vendredi 4 septembre 2026

9383 - la 9ème victime

L'équipage du Streonshalh, invité à assister aux derniers instants de leur cargo, au fond de l'image
… 7 décembre 1939

Mais comme cela c’était déjà passé avec le Doric Star le jour précédant, le Tairoa, sitôt la véritable identité du Graf Spee révélée, s’empresse de multiplier les signaux d’alerte,... et demeure sourd à ceux du Graf Spee, qui lui ordonne de mettre immédiatement fin à ses transmissions, avant de finalement se résoudre à tirer quelques obus de 150mm sur ses installations radio.

Cette formalité accomplie, et selon une routine désormais bien réglée, l’équipage récalcitrant est contraint de quitter le bord puis de monter à bord du Panzerschiff qui, avec une torpille et quelques obus bien placés, expédie ensuite le Tairoa dans les abysses.

Et de huit.

Trois jours plus tard, cap à l’Ouest, le Graf Spee retrouve l’Altmark et, toujours selon la même routine, lui transfère la plupart des prisonniers du Tairoa, mais aussi du Doric Star, ne conservant à son bord que les commandants et quelques officiers des deux bâtiments.

Le lendemain, 7 décembre, à quelque 1 700 km de Rio de Janeiro, c’est au tour du vapeur Streonshalh, un 6 000 tonnes chargé de viande congelée en route vers Londres, de tomber sous les griffes du Graf Spee.

Conformément, là encore, à l’habitude, Langsdorff, après avoir contraint le vapeur à s’arrêter et à cesser ses appels de détresse, envoie à son bord une petite équipe de marins, lesquels contraignent l’équipage du vapeur à abandonner le navire et à monter sur le Graf Spee, puis installent dans ses cales des charges de démolition qui, avec l’aide de quelques obus, ont tôt fait d’envoyer le Streonshalh rejoindre le Tairoa au Royaume de Neptune

Et de neuf…

jeudi 3 septembre 2026

9382 - une forme de routine

La fausse tourelle du Graf Spee, simplement fixée sur la passerelle existante 
… 3 décembre 1939

Les charges de démolition s’avérant néanmoins insuffisantes, le Graf Spee tire alors quelques obus, et finalement une torpille sur le Doric Star, qui s’engloutit sous les flots.

C’est la septième victime du Panzerschiffe allemand.

Comme à l’accoutumée, l’équipage du Doric Star, à l’exception de son capitaine et de quelques officiers, est ensuite transféré sur l’Altmark, permettant ainsi au Graf Spee de se remettre à la recherche d’une autre proie.

Le problème, c’est que les multiples messages de détresse du Doric Star ont enfin permis aux Britanniques de se faire une bonne idée de la position actuelle, et aussi des futures intentions du Graf Spee.

Pour le commodore Henry Harwood, qui commande une petite escadre composée du croiseur lourd Exeter et des croiseurs légers Achilles et Ajax, il parait clair que le Graf Spee cherchera ses prochaines proies dans les environs du Rio de la Plata, vaste estuaire de près de 300 km séparant l’Argentine de l’Uruguay

Et de fait, telle est bien l’intention de Langsdorff, qui a fait mettre le cap en direction des côtes argentines. 

Le 3 décembre, une nouvelle cible se présente à lui sous la forme d’un autre cargo mixte : le 8 000 tonnes Tairoa

mercredi 2 septembre 2026

9381 - "je suis attaqué par un corsaire !"

La fausse 2ème tourelle du Graf Spee. Notez, au-dessus, le panneau "cessez vos émissions radio ou je tire"
… 2 décembre 1939

Le 21 novembre, soit le jour-même de l’appareillage des Scharnhorst et Gneisenau, le Graf Spee a quant à lui doublé le Cap de Bonne-Espérance, s’en est retourné tranquillement dans l’Atlantique Sud, puis n’a strictement rien fait durant une dizaine de jours, si ce n’est attendre une occasion favorable se ravitailler auprès de l’Altmark,… et ériger une fausse deuxième cheminée et une encore plus fausse deuxième tourelle à l’avant (!) histoire de modifier sa silhouette par trop caractéristique et de ressembler ainsi quelque peu à un croiseur britannique.

De toute manière, faute de proie, autant occuper les hommes à quelque chose…

Le 2 décembre, l’occasion favorable se présente enfin, sous la forme du cargo mixte de 10 000 tonnes Doric Star, repéré par l’hydravion de reconnaissance du Graf Spee, lequel s’empresse de fondre sur lui et de tirer un premier puis un deuxième coup de semonce afin de le forcer à s’arrêter.

