vendredi 4 septembre 2026

9383 - la 9ème victime

L'équipage du Streonshalh, invité à assister aux derniers instants de leur cargo, au fond de l'image
… 7 décembre 1939

Mais comme cela c’était déjà passé avec le Doric Star le jour précédant, le Tairoa, sitôt la véritable identité du Graf Spee révélée, s’empresse de multiplier les signaux d’alerte,... et demeure sourd à ceux du Graf Spee, qui lui ordonne de mettre immédiatement fin à ses transmissions, avant de finalement se résoudre à tirer quelques obus de 150mm sur ses installations radio.

Cette formalité accomplie, et selon une routine désormais bien réglée, l’équipage récalcitrant est contraint de quitter le bord puis de monter à bord du Panzerschiff qui, avec une torpille et quelques obus bien placés, expédie ensuite le Tairoa dans les abysses.

Et de huit.

Trois jours plus tard, cap à l’Ouest, le Graf Spee retrouve l’Altmark et, toujours selon la même routine, lui transfère la plupart des prisonniers du Tairoa, mais aussi du Doric Star, ne conservant à son bord que les commandants et quelques officiers des deux bâtiments.

Le lendemain, 7 décembre, à quelque 1 700 km de Rio de Janeiro, c’est au tour du vapeur Streonshalh, un 6 000 tonnes chargé de viande congelée en route vers Londres, de tomber sous les griffes du Graf Spee.

Conformément, là encore, à l’habitude, Langsdorff, après avoir contraint le vapeur à s’arrêter et à cesser ses appels de détresse, envoie à son bord une petite équipe de marins, lesquels contraignent l’équipage du vapeur à abandonner le navire et à monter sur le Graf Spee, puis installent dans ses cales des charges de démolition qui, avec l’aide de quelques obus, ont tôt fait d’envoyer le Streonshalh rejoindre le Tairoa au Royaume de Neptune

Et de neuf…

jeudi 3 septembre 2026

9382 - une forme de routine

La fausse tourelle du Graf Spee, simplement fixée sur la passerelle existante 
… 3 décembre 1939

Les charges de démolition s’avérant néanmoins insuffisantes, le Graf Spee tire alors quelques obus, et finalement une torpille sur le Doric Star, qui s’engloutit sous les flots.

C’est la septième victime du Panzerschiffe allemand.

Comme à l’accoutumée, l’équipage du Doric Star, à l’exception de son capitaine et de quelques officiers, est ensuite transféré sur l’Altmark, permettant ainsi au Graf Spee de se remettre à la recherche d’une autre proie.

Le problème, c’est que les multiples messages de détresse du Doric Star ont enfin permis aux Britanniques de se faire une bonne idée de la position actuelle, et aussi des futures intentions du Graf Spee.

Pour le commodore Henry Harwood, qui commande une petite escadre composée du croiseur lourd Exeter et des croiseurs légers Achilles et Ajax, il parait clair que le Graf Spee cherchera ses prochaines proies dans les environs du Rio de la Plata, vaste estuaire de près de 300 km séparant l’Argentine de l’Uruguay

Et de fait, telle est bien l’intention de Langsdorff, qui a fait mettre le cap en direction des côtes argentines. 

Le 3 décembre, une nouvelle cible se présente à lui sous la forme d’un autre cargo mixte : le 8 000 tonnes Tairoa

mercredi 2 septembre 2026

9381 - "je suis attaqué par un corsaire !"

La fausse 2ème tourelle du Graf Spee. Notez, au-dessus, le panneau "cessez vos émissions radio ou je tire"
… 2 décembre 1939

Le 21 novembre, soit le jour-même de l’appareillage des Scharnhorst et Gneisenau, le Graf Spee a quant à lui doublé le Cap de Bonne-Espérance, s’en est retourné tranquillement dans l’Atlantique Sud, puis n’a strictement rien fait durant une dizaine de jours, si ce n’est attendre une occasion favorable se ravitailler auprès de l’Altmark,… et ériger une fausse deuxième cheminée et une encore plus fausse deuxième tourelle à l’avant (!) histoire de modifier sa silhouette par trop caractéristique et de ressembler ainsi quelque peu à un croiseur britannique.

De toute manière, faute de proie, autant occuper les hommes à quelque chose…

Le 2 décembre, l’occasion favorable se présente enfin, sous la forme du cargo mixte de 10 000 tonnes Doric Star, repéré par l’hydravion de reconnaissance du Graf Spee, lequel s’empresse de fondre sur lui et de tirer un premier puis un deuxième coup de semonce afin de le forcer à s’arrêter.

Sur le Doric Star, justement, l’opérateur radio multiplie les messages de détresse R-R-R "je suis attaqué par un corsaire !", et continue de les émettre même après que le Graf Spee, qui n’est plus qu’à quelques kilomètres, lui ait indiqué par lampe Aldis l’ordre formel de cesser immédiatement ses émissions.

