mercredi 11 février 2026

9178 - le "machin américain"

L'Inflexible, alors flambant neuf, à la Revue navale de Spithead, en 1907

… 10 novembre 1914

Car quelqu’un à l’Amirauté se souvient soudainement d’un étrange ingénieur américain, Elmer Sperry, qui, quelques temps auparavant, est venu offrir ses services, ou plus exactement ceux d’un non moins étrange "gyrocompas" de son invention.

Le temps de le rattraper à son hôtel, de le jeter dans un train avec son "machin américain", puis d’installer l'un et l'autre sur la passerelle de l’Invincible, et les deux navires, sous les regards aussi dubitatifs qu’inquiets des officiers de navigation, peuvent enfin appareiller et même, grâce au mystérieux appareil, sortir du Solent l’un derrière l’autre en plein brouillard et sans s’échouer !

Parvenus sains et saufs en mer libre, l’Inflexible et l’ Invincible mettent alors le cap au Sud,... et Elmer Sperry vers la terre ferme, avec la satisfaction de l’homme qui sait qu’il va bientôt faire fortune en vendant son nouveau modèle de compas à toutes les marines du monde.

Le 19 novembre, les deux croiseurs de bataille se ravitaillent aux îles du Cap Vert, avant d'en faire de même le 26 au large de Bahia (Brésil), où la Royal Navy a d’ailleurs rassemblé toutes ses unités disponibles dans la région, à savoir les croiseurs-cuirassés de 10 000 tonnes Carnarvon, Cornwall et Kent, ainsi que les croiseurs légers Bristol et Glasgow (quant à lui rescapé de Coronel).

Sans même parler du vieux cuirassé Canopus, volontairement échoué à Port Stanley pour renforcer les défenses des Falklands, la puissance de feu mise à la disposition du vice-amiral Sturdee dépasse maintenant de très loin celle que Spee est en mesure de lui opposer.

Reste cependant à savoir lequel des deux arrivera le premier aux Falklands…


mardi 10 février 2026

9177 - "une mission secrète de la plus haute importance"

Tourelle babord de l'Inflexible, disposition peu pratique héritée du Dreadnought originel

… 4 novembre 1914

Car lorsqu’il a appris que le Premier Lord de l’Amirauté Winston Churchill et le Premier Lord de la Mer John Fischer, entendaient le priver - et de surcroit pour plusieurs semaines ! - de deux de ses précieux croiseurs de bataille en vue "d’une mission secrète de la plus haute importance", John Jellicoe, commandant-en-chef de la Grand Fleet, s’est violemment objecté !

Depuis le début de la guerre, les cuirassés et croiseurs de bataille britanniques n’ont pourtant quasiment pas bougé de Scapa Flow ou de Rosyth, si ce n’est pour l’une ou l’autre mission d’entrainement, mais Jellicoe craint que l’absence prolongée de deux de ses navires n’encourage la Hochseeflotte allemande à prendre enfin la mer,… ce qui l’obligerait, lui, à l’affronter avec une supériorité numérique réduite, et donc moins de chances de succès.

Mais ni ses objections ni ses suppliques ne réussissent à faire plier les deux hommes, en sorte que le 4 novembre, sous le commandement de l’amiral Doveton Sturdee, les croiseurs de bataille Inflexible et Invincible quittent donc leur mouillage écossait pour le sud de l’Angleterre, où on doit les préparer à leur long voyage vers les Falklands.

Toutefois, le 10 novembre, alors que les deux croiseurs de bataille, chargés de charbon jusqu’à la gueule, sont à présent sur le départ, un brouillard à couper au couteau s’abat soudain sur le Solent.

Le radar restant à inventer, et les compas magnétiques n’ayant pas été recalibrés faute de temps (1), l’appareillage est impossible !

Mais impossible n’est pas vraiment... américain

(1) très sensibles aux masses métalliques, ces compas devaient régulièrement être recalibrés, en particulier après des travaux sur le blindage ou l’armement.

lundi 9 février 2026

9176 - quand le temps presse...

Évocation du Canopus tirant sur les navires de Spee. Notez les mats raccourcis

… Port Stanley (Falklands), 12 novembre 1914

Et puisque le Canopus est incapable d’affronter en mer des croiseurs allemands deux fois plus rapides que lui, on va finalement se résoudre à l’échouer sur une vasière dès son arrivée à Port Stanley, afin qu’il puisse au moins servir de batterie flottante et couvrir les entrées du port avec ses canons de 305mm

Pour le dissimuler aux regards venus du large, on va également le camoufler et abattre le sommet de ses mats, mais aussi installer, sur une colline voisine, un poste d’observation directement relié au cuirassé par une ligne téléphonique.

