![]() |
| Reinhard Scheer, ou comment redonner l'espoir, et un but, à la Hochseeflotte... |
Saviez-vous que...
mardi 17 mars 2026
9212 - ... mais à quel prix ?
lundi 16 mars 2026
9211 - préserver l'outil...
![]() |
| Hugo von Pohl, dans une posture aussi martiale que diamétralement opposée à son extrême prudence... |
... 4 février 1915
Avant de prendre le commandement de la Hochseeflotte, Pohl, du reste, s’était déjà fait le plus chaud partisan de la guerre sous-marine à outrance, estimant,... tout comme dans vingt-cinq ans un certain… Karl Dönitz (!), que ces petits bâtiments étaient finalement bien plus efficaces et aussi, et peut-être surtout, bien plus facilement sacrifiables que les énormes et ruineuses "casernes flottantes".
Plus encore que son prédécesseur,... mais tout comme Erich Raeder dans vingt-cinq ans (!), Pohl veut certes "préserver l’outil", en ne l’exposant à aucun risque qui pourrait provoquer sa perte, mais aussi la fureur du Chef de l’État.
Mais si on refuse d’utiliser un outil,... à quoi cet outil peut-il donc bien encore servir ?
Et, surtout, que faut-il faire dès lors de tous les cuirassés et croiseurs de bataille, quel sort, quelles missions réserver à tous ces rutilants navires quasi flambants neufs qui, il y a deux ans à peine, rappelons-nous, incarnaient la toute-puissance de la Nation, soulevaient l'enthousiasme des foules,... et étaient même considérés, en Allemagne et partout ailleurs, comme les nouvelles armes absolues de la guerre sur mer ?
Pohl, et on le lui reprochera, n'a malheureusement aucune réponse à cette question : dès sa prise de fonction, le 4 février 1915, puis tout au long de l’année, l'intéressé se contente en effet de s'accrocher à une stricte politique de conservation comme une moule à son rocher, tout en utilisant de plus en plus intensivement ses sous-marins contre le trafic commercial ennemi...
dimanche 15 mars 2026
9210 - la nouvelle Mare Britannica
![]() |
| La Hochseeflotte, ou comment ne pas combattre face à plus fort que soi... |
Tout au long de l’année 1915, et jusqu’au début de 1916, les gros bâtiments de surface allemands vont donc se contenter de rouiller au bout de leur chaîne d’ancre, n’émergeant de temps à autres de leur léthargie que pour de brèves sorties d’entrainement menées généralement en Baltique, loin de toute menace britannique,… grâce à la liberté de circulation que permet ce fameux Canal de Kiel tout spécialement élargi pour eux !
En Mer du Nord, devenue par la force des choses une nouvelle Mare Britannica, les combats - lorsqu’il y en a ! - se limitent donc à de brèves escarmouches ou anecdotes sans réelle importance, mettant en scène tantôt une poignée de destroyers, tantôt un sous-marin, tantôt l'un ou l'autre cargo armé et transformé en raider, soit autant de manières de poursuivre la guerre navale contre la Grande-Bretagne sans qu’il en coûte trop cher, et surtout sans que la perte éventuelle d’un ou même de plusieurs de ces navires au combat ne devienne un drame national et ne provoque la colère du Kaiser...
samedi 14 mars 2026
9209 - Deutsche Qualität
![]() |
| Schéma de l'impact d'un 343mm du Lion sur l'arrière du Seydlitz |
... mais à part réussir leur fuite (!), les navires allemands n’ont strictement rien accompli au niveau militaire, tandis que la perte du Blücher, avec quelque 800 marins et officiers, ne peut en aucune manière être considérée comme un succès,... et d’autant moins que dans le camp d’en face, les Britanniques ne déplorent qu’une cinquantaine de morts et de blessés.
Le Lion, touché à pas moins d’une quinzaine de reprises (!), a certes été gravement endommagé par les différents tirs allemands, et ne reprendra du reste son poste qu'au mois d'avril, mais il n’a toutefois pas été coulé.
Au plan matériel, on peut toutefois souligner que, compte tenu du déluge d’obus auquel ils ont été soumis, les trois croiseurs de bataille allemands - Deutsche Qualität oblige - ont bien mieux résisté qu’on ne pouvait raisonnablement l’espérer dans les circonstances, et aussi, mais à condition de vraiment aimer les statistiques sportives, mentionner que, Blücher mis à part, ces derniers n’ont finalement encaissé que sept malheureux obus alors qu’ils en ont tout de même mis vingt-deux sur les navires britanniques.