Sur le Doric Star, justement, l’opérateur radio multiplie les messages de détresse R-R-R "je suis attaqué par un corsaire !", et continue de les émettre même après que le Graf Spee, qui n’est plus qu’à quelques kilomètres, lui ait indiqué par lampe Aldis l’ordre formel de cesser immédiatement ses émissions.

Encore quelques minutes et, la situation étant à présent désespérée, le Doric Star obtempère, cesse d’émettre, met en panne, et descend les échelles de coupée pour permettre à l’équipe de prise du Graf Spee de monter à bord.;

Selon une procédure désormais bien rodée, les Allemands arrêtent alors l’équipage, le transfèrent sur le Graf Spee, et installent les charges de démolition dans les entrailles du Doric Star… 

mardi 1 septembre 2026

9380 - la mort du Rawalpindi

Le combat du paquebot Rawalpindi, ou quand David se fait écraser par Goliath
… Îles Feroé, 23 novembre 1939

Car après le triomphe populaire de l’U-47 et de son commandant, Günther Prien, et le retour, celui-là dans l’indifférence générale et avec un palmarès dérisoire, du Panzerschiffe Deutschland, les Schlachtschiff Scharnhorst et Gneisenau vont maintenant s'efforcer de restaurer la réputation et l'honneur de la flotte de surface, en appareillant le 21 novembre pour leur première mission de guerre : une reconnaissance armée au large des Îles Feroé, qui permettra de les mettre à l’épreuve mais aussi, en attirant toute l’attention des Britanniques et des Français, d’offrir au Graf Spee un retour plus tranquille dans l’Atlantique Sud.

Dans la soirée du 23, la route des deux bâtiments allemands croise en tout cas celle du Rawalpindi, un ancien paquebot de 17 000 tonnes de la P&O sur lequel les Britanniques ont boulonné huit vieux canons de 150mm afin de le transformer en croiseur auxiliaire.

La lutte est évidemment inégale : malgré une défense héroïque - et même un coup au but sur le Scharnhorst ! - le malheureux paquebot, écrasé sous les obus de 280mm, coule en moins d’une heure, non sans avoir eu le temps de couvrir les ondes de messages de détresse de nature à rameuter une bonne partie de la Royal Navy !

Inutile d’insister : de toute la vitesse dont ils sont capables, les croiseurs de bataille allemands battent aussitôt en retraite vers Wilhelmshaven, qu’ils réussissent à rallier sans encombre dans la nuit du 27 novembre.

Toute victoire est certes bonne à prendre, mais contrairement à celle du U-47, celle-ci n’a vraiment rien pour enflammer l’imagination du Führer,... et d’autant moins que dans cette croisière de moins d’une semaine, les deux bâtiments ont eux-mêmes subi de lourds dommages, non pas du fait de leurs poursuivants, qui ne sont jamais rendus à portée de tir, mais bien de la tempête (1), laquelle a fait rage pendant toute leur retraite, au point de les contraindre maintenant à entrer en cale sèche pour plusieurs mois afin d’y être remis en état...

(1) tout au long de leur carrière, les Scharnhorst et Gneisenau souffriront d'une très mauvaise tenue par mer agitée, et ce malgré le remplacement complet de leur étrave  

lundi 31 août 2026

9379 - le retour du Graf Spee

Le petit tanker côtier Africa Shell, sixième victime du Graf Spee
… Canal de Mozambique, 15 novembre 1939

Car pour l’heure, il est maintenant temps de revenir à la croisière du Graf Spee, que nous avons abandonné le 22 octobre 1939, lorsque, après avoir détruit le cargo Trevanion et s’être emparé de son équipage, le Panzerschiffe a retraité en direction de l’Océan Indien, histoire de se faire oublier des dizaines de navires de guerre et d’avions que Britanniques et Français ont lancé à sa recherche.

Mais le 15 novembre, la nouvelle se répand que le très modeste tanker côtier britannique Africa Shell, qui jauge à peine 800 tonnes, a été abordé et coulé par un mystérieux raider allemand dans le Canal du Mozambique, au large de Lourenço Marques (1)

C’est bel et bien l’œuvre du Graf Spee qui, après avoir ordonné à l’Africa Shell de s’arrêter, a envoyé une équipe de prise à son bord, laquelle s'est emparée de toute la nourriture, puis a fait sauter le tanker à l’explosif, non sans avoir ordonné au préalable à tout l’équipage de monter dans les canots de sauvetage et de ramer en direction du Mozambique, dont la côte n’est qu’à quelques kilomètres.

Tout l’équipage… sauf Patrick Dove, commandant de l’Africa Shell, emmené comme prisonnier à bord du Graf Spee, et d’autant plus mécontent de l’être qu’il estime, à raison, faire l’objet d’un acte de piraterie puisqu’au moment de l’abordage, son navire se trouvait non pas en eaux internationales, mais bien dans celles du Portugal (2), pays neutre.