Encore quelques minutes et, la situation étant à présent désespérée, le Doric Star obtempère, cesse d’émettre, met en panne, et descend les échelles de coupée pour permettre à l’équipe de prise du Graf Spee de monter à bord.;

Selon une procédure désormais bien rodée, les Allemands arrêtent alors l’équipage, le transfèrent sur le Graf Spee, et installent les charges de démolition dans les entrailles du Doric Star… 

mardi 1 septembre 2026

9380 - la mort du Rawalpindi

Le combat du paquebot Rawalpindi, ou quand David se fait écraser par Goliath
… Îles Feroé, 23 novembre 1939

Car après le triomphe populaire de l’U-47 et de son commandant, Günther Prien, et le retour, celui-là dans l’indifférence générale et avec un palmarès dérisoire, du Panzerschiffe Deutschland, les Schlachtschiff Scharnhorst et Gneisenau vont maintenant s'efforcer de restaurer la réputation et l'honneur de la flotte de surface, en appareillant le 21 novembre pour leur première mission de guerre : une reconnaissance armée au large des Îles Feroé, qui permettra de les mettre à l’épreuve mais aussi, en attirant toute l’attention des Britanniques et des Français, d’offrir au Graf Spee un retour plus tranquille dans l’Atlantique Sud.

Dans la soirée du 23, la route des deux bâtiments allemands croise en tout cas celle du Rawalpindi, un ancien paquebot de 17 000 tonnes de la P&O sur lequel les Britanniques ont boulonné huit vieux canons de 150mm afin de le transformer en croiseur auxiliaire.

La lutte est évidemment inégale : malgré une défense héroïque - et même un coup au but sur le Scharnhorst ! - le malheureux paquebot, écrasé sous les obus de 280mm, coule en moins d’une heure, non sans avoir eu le temps de couvrir les ondes de messages de détresse de nature à rameuter une bonne partie de la Royal Navy !

Inutile d’insister : de toute la vitesse dont ils sont capables, les croiseurs de bataille allemands battent aussitôt en retraite vers Wilhelmshaven, qu’ils réussissent à rallier sans encombre dans la nuit du 27 novembre.

Toute victoire est certes bonne à prendre, mais contrairement à celle du U-47, celle-ci n’a vraiment rien pour enflammer l’imagination du Führer,... et d’autant moins que dans cette croisière de moins d’une semaine, les deux bâtiments ont eux-mêmes subi de lourds dommages, non pas du fait de leurs poursuivants, qui ne sont jamais rendus à portée de tir, mais bien de la tempête (1), laquelle a fait rage pendant toute leur retraite, au point de les contraindre maintenant à entrer en cale sèche pour plusieurs mois afin d’y être remis en état...

(1) tout au long de leur carrière, les Scharnhorst et Gneisenau souffriront d'une très mauvaise tenue par mer agitée, et ce malgré le remplacement complet de leur étrave  

lundi 31 août 2026

9379 - le retour du Graf Spee

Le petit tanker côtier Africa Shell, sixième victime du Graf Spee
… Canal de Mozambique, 15 novembre 1939

Car pour l’heure, il est maintenant temps de revenir à la croisière du Graf Spee, que nous avons abandonné le 22 octobre 1939, lorsque, après avoir détruit le cargo Trevanion et s’être emparé de son équipage, le Panzerschiffe a retraité en direction de l’Océan Indien, histoire de se faire oublier des dizaines de navires de guerre et d’avions que Britanniques et Français ont lancé à sa recherche.

Mais le 15 novembre, la nouvelle se répand que le très modeste tanker côtier britannique Africa Shell, qui jauge à peine 800 tonnes, a été abordé et coulé par un mystérieux raider allemand dans le Canal du Mozambique, au large de Lourenço Marques (1)

C’est bel et bien l’œuvre du Graf Spee qui, après avoir ordonné à l’Africa Shell de s’arrêter, a envoyé une équipe de prise à son bord, laquelle s'est emparée de toute la nourriture, puis a fait sauter le tanker à l’explosif, non sans avoir ordonné au préalable à tout l’équipage de monter dans les canots de sauvetage et de ramer en direction du Mozambique, dont la côte n’est qu’à quelques kilomètres.

Tout l’équipage… sauf Patrick Dove, commandant de l’Africa Shell, emmené comme prisonnier à bord du Graf Spee, et d’autant plus mécontent de l’être qu’il estime, à raison, faire l’objet d’un acte de piraterie puisqu’au moment de l’abordage, son navire se trouvait non pas en eaux internationales, mais bien dans celles du Portugal (2), pays neutre.

Eaux internationales ou portugaises, qu’importe : l’Africa Shell est désormais la sixième victime du Graf Spee qui, son forfait accompli, décide de s’en retourner dans l’Atlantique Sud en profitant d’une diversion menée six jours plus tard par les Schlachtschiff Scharnhorst et Gneisenau, dont ce sera la première sortie de guerre…

(1) aujourd’hui Maputo, Mozambique
(2) découvert en 1498 par le navigateur portugais Vasco de Gama, le Mozambique était alors une colonie portugaise  

dimanche 30 août 2026

9378 - Hilfskreuzers

Le duel du Kormoran et du Sydney, ou quand David triomphe une fois de plus de Goliath...
… ce navire, c’est le vulgaire cargo tout simplement doté d’une poignée de canons et d’un équipage militaire.

