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| A Scapa Flow, le croiseur de bataille Derfflinger s'enfonce sous les flots |
A Scapa Flow, où il se morfond lui-même depuis plus de six mois, l’amiral Ludwig von Reuter a évidemment entendu les échos des tractations qui se déroulent à Paris depuis la mi-janvier et qui seront finalisées à Versailles le 28 juin, par la signature du Traité du même nom, un Traité qui - mais cela personne ne le sait encore - porte en lui tous les germes de la 2ème G.M.
Reuter sait donc que les vainqueurs de l’Allemagne, et en particulier les Anglais et les Français, risquent fort de mettre la main sur ses précieux dreadnought et croiseurs de bataille afin de les envoyer à la ferraille, s’en servir comme bateaux-cibles ou, pire encore, les intégrer purement et simplement à leur propre flotte.
Et pour un homme comme Reuter, pour un aristocrate pétri d’idées d’Honneur et de Tradition, une pareille perspective est rien moins qu’intolérable, ce pourquoi a-t-il pris des dispositions, si cette perspective venait à se matérialiser, pour que ces navires soient plutôt sabordés par leurs propres équipages.
Alors, le 21 juin 1919, à 11h20, convaincu que l’affaire n’est désormais plus qu’une question de jours, l’amiral allemand donne l’ordre fatidique d’ouvrir en grand toutes les vannes de purge, condamnant ainsi les bâtiments à s’enfoncer lentement sous les flots.
Quarante minutes plus tard, au moment où le cuirassé Friedrich der Grosse, qui fut longtemps le navire-amiral de Scheer, commence à donner fortement de la bande sur tribord, l’ensemble des autres navires hissent le pavillon impérial à leur grand mât, un geste que Beatty, rappelons-nous, avait formellement interdit depuis la fin du mois de novembre
C’est un geste grandiose encore que, bien sûr, parfaitement vain…

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