dimanche 12 juillet 2026

9329 - une marine de nains

Le pré-dreadnought Braunschweig, en 1904
… car au plan naval, les conditions dictées par le Traité de Versailles sont tout aussi draconiennes !

Alors que sa devancière était devenue, en 1914, la deuxième puissance navale au monde, la nouvelle Reichsmarine qui lui succède disparaît pour ainsi dire de tout classement,... et tout du reste est fait pour qu’elle n’y réapparaisse plus jamais !

Déjà, et compte tenu des ravages qu’ils ont provoqué durant celle que chacun appelle désormais "La Grande Guerre", la dite Reichsmarine ne pourra plus posséder et mettre en service le moindre sous-marin, tandis que les constructeurs allemands se verront quant à eux interdits d’en fabriquer, y compris pour le compte de pays étrangers.

Mais c’est toutefois au niveau de la flotte de surface que le coup est assurément le plus dur à encaisser, du moins au niveau du prestige !

La Reichsmarine ne pourra en effet conserver et mettre en service que six croiseurs (très) légers (+2 en réserve) bien inoffensifs, et six pré-dreadnoughts  (+2 en réserve) de type "coule-tout-seul", à peine bons pour la défense côtière, et ne portant rien de plus impressionnant que quatre malheureuses pièces de 280mm.

Mais comme ces croiseurs et pré-dreadnoughts, non contents d’être quasiment sans valeur militaire, sont déjà anciens - le croiseur Niobe a par exemple été mis en service en 1900, et le pré-dreadnought Braunschweig, en 1904 - les Alliés ont néanmoins accepté une - minuscule - concession : la Reichsmarine aura en effet le droit de les remplacer si elle le désire, mais seulement unité pour unité, seulement après 20 ans d'âge, et, surtout, avec une limite maximale, pour les pré-dreadnoughts, de 10 000 tonnes pour le déplacement, et un calibre maximal de 11 pouces (280mm) pour les canons, autrement dit… inférieure dans les deux cas aux pré-dreadnoughts actuels (!), ce qui, chacun en est du moins convaincu autant à Paris qu’à Londres ou à Washington, rendra ces éventuels nouveaux cuirassés allemands encore moins dangereux que leurs antiques prédécesseurs !

En principe, du moins... 

samedi 11 juillet 2026

9328 - le "diktat" de Versailles

"Voulez-vous que vos poches soient vidées avant ou après votre mort ?", caricature allemande, juin 1919 
… Versailles, 28 juin 1919

Que faut-il faire… ou, plus exactement,... que peut-on encore faire ?

Pour la République de Weiwar, qui a succédé à l’Empire allemand, et pour la Reichsmarine, qui a succédé à la Kaiserliche Marine, la seule et véritable question de l’heure est en effet de savoir ce que permettent encore les vainqueurs de l’Allemagne… et l’état calamiteux des finances publiques !

Car à peine une semaine après avoir perdu, à Scapa Flow, la quasi-totalité de sa flotte, l’Allemagne n’a maintenant d’autre choix que d’accepter le fameux "diktat" du Traité de Versailles du 28 juin 1919 qui, l’ayant jugée, avec ses alliés austro-hongrois et ottomans, seule responsable du conflit, la condamne dès lors à la perte définitive de toutes ses colonies d’Afrique, d’Asie et du Pacifique, que se partagent ses vainqueurs, mais aussi à l’amputation de 15% de son territoire métropolitain au profit de la France (qui récupère l’Alsace-Lorraine, perdue en 1870), de la Belgique, et de la nouvelle Pologne (qui y gagne de surcroit un accès à la Baltique grâce au bientôt célèbre "Corridor de Dantzig")

Mais l’Allemagne se voit également contrainte de payer des indemnités de guerre à ce point astronomiques que personne parmi les dits vainqueurs, qu'il faut bien appeler bourreaux, n’imagine vraiment comment elle parviendra jamais à s’en acquitter, et perd de surcroit la propriété de tous ses brevets, en plus de devoir livrer gracieusement quantités de matières premières, de marchandises et de biens.