L’idée n’est d’ailleurs ni récente ni inédite, puisqu’elle a largement été employée, avec succès, du temps de la Marine à voile, et, plus récemment, par les Allemands eux-mêmes, lors de la Première Guerre Mondiale.

Dès l’ouverture de la Seconde, et sans doute parce qu’elle éprouve elle-même déjà des doutes quant à l’efficacité réelle de ses corsaires croiseurs et Panzerschiffe, la Kriegsmarine a d’ailleurs réquisitionné de nombreux cargos rapides, et entrepris de les transformer en Hilfskreuzers, autrement dit en croiseurs auxiliaires, généralement équipés d’une demi-douzaine de pièces de 150mm, de plusieurs canons anti-aériens et, parfois, de quelques tubes lance-torpilles, voire de l'un ou l'autre hydravion de reconnaissance.

Bien sûr, par rapport à de véritables navires de guerre, ces croiseurs auxiliaires, non contents d’être dépourvus de blindage, n’auront jamais ni la puissance de feu ni la vitesse pour affronter ou se soustraire à leurs adversaires, mais il leur sera autrement plus facile de se dissimuler aux regards et de se faire passer pour un innocent cargo parmi des milliers d’autres, tandis qu’à l’instar de celle des sous-marins, leur disparition au combat, au demeurant inévitable à terme, ne constituera jamais une catastrophe nationale de nature à faire pâlir l’étoile du Führer lui-même

Et de fait, dès le printemps de 1940, ces croiseurs auxiliaires vont se mettre à écumer les mers et à accumuler les succès, à l’image de l’Atlantis, qui coulera ou capturera 22 navires pour un total de 140 000 tonnes, le Thor (22 navires et 150 000 tonnes), ou encore, et surtout le Pinguin (33 navires et 165 000 tonnes) et, évidemment, le Kormoran, qui s’adjugera 16 navires et 66 000 tonnes avant de succomber des suites de son engagement avec le croiseur de 7 000 tonnes australien Sydney… qu’il aura néanmoins préalablement envoyé par le fond avec tout son équipage !

Mais ceci est une autre histoire…

samedi 29 août 2026

9377 - la noix et le rouleau-compresseur

Le U-47, défilant devant le Scharnhorst : symbole d'une guerre navale radicalement nouvelle...
… alors que la guerre dure depuis seulement deux mois, les U-boot ont donc dores et déjà fait mieux que les gros navires de surface de la Kriegsmarine,… ce qui augure d’autant moins bien de l’avenir de ces derniers que Hitler, rappelons-le, n’en a jamais été un chaud partisan !

Pour faire disparaître d’innocents et souvent fort vieux cargos civils dépourvus de tout armement et de tout blindage, utiliser d’énormes navires de guerre dotés des plus puissants canons de l’époque revient il est vrai à écraser une simple noix avec un rouleau-compresseur.

Pour cette activité finalement assez basique, un sous-marin d’à peine 700 tonnes apparait inévitablement comme une alternative bien plus raisonnable, mais aussi comme une arme autrement plus facile à dissimuler aux regards qu’un Panzerschiff de 10 000 tonnes et, a fortiori, un véritable cuirassé de 42 000 tonnes !

Cerise sur le sundae, le sous-marin est également une arme pour ainsi dire jetable, ou plus exactement une arme dont personne ne remarquerait ni ne pleurerait véritablement sa disparition au combat (1)

Reste que rapporté à son tonnage, le sous-marin demeure, malgré ses indéniables avantages, une arme extrêmement complexe, difficile à fabriquer, et également fort coûteuse.

Et reste aussi qu’entre lui et le gros navire de surface, il existe tout de même un bâtiment à la fois efficace, économique, facile à construire, et raisonnablement discret…

(1) de fait, à la Capitulation allemande, la Kriegsmarine aura perdu pas moins de 765 U-boot !

vendredi 28 août 2026

9376 - déjà les sous-marins...

L'exploit du U-47 donnera bien sûr porté au cinéma, comme ici par les Allemands, en 1958
… cinq innocents cargos coulés en trois semaines, 270 000 tonnes de navires de guerre alliés mobilisées en vain… le bilan du Graf Spee pourrait déjà paraître non pas brillant, mais du moins satisfaisant si, dans le même temps, et comme on pouvait s’y attendre, les sous-marins, ces mêmes sous-marins dont la Grande-Bretagne avait autorisé la reconstruction lors de la signature du Pacte naval germano-britannique du 18 juin 1935 (!), n’avaient fait beaucoup mieux !