Eaux internationales ou portugaises, qu’importe : l’Africa Shell est désormais la sixième victime du Graf Spee qui, son forfait accompli, décide de s’en retourner dans l’Atlantique Sud en profitant d’une diversion menée six jours plus tard par les Schlachtschiff Scharnhorst et Gneisenau, dont ce sera la première sortie de guerre…

(1) aujourd’hui Maputo, Mozambique
(2) découvert en 1498 par le navigateur portugais Vasco de Gama, le Mozambique était alors une colonie portugaise  

dimanche 30 août 2026

9378 - Hilfskreuzers

Le duel du Kormoran et du Sydney, ou quand David triomphe une fois de plus de Goliath...
… ce navire, c’est le vulgaire cargo tout simplement doté d’une poignée de canons et d’un équipage militaire.

L’idée n’est d’ailleurs ni récente ni inédite, puisqu’elle a largement été employée, avec succès, du temps de la Marine à voile, et, plus récemment, par les Allemands eux-mêmes, lors de la Première Guerre Mondiale.

Dès l’ouverture de la Seconde, et sans doute parce qu’elle éprouve elle-même déjà des doutes quant à l’efficacité réelle de ses corsaires croiseurs et Panzerschiffe, la Kriegsmarine a d’ailleurs réquisitionné de nombreux cargos rapides, et entrepris de les transformer en Hilfskreuzers, autrement dit en croiseurs auxiliaires, généralement équipés d’une demi-douzaine de pièces de 150mm, de plusieurs canons anti-aériens et, parfois, de quelques tubes lance-torpilles, voire de l'un ou l'autre hydravion de reconnaissance.

Bien sûr, par rapport à de véritables navires de guerre, ces croiseurs auxiliaires, non contents d’être dépourvus de blindage, n’auront jamais ni la puissance de feu ni la vitesse pour affronter ou se soustraire à leurs adversaires, mais il leur sera autrement plus facile de se dissimuler aux regards et de se faire passer pour un innocent cargo parmi des milliers d’autres, tandis qu’à l’instar de celle des sous-marins, leur disparition au combat, au demeurant inévitable à terme, ne constituera jamais une catastrophe nationale de nature à faire pâlir l’étoile du Führer lui-même

Et de fait, dès le printemps de 1940, ces croiseurs auxiliaires vont se mettre à écumer les mers et à accumuler les succès, à l’image de l’Atlantis, qui coulera ou capturera 22 navires pour un total de 140 000 tonnes, le Thor (22 navires et 150 000 tonnes), ou encore, et surtout le Pinguin (33 navires et 165 000 tonnes) et, évidemment, le Kormoran, qui s’adjugera 16 navires et 66 000 tonnes avant de succomber des suites de son engagement avec le croiseur de 7 000 tonnes australien Sydney… qu’il aura néanmoins préalablement envoyé par le fond avec tout son équipage !

Mais ceci est une autre histoire…

samedi 29 août 2026

9377 - la noix et le rouleau-compresseur

Le U-47, défilant devant le Scharnhorst : symbole d'une guerre navale radicalement nouvelle...
… alors que la guerre dure depuis seulement deux mois, les U-boot ont donc dores et déjà fait mieux que les gros navires de surface de la Kriegsmarine,… ce qui augure d’autant moins bien de l’avenir de ces derniers que Hitler, rappelons-le, n’en a jamais été un chaud partisan !

Pour faire disparaître d’innocents et souvent fort vieux cargos civils dépourvus de tout armement et de tout blindage, utiliser d’énormes navires de guerre dotés des plus puissants canons de l’époque revient il est vrai à écraser une simple noix avec un rouleau-compresseur.

Pour cette activité finalement assez basique, un sous-marin d’à peine 700 tonnes apparait inévitablement comme une alternative bien plus raisonnable, mais aussi comme une arme autrement plus facile à dissimuler aux regards qu’un Panzerschiff de 10 000 tonnes et, a fortiori, un véritable cuirassé de 42 000 tonnes !

Cerise sur le sundae, le sous-marin est également une arme pour ainsi dire jetable, ou plus exactement une arme dont personne ne remarquerait ni ne pleurerait véritablement sa disparition au combat (1)

Reste que rapporté à son tonnage, le sous-marin demeure, malgré ses indéniables avantages, une arme extrêmement complexe, difficile à fabriquer, et également fort coûteuse.

Et reste aussi qu’entre lui et le gros navire de surface, il existe tout de même un bâtiment à la fois efficace, économique, facile à construire, et raisonnablement discret…

(1) de fait, à la Capitulation allemande, la Kriegsmarine aura perdu pas moins de 765 U-boot !