samedi 29 août 2026

9377 - la noix et le rouleau-compresseur

Le U-47, défilant devant le Scharnhorst : symbole d'une guerre navale radicalement nouvelle...
… alors que la guerre dure depuis seulement deux mois, les U-boot ont donc dores et déjà fait mieux que les gros navires de surface de la Kriegsmarine,… ce qui augure d’autant moins bien de l’avenir de ces derniers que Hitler, rappelons-le, n’en a jamais été un chaud partisan !

Pour faire disparaître d’innocents et souvent fort vieux cargos civils dépourvus de tout armement et de tout blindage, utiliser d’énormes navires de guerre dotés des plus puissants canons de l’époque revient il est vrai à écraser une simple noix avec un rouleau-compresseur.

Pour cette activité finalement assez basique, un sous-marin d’à peine 700 tonnes apparait inévitablement comme une alternative bien plus raisonnable, mais aussi comme une arme autrement plus facile à dissimuler aux regards qu’un Panzerschiff de 10 000 tonnes et, a fortiori, un véritable cuirassé de 42 000 tonnes !

Cerise sur le sundae, le sous-marin est également une arme pour ainsi dire jetable, ou plus exactement une arme dont personne ne remarquerait ni ne pleurerait véritablement sa disparition au combat (1)

Reste que rapporté à son tonnage, le sous-marin demeure, malgré ses indéniables avantages, une arme extrêmement complexe, difficile à fabriquer, et également fort coûteuse.

Et reste aussi qu’entre lui et le gros navire de surface, il existe tout de même un bâtiment à la fois efficace, économique, facile à construire, et raisonnablement discret…

(1) de fait, à la Capitulation allemande, la Kriegsmarine aura perdu pas moins de 765 U-boot !

vendredi 28 août 2026

9376 - déjà les sous-marins...

L'exploit du U-47 donnera bien sûr porté au cinéma, comme ici par les Allemands, en 1958
… cinq innocents cargos coulés en trois semaines, 270 000 tonnes de navires de guerre alliés mobilisées en vain… le bilan du Graf Spee pourrait déjà paraître non pas brillant, mais du moins satisfaisant si, dans le même temps, et comme on pouvait s’y attendre, les sous-marins, ces mêmes sous-marins dont la Grande-Bretagne avait autorisé la reconstruction lors de la signature du Pacte naval germano-britannique du 18 juin 1935 (!), n’avaient fait beaucoup mieux !

Le 3 septembre, soit le jour-même de la déclaration de guerre franco-britannique, le U-30 a en effet torpillé et coulé le paquebot de 14 000 tonnes Athenia… qu’il a malencontreusement confondu avec un croiseur auxiliaire armé (!), et s’adjugera encore pas moins de 15 autres navires jusqu’à sa conversion finale comme sous-marin d’entraînement, un an plus tard.

Mais dans la nuit du 13 au 14 octobre 1939, le U-47 et son commandant, Günther Prien, sont carrément devenus des héros nationaux, en parvenant à se faufiler au beau milieu de la Baie de Scapa Flow - soit au coeur-même de la plus importante base navale britannique ! - et à y torpiller le cuirassé Royal Oak, un 30 000 tonnes de la classe Royal Sovereign qui, bien que modernisé entre 1934 et 1936, n’en a pas moins disparu sous les flots en à peine un quart d'heure, en compagnie de quelque 800 marins et officiers !

Rentré sain et sauf à Wilhemshaven le 17 octobre, l’U-47 a évidement été applaudi par toute l’Allemagne,… y compris par l’équipage du Schlachtschiff Scharnhorst, aligné au grand complet sur le pont et invité à célébrer lui aussi la première "vraie" victoire de la Kriegsmarine, une victoire qui, bien sûr, a comblé Hitler de joie, mais qui l’a aussi poussé à faire remarquer qu’elle avait été obtenue non pas par un énorme navire de surface de 32 000 tonnes comme le Scharnhorst, mais bien par un minuscule sous-marin de seulement 700 tonnes.

Un bâtiment moins cher, plus facile et plus rapide à construire,… et dont personne ne s’apercevrait de l'éventuelle disparition… 

jeudi 27 août 2026

9375 - se faire oublier

En expérimentation chez Air France, le Camille-Flammarion sera lui aussi mobilisé
… en un peu plus de trois semaines, le Graf Spee a donc réussi à capturer et couler cinq cargos britanniques, le tout - et le point mérite d’être souligné - dans le respect le plus absolu des lois de la guerre, puisque les équipages des dits cargos ont toujours pu évacuer leur navire en bon ordre, ou ont été emprisonnés sans qu’il leur soit fait le moindre mal.

