lundi 19 octobre 2026

9428 - "Alors montez ! La Marine est là !"

L'abordage de l'Altmark : une affaire réglée en quelques minutes...
… Jossingfjord, 16 février 1940, 22h20

C’est sous le couvert de l’obscurité qu’à 22h20, le Cossack pénètre dans le Jossingfjord. 

Baïonnette au canon, des marins britanniques menés par le lieutenant de vaisseau Bradwell Turner se précipitent à bord de l’Altmark. Quelques coups de feu retentissent ici et là, mais l’affaire n’en est pas moins rapidement réglée.

"Y a-t-il des Anglais en bas ?", s’exclame Turner après avoir soulevé une écoutille de chargement sur les indications du commandant Dau. "Oui, nous sommes tous Anglais ici", lui répondent à l’unisson près de 300 voix. "Alors montez ! La Marine est là !", conclut Turner avec un flegme tout britannique…

Un à un, les prisonniers libérés sont alors conduits à bord du Cossack. Avisant un groupe d’Allemands que des marins anglais poussent vers le destroyer sous la menace de leurs armes, Vian s’exclame "Laissez-les, imbéciles ! Laissez tous ces Allemands ici ! Je n'en veux pas !" 

Sur l’Altmark, les derniers membres de l'équipe d'abordage fouillent le coffre-fort personnel de Dau à la recherche de documents secrets et, tant qu’à faire, s'emparent d'un presse-papier orné d'une croix gammée et de quelques autres petits "souvenirs",... sans égard aux protestations du commandant Dau qui les traite de voleurs et de criminels. 

L’Enfer, c’est toujours les autres...

Peu après minuit, mission accomplie, le Cossack vide les lieux et met le cap sur l’Angleterre, où les ex-prisonniers vont bien entendu être accueillis sous les vivats de la foule.

Les Britanniques ne comptent qu’un seul blessé dans leurs rangs; les Allemands déplorent huit morts et une dizaine de blessés.

Les Norvégiens n’ont pas tiré un seul coup de feu, se contentant d’observer la scène depuis leurs petits torpilleurs…

dimanche 18 octobre 2026

9427 - sauf en cas d’attaque sérieuse"

L'abordage de l'Altmark : brillant fait d'armes ou violation du Droit international ?
… Jossingfjord, 16 février 1940, 15h15

De tout son poids, l’Altmark, toujours suivi de son étrange escorte norvégienne, se fraye un passage à travers la glace, pénètre dans les eaux libres du Jossingfjord,… et s’immobilise bientôt.

Il n’y a aucune issue.

Les destroyers britanniques, eux, s’arrêtent à l’entrée du fjord, un goulot large d’à peine 400 mètres, où il sera à l’évidence très difficile de manœuvrer, a fortiori compte tenu des menaces norvégiennes de torpiller tout navire britannique qui y rentrerait !

Sur le Cossack, le capitaine, et future légende de la Royal Navy,Philip Vian, hésite - à bon droit - sur la conduite à tenir, et réclame dès lors des instructions à l’Amirauté, lesquelles lui parviennent bientôt… de la main-même de Winston Churchill !

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les instructions du Vieux Lion sont pour le moins particulières, puisque Vian doit demeurer sourd aux Norvégiens qui lui ordonnent de regagner le large, et au contraire pénétrer dans le fjord avec le Cossack et monter à l’abordage de l’Altmark,... sauf si les Norvégiens acceptent eux-mêmes de convoyer le dit Altmark jusque Bergen avec une garde anglo-norvégienne à son bord,… ce que les intéressés, contactés, s’empressent bien sûr de refuser.

Va donc pour l’abordage,… mais que faire si les Norvégiens mettent réellement leurs menaces à exécution ? 

Là encore, les instructions de Churchill ne manquent pas de piquant, puisque Vian doit d’abord enjoindre aux Norvégiens de s’abstenir de toute action contre lui, et, s’ils refusent, ne pas riposter… "sauf en cas d’attaque sérieuse" (sic), auquel cas il pourra se défendre, mais à condition de n’employer "que la force strictement nécessaire", et de cesser le feu dès que les Norvégiens en feront autant !

Un chat n’y retrouverait pas ses petits…

samedi 17 octobre 2026

9426 - un bien innocent navire de commerce...

L'Altmark, au fond du Jossingfjord : il n'y a aucune issue...
… sud de Stavanger, 16 février 1940, 12h55

Les Britanniques, grâce à l’interrogatoire des marins libérés par le Graf Spee, ont connaissance de la présence de prisonniers anglais à bord de l’Altmark, et en ont naturellement informé les autorités norvégiennes.

Lors de sa lente descente vers le Sud, l’Altmark vient d’ailleurs d’être contrôlé à trois endroits différents par des officiers et des marins norvégiens venus sur de petits torpilleurs, mais aucune de ces inspections n’a révélé le moindre prisonnier ni quoi que ce soit de contraire au "Droit international".

Il faut dire qu'aucun d'entre-eux ne s'est aventuré dans les cales du navires...

Pour Oslo, l’Altmark ne semble officiellement rien d’autre qu’un bien innocent navire de commerce allemand qui s’en retourne paisiblement vers la mère patrie à travers les eaux territoriales norvégiennes,… mais un navire qui, depuis le troisième contrôle, est néanmoins à présent escorté - allez comprendre pourquoi puisqu’il est si innocent - par trois petits bâtiments de guerre norvégiens !