Le 3 septembre, soit le jour-même de la déclaration de guerre franco-britannique, le U-30 a en effet torpillé et coulé le paquebot de 14 000 tonnes Athenia… qu’il a malencontreusement confondu avec un croiseur auxiliaire armé (!), et s’adjugera encore pas moins de 15 autres navires jusqu’à sa conversion finale comme sous-marin d’entraînement, un an plus tard.

Mais dans la nuit du 13 au 14 octobre 1939, le U-47 et son commandant, Günther Prien, sont carrément devenus des héros nationaux, en parvenant à se faufiler au beau milieu de la Baie de Scapa Flow - soit au coeur-même de la plus importante base navale britannique ! - et à y torpiller le cuirassé Royal Oak, un 30 000 tonnes de la classe Royal Sovereign qui, bien que modernisé entre 1934 et 1936, n’en a pas moins disparu sous les flots en à peine un quart d'heure, en compagnie de quelque 800 marins et officiers !

Rentré sain et sauf à Wilhemshaven le 17 octobre, l’U-47 a évidement été applaudi par toute l’Allemagne,… y compris par l’équipage du Schlachtschiff Scharnhorst, aligné au grand complet sur le pont et invité à célébrer lui aussi la première "vraie" victoire de la Kriegsmarine, une victoire qui, bien sûr, a comblé Hitler de joie, mais qui l’a aussi poussé à faire remarquer qu’elle avait été obtenue non pas par un énorme navire de surface de 32 000 tonnes comme le Scharnhorst, mais bien par un minuscule sous-marin de seulement 700 tonnes.

Un bâtiment moins cher, plus facile et plus rapide à construire,… et dont personne ne s’apercevrait de l'éventuelle disparition… 

jeudi 27 août 2026

9375 - se faire oublier

En expérimentation chez Air France, le Camille-Flammarion sera lui aussi mobilisé
… en un peu plus de trois semaines, le Graf Spee a donc réussi à capturer et couler cinq cargos britanniques, le tout - et le point mérite d’être souligné - dans le respect le plus absolu des lois de la guerre, puisque les équipages des dits cargos ont toujours pu évacuer leur navire en bon ordre, ou ont été emprisonnés sans qu’il leur soit fait le moindre mal.

Reste qu’après les multiples messages de détresse envoyés par le Trevanion, que le Graf Spee s'est ensuite empressé d'expédier par le fond à l'explosif mais non sans avoir au préalable recueilli une fois encore tout son équipage, Langsdorff juge maintenant nécessaire de prendre le large vers le sud-est et l'Océan Indien, histoire de s’y faire oublier pendant trois semaines, loin de toute route commerciale.

Et c’est d’autant plus sage que Français et Britanniques font à présent tout pour le retrouver : cuirassés, croiseurs, porte-avions,… en tout, pas moins de 270 000 tonnes de navires alliés sont mobilisées pour débusquer un seul Panzerschiff de 10 000 tonnes !

En France, on va même jusqu’à réquisitionner le Camille-Flammarion, un des trois quadrimoteurs Farman NC.223.4 à grand rayon d’action alors en expérimentation chez Air France.

Pour sauver les apparences, et parce qu’il faudra tout de même se ravitailler dans l’un ou l’autre pays neutre, on lui laisse son équipage civil auquel on adjoint un faux "conseiller technique" mais vrai capitaine de corvette, Henri-Laurent Daillière, qui, le 3 juin 1940, et sur un appareil du même type, s’illustrera en réussissant à larguer sur Berlin les premières bombes alliées de la guerre.

Mais le Camille-Flammarion a beau survoler l’Atlantique Sud en tout sens, le Graf Spee demeure introuvable…

mercredi 26 août 2026

9374 - l'un après l'autre...

L'équipage du Spee, contemplant le sabordage de l'Ashlea, Notez le Newton Beech à l'arrière-plan

… 7 octobre 1939

Le 7 octobre, à quelque 800 km au large de l’actuelle Namibie, c’est au tour de l’Ashlea, chargé de près de 7 000 tonnes de sucre, de tomber sous les coups du Graf Spee, ou plutôt de charges de démolition - plus économiques que des obus ou des torpilles - qu’un équipage de prise dépose dans les entrailles du cargo après en avoir évacué l’équipage sur le Newton Beech.

Exil très provisoire puisque, dès  le lendemain, le Newton Beech, jugé trop lent, est à son tour envoyé par le fond, et les marins capturés emprisonnés directement sur le Graf Spee !

Le 10 octobre, toujours opérée sous faux pavillon français, la prise suivante, le vapeur Huntsman, qui jauge environ 10 000 tonnes, apparait plus séduisante. Mais comme le Graf Spee, déjà surchargé de prisonniers anglais, ne peut accueillir son équipage, le cargo est abandonné sous bonne garde le temps que le Panzerschiff aille lui-même se ravitailler auprès de l’Altmark, avec lequel il revient le 16.

Les vivres, le thé, les tapis et même les peaux dont le Huntsman regorge sont alors transférés pour partie sur le Graf Spee, pour l’autre sur l’Altmark, qui recueille également les captifs des prises précédentes, tandis que le Huntsman, désormais sans valeur est expédié par le fond le lendemain.

