samedi 30 avril 2022

7183 - dans l'attente du monstre

Officiers posant sur le pont du Yamato. le commandant Ariga au centre, Mitajiri, 5 avril 1945.
... mais si le message de Toyoda n'a suscité que le dédain à Okinawa, il a en revanche provoqué l'émoi à Honolulu, où, depuis le début de la guerre, les analystes américains travaillent 24 heures sur 24 à décrypter les codes japonais.

De toute manière, et en dépit de tous les efforts déployés par la Marine impériale, la présence du Yamato à Mitajiri n'est pas non plus passée inaperçue aux yeux des appareils de reconnaissance qui évoluent désormais impunément dans le ciel nippon : à l'évidence, les derniers bâtiments japonais se préparent à une sortie.

Et comme le Détroit de Shimonoseki (1), par ailleurs semé de mines, paraît trop peu profond pour un navire de la taille du Yamato, les analystes en ont vite conclu que ce dernier, s'il se décide à sortir, passera inévitablement par le Canal de Bungo, entre le Kyushu et le Shikoku.

Ne reste plus, après avoir donné l'alerte à toute la flotte, et en particulier aux escadres de l'amiral Spruance croisant au large d'Okinawa, qu'à poster quelques sous-marins par le travers du dit détroit, puis à attendre tranquillement qu'ils confirment - ou non - l'arrivée du monstre.

Sur le monstre, justement, chacun se prépare à un appareillage qui, cette fois, comporte une étrange mais finalement fort logique singularité, puisqu'il s'agit de se débarrasser, et même de jeter carrément par dessus-bord, tous les éléments inflammables mais non essentiels, c-à-d non seulement le mobilier et les fournitures en bois - dont les navires de guerre japonais ont toujours été abondamment pourvus -  mais aussi les hydravions, les embarcations et même les livres.

Dans les coursives et les cabines, certains revêtent leur plus bel uniforme, d'autres écrivent une ultime lettre à leurs proches, d'autres cherchent un réconfort dans l'alcool, et d'autres encore tiennent des paris sur les chances d'arriver jusqu'à Okinawa,...ou sur le nombre de torpilles que le super-cuirassé est capable d'encaisser avant de sombrer

"Le Musashi en a étalé dix-neuf avant de couler !" dit celui-ci. "Mais c'était sur les deux bords", réplique celui-là, "sur un seul bord, il suffirait d'une dizaine pour nous envoyer par le fond..."

(1) régulièrement envasé, ce détroit, également appelé Détroit de Kunmon, sépare le Honshu du Kyushu

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