Pour Londres, en revanche, c’est bel et bien un navire-prison ennemi. Et puisque la mauvaise foi, pour ne pas dire la complicité, norvégienne parait évidente, il faut stopper l’Altmark et libérer les prisonniers par tous les moyens,… même si ceux-ci impliquent, à l’évidence, de violer la souveraineté norvégienne en pénétrant illégalement dans ses eaux, puis en s’emparant de l’Altmark par la force !

A 12h55, au sud de Stavanger, les vigies de l’Altmark aperçoivent un Lockheed Hudson de reconnaissance britannique, qui se met bientôt à suivre le bâtiment comme son ombre.

Encore deux heures, et c’est une petite flottille britannique, menée par le destroyer Intrepid, qui apparait à l’horizon et commence à manœuvrer pour barrer la route de l’Altmark. Et comme l’escorte norvégienne - dont on se demande bien à quoi elle sert - se contente d’observer la scène sans chercher à s’interposer, le commandant de l’Altmark, Heinrich Dau, décide de précipiter son navire dans le fjord le plus proche, le Jossingfjord, encombré de glace…

vendredi 16 octobre 2026

9425 - où l'on reparle de l'Altmark

L'Altmark, tapi dans un fjord norvégien
… le 14 décembre 1939, rappelons-nous (1), le Panzerschiff Admiral Graf Spee, avait été contraint de se réfugier à Montevideo (Uruguay) après avoir été attaqué et endommagé par trois croiseurs britanniques.

Le lendemain, réalisant qu’il ne pourrait se sortir de la nasse dans laquelle il s’était lui-même précipité, son commandant, le Kapitän zur See Hans Langsdorff avait alors décidé de rendre sa liberté de mouvement au pétrolier-ravitailleur mais aussi bateau-prison Altmark qui, dans la plus grande discrétion et toujours à bonne distance, l’avait fidèlement accompagné et soutenu dans toutes ses aventures depuis son appareillage de Wilhelmshaven, le 21 aout précédant.

Abandonnant le Graf Spee à son sort, et n’ayant dès lors plus rien à faire dans l’Atlantique Sud, l’Altmark a alors repris le chemin de l’Allemagne avec, dans ses cales, quelques 300 marins britanniques faits prisonniers lors des différentes attaques du Graf Spee contre des navires marchands anglais.

A très petite vitesse, vu l'état de plus en plus précaire de sa machinerie et l'absence de pièces de rechange, et toujours dans la plus grande discrétion, il a tranquillement remonté vers le Nord, traversé l'Équateur, franchi le Détroit du Danemark, et pénétré en Mer de Norvège avant de redescendre lentement vers le Sud,… à l’intérieur des eaux territoriales norvégiennes, qu'il a rallié le 13 février 1940, en reprenant par là-même un trajet - celui des cargos allemands chargés de minerai de fer suédois - qui, comme nous l'avons vu, le met à l’abri d’une éventuelle attaque britannique.

Reste que, selon le fameux "Droit international", l'Atmark n'est pas un innocent navire de commerce, mais bien un navire belligérant ayant à son bord des prisonniers de guerre, et donc un navire qui, à ce titre, et s’il veut traverser les eaux d’un pays neutre et a fortiori y faire escale, a en principe l’obligation de remettre ses prisonniers aux autorités du dit pays neutre… ce que le commandant Langsdorff s’était d’ailleurs empressé de faire avec ceux encore présents à bord du Graf Spee lorsque le Panzerschiff s’était présenté devant Montevideo

(1) Saviez-vous que... Errare humanum est sed perseverare diabolicum 

jeudi 15 octobre 2026

9424 - cruelle ironie

Narvik, dans les années 1930 : une paisible neutralité bientôt violée...
… 27 janvier 1940

Cruelle ironie : alors que les Norvégiens ne souhaitent rien tant que conserver leur confortable neutralité, et n’ont naturellement pas la moindre envie de se retrouver plongés malgré eux dans une guerre, Britanniques et Français d’un côté, Allemands de l’autre, sont tous tranquillement occupés à préparer l’invasion et l’occupation de leur pays !

Côté allemand, un plan détaillé d’occupation de la Norvège, curieusement baptisé Weserübung, c-à-d "exercice sur la Weser" (1), est formalisé le 27 janvier 1940, soit… une semaine avant le plan britannique, qui ne prévoit quant à lui qu’un débarquement limité à Narvik et en trois autres endroits du littoral norvégien.

"Mais tandis que le plan et les préparatifs allemands étaient élaborés avec le soin méticuleux caractéristique des officiers d'état-major allemands - et fondés sur l'hypothèse réaliste que l'assaut rencontrerait une opposition -, le plan britannique, malgré des mois de réflexion, donnait une impression d'improvisation et d’amateurisme : les renseignements sur les fortifications côtières étaient lacunaires, les cartes rares, et la connaissance du terrain ainsi que des probables conditions météorologiques, fort sommaire. Se fiant au rapport optimiste de l'amiral Evans selon lequel les Norvégiens haïssaient à ce point les Allemands qu'ils ne s'opposeraient pas aux Britanniques, la force expéditionnaire comptait carrément sur eux pour le transport motorisé et le soutien d'artillerie" (2)

Dans un cas comme dans l’autre, aucune date définitive n’est cependant fixée pour le déclenchement de l’opération, chacun semblant se complaire dans la posture "attendre et voir" en vigueur à l’Ouest depuis le début de la guerre.