Encore une semaine et, le 22 octobre, et c'est le Trevanion, chargé de quelque 8 000 tonnes de zinc qui se fait surprendre par le Graf Spee, opérant toujours sous faux pavillon français.

Mais cette fois, l'opérateur radio du pauvre cargo refuse de se soumettre aux injonctions allemandes et multiplie les SOS jusqu'à ce que tout son équipement soit pulvérisé à la mitrailleuse... 

mardi 25 août 2026

9373 - le respect des lois de la guerre sur mer

Le vapeur Newton Beech
 … 5 octobre 1939

Cette importante formalité réglementaire accomplie - puisqu’à cette étape de la guerre, chacun s’efforce encore d’en respecter les lois ! - Langsdorff fait tirer deux torpilles… qui ratent leur cible (!), puis décide d’en finir au canon, expédiant le malheureux Clement par le fond en une trentaine d’obus.

Ceci fait, et comme il est inutile de trainer là, le Graf Spee vide bientôt les lieux et de met le cap à l’Est, en direction des côtes africaines,... non sans avoir toutefois contacté au préalable les autorités brésiliennes par radio, et leur avoir indiqué la position des naufragés du Clement (1)

Le même jour, un autre cargo est aperçu à l’horizon. Mais de nationalité grecque, donc neutre, celui-ci est aussitôt laissé en paix.

Le Clement n’avait pas de véritable valeur, mais sa disparition du fait d’un mystérieux "corsaire allemand" finalement identifié comme un des fameux "cuirassés de poche" n’en sonne pas moins le branlebas autant à Londres qu’à Paris, où chacun mobilise croiseurs, cuirassés et même porte-avions pour le retrouver.

Dans l'intervalle, le 5 octobre, le Graf Spee tombe sur une autre proie britannique isolée, en l’occurrence le Newton Beech, chargé de quelque 7 000 tonnes de maïs. 

Après s'en être approché à quelque 2 000 mètres sous couvert - ruse de guerre - d'un pavillon français (2), ce cargo "extrêmement sale" aux dires d’un officier allemand, est abordé par un équipage de prise, et dès lors contraint d’accompagner le Graf Spee, ce qui, pour l’heure, lui évite au moins d’être aussitôt envoyé par le fond…

(1) ceux-ci finiront par rallier les côtes brésiliennes sains et saufs 
(2) le droit maritime n'interdisait pas aux belligérants l'usage de faux drapeaux, à condition que le vrai soit hissé juste avant le combat 

lundi 24 août 2026

9372 - la première victime

Le cargo mixte Clement, première victime du Graf Spee
… Pernambouc (Brésil), 30 septembre 1939

Hitler, nous l’avons dit, craint pour la sécurité du Deutschland et du Graf Spee, et redoute les conséquences de leur perte éventuelle sur sa popularité personnelle. 

Mais bien au-delà de ça, son attention est pour l’heure entièrement consacrée à la Campagne de Pologne, qui s’achèvera le 6 octobre par une totale victoire allemand, et aussi par l’espoir, quelque peu naïf, de parvenir malgré tout à un accord négocié avec les Britanniques et, surtout, les Français qui, de leur coté, et à l’exception d’une fort vague attaque en Sarre (1), n’ont toujours strictement rien fait en faveur de leur allié polonais.

Ce n’est donc que le 26 septembre, le "Cas polonais" désormais quasiment réglé, et toute perspective d’accord semblant à présent évanouie, que le Führer accorde enfin à Raeder l’autorisation d’utiliser ses Panzerschiffe contre le trafic commercial franco-allemand.

Quatre jours plus tard, à une centaine de km au large de l’État brésilien du Pernambouc, l’hydravion de reconnaissance du Graf Spee repère la première victime : le Clement, un cargo mixte britannique de 5 000 tonnes, qui se voit bientôt contraint à l’arrêt, non sans avoir eu le temps d’envoyer un message de détresse.

Sous la menace des canons du Graf Spee, l’équipage évacue le navire et monte en bon ordre dans les canots de sauvetage, à l’exception du commandant et du chef mécanicien, quant à eux faits prisonniers sur le Graf Spee

(1) véritable pantalonnade avant tout destinée à sauver l’Honneur, l’Offensive de la Sarre, débutée le 7 septembre, s’arrêtera une dizaine de jours plus tard, après moins de 10 km de progression en territoire allemand !
(2) un cargo mixte est un navire conçu pour transporter du fret et une poigne de passagers payants

dimanche 23 août 2026

9371 - préparer les résurrections futures...

… à maintes reprises, Raeder a attiré l’attention du Führer sur le fait que sa Kriegsmarine, en pleine reconstruction, ne serait pas prête, au mieux, avant 1944 ou 1945.

Mais Hitler n’en a cure : la conquête du lebensraum ne saurait attendre et, de toute manière, les choses de la mer de l’intéressent pas.