Au plan militaire, son Armée de Terre est quant à elle réduite à seulement 100 000 hommes, et son Aviation interdite à tout jamais,… après avoir dû céder tous ses avions de combat.

Quant à sa Marine

vendredi 10 juillet 2026

9327 - la catastrophe

Le croiseur de bataille Hindenburg, sabordé à Scapa Flow : que faire à présent ?
… Scapa Flow, 21 juin 1919, 17h00

En cet après-midi du 21 juin 1919, à Scapa Flow, dans cette immense baie devenue la plus grande base navale britannique des Orcades, la quasi-totalité de la flotte de guerre allemande, saisie et internée à peine quelques mois plus tôt, achève de disparaître sous les flots.

En tout, cinquante-deux des soixante-quatorze navires présents, dont cinq croiseurs de bataille sur cinq et dix cuirassés sur onze (!), sont à présent perdus à jamais, autant pour l’Allemagne que pour ses vainqueurs.

La Hochseeflotte, cette étrange "Marine de parvenus", sans Histoire ni traditions, est donc retournée au néant dont elle avait surgi, à la stupéfaction générale, à la toute fin du 19ème siècle, lorsque le Kaiser Guillaume II et le Grand-Amiral Tirpitz avaient soudainement décidé que l’Avenir de l’Allemagne se jouerait désormais sur l’eau.

Chez les Britanniques, c’est la consternation, et bientôt la colère envers ces infâmes marins allemands qui, en sabordant leurs propres bâtiments, ont en quelque sorte "rompu l’armistice" (!), traîtrise qui leur vaut d’être aussitôt expédiés dans un camp de prisonniers de guerre dont leur chef, l’amiral Ludwig von Reuter, ne sortira lui-même qu’en janvier 1920.

Mais en Allemagne, ce choc, qui s’ajoute à l’humiliation de l’Armistice de novembre 1918, est une véritable catastrophe : en seulement quelques heures à peine, et sans même combattre, la toute jeune République de Weimar, qui a succédé à un Empire allemand désormais défunt, vient de perdre la quasi-totalité de son orgueilleuse Marine de guerre constituée au prix d’efforts démesurés au cours des années précédentes.

Que faut-il faire à présent ?

jeudi 9 juillet 2026

9326 - errare humanum est,... sed perseverare diabolicum

Le Deutschland, à son lancement, en 1931
Errare humanum est, l’erreur est humaine, affirme le célèbre dicton

Et de fait, au lendemain de l’Armistice de 1918, les puissances navales du monde entier, qu’elle soient victorieuses ou non, n’avaient eu d’autre choix que de reconnaître la kolossale erreur qu’elles avaient toutes commise en bâtissant, avant la guerre, de gigantesques flottes de combat articulées autour de monstrueux cuirassés et croiseurs de bataille d’une puissance certes jamais vue, mais si coûteux et surtout si vulnérables aux mines et aux torpilles de sous-marins qu’il avait fallu, quasiment dès les premières heures du conflit, les maintenir au port, de peur de les voir rapidement succomber les uns après les autres.

En conséquence, et alors que chacun les avait pourtant jusque-là perçus comme les nouvelles armes absolues de la guerre sur mer, les behemoths britanniques et allemands ne s'étaient pour ainsi dire jamais rencontré de toute la guerre, leur seul affrontement véritablement notable, celui du Jutland, en mai 1916, s’étant de surcroît soldé par un match nul si étrange (1) qu’il avait permis aux deux camps de crier victoire en même temps… mais pas pour les mêmes raisons !

