mercredi 25 mars 2026

9220 - savoir-faire et faire-savoir

Beatty, sur le pont du cuirassé Queen Elizabeth, en 1917 ou 1918

… aussi charismatique et tapageur que Jellicoe est lui-même terne et discret, Beatty ne manque assurément pas de savoir-faire, mais, contrairement à Jellicoe, se montre au moins aussi doué pour le… faire-savoir !

Et depuis le début de la guerre, ce ne sont pas les occasions qui lui ont manqué, puisque les croiseurs de bataille, contrairement aux cuirassés, se sont régulièrement retrouvés sur le devant de la scène !

"Depuis qu’il a eu la chance, à Heligoland, de sauver la flottille des destroyers de Tyrwhitt assez dangereusement engagée, et de couler trois petits croiseurs légers avec ses puissants croiseurs de bataille, sa cote a atteint les sommets, et ne les quittera plus quoi qu’il arrive.

Aussi bien le pays a besoin d’un héros. Ce sera lui" (1)

A plusieurs reprises, et en particulier au Dogger Bank, Beatty s'est toutefois montré incapable d'empêcher les croiseurs de bataille de Hipper de s’en retourner vers leurs bases, mais personne, en Angleterre, ne lui en a tenu rigueur, chacun reconnaissant au contraire qu’à défaut d’être un nouveau Nelson, Beatty, sur son inséparable Lion, a toujours fait preuve de courage et de détermination.

Et si des reproches ont parfois été adressés à la Royal Navy, en particulier après le raid de Hipper sur Scarborough, Whitby et Hartlepool, ceux-ci se sont plutôt portés sur son supérieur, John Jellicoe, dont la prudence, unanimement louée au début des hostilités, est à présent jugée excessive.

Car à quoi bon mettre autant d’argent et d’enthousiasme à construire des dreadnought et même des super-dreadnought, à quoi bon en posséder bien plus que les Allemands, si c’est, au final, pour tous les abandonner à l’ancre et dans une lointaine baie écossaise, tout en laissant aux simples croiseurs de bataille le soin de prendre tous les risques… et tous les coups ?

(1) Mordal, ibid


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