Le 3 septembre 1939, à l’annonce de l’entrée en guerre de la France et de la Grande-Bretagne, le grand-amiral, résigné, s’est donc contenté de lui adresser un mémorandum qui lui assure que, dans les circonstances, la Marine n’en fera pas moins de son mieux et "saura succomber bravement dans un combat inégal pour préparer les résurrections futures"

Tout un programme…

Fidèle à ce qu’on appelle généralement "l’appel du Devoir", le Graf Spee, après avoir appareillé de Wilhelmshaven le 21 aout, est pour sa part passé entre l’Islande et les Îles Féroé, avant de mettre le cap et l’Ouest puis de filer plein Sud jusque sous l’Équateur.

Le 10 septembre, il a fait le plein auprès du pétrolier-ravitailleur Altmark, qui a reçu pour mission de l’accompagner, aussi discrètement que possible et toujours à bonne distance, lors de son raid dans l’Atlantique Sud.

Mais de véritable raid, il n’est toujours pas question puisque Hitler, nous l’avons dit, tergiverse, en conséquence de quoi le Graf Spee, tout comme son jumeau Deutschland, se contente de naviguer mollement de-c de-là,… et de fuir systématiquement dès qu’une vague fumée de cheminée est aperçue à l’horizon !

Comme corsaire redoutable, on a déjà vu mieux…

samedi 22 août 2026

9370 - des débuts pitoyables

Le Deutschland : bon navire dans l'absolu, mais finalement inadapté à la guerre de course
… les Panzerschiffe allemands sont pourtant spécifiquement taillés pour la guerre de course : ils sont plus rapides et/ou mieux armés que la quasi-totalité de leurs adversaires britanniques ou français et donc - théoriquement - en mesure d’engager ou de rompre le combat si et quand bon leur semble.

Mais plus encore qu’en 1914, le problème, c’est qu’ils sont bien seuls et que leurs  adversaires sont innombrables : sitôt connue la présence du Deutschland et du Graf Spee dans l’Atlantique, Paris et Londres ont en effet dépêché des flottilles entières de croiseurs, croiseurs de bataille et cuirassés avec pour mission de les intercepter !

Heureusement pour eux, l’Atlantique est vaste, et en cette époque où les satellites d’observation relèvent encore de la science-fiction, et où les avions de reconnaissance à très long rayon d’action sont eux-même rarissimes, la seule manière de les retrouver repose toujours sur les yeux - et les jumelles - de vigies installées sur la passerelle ou en haut d’un mat.

Le Deutschland bénéficie de surcroît des tempêtes et des très mauvaises conditions de visibilité qui sévissent dans l’Atlantique nord en cette période de l’année.

Mais si ses adversaires franco-britanniques ne parviennent pas à le trouver dans la crasse et les embruns, le Panzerschiff allemand peine tout autant à y dénicher des proies, en sorte que lorsqu’il rentre finalement à Gotenhaffen (1) le 17 novembre 1939, il n’a réussi à couler que deux malheureux cargos (2), pour un total d’à peine 8 000 tonnes, résultat en tout point pitoyable pour une croisière de trois mois et compte tenu des moyens investis par le Reich dans cette affaire !

Mais le pire est encore à venir…

(1) aujourd’hui Gdynia, Pologne
(2) le Deutschland avait également arraisonné le City of Flint, battant pavillon américain, donc neutre, au motif qu’il transportait « des marchandises de contrebande ». Mené par un équipage de prise, ce cargo avait finalement dû se réfugier en Norvège, où les autorités locales l’avaient alors saisi avant de le rendre à son équipage américain.

vendredi 21 août 2026

9369 - trois semaines d'attente

Le Graf Spee, dans l'Atlantique : où sont les cargos ennemis ?
… 3 septembre 1939

Le 3 septembre 1939, 48 heures après l’invasion de la Pologne et les premiers tirs du vieux Schleswig-Holstein, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne.

Dans l’Atlantique, les deux Panzerschiffe sont à présent prêts et impatients d'entrer en action.

Mais rien ne se passe !

Car Hitler, après avoir déjà investi énormément d’argent dans la reconstruction d'une flotte de combat, et pris goût aux formidables ovations accompagnant chaque lancement d’un gros navire de surface, est plus que jamais en proie au doute et à la crainte : cette ridicule poignée de navires peut-elle réellement - comme le lui assurent les amiraux - jouer un rôle utile dans cette guerre ? Et, surtout, qu’arriverait-il si l’un ou l’autre d’entre eux venait à être gravement endommagé ou, pire encore, à disparaître sous les coups de l’ennemi ?

Avant-même le début du conflit, et histoire de minimiser les risques, le Führer a donc donné des ordres très stricts, qui interdisent aux commandants d’exposer leur précieux bâtiment au moindre péril !