Ainsi en mesure de voir de loin, les guetteurs pourront donner rapidement l’alerte en cas d'arrivée des navires allemands, mais ils pourront aussi, et surtout, diriger les tirs du Canopus lui-même bien avant que les Allemands, de leur côté, soient en mesure d’apercevoir le cuirassé

Reste que même si cette stratégie fonctionne, et dissuade définitivement Spee de débarquer  aux Falklands, elle ne l’empêchera toutefois pas de reprendre sa route et de chercher à se ravitailler ailleurs, à un quelconque endroit des côtes d’Amérique du Sud,... et elle ne permettra pas non plus de venger l’affront de Coronel !

Pour cela, il faudrait envoyer une puissante escadre à sa rencontre, mais le problème, c’est que le temps presse, et que de Grande-Bretagne, et plus exactement de Scapa Flow, à Port Stanley, il y a tout de même près de 15 000 km à parcourir pour des navires qui, rappelons-le, chauffent au charbon, ce qui nécessitera inévitablement plusieurs escales ainsi que la présence de nombreux charbonniers ravitailleurs sur le parcours.

Les dreadnought étant trop lents, seuls des croiseurs de bataille semblent en mesure de rallier Port Stanley avant l’arrivée probable des navires de Spee.

Sauf que quelqu'un n'est pas du tout d'accord avec cette idée...

dimanche 8 février 2026

9175 - de toute urgence, et à n’importe quel prix, venger cet affront...

Le désastre de Coronel... et l'obligation de laver l'affront au plus vite !

… au final, cette Bataille de Coronel se solde par une écrasante victoire pour les Allemands, qui ne comptent que des dégâts mineurs et seulement trois blessés dans leurs rangs, alors qu’ils viennent d’envoyer par le fond deux croiseurs-cuirassés britanniques et plus de 1 600 officiers et marins…

Rendus à Valparaiso, Spee et ses hommes sont naturellement accueillis en héros par l’importante communauté allemande de la capitale chilienne, mais ils ont toutefois tort de pavoiser, car à Londres, la nouvelle du désastre a rapidement fait l’effet d’une bombe : il faut de toute urgence, et à n’importe quel prix, venger cet affront !

Dans un scénario en tout point semblable - mais avec près de 30 ans d’avance ! - à celui du Bismarck, la Royal Navy va alors monter une véritable expédition punitive qui, partie d’Angleterre sera chargée de restaurer l’Honneur anglais,… en expédiant tous les navires de Spee par le fond !

Un rapide examen des cartes a en tout cas convaincu l’Amirauté que les Allemands, après s’être ravitaillés à Valparaiso, s’empresseront de doubler le Cap Horn, puis attaqueront vraisemblablement les Falklands sitôt passés dans l’Atlantique.

Au large des côtes argentines, ce petit archipel britannique constitue en effet une cible militaire évidente, mais aussi, et surtout, un excellent endroit pour se ravitailler en charbon loin des regards et avant d’entreprendre le long chemin du retour vers l’Allemagne.

Et pour protéger les Falklands, il n’y a rien,... si ce n’est, pour l’heure, l’antique cuirassé Canopus, que l’on va immédiatement dépêcher à Port Stanley, même si chacun le sait bien trop lent pour pouvoir s’en prendre directement aux navires allemands….

samedi 7 février 2026

9174 - le massacre de Coronel

Affiche allemande de 1914, commémorant la défaite britannique à Coronel

… rien d’étonnant dès lors à ce que le combat tourne vite à l’avantage des Allemands, et se transforme bientôt en une véritable exécution.

Le Scharnhorst (8 x 210mm et 6 x 150mm) tire sur le Good Hope (2 x 234mm et 16 x 152mm), le Gneisenau (idem) sur le Monmouth (14 x 152mm), le Leipzig (10 x 105mm) sur le Glasgow (2 x 152mm et 10 x 102mm), et le Dresden (10 x 105mm) sur l’Otranto (8 x 120mm) qui, simple paquebot converti et donc dépourvu du moindre blindage, juge plus sage de rompre immédiatement le combat pour s’évanouir dans l’obscurité et échapper au massacre.

Car c’est bien d’un massacre qu’il s’agit : si le Leipzig, avec ses modestes 105mm, ne peut occasionner de gros dommages au Glasgow, les Scharnhorst et Gneisenau soumettent en revanche les Good Hope et Monmouth à un feu proprement dévastateur !

