jeudi 30 janvier 2025

8181 - "deux grands navires"

Le Group Captain Victor Beamish : au bon endroit, au bon moment, mais trop féru de discipline...

 … Beachy Point, 10h15

A la longue, toutefois, la multiplication des rapports "d’incidents" va inévitablement réveiller les esprits, mais là encore, en ce 12 février 1942, la malchance semble s’acharner sur la Grande-Bretagne, puisqu’à 10h15, alors les opérateurs de la station radar de Beachy Head (Sussex de l'Est) ont pour la première fois repéré et correctement identifié les échos de "deux grands navires" - en fait les Scharnhorst et Gneisenau - aux environs de Boulogne, toutes leurs tentatives pour communiquer cette information par la voie hiérarchique jusque Douvres demeurent lettre morte… par la faute de câbles téléphoniques malencontreusement connectés à un simple bureau de poste (!), et il va encore s’écouler un bon quart d’heure avant que les malheureux radaristes parviennent à entrer en contact avec les autorités de Portsmouth, et une dizaine de minutes de plus avant que celles-ci relaient cette information capitale jusque Douvres !

Mais à 10h30, on a également, et pour la première fois, envisagé la possibilité que les fameuses "interférences atmosphériques" que l’on ne cesse de rapporter soient en fait le résultat d’un brouillage radar volontaire opéré par les Allemands,... et ne pouvant dès lors avoir pour objet que de dissimuler un événement important en train de se dérouler dans La Manche.

Mieux vaudrait à l’évidence s’en assurer, en dépêchant immédiatement une patrouille de reconnaissance sur place, et le hasard fait qu’au même moment, deux Spitfire du 11ème Groupe se trouvent précisément aux environs de Boulogne, et occupés à poursuivre deux avions allemands qui, sans l'avoir voulu, les amènent juste au-dessus des navires de Ciliax, mais aussi de la couverture de chasse allemande, qui se précipite vers eux et les contraint à faire aussitôt demi-tour

S’il tournait à présent le bouton de sa radio, le Group Captain Victor Beamish pourrait donner l’alerte, mais des ordres très stricts interdisent de rompre le silence radio, et Beamish, en vétéran discipliné de la Bataille d’Angleterre, ne se sent pas autorisé à les enfreindre, et préfère donc attendre d’être de retour à sa base pour communiquer l’incroyable nouvelle du passage de grands navires de surface allemands à travers La Manche…

1 commentaire:

Anonyme a dit...

Bonjour! L'épisode des radaristes essayant de joindre la hiérarchie et bloqués par des soucis de standard téléphonique local rappelle le sketch de fernand Raynaud "donnez moi le 22 à Asnières"

Pour la génération actuelle, biberonnée au haut débit, à starlink et aux réseaux sociaux cette époque des "demoiselles du téléphone" est aussi antique que l'homme de Cro-Magnon ou les éléphants d'Hannibal...et pourtant , en France(où on avait accumulé du retard) le téléphone avec une dynamo actionnée à la main pour joindre la "demoiselle des postes" du village et son standard avec une caisse en bois et des fils avec des fiches bananes, a duré jusqu'à l'orée des années 1970. Il est également bien connu que si le gouvernement fantoche de Pétain s'est installé à Vichy , ce n'est pas seulement à cause des hôtels et des sources d'eau minérale, mais aussi parce que Vichy avait un central téléphonique semi-automatique équipé de relais strowgers qui était le dernier cri de la technique de l'époque.