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| Marins allemands pêchant à Scapa Flow : tromper l'ennui comme on peut... |
Et les dits vainqueurs ne sont nullement pressés de se mettre d'accord : les semaines, puis les mois s'écoulent sans que les équipages allemands, de plus en plus démoralisés, n'entrevoient la fin de leur ennui.
Contraints de demeurer en permanence à bord de leurs bâtiments - il leur est en effet interdit de mettre le moindre pied à terre ! - ces damnés de l’autrefois glorieuse Marine de guerre allemande tuent le temps comme ils peuvent, y compris en péchant, une manière comme une autre de tromper l'ennui et aussi d’améliorer quelque peut l'ordinaire attendu que la nourriture, que les Britanniques refusent de livrer, leur est chichement acheminée deux fois par mois, et par bateaux, depuis l’Allemagne, et par un gouvernement allemand qui, en proie à des grêves et des insurrections communistes, a évidemment bien d’autres préoccupations en tête.
Déjà très bas, le moral des marins sombre carrément dans les abysses, excepté sans doute pour les plus politisés d’entre-eux.
Déjà limites, les conditions sanitaires deviennent indescriptibles : sur les navires, la saleté est omniprésente, et la discipline au mieux limite, les marins n’acceptant souvent de se soumettre aux ordres de leurs officiers qu’après que ceux-ci aient été examinés, et entérinés, par leurs propres conseils.
Conscientes du problème, et faute de pouvoir mettre un terme à des discussions qui ne cessent de s’éterniser entre Alliés, les Autorités britanniques autorisent néanmoins le rapatriement progressif d’un nombre de plus en plus grand de marins : d’environ 20 000 en novembre 1918, leurs effectifs seront en effet ramenés à quelque 5 000 hommes six mois plus tard.
Mais si la promiscuité s’allège, le sentiment d’abandon et le désespoir ne cessent quant à eux de s’aggraver…