Dès la troisième salve allemande, le Good Hope s’engloutit, emportant avec lui tout son équipage et son trop bouillant amiral.

Brûlant d’un bord à l’autre, le Monmouth n’est quant à lui plus qu’une épave chauffée à blanc, que le Nürnberg, en retard sur ses petits camarades, va bientôt achever de quelques obus, et en entraînant là encore la perte de tout l’équipage.

La nuit est à présent totalement tombée sur Coronel. Spee, qui a consommé beaucoup de munitions lors de cet engagement, et avant cela devant Papeete, et qui est au courant de la présence du cuirassé Canopus dans les parages, juge dès lors inutile de poursuivre le Glasgow et l’Otranto, qui ont disparu sans demander leur reste, et décide plutôt de virer au Nord, en direction de Valparaiso.


vendredi 6 février 2026

9173 - sous le soleil couchant

Coronel : les Allemands manoeuvrent pour maintenir les Britanniques à l'ouest, sous le soleil couchant
... 18h50

Pendant plus de deux heures, chacun navigue ensuite pour tenter de se mettre dans la position la plus favorable possible, et à ce petit jeu, ce sont une fois de plus les Allemands qui ont l’avantage.

Profitant de la vitesse supérieure de ses bâtiments, Spee refuse en effet systématiquement le combat que cherche à lui imposer Cradock 

L’Allemand attend son heure : il sait qu’en dehors de deux malheureuses pièces de 234mm sur le Good Hope, les Britanniques ne disposent au mieux que de trente-deux canons de 152mm (16 sur le Good Hope, 14 sur le Monmouth, 2 sur le Glasgow) qui ne peuvent rivaliser en portée avec les seize 210mm qu’alignent les Scharnhorst et Gneisenau.

Qui plus est, un bon nombre des 152mm anglais, nous l'avons dit, sont en réalité... inutilisables puisqu’installés dans des casemates trop basses et régulièrement noyées par les embruns.

Pour Spee, tout le jeu consiste donc à maintenir les Britanniques sur son ouest, à une distance qui les empêche de tirer,… et aussi à attendre que le soleil se couche !

Car à 18h50, lorsque les Scharnhorst et Gneisenau, qui se sont soudainement rapprochés des Britanniques à moins de 11 000 mètres, ouvrent le feu, les croiseurs allemands, à l'est, sont déjà sous une demi-obscurité alors que les croiseurs britanniques, à l’ouest, continuent quant à eux de se silhouetter clairement sur l’horizon et les derniers rayons du soleil, offrant ainsi un considérable avantage aux pointeurs allemands… 

jeudi 5 février 2026

9172 -Quand rien ne va…

Le Monmouth : un croiseur-cuirassé surclassé par ses adversaires allemands

... Coronel (Chili), 01 novembre 1914, 16h20

Parce qu’il va bientôt trouver la mort sur la passerelle du croiseur-cuirassé Good Hope, on ne saura jamais dans quelle mesure le "cas Troubridge" a pu jouer un rôle dans la décision de l’amiral Cradock de se précipiter vers l’escadre de Spee sans attendre l’arrivée de son seul cuirassé.

Mais depuis Nelson, il n’est pas de coutume, dans la Royal Navy, de refuser le combat, même contre un adversaire supérieur, et le "cas Troubridge" vient encore de démontrer ce qui arrive à un commandant-en-chef de la Royal Navy lorsqu’il décide de rompre avec cette coutume, fut-ce pour les meilleures raisons du monde.

Amiral d’une Marine de Guerre sans passé, donc sans tradition à défendre, Spee n’est quant à lui pas soumis à ce genre de pression et dispose de toute manière d’une flotte plus moderne et plus homogène, avec deux croiseurs-cuirassés mieux armés que les deux britanniques,  et même, avec le Scharnhorst, d’un croiseur-cuirassé qui s’est régulièrement classé parmi les premiers à tous les concours de tirs de la Kaiserliche Marine.

Et comme si cela ne suffisait pas encore, il y a l’état de la mer elle-même !

Lorsque les deux flottes se rencontrent finalement vers 16h00, le 1er novembre 1914, au large du port chilien de Coronel, et à quelque 3 000 km du Cap Horn, la mer s’est en effet considérablement creusée, ce qui gêne nettement moins les Scharnhorst et Gneisenau que les Monmouth et Good Hope de conception plus ancienne, et dont les casemates latérales bien trop basses sont régulièrement noyées par les embruns, et donc rendues incapables de tirer !

Quand rien ne va…