En pratique, les cargos allemands continuent donc de charger du minerai de fer suédois à Narvik, puis de circuler jour après jour et en toute impunité dans les eaux territoriales norvégiennes, et ce en dépit des pressions de plus en plus fortes exercées sur Oslo par Londres et Paris, où l’on parle désormais très ouvertement de procéder, à minima, au mouillage de mines dans les dites eaux si le gouvernement norvégien s’obstine de son côté à ne rien faire pour interrompre ce trafic.

Un évènement aussi imprévu que spectaculaire va toutefois bientôt changer la donne...

(1) la Weser est un fleuve exclusivement allemand qui se jette dans la mer du Nord au niveau de Bremerhaven, à quelque 2 500 km de Narvik
(2) ibid, pp 12-13

mercredi 14 octobre 2026

9423 - l'idiot utile

Quisling (à gauche), avec Hitler, en février 1942
… 8 décembre 1939

Toutefois, alors que tout semble désormais perdu, la montée des tensions en Europe ravive progressivement l’espoir !

A l’instar d’un Oswald Mosley en Grande-Bretagne, d’un Jacques Doriot en France, ou encore d’un Léon Degrelle en Belgique, Vidkun Quisling ne représente pour ainsi dire que lui-même, et son parti n’est plus qu’un insignifiant groupuscule, oublié, pour ne pas dire méprisé, par la grande majorité des Norvégiens, qui ne lui pardonnent pas son ralliement à présent définitif au nazisme et au Troisième Reich

Mais le Troisième Reich, justement, a besoin d’idiots utiles dans toute l’Europe… et de grands projets pour celle-ci !

Ainsi, le 8 décembre 1939, "lorsque Raeder aborda de nouveau le sujet et affirma catégoriquement que la Norvège devait être occupée, il trouva une oreille attentive chez le Führer. 

À ce stade, un nouvel argument vint renforcer la position de Raeder : un rapport de Rosenberg (1), le soi-disant "expert" nazi en matière de "cinquième colonne" indiquait que Vidkun Quisling, chef du minuscule parti du Rassemblement national en Norvège, était prêt et capable d'assurer une occupation pacifique de son pays. 

Ce ne fut ni la première ni la dernière fois que Rosenberg se révéla être un conseiller peu fiable : l'influence de Quisling étant en réalité quasi négligeable. Un entretien avec Quisling ne convainquit pas Raeder de la probabilité d'une occupation pacifique grâce à sa "cinquième colonne"; toutefois, les informations fournies par Quisling concernant des négociations britanniques avec Hambro, le président du Storting (2), soulevèrent la possibilité que les Alliés ne devancent les Allemands, sous le prétexte officiel d'une aide aux Finlandais. 

Une telle éventualité ne pouvait en aucun cas être tolérée. En présentant Quisling à Hitler, Raeder parvint sans peine à persuader le Führer que le moment était venu de préparer une intervention en Norvège" (3) 

(1) politicien, essayiste et, à partir de juillet 1941, Ministre du Reich aux Territoires occupés, Alfred Rosenberg était un des principaux théoriciens du nazisme
(2) le storting est l’Assemblée législative monocamérale du royaume de Norvège.
(3) Macintyre, op cit, pp 16-17 

mardi 13 octobre 2026

9422 - le "traitre-par-excellence"

… en norvégien comme dans la langue anglaise, un "Quisling" désigne aujourd’hui encore un "traitre" et même, pourrait-on dire, le "traitre-par-excellence" 

Il faut dire que durant la guerre, l’intéressé n’a rien fait pour se rendre populaire !

Rien ne prédestinait pourtant Vidkun Abraham Lauritz Jonnsøn Quisling, né à Fyresdal (Norvège) le 18 juillet 1887, à devenir l’incarnation-même de l’infamie : fils d’un pasteur, et excellent élève, il a modestement rejoint les rangs de l’armée norvégienne en 1905, et y est devenu capitaine avant d’être muté comme attaché militaire à Pétrograd (ex Saint-Petersourg) en mars 1918, puis d’œuvrer durant plusieurs années dans le domaine humanitaire aux côtés, et à la demande, de son célèbre compatriote, l’explorateur polaire, et futur Prix Nobel de la Paix, Fridtjof Nansen.

Tout comme Nansen, Quisling s’est également initié à la Diplomatie et même au Renseignement pour le compte… des Britanniques (1) qui, en 1929, et pour services rendus, lui ont décerné le titre de Commandeur de l’Ordre de l'Empire… qu'ils révoqueront en 1940.

Les années 1930 marquent en revanche une rupture décisive, que l'on pourrait même qualifié de "passage du côté obscur" puisque Quisling, jusque-là proche des idéaux socialistes, et même bolcheviques, se rapproche rapidement de la droite, et même de la droite extrême, au point d’ailleurs de fonder son propre mouvement, le Nordisk folkereisning i Norge,  ou "Soulèvement populaire nordique en Norvège", ouvertement raciste et anti-communiste.

En 1931, Quisling, qui a le vent en poupe, est même nommé Ministre de la Défense, poste qu’il conserve, malgré des controverses de plus en plus nombreuses, jusqu’en mars 1933

Mais alors que son ascension vers le Pouvoir parait à présent irrésistible, à l’instar de celle d’un certain… Adolf Hitler, Quisling entame au contraire sa descente aux enfers : en octobre de la même année, le Nordisk folkereisning i Norge, entretemps devenu Nasjonal Samling, c-à-d "Rassemblement national", ne récolte en effet que 2% des suffrages

En 1936, le résultat des élections est plus pitoyable encore : malgré tous les efforts de Quisling, le Nasjonal Samling végète plus que jamais dans les profondeurs du classement,… et semble plus que jamais condamné à y demeurer.