Rien de tout cela ne saurait cependant transformer une défaite en victoire, et telle est d’ailleurs l’opinion du Kaiser qui, après cette douloureuse Bataille du Dogger Bank, va, tout comme Hitler dans vingt-cinq ans (!), édicter des règles encore plus strictes, réduisant encore un peu plus la liberté d’action de sa marine de guerre,... et la condamnant encore un peu plus à demeurer au port !
Dans l’immédiat toutefois, il faut bien que des têtes tombent, mais plutôt que celle de Hipper, c'est celle de son supérieur et commandant-en-chef de la Hochseeflotte, Friedrich von Ingenohl, qui roule dans la poussière le 2 février 1915 (1).
(1) privé de commandement par la suite, Friedrich von Ingenohl mourra à Berlin en décembre 1933
vendredi 13 mars 2026
9208 - au bilan final...
![]() |
| Le Dogger Bank : une fuite réussie, mais une défaite cuisante... |
... lorsqu’il réalise la méprise, Beatty tente alors de corriger la situation, mais le Lion, qui ne cesse de ralentir, est déjà très éloigné du reste de la ligne anglaise, et ses signaux, masqués par la fumée, ne sont plus visibles de personne !
L’un dans l’autre, les trois croiseurs de bataille de Hipper vont bel et bien réussir à s’échapper, alors que le Blücher, lui, est irrémédiablement condamné !
Matraqué par une véritable avalanche d’obus de 343 et 305mm, et ensuite par au moins deux torpilles du croiseur léger Arethusa, le Blücher, qui n’est plus qu’un amas de tôles calcinées, rend finalement les armes, chavire et s’engloutit à 13h13, emportant près de 800 hommes avec lui.
jeudi 12 mars 2026
9207 - l'agneau du sacrifice
![]() |
| Le Blücher, en train de chavirer. Notez les marins qui s'accrochent sur la coque |
... Beatty tient le bon bout et sent déjà l'odeur de la victoire, mais une demi-heure plus tard, c’est le coup de théâtre : plusieurs 305mm du Derfflinger parviennent en effet à se frayer un chemin jusqu’au croiseur de bataille anglais, endommagent les machines et lui faisant embarquer des centaines de tonnes d’eau !
Encore un quart d’heure, et un autre 305mm explose à la hauteur de la tourelle avant et, comme sur le Seydlitz, provoque un incendie qui contraint là aussi à noyer les soutes à munitions.
Hélas, sur le New-Zealand, les signaux transmis par le Lion sont mal interprétés par le commandant-en-second de l’escadre, Gordon Moore, avec pour résultat qu’au lieu de poursuivre leur route, les trois anglais… se rabattent sur le malheureux Blücher...
mercredi 11 mars 2026
9206 - chacun pour soi
![]() |
| Le Dogger Bank : une poursuite de plusieurs heures sous la canonnade... |
... de fait, à 08h52, le Lion de Beatty est le premier à ouvrir le feu alors que les Allemands vont devoir attendre vingt bonnes minutes avant de pouvoir répliquer !
Le Blücher, qui rappelons-le, ne porte que du 210mm, est bientôt encadré par les salves des croiseurs de bataille britanniques qui se rapprochent de plus en plus.
Mais alors qu’aux Falklands, Spee, n’a pas hésité à faire demi-tour avec les Scharnhorst et Gneisenau pour essayer, malheureusement en pure perte, de sauver ses plus petits et plus lents croiseurs, Hipper, lui, décide de poursuivre sa route à pleine vitesse, en abandonnant ainsi le malheureux Blücher à son sort…
Moralement, l'affaire se discute, mais militairement, à trois croiseurs de bataille contre cinq, la décision de Hipper est la seule possible, car pourquoi risquer un voire trois précieux croiseurs de bataille pour se porter au secours, et sans aucune garantie de succès (!), d’un simple croiseur-cuirassé certes récent mais néanmoins obsolète ?
De toute manière, rappelons-le, Hipper, contrairement à Spee, est régi par les "ordres personnels du Kaiser", encore réitérés le 10 janvier, lesquels lui interdisent "de se lancer dans des actions susceptibles d’entrainer des pertes importantes".
D'éventuel navire à secourir, le Blücher devient donc simple agneau sacrificiel, et c’est d’autant plus vrai que le Seydlitz de Hipper est lui-même tout sauf à la fête puisqu’à 09h43, il encaisse un 343mm du Lion, qui met hors de combat ses deux tourelles arrière et, surtout, provoque un énorme incendie, lequel se propage jusqu’aux soutes à munitions, qu’il faut noyer in-extremis sous peine de voir disparaître le navire tout entier !

.png)




