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| Conseil de marins mutinés sur le cuirassé Prinzregent Luitpold, 3 novembre 1918 |
Rassemblée dans la rade de Schillig, à une vingtaine de kilomètres du grand port de Wilhelmshaven, la flotte allemande doit appareiller le lendemain.
Selon le plan prévu, une poignée de torpilleurs et de croiseurs légers s'en iront bombarder les côtes de Flandres et attaquer le trafic maritime britannique dans l'estuaire de la Tamise, ce qui, en toute logique, devrait entraîner la sortie de la Grand Fleet,... que les cuirassés et croiseurs de bataille allemands attendront au large des côtes hollandaises.
Encore plus inégale qu'au Jutland, l'issue de cette bataille ne fait aucun doute, mais pour Scheer, et pour la plupart des amiraux allemands, mieux vaut sans doute en finir ainsi plutôt que de voir la flotte sabordée ou, pire, livrée aux Alliés.
Et à supposer que le but réel ne soit pas purement et simplement de faire échouer les pourparlers d’Armistice, qui sait si un combat glorieux, et de nombreux navires britanniques coulés, ne rendront pas le dit Armistice un peu moins défavorable à l'Allemagne.
Aux équipages, la mission prévue a en revanche été présentée comme une simple "sortie d’entraînement", mais la rumeur court, et les hommes ne sont pas dupes : dans la soirée, de nombreux soutiers des croiseurs de bataille Derfflinger et Von der Tann refusent de regagner le bord et doivent être arrêtés par la police. Et leur rébellion fait rapidement tache d’huile : des actes d’insubordination, et parfois des mutineries, éclatent bientôt sur la plupart des cuirassés, y compris sur le Baden, ultime cuirassé de la Hochseeflotte et navire-amiral de Hipper.
Si seuls les plus instruits, ou les plus politisés, des marins ont deviné que la mission qu’on leur ordonne de mener est tout bonnement illégale, tout le monde comprend en revanche qu’elle risque fort de faire capoter les pourparlers d’Armistice, et donc l’arrivée d’une paix que de simples exécutants comme eux désirent et appellent bien davantage de leurs voeux que les officiers d’État-major ou de hauts responsables comme Reinhard Scheer…