Le conflit dure maintenant depuis trois semaines, mais alors qu’ils sont eux-mêmes positionnés dans l’Atlantique depuis la fin du mois d’août, le Deutschland et le Graf Spee se contentent de brûler du diesel et de multiplier les ronds dans l’eau loin des routes maritimes, en attendant l’ordre qui leur permettrait d’entrer en action !

Il faut même attendre le 26 septembre avant que Raeder, excédé par cet immobilisme, parvienne enfin, après un siège de plusieurs jours, à arracher à Hitler la précieuse autorisation qui va permettre aux deux Panzerschiffe de mener la guerre de course pour laquelle ils ont été conçus.

Les résultats, hélas, vont se révéler fort loin des attentes…

jeudi 20 août 2026

9368 - quand le Graf Spee entre en scène

L'Admiral Graf Sppe, à Sputhead, en 1937, à l'occasion du couronnement du Roi George VI
… Wilhelmshaven, 21 aout 1939

Mis sur cale le 1er octobre 1932, lancé le 30 juin 1934 - en présence d’Hitler - admis au service le 6 janvier 1936, le Graf Spee est le troisième, et ultime, Panzerschiff de la Marine allemande.

C’est aussi le plus moderne, et à près de 15 000 tonnes, le plus lourd d’entre-eux, 

Après plus d’une année d’entraînements et de patrouilles sans histoire, il a participé, le 20 mai 1937, à la Revue navale de Spithead dans le cadre des cérémonies de couronnement du Roi George VI, où il a d'ailleurs fait une apparition très remarquée.

En octobre 1938, le Kapitän zur See Hans Langsdorff, 44 ans, en a pris le commandement, et va le conserver jusqu’à la fin. 

Jusqu’à l’été de 1939, le Graf Spee a ensuite alterné entre patrouilles, manœuvres d’entraînement et visites "de courtoisie" à Ceuta et Lisbonne, avant de rentrer en Allemagne.

Le 21 aout 1939, il a finalement quitté Wilhelmshaven avant de se perdre dans l’Atlantique Sud en prévision de l’invasion de la Pologne.

Car si Hitler demeure convaincu que la France et la Grande-Bretagne n’interviendront pas, cette possibilité n’est toutefois pas totalement à exclure, et dans ce cas, autant être prêt à s’en prendre immédiatement à leur trafic maritime, ce pourquoi son jumeau Deutschland a quant à lui pris la direction de l’Atlantique Nord trois jours plus tard, laissant l’Admiral Scheer et le croiseur lourd Admiral Hipper - les seuls autres gros bâtiments déjà opérationnels (1) - au mouillage dans l’Estuaire de la Jade

(1) à cette date, les croiseurs Prinz Eugen et Blücher ne sont pas encore entrés en service actif, tandis que les Schlachtschiffe Scharnhorst et Gneisenau se trouvent en cale sèche, pour remplacement de leur étrave, finalement jugée inadaptée aux conditions de mer dans l’Atlantique 

mercredi 19 août 2026

9367 - un formidable paradoxe

1er septembre 1939 : alors qu'il date de 1906, le Schleswig Holstein tire les premiers obus...
… Dantzig, 1er septembre 1939, 04h45

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne, mais cette fois, Hitler perd son pari : résolues à tenir leur promesse envers l'allié polonais, la France et la Grande-Bretagne lui déclarent la guerre.

Sur le terrain, et par une de ces étranges et merveilleuses ironies dont l’Histoire militaire a le secret, les premiers obus de ce nouveau conflit sont toutefois tirés par l’antédiluvien pré-dreadnought Schleswig-Holstein qui, déjà obsolète lors de la Première Guerre mondiale - il a été lancé en 1906 - a survécu à celle-ci et, jamais remplacé. va même réussir à survivre à la Seconde !

Utilisé pour l’entraînement depuis le début des années 1930, le vieux cuirassé a été remobilisé pour la guerre, ce qui lui permet donc de bombarder les positions polonaises - en particulier celles de la Westerplatte.

En avril 1940, il participera encore brièvement à l’invasion du Danemark - nous y reviendrons dans une prochaine chronique - avant de retourner à ses missions d’entraînement, et finalement d’escortes de convois dans la Baltique, jusqu’à la fin de 1944.

Victime de l’Aviation britannique, puis sabordé par son propre équipage en mars 1945, il sera finalement renfloué par les Soviétiques, et utilisé par eux comme navire-cible jusqu’au milieu des années 1960

Étonnante et fort longue carrière, et aussi formidable paradoxe, pour ce bâtiment qui aura ainsi survécu à tous ses homologues bien plus jeunes, et en particulier au plus récent des Panzerschiffe de la Kriegsmarine

… l’Admiral Graf Spee

mardi 18 août 2026

9366 - sans descendance

Lancement du Prince of Wales à Birkenhead, 3 mai 1939
… Newcastle-upon-Tyne, 21 février 1939

En termes de football, on dirait des cuirassés allemands et britanniques qu’ils se marquent à la culotte puisque le 21 février 1939, soit une semaine jour pour après le Bismarck, le King George V est lancé à son tour à Newcastle-upon-Tyne !