(1) la Grande-Bretagne avait rompu ses relations diplomatiques avec l’URSS en 1927, et alors choisi de se faire représenter par la Norvège.

lundi 12 octobre 2026

9421 - vers une attaque préventive

Erich Raeder : le plus chaud partisan d'une attaque préventive de la Norvège
… car les Allemands ont bien sûr toutes les raisons d’appréhender les effets d’un minage et, a fortiori, d’un débarquement franco-britannique sur les côtes norvégiennes !

Et sans véritable surprise, le plus inquiet d’entre-eux n’est nul autre que le grand-amiral Erich Raeder, dont les navires de guerre engloutissent précisément de gigantesques quantités d’acier !

Pour la Kriegsmarine bien plus que pour toute autre branche des forces armées allemandes, une rupture ou même une simple réduction des importations de minerai de fer suédois constituerait en effet une véritable catastrophe. 
 
Et pour Raeder, la meilleure manière de l’éviter est encore… de lancer une attaque préventive en Norvège, autrement dit d’y débarquer en force avant que Français et Britanniques ne le fassent eux-mêmes !

Hitler n’a bien sûr aucune envie de perdre son précieux minerai de fer mais, à l’instar des franco-britanniques, il n’en redoute pas moins l’effet désastreux que ne manquera pas de provoquer une invasion de la Norvège sur l’ensemble des populations scandinaves, dont il préférerait de loin s’assurer sinon la sympathie, du moins une bienveillante neutralité.

Qui plus est, une telle invasion mobilisera forcément une bonne partie, si pas l’essentiel, des faibles moyens navals dont dispose la Kriegsmarine, et leur fera courir de gros risques, tandis que la conquête puis l’occupation de la Norvège exigeront quant à elles l’emploi puis le maintien sur place de dizaines de milliers de soldats que le Reich ne pourra dès lors plus déployer et utiliser ailleurs,… à commencer bien sûr contre la France !

L’idéal, en définitive, serait d’obtenir au préalable sinon le ralliement enthousiaste au Reich, du moins une raisonnable collaboration des Norvégiens eux-mêmes, laquelle permettrait alors une occupation relativement pacifique, et en tout cas à moindre frais, de leur pays.

Or, il se fait justement qu’un politicien norvégien se fait fort de garantir tout cela

Il s’appelle Vidkun Quisling…

dimanche 11 octobre 2026

9420 - une autre action "périphérique"

Narvik : une action "périphérique" dans la longue tradition britannique...
… historiquement, la principale force de la Grande-Bretagne a toujours résidé dans sa Marine de Guerre plutôt que dans son Infanterie, presque toujours inférieure à ses rivales européennes du moment.

Ce constat a très vite poussé les responsables britanniques à éviter autant que possible les affrontements directs et massifs contre leurs adversaires, et à tenter de l’emporter par des moyens détournés et limités.

Prenant tantôt la forme de blocus navals, tantôt d’opérations menées sur les flancs ou les arrières de l’ennemi, ces actions "périphériques" n’offraient évidemment aucune chance de succès rapide, ni même aucune garantie de succès tout court, mais avaient en revanche l’avantage d’épargner de nombreuses vies humaines, et donc de ménager une Infanterie de toute manière incapable de l’emporter autrement.

Au début de 1915, Churchill, qui avait personnellement assisté aux affrontements terrestres aussi massifs qu’improductifs et sanglants menés sur le Front ouest, avait tout naturellement renoué avec cette longue tradition britannique, en se faisant le promoteur d’une action elle aussi "périphérique", la Campagne des Dardanelles, laquelle visait tout à la fois, avec fort peu de moyens et même, au départ, aucune Infanterie du tout, à venir en aide à l’allié russe en difficultés, et à prendre l’ennemi allemand et austro-hongrois à revers.

Cette action s’était hélas rapidement enlisée, avait fini par déboucher sur un épouvantable fiasco fort coûteux en vies humaines (1), et n’avait en rien mis un terme ni raccourci d’une seule minute les affrontements et les tueries sur le Front ouest, lesquels s’étaient au contraire poursuivi trois années de plus.

Avec son projet de minage et finalement de débarquement sur les côtes norvégiennes, Churchill ne fait aujourd’hui que perpétuer la tradition,... et transposer en Scandinavie une idée déjà tentée par lui-même en Turquie lors de la guerre précédente.

Puisqu'on ne dispose pas et ne disposera peut-être jamais, à l'Ouest, d'assez de moyens pour l'emporter directement contre l'Allemagne dans une offensive terrestre aussi frontale que massive, pourquoi ne pas tenter de lui couper les vivres, ou plus exactement le fer, en l'attaquant indirectement au Nord, avec de nombreux navires de guerre et les quelques troupes que l'on parviendra à dénicher ici et là ?

Reste à voir ce qu'en pensent les Allemands...

(1) sur la Campagne des Dardanelles : Saviez-vous que… Gallipoli 

samedi 10 octobre 2026

9419 - "notre première et meilleure chance de reprendre l'initiative et d'écourter la guerre"

Navire en chargement à Narvik, dans les années 1930
 … "Il est rare que des dirigeants d'un pays en guerre aient élaboré solennellement un plan aussi insensé : les Suédois et les Norvégiens, ayant sous les yeux le sort tragique de la Pologne, refusèrent en effet catégoriquement d'y prendre part. 

