valeur morale. Tous ceux qui furent ses prisonniers à bord du Graf Spee furent unanimes à se louer de la façon chevaleresque dont il les avait traités" (2)

En cette drôle de guerre, et en tout cas sur mer, la Chevalerie a encore un sens, et ce dans les deux camps, mais cette Chevalerie est, malheureusement, amenée à progressivement disparaître au fil des mois…

(1) une controverse existe sur la nature du pavillon, certains estimant qu’il s’agissait en fait du pavillon de bataille du Graf Spee
(2) Mordal, op cit, pp 146-147 

mercredi 23 septembre 2026

9402 - ce que Churchill veut...

L'Exeter,arrivant à Plymouth, en février 1940. Les dommages ont été maquillés autant que possible
… car le 3 septembre 1939, Winston Churchill est redevenu Premier Lord de l’Amirauté, autrement dit Secrétaire d’État à la Marine,… poste dont il avait dû démissionner vingt-quatre ans plus tôt (1), après la désastreuse affaire des Dardanelles.

Et Churchill, lui, n’a pas la moindre intention de laisser l’Exeter rouiller à Port Stanley jusqu’à la fin de la guerre !

Peu importe ce que lui disent les responsables de la Royal Navy : même si le rapatriement en Grande-Bretagne puis la réparation du croiseur ne sont ni militairement ni financièrement justifiés, ils sont en revanche politiquement indispensables !

Pour Churchill, et d’un point de vue politique, tout doit en effet être mis en œuvre pour ne pas permettre aux Allemands de s’adjuger l’Exeter comme victoire : il faut au contraire le ramener au pays à n’importe quel prix, et l’y ramener en grande pompe, afin que chacun, où que ce soit dans le monde, réalise que non, le Graf Spee n’a pas détruit un seul croiseur britannique !

Dans une missive au Premier Lord de la Mer Dudley Pound, Churchill écrit ainsi que "Nous ne devrions pas accepter trop facilement toute absence de réparations à l’Exeter pour la durée de la guerre. Le navire devrait au contraire être renforcé et consolidé intérieurement autant que possible, puis rentrer au pays" [pour y être réparé]

Et ce que Churchill veut, la Royal Navy le doit : à la fin du mois de janvier 1940, remis en état autant que possible, le croiseur va entreprendre le long et périlleux voyage jusqu’en Grande-Bretagne où, comme l’a voulu Churchill, il sera accueilli avec tous les honneurs qui lui sont dus avant de rejoindre, le 14 février, un chantier de réparation qui l’hébergera jusqu’en mars 1941 !

En mai, le croiseur miraculé s’en ira alors rejoindre l’Eastern Fleet dans l’Océan Indien,... et y rencontrera bientôt une toute autre guerre, qui s’achèvera tragiquement pour lui en Mer de Java, le 1er mars 1942

Mais ceci est une autre Histoire…

(1) Saviez-vous que… Gallipoli 

mardi 22 septembre 2026

9401 - le mort vivant

Le croiseur lourd Exeter, ou pourquoi vouloir ressusciter un mort...
… Port Stanley, Falklands, 16 décembre 1939

Très gravement endommagé lors de l’affrontement du 13 décembre, ayant perdu toute son artillerie, troué comme une passoire, prenant l’eau de toute part, et contraint de tracer sa route uniquement à l’aide d’un simple compas d’embarcation (!), l’Exeter, devenu poids mort, avait - rappelons-nous - finalement été autorisé à retraiter aux Falklands, archipel certes isolé et distant de quelque 1 800 km, mais offrant toutefois, parce que britannique, le considérable avantage de lui éviter tout risque d’y être interné jusqu’à la fin de la guerre.

Arrivé par ses propres moyens, et presque par miracle, à Port Stanley le 16 décembre, ses blessés et la plus grande partie de son équipage évacués à terre, le croiseur, après quelques réparations de fortune uniquement destinées à s’assurer qu’il ne coule pas au beau milieu du port (!), est ensuite quasiment abandonné sur place.

Car à Londres, l’Amirauté le considère en effet dores et déjà comme une cause perdue, et même une perte totale, d’abord parce qu’il n’existe à Port Stanley, à plus de 13 000 km de la métropole, rien qui pourrait le remettre minimalement en état de combattre, et ensuite parce qu’en supposant-même qu’on parvienne à le rapatrier en Grande-Bretagne, les réparations, qui s’apparenteraient en fait à une quasi-reconstruction (!), ne seraient ni militairement ni financièrement justifiées, tant elles exigeraient de moyens humains et matériels.

De toute manière, en cette "funny war", cette "drôle de guerre" où il ne se passe pour ainsi dire plus rien depuis l’écrasement final de la Pologne, le 6 octobre, la Royal Navy n’est certes pas sur le point de manquer de croiseurs, alors à quoi bon vouloir ressusciter un mort ?

Un homme, pourtant, ne l’entend pas de cette oreille…

… Winston Churchill

lundi 21 septembre 2026

9400 - comment présenter l'affaire au peuple allemand ?

Le Graf Spee, brisé et en flammes : comment présenter la chose au peuple allemand ?
… en un peu plus de trois mois de campagne, l’Admiral Graf Spee, le plus récent cuirassé de poche de la Kriegsmarine, n’est donc parvenu à couler que neuf navires marchands ennemis, soit environ 60 000 tonnes, avant de devoir lui-même se saborder devant Montevideo, parce qu’incapable de venir à bout de simples croiseurs britanniques pourtant dépourvus de tout blindage, et porteurs d’un armement très inférieur au sien ! 

Pour la Royal Navy, c’est une incontestable victoire, certes obtenue sans panache, et par défaut, mais une victoire quand même.

Pour la Kriegsmarine, en revanche, c’est un véritable désastre, qui le prive déjà d’un de ses rares grands navires, mais surtout d’un grand navire d’autant plus impossible à remplacer qu’après cette débâcle, après ces 80 millions de Reichsmarks partis, au propre comme au figuré, en fumée, Hitler ne va certes pas revenir sur sa décision d’arrêter les frais et d'en rester là.

Et pour les services de Propagande du docteur Goebbels, c’est en tout cas une affaire très difficile à présenter au public allemand sous un jour favorable.

Impossible bien sûr de parler d’une victoire - les images du Panzerschiff en train de brûler devant Montevideo ont en effet fait le tour du monde - mais le sabordage offre au moins un avantage : si le Graf Spee a bel et bien disparu, c’est uniquement parce que son propre équipage l’a voulu ainsi… et pas parce que les Britanniques l’ont réellement vaincu !

Le Graf Spee, du reste, ne combattait-il pas à un contre trois ? 

Et en détruisant le croiseur Exeter, n’a-t-il pas finalement réalisé un fait d’armes qui, si ses conséquences pratiques ne s’avéraient pas bien plus graves pour la Kriegsmarine que pour la Royal Navy, pourrait presque transformer toute cette histoire en match nul ?

L’Exeter, pourtant, n’a pas été détruit,… ou du moins, il ne l’a pas été complètement…