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Le Prince of Wales, en mer, avec son étonnante tourelle double au-dessus de la quadruple |
Le 5 novembre, le Prince of Wales fait escale et se ravitaille à Freetown (Sierra Leone), à la plus grande satisfaction de son équipage qui, à mesure que l'on se rapprochait de l’Équateur, a appris à maudire la ventilation parfaitement inefficace de ce cuirassé ultra-moderne où il fait en permanence plus de 26 degrés dans les cabines des officiers, plus de 35 dans les réfectoires et... plus de 50 dans les chaufferies, où les quarts de travail ne peuvent d'ailleurs dépasser deux heures tant malaises et évanouissements sont nombreux !
Le 16 novembre, le cuirassé mouille au Cap, où il doit en principe demeurer une semaine, histoire de donner un peu de repos à l'équipage mais aussi de faire le point sur la situation... et tenir la promesse faite à Dudley Pound trois semaines auparavant de ne pas poursuivre vers Singapour sans son assentiment formel.
Ces quelques jours de délais permettraient peut-être à l'Indomitable, toujours immobilisé au chantier naval de Norfolk, de rallier le Cap (ou du moins de s'en rapprocher), mais Churchill, nous l'avons vu, est pressé,… et la Propagande britannique ne cesse quant à elle d'annoncer l'arrivée imminente d'une puissante "Eastern Fleet" en Extrême-Orient.
A ce stade, il suffirait pourtant d'une vague menace en provenance de Brest (où se trouvent encore les Scharnhorst, Gneisenau et Prinz Eugen) (1), de Norvège, ou même de Méditerranée (où la Regia Marina italienne nourrit toujours des ambitions) pour que Pound saute sur l'occasion et rappelle aussitôt le Prince of Wales en Europe.
Mais l'Europe est tranquille, et Pound à court de prétextes.
Alors, 48 heures plus tard, flanqué des destroyers Electra et Express, le cuirassé appareille vers l'Est et son destin, un destin que le Premier ministre sud-africain Jan Smuts prophétise d'ailleurs dans un télégramme adressé à Churchill : "Je suis fort préoccupé", écrit-il "par le dispositif actuel de deux flottes, l'une basée à Hawaï et l'autre à Singapour, et chacune individuellement inférieure à la marine japonaise, laquelle a donc l'opportunité de les détruire l'une et l'autre (...) Si les Japonais sont rapides, ce sont les conditions idéales pour un désastre de première grandeur"
(1) Saviez-vous que... Channel Dash