La querelle diplomatique se prolongea durant les mois d'hiver, tandis que les chefs militaires britanniques et français continuaient d'échafauder des plans optimistes, se persuadant peu à peu qu'en cas de débarquement, les Norvégiens accepteraient le fait accompli (1), et finiraient bien par coopérer. 

Ils étaient confortés dans cette conviction par l'avis de l'amiral Sir Edward Evans : celui-ci connaissait parfaitement la Norvège et les Norvégiens, parlait la langue, avait une épouse norvégienne, et avait été désigné pour commander les forces navales lors de l'opération de Narvik. 

L'initiateur du projet était [quant à lui] ce même esprit aventureux qui avait conçu la Campagne des Dardanelles durant la Première Guerre mondiale. 

Néanmoins, cette fois, Churchill bénéficiait en tout cas du soutien des chefs d'état-major, lesquels considéraient ce plan comme "notre première et meilleure chance de reprendre l'initiative et d'écourter la guerre" (2)

Il faut dire que, comme aux Dardanelles, le dit Churchill ne fait qu'actualiser une vieille tradition militaire britannique...

... l'action périphérique

(1) en français dans le texte
(2) ibid, pp 9 à 10

vendredi 9 octobre 2026

9418 - contre leur volonté, mais pour leur plus grand bien...

Chargement de minerai de fer, à Narvik, dans les années 1930
… dit autrement, Churchill et ses, pour l’heure, rares supporters envisagent en quelque sorte d’envahir et d’occuper une partie de la Norvège contre la volonté de ses habitants,... mais pour leur plus grand bien !

"Le fait qu'une telle idée ait été sérieusement envisagée témoigne de la méconnaissance totale, de la part des dirigeants politiques et militaires alliés, de la réalité de la guerre moderne et de la puissance écrasante des blindés et de l'aviation qui allaient bientôt déferler sur l'Europe une fois les Allemands prêts à passer à l'action.

L'idée-même que les Alliés auraient pu dégager suffisamment de troupes et d'avions pour tenir toute la Norvège - ce qui aurait probablement impliqué de défendre également la Suède ! - prête aujourd'hui à sourire, mais à l'époque, les dits Alliés avaient encore beaucoup à apprendre sur la conduite de la guerre moderne. 

C'est ainsi que, lorsque la Russie lança soudainement, le 30 novembre et avec l'assentiment de l'Allemagne, une attaque non provoquée contre la Finlande (1), suscitant une vague de sympathie pour les Finlandais autant chez les peuples scandinaves que chez les Alliés, la proposition d'envoyer des volontaires et du matériel au secours des dits Finlandais via la Norvège et la Suède fut associée à un plan visant à occuper Narvik, Luleå et la voie ferrée les reliant, qui constituait l'itinéraire le plus direct vers la Finlande. 

Un autre contingent britannique, de moindre importance, devait occuper trois ports du sud de la Norvège : Trondheim, Bergen et Stavanger. 

Tout cela devait se faire avec l'accord des Norvégiens et des Suédois" (2)

(1) cet épisode, qui allait coûter extrêmement cher à l’Armée rouge, se terminera le 13 mars 1940 par un cessez-le-feu néanmoins à l’avantage des Soviétiques
(2) ibid, pp 8 à 9

jeudi 8 octobre 2026

9417 - "L'acheminement du minerai depuis Narvik doit être stoppé par la pose d'une série de petits champs de mines dans les eaux territoriales norvégiennes"

Narvik, avant-guerre : le point de passage déjà obligé du fer suédois
 … "Il faut comprendre", écrit Churchill, "qu'un approvisionnement suffisant en minerai de fer suédois est vital pour l'Allemagne 

(…) L’arrêt de l'approvisionnement en minerai depuis la Norvège vers l'Allemagne doit être une opération offensive majeure de la guerre" (sic)

"Aucune autre mesure", ajoute-t-il, "ne nous est en effet offerte pour les nombreux mois à venir qui nous procurerait une si bonne occasion d'abréger le gaspillage et la destruction de ce conflit, ou peut-être même de prévenir les vastes massacres qui frapperont inévitablement les principales armées. 

(…) L'acheminement du minerai depuis Narvik doit être stoppé par la pose d'une série de petits champs de mines dans les eaux territoriales norvégiennes, et ce en deux ou trois points les plus appropriés de la côte, au plus près du rivage, ce qui forcera alors les navires transportant du minerai vers l'Allemagne à quitter les eaux territoriales [norvégiennes] pour la haute mer, où, s'ils sont allemands, ils seront saisis comme prises de guerre, ou, s'ils sont neutres, soumis à notre contrôle de la contrebande".

A n'en point douter, Winston is back,… mais autant en Grande-Bretagne qu’en France, personne n’est désireux de se lancer dans une opération militaire qui, même limitée au mouillage de quelques mines, constituerait bel et bien une violation flagrante de la souveraineté de la Norvège, et donc un casus belli pour cette dernière ! 

Churchill, pourtant, ne se décourage pas et, au fil des semaines, remet inlassablement sur la table l’idée d’un minage des côtes norvégiennes et, bientôt, celle d’un véritable débarquement de troupes britanniques, françaises mais aussi… polonaises (1)

(1) après la fin des combats en Pologne, le 6 octobre 1939, plus de 100 000 soldats et officiers polonais avaient réussi à rallier la Grande-Bretagne et la France afin d’y poursuivre la lutte 

mercredi 7 octobre 2026

9416 - le grand retour de Churchill...

