jeudi 12 mai 2022

7195 - le choc des titans n'aura pas lieu

Le destroyer Asahimo, en 1943
... Yamato, 10h14

N'en déplaise aux romantiques, il n'y aura donc pas d'ultime "choc des titans", mais bien un désormais banal et fort peu chevaleresque affrontement entre un super-cuirassé depuis longtemps condamné par l'Histoire et une meute de plusieurs centaines d'avions... depuis longtemps occupés à l’écrire !

De fait, à 10h14, deux gros hydravions Martin Mariner apparaissent dans le ciel et se mettent à suivre tranquillement la flottille japonaise, ne cherchant refuge dans les nuages que le temps d’échapper aux obus spéciaux Sanshiki (1) que leur adresse parfois le cuirassé dans le futile espoir de les faire déguerpir.

Et pour ajouter aux malheurs des Japonais, il y a l'Asashimo, ce destroyer de 2 500 tonnes qui, avant-même l'appareillage, souffrait déjà d'insondables problèmes de machines, lesquels n'ont  fait que s'aggraver avec les heures, au point de finalement le contraindre à rompre la formation et à ne plus progresser qu'à allure réduite, tout en traînant un impressionnant panache de fumée qui ne peut qu'attirer l'ennemi !

Et l'ennemi est là ! Peu après 11h00, les radaristes du Yamato repèrent en effet une imposante formation aérienne en progression vers le nord, par le 180, ce que confirme, quelques minutes plus tard, le décodage d'un message radio provenant de la petite île de Kikaigashima (2), où des guetteurs affirment avoir aperçu au moins 250 avions américains venant du sud-ouest.

Bientôt, les vigies aperçoivent un nuage noir qui, de loin, pourrait passer pour un monstrueux essaim d'abeilles, mais qui abrite en réalité un, cinq, dix et au bout du compte des dizaines et des dizaines de chasseurs et de bombardiers-torpilleurs…

(1) les sanshiki, que l'on pourrait qualifier de shrapnells incendiaires, sont des obus de 460 mm supposés dresser devant les avions une muraille de feu infranchissable de quelque 3 000 fragments incandescents. En pratique, non contents de provoquer une usure excessive des canons, ces obus n’ont d’autre effet que psychologique - à la connaissance de l’auteur de ces lignes, aucun avion américain n’a d’ailleurs jamais été abattu grâce à eux…
(2) au nord d'Okinawa

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