Après cette faillite sans appel, on se serait normalement attendu à ce que tout le monde en tire les conséquences,… et cesse donc immédiatement de construire des navires d’un coût aussi exorbitant et d’une utilité militaire aussi pitoyable.

sed perseverare diabolicum, mais persévérer [dans l’erreur] est diabolique, soutient le même dicton.

De fait, les mêmes puissances navales, loin de renoncer à construire de gigantesques cuirassés armés de non moins gigantesques canons, avaient persévéré dans l’erreur,... et rapidement sombré dans le diabolique, en recommençant à mettre sur cale de nouveaux navires qui, en l’espace de quelques années, allaient supplanter leurs devanciers de la 1ère GM autant en vitesse, en blindage, en puissance de feu… qu’en coût et, une fois de plus, en totale inutilité !

Et le paradoxe veut qu’après le Dreadnought britannique de 1906, c’est l’Allemagne, autrement dit l’adversaire vaincue de 1918, qui allait, à peine une dizaine d'années plus tard, donner le coup d’envoi d’une nouvelle et formidable course aux armements, avec un navire d’un type, là encore, complètement nouveau…

… le cuirassé de poche.

(1) Saviez-vous que… Le Choc des Titans

mercredi 8 juillet 2026

9325 - Que sont-ils devenus ? (5)

Le Texas, en restauration, en 2023, ultime survivant des dreadnought de la 1ère G.M.
* mis en service en mars 1914, le dreadnought Texas, qui faisait partie de la Division Nine envoyée par le Président Wilson à Scapa Flow à la fin de 1917 afin d'y soutenir l’effort de guerre britannique, eut le privilège d’une carrière aussi riche qu’extrêmement longue, puisqu’il fut notamment utilisé pour appuyer le Débarquement en Afrique du Nord de novembre 1942, le Débarquement de Normandie de juin 1944, celui de Provence en juillet 1944, ou encore les Débarquements d’Iwo-Jima puis d’Okinawa en 1945 !

Retiré du service à la fin de la 2ème G.M., le Texas devint navire-musée en 1948,… ce qui lui valut également le privilège d’échapper aux chalumeaux des démolisseurs, contrairement à tous ses contemporains. 

Après un long chantier de restauration, cet ultime survivant des dreadnought de la 1ère G.M., devrait à nouveau être accessible au public en 2027

* principal responsable de la création de la Marine impériale allemande, le grand-amiral Alfred von Tirpitz vit son étoile pâlir dès le début de la 1ère G.M., la dite marine se révélant malgré tout incapable de rivaliser avec sa rivale britannique. 

En mai 1916, il démissionna de son poste de Secrétaire d’État à la Marine pour se lancer en politique, co-fondant d’abord un parti parti pan-germanique, puis intégrant, après l’Armistice, les rangs du Deutschnationale Volkspartei (DNVP, Parti populaire national allemand) de tendance völkisch pour lequel il siégea comme député au Reichstag jusqu’en 1928. 

Décédé en mars 1930, Tirpitz donna, quelques années plus tard, son nom au plus puissant, ultime et, il faut bien le dire, plus inutile cuirassé (1) de la nouvelle Kriegsmarine d’Adolf Hitler

(1) sur la triste histoire du Tirpitz : Saviez-vous que... Coulez le Tirpitz !




mardi 7 juillet 2026

9324 - Que sont-ils devenus ? (4)

Les funérailles de Reinhard Scheer, à Weimar, en novembre 1918
* navire-amiral de Jellicoe au Jutland, le cuirassé Iron Duke demeura en service actif jusqu’en 1929, puis fut converti en navire d’entraînement au tir. Endommagé à plusieurs reprises par des bombardements aériens à Scapa Flow lors de la 2ème G.M., l’Iron Duke fut finalement échoué sur le rivage pour servir cette fois de simple navire-dépôt. 

Il s’y trouvait encore en 1946 lorsqu’il fut finalement renfloué et ferraillé deux ans plus tard.