Et le 3 mai, à Birkenhead, un mois après le Tirpitz, c’est au tour du Prince of Wales !

Mais comme leurs homologues et futurs adversaires allemands, ces deux nouveaux bâtiments en ont encore pour de longs mois avant d’être admis en service, le 01 octobre 1940 pour le premier, et le 19 janvier 1941 pour le second.

Là encore, la similitude avec les navires allemands (24 août 1940 pour le Bismarck, 25 février 1941 pour le Tirpitz) est frappante et démontre autant l’incroyable complexité de ses grands navires que les ravages déjà exercés par la guerre sur les délais de livraison.

Et ces délais ne vont faire qu’empirer : bien que mis sur cale en mai, juillet et juin 1937, les trois cuirassés britanniques suivants - les Duke of York, Anson et Howe - ne seront lancés qu’en février et avril 1940, et n’entreront en service qu’en août 1941, avril et juin 1942.

Et côté allemand, la situation est bien pire encore puisque, bien que débutés à Hambourg le 15 juillet 1939, les travaux sur le premier H39 - successeur désigné du Bismarck - vont être interrompus dès le 10 octobre, suite au déclenchement de la 2ème G.M., puis définitivement annulés en août 1941, après l’invasion de l’URSS, condamnant dès lors les Bismarck et Tirpitz à demeurer à jamais sans descendance…

lundi 17 août 2026

9365 - un défi ouvertement lancé à la face du Monde

Lancement du Tirpitz à Wilhemshaven, 1er avril 1939
… quelques instants après le discours du Führer, et sous les Heil Hitler des quelque 60 000 hommes, femmes, enfants et vieillards de l’assistance, Dorothea von Loewenfeld lance la traditionnelle bouteille de champagne, qui se fracasse sur l’étrave du grand navire, lequel, lentement, majestueusement, sous les vivats de la foule en délire, et au son du Deutschland über alles, "l’Allemagne au-dessus de toutes autres nations", glisse vers les eaux sales de la rade.

Au même moment, les quelques ouvriers qui ont pris place à bord dévoilent, de chaque côté de l’étrave, un grand panneau en bois, frappé au nom de Bismarck, le "Chancelier de Fer" et premier unificateur de la Grande Allemagne.

C’est un symbole, mais aussi un défi ouvertement lancé à la face du Monde…

Six semaines plus tard, le 1er avril 1939, à Wilhelmshaven, c’est au tour de son jumeau de goûter à son tour à la cérémonie du lancement. 

Une cérémonie aussi grandiose que la précédente, et une cérémonie toujours présidée par ce même Adolf Hitler qui, malgré ses doutes quant à la véritable utilité de ces mastodontes, n’en apprécie pas moins d’être à chaque fois ovationné par des dizaines de milliers d’Allemands enthousiastes.

Le Bismarck ayant été baptisé par nulle autre que la petite-fille du défunt Chancelier de Fer, celui-ci l’est par la propre fille du tout aussi défunt amiral von Tirpitz, laquelle lui donne évidemment le nom de son père et fondateur de cette Kaiserlische Marine qui, partie de rien, avait fini, sous son impulsion, par devenir la deuxième du monde, et par menacer sérieusement la suprématie jusque-là incontestée de la Royal Navy.

C’est un autre symbole, et un autre défi lancé à la face du Monde…

dimanche 16 août 2026

9364 - au coeur de chaque Allemand

La tribune d'honneur, dressée juste devant l'étrave du Bismarck
… sur le coup de 13h00, Adolf Hitler en personne, monte à la tribune d’honneur, installée juste devant l’étrave de l’immense bâtiment.

"Il y a 20 ans", déclare le Führer,"la flotte a rencontré son destin et a disparu des mers après quatre années de vaillants combats, et ceci continue aujourd’hui encore de toucher chaque Allemand au cœur. 

Six ans après la révolution nationale-socialiste, nous assistons aujourd’hui au lancement du troisième (1) et du plus grand cuirassé de notre flotte.

En tant que Chancelier et Führer du peuple allemand, je ne peux lui donner de meilleur nom de notre passé historique que celui de l’homme qui fut un chevalier sans peur dans une armure étincelante, le créateur du Reich allemand dont la clairvoyance nous a fournis les moyens de renaître d’une cruelle adversité

(…) Puissent les marins allemands et les officiers qui, un jour, auront l’honneur de commander ce bâtiment, puissent-ils toujours se montrer dignes de son nom. Puisse l’esprit du Chancelier de Fer les accompagner dans leurs agréables traversées du Temps de Paix, et puisse-t-il aussi les guider à faire leur devoir dans les moments de péril.

 C’est avec ces voeux que la Nation allemande salue son nouveau cuirassé Bismarck !"

(1) les deux autres étant les Scharnhorst et Gneisenau. L’auteur de ses lignes, pour sa part, les a toujours considérés comme des croiseurs de bataille, ce qui était également le cas de la Royal Navy durant la guerre.