dimanche 3 mai 2026

9259 - une décision stupéfiante

Le croiseur léger Wiesbaden, en 1915
… 18h55

Impeccablement exécutée sous le couvert des torrents de fumée vomis par ses torpilleurs, la manoeuvre permet donc aux navires de Scheer de s’éloigner de ceux de Jellicoe, lesquels vont de surcroit mettre plusieurs minutes à comprendre ce qui vient de se passer sous leur nez.

Mais après l’avoir réalisé lui-même, Jellicoe - on le lui reprochera - ne semble pas particulièrement pressé de se lancer à la poursuite de son adversaire ! 

Peut-être craint-il - rappelons-nous sa missive du 30 octobre 1914 à l’Amirauté - que ce soudain repli dissimule en réalité un piège destiné à le faire tomber dans un barrage de sous-marins allemands ou alors un champ de mines,… une crainte que le premier rapport de dommages tout juste émis par le dreadnought Marlborough, et qui fait état de l’impact d’une "mine" (1), ne peut qu’aviver.

Quoi qu’il en soit, Scheer ne peut que profiter de l’aubaine. Mais à 18h55, l’amiral allemand ordonne une manoeuvre qui stupéfie tous les observateurs du moment, et continue de mystifier les historiens actuels…

… effectuer un nouveau "Gefechtwendung nach Steuerbord", autrement dit un nouveau demi-tour… qui va inévitablement le ramener sur ses pas, et donc face aux cuirassés britanniques !

Dans ses mémoires, Scheer écrira que le premier demi-tour, effectué dans des conditions où la luminosité était encore bonne, aurait permis aux Britanniques de le retrouver ensuite facilement, et aussi qu’il était à présent mû par le désir sincère de porter secours au malheureux Wiesbaden (2)

Beaucoup d’historiens, en particulier dans le camp britannique, estimeront en revanche, et plus simplement, qu’en ordonnant ce second demi-tour, l’amiral allemand a tout simplement commis une grave erreur de jugement, voire succombé à un moment de complet égarement ! 

Quoi qu’il en soit, le dit demi-tour va en tout cas permettre à Jellicoe, qui n’en demandait assurément pas tant (!), de lui "barrer le T" pour la seconde fois… 

(1) le Marlborough, jumeau de l’Iron Duke, avait en fait été frappé par une torpille du croiseur léger Wiesbaden qu’il était occupé à attaquer
(2) mortellement touché, et finalement oublié par les deux camps, le Wiesbaden sombrera aux premières heures du lendemain, ne laissant qu’un seul survivant sur un équipage de près de 500 hommes

Aucun commentaire: