
... naguère, les crimes, les génocides, les "épurations ethniques" se pratiquaient dans l'ignorance du plus grand nombre, qui n'apprenait leur existence que des mois ou des années plus tard, ou même jamais.
Aujourd'hui, n'importe quel journaliste nanti d'un téléphone cellulaire d'occasion est capable de révéler à la planète entière la dernière panne de tank ou la dernière bavure de l'armée américaine à l'autre bout du monde.
Mais ce que l'on pourrait considérer comme un Progrès devient vite une régression dans l'information.
D'abord parce que tous les morts ne se valent pas sur l'échelle de la conscientisation médiatique : pour un millier d'articles sur les GI Joe trop nerveux en Irak, on en trouvera peut-être une dizaine sur les Ivan ivres morts en Tchétchénie, et probablement aucun sur les enfants soldats sierra-léonais en train de débiter leurs compatriotes, ou des étrangers, à la machette.
On en vient vite à la conclusion que sur cet étrange marché de l'indignation sélective, un civil irakien tué par erreur vaut bien cent civils tchétchénes et mille civils sierra-léonais, et aussi que l'on aurait toutes les chances de retrouver les mêmes (dis)proportions si l'on se mettait à compter les journalistes présents en Irak, en Tchétchénie ou au Sierra-Leone...
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