jeudi 2 juillet 2026

9319 - Omnia est vanitas

Guillaume II, en uniforme de grand-amiral
… et après le Jutland, comment croire qu’un nouveau piège en tout point identique donnerait cette fois un bien meilleur résultat ?

Scheer avait pourtant essayé, sans aucun succès, avant d’en tirer l’inévitable conclusion que la Hochseeflotte, quoi qu’elle entreprenne à présent, ne parviendrait jamais à réduire son handicap sur la Grand Fleet et, en l’état, ne servait donc plus à rien.

Ce constat implacable avait alors poussé chacun à abandonner la construction de nouveaux cuirassés et à reporter tous les efforts, et les espoirs, sur les sous-marins qui, malgré de bien meilleurs résultats d'ensemble, ne s'avérèrent pas davantage en mesure d’inverser le cours de la guerre.

Dans les derniers jours d’octobre 1918, soit en plein pourparlers d’Armistice, Scheer n’en décida pas moins de lancer la Hochseeflotte dans un ultime baroud, un baroud "pour l’Honneur", ou du moins l’idée qu’il s’en faisait.

Mais les équipages, démoralisés par des années d'immobilisme, qui n’aspiraient plus désormais qu’à la Paix et qui, pour beaucoup, rêvait d'une Allemagne soviétique, refusèrent alors de lever l’ancre et optèrent plutôt pour une mutinerie qui fit rapidement tâche d’huile, se propagea à toute l’Allemagne, et précipita autant l’Armistice du 11 novembre que l’abdication et la fuite du Kaiser lui-même.

Et l'ironie voulut que Guillaume II, qui avait misé l’avenir de son Empire, et énormément d’argent, sur la création d’une multitude de colonies d’outre-mer, et sur celle d’une vaste Marine destinée à protéger ces dernières, ait finalement été contraint de voir les premières disparaître dès les premiers mois de la guerre, et la seconde participer activement à sa chute.

Omnia est vanitas, tout n’est que vanité…

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