Churchill, redevenu Premier Lord de l'Amirauté, 4 septembre 1939 : Winston is back...
… octobre 1939

Car dès le mois d'octobre 1939, un homme annonce clairement la couleur de ce qui attend les Danois et, surtout, les Norvégiens.

Cet homme, c’est Winston Churchill qui, le 3 septembre précédant, a retrouvé un poste officiel, en l’occurrence celui de Premier Lord de l’Amirauté,... qu’il avait dû abandonné vingt-quatre ans plus tôt suite à la débâcle des Dardanelles (2), dans laquelle il s’était beaucoup, et beaucoup trop, investi !
 
Et contrairement à la plupart des membres du gouvernement britannique, mais aussi français, qui se satisfont en définitive fort bien de cette "drôle de guerre" où personne ne se bat vraiment, et se contentent de "jouer la montre" et d’attendre que leurs industries de guerre, mais aussi les commandes massives passées aux États-Unis, leur permettent de combler le retard qui les sépare de l’Allemagne, Churchill, lui, brûle du désir d’en découdre !

"L’attitude défensive consistant à "attendre et voir" lui était insupportable. Son regard scrutateur parcourait la carte à la recherche de points où la puissance navale [britannique] pourrait être mise à profit. 

Son tempérament combatif fut stimulé lorsqu’il apprit que les navires de commerce allemands pouvaient transporter du minerai de fer de haute qualité - extrait en Suède - depuis le port norvégien de Narvik jusqu’en Allemagne, et ce en empruntant un itinéraire à l’abri de toute interception, car situé dans les eaux territoriales norvégiennes, alors neutres. 

Sur la majeure partie de son tracé, cette route serpentait entre les innombrables îles et îlots rocheux de la côte norvégienne, empruntant des chenaux connus sous le nom de Skjaergaard. Ce n’est qu’au sud de Stavanger (3) que les navires étaient contraints de gagner le large; toutefois, à partir de ce point, ils bénéficiaient de la protection de l’aviation allemande basée à terre"
(4) 

(1) Saviez-vous que... Errare humanum est sed perseverare diabolicum
(2) Saviez-vous que… Gallipoli 
(3) Extrémité sud de la Norvège
(4) Donald Macintyre, Narvik a nd the Norwegian Campaign of 1940, pages 7-8

mardi 6 octobre 2026

9415 - le corridor norvégien

Le port de Narvik, à la fin des années 1930 : le calme avant la tempête...
… tout comme la Suède, la Norvège est un pays neutre, en sorte qu’en théorie, un navire allemand ou opérant pour le compte du Reich peut venir charger du minerai de fer suédois à Narvik, puis, en longeant les côtes de Norvège sur plus de 2 000 km, rallier finalement la Mer Baltique, après avoir traversé le Détroit du Skagerrak, qui sépare la Norvège du Danemark, autre pays neutre.

Sur la plus grande partie de son parcours, le dit navire peut de surcroît compter sur l’existence du Skjaergaard, curiosité géologique composée d’un chapelet continu de plusieurs dizaines de milliers de petites îles et ilots inhabités séparant le grand large de la côte norvégienne, qui s’étend sur près de 1 600 km, et forme en pratique une sorte de corridor maritime à l’abri des regards indiscrets, un corridor que Churchill, avec son sens de l’humour si particulier, qualifiera bientôt de "norvégien",… en référence bien sûr au désormais défunt "corridor polonais" qui, jusqu’en septembre 1939, offrait à la Pologne un accès direct à la Baltique.

Par rapport au précédant, cet itinéraire est notoirement plus long et plus lent mais, sur le strict plan du fameux "Droit international", et en autant bien sûr que le navire chargé de minerai de fer suédois à destination de l’Allemagne demeure soigneusement à l’intérieur des eaux territoriales norvégiennes, rien n’autorise un bâtiment de guerre, un sous-marin, ou un avion de combat britannique ou français à s’en prendre à lui, puisque l’attaquer violerait la neutralité norvégienne, et constituerait un casus belli qui risquerait de précipiter dans les bras du Troisième Reich un Royaume de Norvège où les sympathisants - nous y reviendrons - d’Adolf Hitler et de son régime donnent déjà suffisamment de la voix !

Reste que dès qu’ils estiment qu’il en va de leur intérêt, et a fortiori en temps de guerre (!), les grandes puissances font presque toujours fi du "Droit international", et aussi des revendications de "neutralité" affichées par les petits États.

Et pour la malheureuse Norvège, mais aussi pour le Danemark, c’est exactement ce qui va se passer…

lundi 5 octobre 2026

9414 - une route... maritime

Narvik et Luleå, les deux seules voies de sorte pour le fer suédois de Kiruna et Malmberget...
… et malheureusement pour le Reich,  cette Route du Fer suédois est en réalité une route maritime, autant voire même davantage menacée par les caprices de la météo que par les éventuelles attaques de navires ou de sous-marins britanniques et français !

Car il n’existe en pratique que deux voies de sortie pour le minerai suédois : principalement extrait à Kiruna et Malmberget, celui-ci est ensuite transporté par chemin de fer vers le sud-est jusqu’au port suédois de Luleå ou, vers le nord-est, jusqu’à celui, norvégien, de Narvik.

Des deux, l’itinéraire sud-est est de loin le plus rapide, et le plus sécuritaire d’un point de vue strictement militaire.

