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| Le Brennus français, en 1896 : typique des cuirassés du tournant du siècle |
Mieux aurait valu, tous comptes faits, que le gouvernement britannique ait autorisé l'amiral Fisher à détruire préventivement la Kaiserlische Marine dans ses ports avant que celle-ci ne soit en mesure de menacer sérieusement la Royal Navy.
Car, cette volonté de jouer l'apaisement face aux velléités navales de Guillaume II, que la Grande-Bretagne - on n’apprend jamais de ses erreurs ! - rééditera en 1935 face à celles d’un certain Adolf Hitler, va en effet initier une formidable course aux armements !
Et la dite course va bel et bien finir non seulement par provoquer une confrontation mondiale, mais aussi par ruiner les contribuables britanniques et allemands, ainsi que leurs alliés respectifs, tous forcés d'investir massivement dans la construction et la mise en service de gigantesques flottes de combat articulées autour d'énormes cuirassés qui, durant plusieurs décennies, demeureront les armes les plus puissantes, les plus complexes, mais également les plus coûteuses,… et les plus inutiles, jamais produites !
Dix ans avant la Bataille du Jutland, huit avant le déclenchement de la 1ère G.M., et un an avant la demande de l'amiral Fisher de "copenhaguer" la flotte allemande, ce sont toutefois les Britanniques qui, noblesse oblige, frappent fort et, sans tirer un seul coup de canon, remportent la première manche.
Le 3 octobre 1906, à Devonport, près de Plymouth, les passants ne peuvent s'empêcher d'observer un énorme bâtiment de guerre à la silhouette complètement inédite, qui quitte le port pour ses premiers essais en mer.
Et sans qu'ils le sachent, ce bâtiment est à ce point révolutionnaire qu'il va immédiatement et irrémédiablement rendre obsolètes tous les modèles de cuirassés antérieurs, dont certains sont pourtant flambant neufs, et d'autres... même pas encore terminés (!), et, ce faisant contraindre les toutes marines soucieuses de "tenir leur rang" à mettre à nouveau la main au porte-feuilles.
Le Dreadnought vient d'entrer en scène…

1 commentaire:
Bonjour! Compliments pour le blog...
Cette vue du cuirassé Brennus (un pré Dreadnought) à toute vapeur, aux essais, largement démodé dès son lancement (malgré une refonte totale ...alors qu'il était encore sur sa cale de lancement à l'Arsenal de Lorient) est l'occasion de rappeler les errements de la "Royale" (la marine de guerre française) et le danger qu'il y a à vouloir être trop en avance sur son temps . La construction du Brennus , lancée en 1886 est stoppée en raison du ralliement de la marine aux thèses de l'Amiral Aube (Hyacinthe Théophile pour les dames) qui se veut moderniste , a crée le courant de pensée stratégique de la "Jeune Ecole" , qui veut que les mastodontes cuirassés soient vulnérables à des moustiques des mers (les torpilleurs d'Augustin Normand, le constructeur naval havrais) et les sous-marins, pour lesquels les anglais n'ont que mépris (Underwater, underhand, unfair and damned un-english ...sous l'eau, sournois, déloyal et diablement non anglais) ...dixit l'amiral Arthur Wilson
Tout n'est pas faux dans les théories de l'Amiral Aube , mais l'ennui c'est que la technique n'était pas encore très au point: le meilleur moteur pour les sous marins en surface , le Diésel était encore dans le cerveau de son inventeur, Rudolf Diesel , qui sera jeté par dessus bord du paquebot traversier Ostende Harwich alors qu'il était en pourparlers avec l'amirauté britannique. Les torpilleurs français des années 1890 (qui ont des noms d'armes comme pique, framée , mousquet, pistolet...) ont des machines à pistons très poussées genre locomotives de train express ...mais inférieures aux turbines et vibrant sauvagement quand on pousse les feux en essayent de suivre un avion , comme à bord de l'Escopette, le torpilleur qui escortait Blériot (avec Mme Blériot à bord...shocking! ) et inférieures aussi aux superbes moteurs à essence Isotta Fraschini des vedettes lance torpilles italiennes MAS (Double arbre à cames en tête, 4 soupapes par cylindre, 8 cylindres...des vrais moteurs de voiture de course ...en 1910) qui réussiront effectivement à couler un cuirassé austro-hongrois ...par beau temps et mer calme.
Aube avait été très écouté car il promettait l'illusion de la suprématie navale ...pour beaucoup moins cher ( tentant pour les décideurs politiques)...mais quand on s'aperçut que les torpilleurs ne tenaient pas le coup dans les gros coups de vent (sans parler de tempête), qu'ils nécessitaient sans cesse des opérations d'entretien coûteuses et que pour ce qui est des sous-marins toutes les marines du monde s'y mettaient et rattrapaient leur retard sur la France...et que le guidage gyroscopique des torpilles était une science encore inaboutie.
On reprit la construction du Brennus en le modifiant, mais il souffrait de pas mal de défauts (en particulier de stabilité à cause de ses formes de coque "frégatées")...il ne fit ses essais qu'en 1895 , onze ans après la pose de sa quille au chantier et 9 ans après l'interruption de sa construction, décidée par l'Amiral Aube.
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