Reste qu’après les multiples messages de détresse envoyés par le Trevanion, que le Graf Spee s'est ensuite empressé d'expédier par le fond à l'explosif mais non sans avoir au préalable recueilli une fois encore tout son équipage, Langsdorff juge maintenant nécessaire de prendre le large vers le sud-est et l'Océan Indien, histoire de s’y faire oublier pendant trois semaines, loin de toute route commerciale.

Et c’est d’autant plus sage que Français et Britanniques font à présent tout pour le retrouver : cuirassés, croiseurs, porte-avions,… en tout, pas moins de 270 000 tonnes de navires alliés sont mobilisées pour débusquer un seul Panzerschiff de 10 000 tonnes !

En France, on va même jusqu’à réquisitionner le Camille-Flammarion, un des trois quadrimoteurs Farman NC.223.4 à grand rayon d’action alors en expérimentation chez Air France.

Pour sauver les apparences, et parce qu’il faudra tout de même se ravitailler dans l’un ou l’autre pays neutre, on lui laisse son équipage civil auquel on adjoint un faux "conseiller technique" mais vrai capitaine de corvette, Henri-Laurent Daillière, qui, le 3 juin 1940, et sur un appareil du même type, s’illustrera en réussissant à larguer sur Berlin les premières bombes alliées de la guerre.

Mais le Camille-Flammarion a beau survoler l’Atlantique Sud en tout sens, le Graf Spee demeure introuvable…

mercredi 26 août 2026

9374 - l'un après l'autre...

L'équipage du Spee, contemplant le sabordage de l'Ashlea, Notez le Newton Beech à l'arrière-plan

… 7 octobre 1939

Le 7 octobre, à quelque 800 km au large de l’actuelle Namibie, c’est au tour de l’Ashlea, chargé de près de 7 000 tonnes de sucre, de tomber sous les coups du Graf Spee, ou plutôt de charges de démolition - plus économiques que des obus ou des torpilles - qu’un équipage de prise dépose dans les entrailles du cargo après en avoir évacué l’équipage sur le Newton Beech.

Exil très provisoire puisque, dès  le lendemain, le Newton Beech, jugé trop lent, est à son tour envoyé par le fond, et les marins capturés emprisonnés directement sur le Graf Spee !

Le 10 octobre, toujours opérée sous faux pavillon français, la prise suivante, le vapeur Huntsman, qui jauge environ 10 000 tonnes, apparait plus séduisante. Mais comme le Graf Spee, déjà surchargé de prisonniers anglais, ne peut accueillir son équipage, le cargo est abandonné sous bonne garde le temps que le Panzerschiff aille lui-même se ravitailler auprès de l’Altmark, avec lequel il revient le 16.

Les vivres, le thé, les tapis et même les peaux dont le Huntsman regorge sont alors transférés pour partie sur le Graf Spee, pour l’autre sur l’Altmark, qui recueille également les captifs des prises précédentes, tandis que le Huntsman, désormais sans valeur est expédié par le fond le lendemain.

Encore une semaine et, le 22 octobre, et c'est le Trevanion, chargé de quelque 8 000 tonnes de zinc qui se fait surprendre par le Graf Spee, opérant toujours sous faux pavillon français.

Mais cette fois, l'opérateur radio du pauvre cargo refuse de se soumettre aux injonctions allemandes et multiplie les SOS jusqu'à ce que tout son équipement soit pulvérisé à la mitrailleuse... 

mardi 25 août 2026

9373 - le respect des lois de la guerre sur mer

Le vapeur Newton Beech
 … 5 octobre 1939

Cette importante formalité réglementaire accomplie - puisqu’à cette étape de la guerre, chacun s’efforce encore d’en respecter les lois ! - Langsdorff fait tirer deux torpilles… qui ratent leur cible (!), puis décide d’en finir au canon, expédiant le malheureux Clement par le fond en une trentaine d’obus.

Ceci fait, et comme il est inutile de trainer là, le Graf Spee vide bientôt les lieux et de met le cap à l’Est, en direction des côtes africaines,... non sans avoir toutefois contacté au préalable les autorités brésiliennes par radio, et leur avoir indiqué la position des naufragés du Clement (1)

Le même jour, un autre cargo est aperçu à l’horizon. Mais de nationalité grecque, donc neutre, celui-ci est aussitôt laissé en paix.

Le Clement n’avait pas de véritable valeur, mais sa disparition du fait d’un mystérieux "corsaire allemand" finalement identifié comme un des fameux "cuirassés de poche" n’en sonne pas moins le branlebas autant à Londres qu’à Paris, où chacun mobilise croiseurs, cuirassés et même porte-avions pour le retrouver.