* navire-amiral de Beatty lors de cette même Bataille du Jutland, et gravement endommagé lors de celle-ci, le croiseur de bataille Lion fut placé en réserve en 1920 et ferraillé quatre ans plus tard en application des clauses du Traité de Washington sur le désarmement naval.

* commandant-en-chef de Hochseeflotte au Jutland, puis chef de l’État-major naval, Reinhard Scheer fut, tout comme Hipper et bien d’autres amiraux et généraux allemands, victime de l’Armistice et de l’inévitable réduction des effectifs qui s’ensuivit. 

Ayant rédigé ses mémoires en 1919, et très affecté l’année suivante par le meurtre de son épouse, victime d’un cambrioleur, Scheer mourut en novembre 1928, à l’âge de 65 ans. Cinq ans plus tard, la Reichsmarine donna son nom à son nouveau Panzerschiff ou "cuirassé de poche".

Aujourd'hui encore, les motivations exactes de Scheer lors de la sortie avortée de la Hochseeflotte du 30 octobre 1918, en plein pourparlers d'Armistice, et à laquelle se refusèrent les équipages, demeurent sujettes à controverses.

* responsable du torpillage du paquebot Lusitania le 7 mai 1915, le Kapitänleutnant Wilhelm Otto Walther Schwieger, qui s’était également échoué avec le U-20 sur les côtes danoises en novembre de l’année suivante, fut tué en septembre 1917 lors de l’explosion de son sous-marin qui avait frappé une mine. 

A cette date, il avait déjà coulé une cinquantaine de bâtiments, pour un total de plus de 180 000 tonnes.

lundi 6 juillet 2026

9323 - Que sont-ils devenus ? (3)

Le Manoir de Doorn, au Pays-Bas, ultime résidence du Kaiser Guillaume II

* mis en service en 1912, et navire-amiral de Scheer au Jutland, le cuirassé Friedrich der Grosse fut, comme nous l’avons vu, sabordé à Scapa Flow le 21 juin 1919. Finalement renflouée en avril 1937, après 18 ans passés au fond de l’eau, son épave fut ferraillée l’année suivante.

* contraint à l’abdication le 9 novembre 1918, le Kaiser Guillaume II eut toutefois la chance d’échapper au sort que les révolutionnaires bolcheviks infligèrent à son cousin "Nicky", et même à la Justice internationale, qui ne fut jamais en mesure de pousser la Reine des Pays-Bas, où il avait trouvé refuge, à l’expulser.

Ayant récupéré une bonne partie de ses biens personnels et de ses oeuvres d’Art, et même obtenu du nouveau gouvernement allemand qu’il lui verse une fort généreuse pension (!), le Kaiser déchu passa le reste de sa vie à l’abri du besoin dans son confortable Manoir de Doorn, déclinant en mai 1940 une invitation de Churchill qui lui avait offert l’asile après l’invasion des Pays Bas par l’Allemagne nazie. 

Après son décès à Doorn le 4 juin 1941, à l’âge de 82 ans, le gouvernement allemand lui offrit de brèves funérailles militaires. Le Mausolée de Doorn, où repose son cercueil, est encore aujourd’hui régulièrement visité par les monarchistes allemands.

* après avoir commandé les croiseurs de bataille allemand au Jutland, et succédé à Reinhard Scheer à la tête de la Hochseeflotte en aout 1918, l’amiral Franz Hipper préféra laisser à son subordonné Ludwig von Reuter le soin de convoyer celle-ci jusqu’à sa dernière demeure de Scapa Flow, où elle se saborda le 21 juin 1919.

Sans aucun espoir de nouvelle affectation après l'Armistice et la défaite de l'Allemagne, Hipper prit sa retraite en décembre 1918, et mourut en mai 1932 dans un anonymat total, dont la Kriegsmarine d’Adolf Hitler et de l’amiral Raeder le fit néanmoins sortir en 1938, en donnant son nom à un nouveau croiseur lourd.