Chargé à Luleå, le minerai n’a en effet qu’à traverser ensuite le Golfe de Botnie pour déboucher directement en Baltique - qui est une mer quasi-fermée, que le Reich est en mesure de contrôler relativement facilement - et arriver bientôt jusqu’aux ports allemands de Lubeck, Swinemünde (1) ou Stettin (2) 

Mais le problème, et il est de taille, c’est que la Mer Baltique a la fâcheuse tendance de geler en hiver et, surtout, que le Golfe de Botnie est lui-même entièrement pris par les glaces de novembre à mai, soit pas moins de cinq mois par an,... délai naturellement insupportable en temps de guerre !

Parce qu’ouvert à l’année longue, l’itinéraire nord-ouest, par le port norvégien de Narvik, ne souffre pas de ce handicap, mais présente toutefois d’autres et redoutables inconvénients…

(1) et (2) aujourd’hui Świnoujście et Świnoujście (Pologne) 

dimanche 4 octobre 2026

9413 - la Route du Fer

Le minerai de fer : une ressource a priori banale mais pourtant vitale pour la guerre...
… sans le fer, et sans la possession de vastes gisements de minerai de fer, l’Histoire du Monde aurait assurément été fort différente, et du reste, à l’automne de 1939, alors que la Campagne de Pologne vient à peine de s’achever sur la victoire sans appel du Troisième Reich, et alors que le pétrole est pourtant déjà devenu une ressource de premier ordre, et même un instrument de troc essentiel entre l’Allemagne nazie et son alliée soviétique, c’est encore le fer, ce minerai a priori extraordinairement banal, qui occupe l’esprit de toutes les chancelleries européennes.

Car sans lui, comment réaliser les fusils, les canons, les tanks, les navires, les avions, les véhicules, les moteurs indispensables à une guerre moderne, mais aussi toutes les machines nécessaires à leur fabrication ?

Contrairement à bien d’autres minerais, le fer est certes une ressource abondante sur Terre, mais autant en Angleterre qu’en Allemagne, il y a longtemps que la production nationale n’est plus en mesure de satisfaire la demande, ce qui nécessite donc de l’importer massivement depuis l’étranger.

En 1938, le Reich a ainsi été contraint d'importer pas moins de 22 millions de tonnes de minerai de fer, dont 40%, soit environ 9 millions de tonnes, en provenance de la seule Suède.

Quelques mois plus tard, le déclenchement de la 2ème G.M. a réduit considérablement voire complètement tari les importations en provenance d’autres pays - à commencer bien sûr par la France ! - ce qui, par voie de conséquence, a aussitôt rendu le fer suédois d'autant plus vital pour le Reich.

Sans surprise aucune, ce désagréable mais implacable constat ne peut qu'inciter Adolf Hitler à se lancer rapidement dans une nouvelle guerre, non pas pour s'approprier directement le minerai, mais tout simplement pour en garantir son acheminement régulier et sécuritaire jusqu’en Allemagne et selon un itinéraire que chacun va bientôt apprendre à connaître comme…

… la Route du Fer

samedi 3 octobre 2026

9412 - bien avant le pétrole...

Soldats anglais, français et Polonais, en Norvège, en 1940 : comment couper la Route du Fer...
… depuis des décennies, et partout dans le monde, on a coutume de dire que tous les conflits entre États sont motivés uniquement par la conquête ou le contrôle du pétrole

Que cette affirmation soit vraie, fausse, ou simplement exagérée, on ne saurait nier le fait que les dits conflits ne peuvent effectivement débuter, et se poursuivre durablement, sans cette ressource liquide aussi vitale que nauséabonde, qui permet notamment aux tanks et aux véhicules militaires de rouler sur les champs de bataille, aux bâtiments de guerre de naviguer sur les océans, ou encore aux avions de combat de voler dans le ciel.

Ce faisant, on oublie néanmoins qu’il n’en a pas toujours été ainsi, et qu’en réalité, pendant des millénaires, les tribus puis les civilisations humaines se sont fait la guerre pour quantités d’autres raisons, comme la possession du feu, de femmes, d’esclaves, de territoires de chasse, de terres cultivables, de métaux précieux, et de bien d’autres choses encore.

En pratique, et jusqu’à la toute fin du 19ème siècle, les Hommes se sont d’ailleurs entretués en ignorant tout ou presque du pétrole et, si ce n’est parfois comme arme incendiaire - comme avec le feu grégeois - de son utilisation militaire éventuelle.

Pendant plus de 3 000 ans, c'est au contraire le fer qui a dominé les esprits et tous les champs de bataille, et, des simples épées jusqu'aux cuirassés, en passant par les fusils et les canons, façonné toutes les armes qui ont permis la création puis le maintien de vastes empires...


vendredi 2 octobre 2026

9411 - quand l'Histoire bégaye

Ultime cuirassé allemand, le Tirpitz passera l'essentiel de sa vie dans un fjord, à ne rien faire
… mais comme il faut, malgré tout, tout mettre en oeuvre pour que le peu de bâtiments existants et déjà impossibles à remplacer ne se retrouve pas bien vite au fond de l’eau, le Führer d’ordonner également que la Kriegsmarine ne les engage en mer que si leur sécurité peut y être garantie, ou alors, et en pratique le plus souvent, qu’elle les maintienne au port… comme la Kaiserliche Marine, rappelons-nous (1), l’avait fait elle aussi lors de la 1ère G.M, avec ses propres cuirassés et croiseurs de bataille.

Le problème, toutefois, et signe que l’Histoire bégaye sérieusement, est strictement le même qu’en 14-18 !