Dans l'intervalle, le 5 octobre, le Graf Spee tombe sur une autre proie britannique isolée, en l’occurrence le Newton Beech, chargé de quelque 7 000 tonnes de maïs. 

Après s'en être approché à quelque 2 000 mètres sous couvert - ruse de guerre - d'un pavillon français (2), ce cargo "extrêmement sale" aux dires d’un officier allemand, est abordé par un équipage de prise, et dès lors contraint d’accompagner le Graf Spee, ce qui, pour l’heure, lui évite au moins d’être aussitôt envoyé par le fond…

(1) ceux-ci finiront par rallier les côtes brésiliennes sains et saufs 
(2) le droit maritime n'interdisait pas aux belligérants l'usage de faux drapeaux, à condition que le vrai soit hissé juste avant le combat 

lundi 24 août 2026

9372 - la première victime

Le cargo mixte Clement, première victime du Graf Spee
… Pernambouc (Brésil), 30 septembre 1939

Hitler, nous l’avons dit, craint pour la sécurité du Deutschland et du Graf Spee, et redoute les conséquences de leur perte éventuelle sur sa popularité personnelle. 

Mais bien au-delà de ça, son attention est pour l’heure entièrement consacrée à la Campagne de Pologne, qui s’achèvera le 6 octobre par une totale victoire allemand, et aussi par l’espoir, quelque peu naïf, de parvenir malgré tout à un accord négocié avec les Britanniques et, surtout, les Français qui, de leur coté, et à l’exception d’une fort vague attaque en Sarre (1), n’ont toujours strictement rien fait en faveur de leur allié polonais.

Ce n’est donc que le 26 septembre, le "Cas polonais" désormais quasiment réglé, et toute perspective d’accord semblant à présent évanouie, que le Führer accorde enfin à Raeder l’autorisation d’utiliser ses Panzerschiffe contre le trafic commercial franco-allemand.

Quatre jours plus tard, à une centaine de km au large de l’État brésilien du Pernambouc, l’hydravion de reconnaissance du Graf Spee repère la première victime : le Clement, un cargo mixte britannique de 5 000 tonnes, qui se voit bientôt contraint à l’arrêt, non sans avoir eu le temps d’envoyer un message de détresse.

Sous la menace des canons du Graf Spee, l’équipage évacue le navire et monte en bon ordre dans les canots de sauvetage, à l’exception du commandant et du chef mécanicien, quant à eux faits prisonniers sur le Graf Spee

(1) véritable pantalonnade avant tout destinée à sauver l’Honneur, l’Offensive de la Sarre, débutée le 7 septembre, s’arrêtera une dizaine de jours plus tard, après moins de 10 km de progression en territoire allemand !
(2) un cargo mixte est un navire conçu pour transporter du fret et une poigne de passagers payants

dimanche 23 août 2026

9371 - préparer les résurrections futures...

… à maintes reprises, Raeder a attiré l’attention du Führer sur le fait que sa Kriegsmarine, en pleine reconstruction, ne serait pas prête, au mieux, avant 1944 ou 1945.

Mais Hitler n’en a cure : la conquête du lebensraum ne saurait attendre et, de toute manière, les choses de la mer de l’intéressent pas.

Le 3 septembre 1939, à l’annonce de l’entrée en guerre de la France et de la Grande-Bretagne, le grand-amiral, résigné, s’est donc contenté de lui adresser un mémorandum qui lui assure que, dans les circonstances, la Marine n’en fera pas moins de son mieux et "saura succomber bravement dans un combat inégal pour préparer les résurrections futures"

Tout un programme…

Fidèle à ce qu’on appelle généralement "l’appel du Devoir", le Graf Spee, après avoir appareillé de Wilhelmshaven le 21 aout, est pour sa part passé entre l’Islande et les Îles Féroé, avant de mettre le cap et l’Ouest puis de filer plein Sud jusque sous l’Équateur.

Le 10 septembre, il a fait le plein auprès du pétrolier-ravitailleur Altmark, qui a reçu pour mission de l’accompagner, aussi discrètement que possible et toujours à bonne distance, lors de son raid dans l’Atlantique Sud.

Mais de véritable raid, il n’est toujours pas question puisque Hitler, nous l’avons dit, tergiverse, en conséquence de quoi le Graf Spee, tout comme son jumeau Deutschland, se contente de naviguer mollement de-c de-là,… et de fuir systématiquement dès qu’une vague fumée de cheminée est aperçue à l’horizon !

Comme corsaire redoutable, on a déjà vu mieux…