Dans un port allemand et, plus tard, au fond d’un fjord norvégien, les grands bâtiments de la Kriegsmarine ne risquent - pour le moment du moins ! - finalement pas grand-chose,… mais ils ne servent en revanche absolument à rien, et ce alors que le Troisième Reich est en guerre et qu’ils lui ont tout de même coûté fort cher !

A contrario, si on accepte, après la destruction du Graf Spee, de les renvoyer malgré tout en mer afin de leur faire jouer à nouveau un rôle de corsaires - le seul qui paraisse encore à leur portée - contre les navires marchands ennemis, on leur rend certes une certaine utilité militaire,… mais on les expose par contre à une nouvelle et éventuelle mauvaise rencontre, et peut-être même à une autre issue tout aussi fatale que celle du Graf Spee,... laquelle réduira encore un peu plus leur nombre, et les rendra encore moins pertinents !

Un incident totalement inattendu, mais auquel le défunt Graf Spee est directement mêlé, va toutefois bientôt inciter Hitler à risquer ses grands bâtiments dans une mission finalement plus conforme à leur nature, mais dans laquelle ils vont hélas perdre plusieurs des leurs…

… sécuriser la Route du Fer.

(1) Saviez-vous que… Le Choc des Titans

jeudi 1 octobre 2026

9410 - ne pas persévérer dans l'erreur

Le Prinz Eugen, devenu... américain (!), fin 1945 : ultime croiseur lourd de la Kriegsmarine
… mais Hitler, bien sûr, ne va pas se contenter d’un acte purement symbolique !

Après avoir déjà suspendu, dès le début de la Campagne de Pologne, la construction de nouveaux grands navires de surface, il ordonne cette fois qu’elle soit définitivement annulée

Si cette mesure offre le considérable avantage de libérer plusieurs chantiers navals et de fort nombreux ouvriers, que l’on pourra dès lors affecter à d’autres tâches, et notamment à la construction de nouveaux sous-marins, elle présente en revanche le grave inconvénient de condamner la Kriegsmarine à perdre progressivement, par l’inévitable et cruelle loi de l’attrition, le peu de bâtiments dont elle dispose encore et qui, par voie de conséquence, deviendront de moins en moins pertinents

Si le Führer accepte que les travaux sur les cuirassés Bismarck et Tirpitz, et aussi sur le croiseur lourd Prinz Eugen, se poursuivent normalement, il exige en revanche que ceux sur d’autres bâtiments pourtant eux aussi en achèvement, comme le porte-avions Graf Zeppelin, ne se déroulent plus qu’à un rythme à ce point ralenti qu’ils se verront, au bout du compte, finalement abandonnés complètement.

Mais Hitler va aller encore plus loin, en se débarrassant des deux derniers croiseurs lourds de la classe Hipper, lancés en janvier et juillet 1939, mais toujours en achèvement à Brème, l’un  se voyant dès lors destiné à devenir un futur porte-avions - qui, comme le Graf Zeppelin, ne sera toutefois jamais terminé - et l’autre carrément cédé à l’URSS en échange de pétrole et de blé soviétiques !

Errare humanum est, sed perseverare diabolicum : en se relançant dans la construction de grands navires de guerre à la toute fin des années 1920, l’Allemagne a manifestement commis une grave erreur, mais au moins vient-elle de décider, en ce début des années 1940, de ne pas pas persévérer dans cette voie manifestement sans issue…

mercredi 30 septembre 2026

9409 - un reclassement inévitable

Le Panzerschiff Admiral Scheer, devenu croiseur Admiral Scheer, en Norvège, en juin 1942
… extraordinairement coûteux, trop dépendants d’une logistique complexe, trop facilement repérables en mer, bien trop surarmés pour n’affronter que de simples cargos, mais néanmoins trop vulnérables face à des navires de guerre ennemis, et donc, et en résumé, aucunement efficients dans cette guerre de course pour laquelle ils ont pourtant été conçus (!),… les grands navires de surface de la Kriegsmarine présentent, en ce début de 1940, un bilan proprement accablant et surtout aux antipodes de celui des U-boot et bientôt des simples cargos armés d’une poignée de vieux canons et ainsi transformés eux aussi en corsaires.

Et les conséquences de cet épouvantable bilan ne vont pas tarder !

Après la destruction du Graf Spee, la Kriegsmarine va ainsi reclasser en simples "croiseurs lourds", donc au même rang que ses actuels Hipper, ses deux "cuirassés de poche" survivants

Aussi symbolique et administratif puisse-t-il sembler, ce reclassement (1) n’en consacre pas moins la faillite aussi spectaculaire que sans appel d’une formule, celle du Panzerschiff lourdement armé, que chacun - et pas seulement en Allemagne ! - avait pourtant trouvée excellente, voire même révolutionnaire, à peine six ans auparavant, au point d’ailleurs de donner le signal de départ d’une nouvelle et formidable au courses aux armements navals.

Même s’il préfère de loin le concret, Hitler n’est est pas moins lui aussi conscient de la valeur des symboles.

Ayant réalisé, après le désastre de Montevideo, la grande vulnérabilité des Panzerschiffe, le Führer va lui-même ordonner que le Deutschland, autrement dit "l’Allemagne", soit bien vite rebaptisé "Lützow"… histoire d’éviter que la Presse britannique puisse un jour titrer que "l’Allemagne a été envoyée par le fond !"…

(1) devenus simples croiseurs, les ex cuirassés de poche souffriront toutefois jusqu'à la fin de la guerre de leur vitesse notoirement inférieure à ceux-ci, rendant dès lors toute cohabitation difficile